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Interview   

Vredehammer : Per Valla trace sa propre route


Per Valla - VredehammerSi Vredehammer avait déjà commencé à attirer des regards grâce à Vinteroffer, son premier album qui fut de plutôt bonne facture, il est certain que le passage éclair de son chanteur, guitariste et compositeur exclusif Per Valla dans le groupe live d’Abbath a contribué à un peu plus braquer les projecteurs sur cette formation norvégienne. Mais comme nous le raconte Per dans l’entretien qui suit : pas question de réussir pour de mauvaises raisons, il souhaite avant tout être reconnu pour sa propre musique.

Et à l’écoute de son nouvel opus Violator – qui inaugure un nouveau line-up -, il y a peu d’inquiétudes à avoir de ce côté-ci, tant Vredehammer monte d’un cran la qualité de ses compositions, misant sur plus de groove et d’accroche dans son black metal sacrément « riffu » et qui ne perd pour autant pas en corrosion, bien au contraire. Et s’il y a bien un nom qui risque de surprendre parmi les influences que Per nous dévoile, c’est bien celui des progueux américains de Symphony X, dont il avoue être archi-fan ! Il est intéressant à ce titre, d’écouter/lire le musicien nous décrire son parcours personnel assez atypique, prenant racine dans le progressif (Yes, Dream Theater et consorts) pour finalement atterrir dans le metal extrême, tout en évoluant en marge du gros des troupes de la légendaire scène black metal norvégienne.

Tous ces sujets sont donc discutés ci-après dans des échanges qui prennent parfois une tournure quasi-informelle. Mais ce sont aussi les difficultés auxquels se heurtent les groupes d’envergure modeste dans l’industrie musicale actuelle, que nous narre Per avec beaucoup d’honnêteté, qui retient l’attention. C’est d’ailleurs là l’origine même de son nouveau projet, simplement baptisé Valla, et la raison pour laquelle Vredehammer pourrait bien ne pas pouvoir tourner cette année. Bref, voici un entretien révélateur à bien des égards.

Vredehammer

« Je ne veux pas vraiment devenir célèbre ou jouer dans des festivals parce que j’ai été musicien de session avec Abbath. Et je voyais que c’était en train d’arriver. […] Je veux soit réussir par moi-même, soit pas réussir du tout. »

Radio Metal : Le premier album de Vredehammer, baptisé Vinteroffer, est sorti il y a deux ans. Il a tout de suite suscité l’attention de la communauté metal – il a même été nominé pour l’« album metal de l’année » aux Grammys norvégiens. Avec le recul, que penses-tu de cet album ?

Per Valla (chant & guitare) : Evidemment, le fait qu’il se soit passé tout ça est très cool mais je ne pense pas que l’album soit très bon si tu le compares au nouveau ! Même les EPs parce qu’il y avait… Bon, ouais, sur le moment, lorsque nous l’avons enregistré, ça semblait être un bon album mais certaines chansons sont un peu difficiles à saisir, je dirais. Je suis très content des chansons « Cthulhu » et « We Are The Sacrifice », le reste est… Bon, certains les aiment et c’est génial mais nous aurions pu faire mieux [petits rires]. Je pense que c’est un peu trop le bazar, d’une certaine façon. Les compositions et les riffs dans plusieurs chansons auraient pu être meilleurs.

Est-ce que la nomination aux Grammys a eu une quelconque importance ou signification pour toi ?

Lorsque ça s’est produit, c’était hallucinant parce que c’est arrivé très tôt dans notre carrière. Nous pensions que ça allait être énorme mais, en fait, je ne pense pas que ça a eu tellement d’effet. Nous devions encore travailler très dur pour obtenir des tournées, et c’est encore le cas aujourd’hui. Je ne dirais donc pas que ça nous a vraiment surélevés. Bien sûr, ça a de la gueule lorsque tu lis ça à notre sujet, c’est un titre sympa à avoir, le fait d’avoir été nominé aux Grammys.

La chanson « Ursus » a déjà été sortie en tant que single en octobre 2014. Est-ce que ça signifie que vous avez commencé à composer Violator tout de suite après la sortie de Vinteroffer ?

Ouais, je suis constamment en train d’écrire de la musique. La meilleure façon de le dire, c’est qu’il me restait des chansons qui traînaient après Vinteroffer et lorsque est venu le moment de commencer à réfléchir à un nouvel album, certaines des chansons que nous avions déjà faites semblaient très bien coller au nouvel album.

Violator était censé sortir le cinq février et a finalement été repoussé au dix-huit mars. Y a-t-il une raison particulière à ce délai ?

Ouais. En fait, j’ai joué pendant un moment dans Abbath et nos sorties respectives étaient rapprochées. Donc, lorsque j’ai décidé de ne plus jouer avec eux, nous avons voulu espacer un peu les [albums des] deux groupes. Parce que, je ne sais pas, je pense que peut-être les gens l’auraient écouté pour de mauvaises raisons. Je n’étais qu’un guitariste de sessions et je ne pense pas que ça mérite d’être… Je ne veux pas profiter d’un plus gros groupe. Je veux que l’album soit écouté pour ce qu’il est.

Tu ne voulais pas qu’il soit promu comme « l’album du guitariste de session d’Abbath »…

Ouais, exactement, et je ne pense pas non plus qu’ils l’auraient voulu. Ca ne paraît pas correct qu’un musicien de session cueille les fruits d’un autre groupe.

Tu as déclaré qu’ « avec Violator [tu as] voulu faire machine arrière et [te] concentrer sur le sentiment que [te] procurait l’écoute de groupes comme Metallica, Pantera et Megadeth. » Tout d’abord, comment décrirais-tu ce sentiment ?

Bonne question [petits rires]. Le metal a beaucoup changé, de telle façon que dans le metal extrême, là où nous sommes, on s’attend à plein de choses et à ce que tout soit rapide. Et sur Violator, nous avons réduit les parties rapides et nous nous sommes davantage concentrés sur des choses qui donnent envie d’headbanger, avec un côté rock n’ roll. Bon, peut-être pas rock n’ roll mais au moins un côté metal, pas juste comme une mitraillette. En gros, je dirais avec plus de groove. Passé un temps le metal, c’était du groove, tu sais. Lorsque tu écoutes les vieux trucs de Metallica, tu n’entends pas de blast beats, tu entends juste [il chante un rythme de batterie posé et carré] et ça fonctionnait super bien. Ca offre bien plus d’accroche. Et nous avons tourné avec Six Feet Under et Satyricon, et au cours de ces tournées, j’ai trouvé ça cool lorsqu’ils jouent très lentement mais avec énormément de puissance ! La musique de Satyricon est pas mal rock n’ roll, pareil pour Six Feet Under, ce sont des accordages très bas avec des growl graves mais c’est quand même rock n’ roll. C’était un peu un moment critique parce qu’au départ, j’étais très inspiré par Keep Of Kalessin, Fleshgod Apocalypse et tous ces trucs hyper rapides mais ça a un peu changé après ces tournées avec Satyricon et Six Feet Under. Et lorsque j’ai commencé à écrire des choses plus groovy, c’est devenu évident pour moi que « hey, c’est vraiment super marrant à jouer ! » au lieu de se tenir dernière un grand mur de son et de vitesse. Mais, bien sûr, il y a encore beaucoup de vitesse et tout sur cet album mais c’est assurément le truc le plus groovy que nous ayons fait jusqu’ici.

Penses-tu que les groupes de metal extrême ont un peu perdu le sens du groove, qu’ils relient un peu trop systématiquement le mot « extrême » à « vitesse » ?

[Il réfléchit] Eh bien, si tu me demandes mon avis, je dirais que oui, c’est peut-être vrai. Il y a beaucoup de vitesse et les accroches sont un petit peu en train de disparaître.

Est-ce important de se remettre en question, soi-même et sa musique, faire de l’autoanalyse en tant qu’artiste ?

Ouais, je pense que si tu veux… Ce n’est un secret pour personne le fait que si tu veux jouer sur de grands festivals et tout, tu dois te poser la question : « Qu’est-ce qui fonctionne ? » Si tu veux arriver à un stade où tu deviens un de ces artistes qui font à cent pour cent leur propre truc, je dirais, honnêtement, qu’il ne peut y avoir beaucoup de groupes qui y parviennent avec succès. Ce qui me vient à l’esprit, c’est Blotted Science et Dream Theater ; eux, ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent. Dans tous les cas, ceci est ce que nous voulons faire, nous voulons nous tenir debout, à headbanger et groover. Est-ce que j’ai dévié ? Est-ce que j’ai répondu à la question ?

A peu près [rires]. La question était plutôt de savoir s’il était important de réfléchir sur ses travaux passés, en se disant « on devrait améliorer ça », « on devrait faire ça autrement », etc.

[Rires] Oh, ouais, Je pense que ça se produit sans qu’on le fasse exprès. Tu es inspiré par des choses. Peut-être qu’un musicien qui écrit un album tous les deux ans, entre ces deux années ou chaque album, il s’inspire de choses différentes qui, je pense, façonnent sa musique.

Vredehammer - photo by Jorn Veberg

(A propos du « Britney Spears metal ») « Tu mets une chanson, c’est du death metal très cool, ensuite le refrain débarque et c’est genre : [chantant une mélodie ringarde] ‘Eh, yeah, je t’aime…’ Ce genre de trucs, ça revient à violer le metal ! [Rires] »

Comment as-tu procédé dans le processus de composition pour obtenir ce feeling ? Est-ce que tu as écouté ces groupes qu’on a mentionnés pour t’inspirer et comprendre comment ils ont structuré leurs chansons, fait leurs riffs, etc. ?

Je pense que c’était plus quelque chose qui s’est fait tout seul, quelque part dans ma tête, je dirais. En gros, disons que j’avais un riff et peut-être que de prime-abord, je me disais : « Ok, il devrait y avoir un blast beat là-dessus. » Mais cette fois, au lieu de ça, j’essayais des choses différentes, simplement : « Hey, écoute, ce n’est pas nécessaire qu’il y ait un blast beat. Ça sonne très bien sans ! »

Est-ce que tu as choisi le nom Violator en raison du sentiment de puissance que l’album confère à l’auditeur ?

Non. C’est juste que j’ai revu le film Spawn. Lorsqu’il est sorti, c’était vraiment cool, alors qu’aujourd’hui, ça paraît incroyablement mauvais [rires], les effets sont juste horribles ! Mais un des personnages du film s’appelle le Violator et ça m’a inspiré une chanson. Lorsque nous nous sommes retrouvés avec plusieurs chansons, il était temps de commencer à réfléchir au nom de l’album. Je voulais m’éloigner un peu du côté black metal dans le titre et, en fait, peut-être avoir une sensibilité plus thrash. Je trouve que Violator correspondait bien. En tout cas, ce n’est pas parce que Depeche Mode a un album qui s’appelle Violator ! [Rires]

Es-tu un fan de comics ?

Eh bien, je ne dirais pas que je suis un très grand fan. Je suis plutôt du genre à lire des livres, en fait.

Autant l’album est puissant, autant il comprend un grand travail mélodique et atmosphérique. Est-ce quelque chose que tu recherchais, cet équilibre entre puissance, mélodie et atmosphère ?

Pas vraiment. C’est juste que ce qui est arrivé est arrivé [petits rires]. Mais je pense que c’est une bonne façon de faire pour rester intéressant. Certains groupes sont à fond [il imite une mitraillette] de la première seconde de l’album à la dernière. Plein de gens aiment ça, bien sûr, mais pour ma part, ça finit par être trop… Je pense que tu peux faire des choses plus douces dans la musique sans tomber dans le piège de certains nouveaux groupes de metal, le « Britney Spears metal » qu’on voit aujourd’hui, et dans ce cas, mettre de la mélodie, ça peut être cool ; peut-être avec un côté musique de film, avec une autre sensibilité que le côté power metal gay mignon tout plein.

Qu’est-ce que tu appelles le « Britney Spears metal » ?

Je dirais… En fait, je n’ai pas vraiment beaucoup de noms. Il y a un groupe suédois… Genre tu mets une chanson, c’est du death metal très cool, ensuite le refrain débarque et c’est genre : « [chantant une mélodie ringarde] « Eh, yeah, je t’aime… » Ce genre de trucs, ça revient à violer le metal ! [Rires] C’est quoi déjà le nom de ce groupe ? Je les ai vus en concert dans un festival local et, au début, je me disais : « Ok, c’est cool ! » Et au final, j’ai dû aller en coulisse leur demander : « Comment pouvez-vous vous tenir sur scène avec un t-shirt de Death et faire ça ? Ça ne va pas du tout ! » C’était la première fois que j’ai été confronté à… Je ne sais pas si c’est du « core » ou du neo metal, je n’en suis pas sûr.

Qu’est-ce qu’ils ont répondu ?

Ils ont dit que les jeunes filles aimaient ça ! [Rires]

Est-ce que c’était Sonic Syndicate ?

Ouais, probablement…

Ou Soilwork fait un peu de ça…

Ouais, en fait, c’est possible mais j’étais fan de Soilwork avant, sur les premiers albums, mais c’était parce qu’ils faisaient du chant clair mais sans les notes gays. Bordel, c’était quoi… C’est quelque chose avec « august » ou… Non, Dead By April, c’est ça le nom du groupe ! Ça aurait pu être super cool mais les refrains de ce groupe et d’autres qui font la même chose… Mais, hey, ils ont sacrément plus d’auditeurs que nous ! Donc peut-être que c’est nous qui faisons quelque chose qui ne va pas, mais si tu es un vrai metalhead, tu ne peux pas faire ces choses, ce n’est pas bien ! [Rires]

L’album est assez court, tout juste un peu plus de trente minutes. Est-ce fait exprès ?

En fait, nous avions quelques chansons supplémentaires mais, au final, ça ne semblait pas approprié de les intégrer avec les autres. Elles avaient un côté, je dirais, plus black metal. Alors nous avons décidé : « Ok, si nous nous contentons de ces sept chansons que nous avons aujourd’hui, ça fera déjà un super ensemble. » D’ailleurs, la dernière chanson, « Blodhevn » a un peu ce côté black metal mais je me suis dit : « Hey, on peut bien en avoir une. » Juste comme un hommage à ce que nous faisions à nos débuts, avec des blast beats et en chantant en norvégien à propos des forêts, de montagnes et d’épées [petits rires].

Cette chanson est aussi pas mal épique et a une structure un peu progressive.

Ouais ! La partie au milieu est un peu progressive. C’est très, très inspiré de Symphony X ! Je trouve que c’est un groupe incroyable, sauf pour les quelques chansons où ils font ce dont je parlais au sujet des refrains, lorsqu’ils partent un peu trop en vrille avec les [chante à nouveau avec une voix ringarde] « yeaaah, yeaaah, tonight it’s gonna happen ! », ce genre de trucs [petits rires].

C’est une influence assez surprenante pour un groupe de black metal !

Symphony X est génial ! Les compositions… Ils ont une très bonne manière de créer des mélodies sombres. J’étais un fan de prog bien avant de découvrir la musique extrême.

Vredehammer - Violator

« Symphony X est génial ! Les compositions… Ils ont une très bonne manière de créer des mélodies sombres. J’étais un fan de prog bien avant de découvrir la musique extrême. […] J’ai failli pleurer la première fois que je les ai vus [rires]. »

Qu’est-ce qui t’a poussé vers le black metal, dans ce cas ?

C’était le groupe Covenant, lorsqu’ils ont sorti l’album Nexus Polaris. Cet album a attiré mon attention parce qu’ils avaient ce feeling venant du heavy metal, et puis j’ai découvert Dimmu Borgir et Cannibal Corpse, grosso-modo, au même moment. Je me souviens avoir entendu la chanson « Devoured By Vermin » dans l’émission Headbangers Ball sur MTV, j’ai éclaté de rire [petits rires] parce que c’était tellement extrême ! Pareil pour Dimmu Borgir, c’était vraiment extrême mais j’imagine que ça a touché une corde sensible chez moi parce que le jour suivant, je me disais : « J’aimerais bien encore entendre ce truc ! » C’était un peu débile mais c’était assez cool aussi. Ensuite j’ai écouté Death, Morbid Angel, etc. C’était une période extrême !

A propos de Symphony X, il se trouve que je vais les voir en concert ce soir !

Ah ! C’est dingue ! [Rires] C’est vraiment cool. Ils sont donc de passage en France ? J’aurais adoré être là ! J’ai failli pleurer la première fois que je les ai vus [rires]. Je suis vraiment un grand fan !

J’imagine que les musiciens de black metal sont plus sensibles que les gens veulent bien croire [petits rires].

Ouais, tu aurais dû voir les bus de tournées ! Bien sûr, ça varie. Certains groupes sont à fond black metal mais… Nous tournions avec Keep Of Kalessin et Vreid en novembre et c’était la meilleure façon de vraiment voir comment sont les groupes de metal extrême [petits rires]. Lorsqu’ils étaient dans le bus, ils écoutaient de la pop des années quatre-vingt, ils chantaient la chanson de Dirty Dancing, etc. Je me souviens également d’une fois, nous faisions un shooting photo avec mon précédent groupe Elite et pendant ce shooting, le bassiste disait au batteur : « Hey, c’est quoi le shampoing que tu utilises, mec ? Est-ce que tu utilises de l’après-shampoing ? » [Rires]

Tu m’as chanté ces petites mélodies kitsch, mais tu sembles assez bien chanter en voix clair, en fait. Est-ce quelque chose que tu pourrais utiliser à l’avenir ?

En fait, je l’ai fait sur les premiers EPs de Vredehammer ! Certains de ces trucs sont vraiment, vraiment mauvais et je suppose que d’autres sont corrects. Je l’ai fait sur certains concerts et je n’étais pas du tout à l’aise. D’ailleurs, un mec est venu me voir et m’a dit : « Hey, tu sais, c’était assez cool mais t’es vraiment nul à chier en chant clair ! » [Rires]

Donc aucune chance de te revoir faire ça ?

Peut-être. A un moment donné, j’ai chanté dans un groupe de reprises heavy metal, donc… Mais je préfère growler, car comme ça tu peux même roter en chantant, personne ne s’en rend compte ! Donc, c’est bien [petits rires].

Est-ce que le fait de jouer avec Abbath a inspiré d’une façon ou d’une autre la conception de Violator ?

Je ne dirais pas que ça a inspiré la musique mais ça m’a inspiré à d’autres façons, en voyant simplement comment les choses fonctionnaient à ce niveau lorsque nous jouions dans de grands festivals et tout, en voyant ce qui fonctionne sur scène, en terme d’image, etc. J’ai beaucoup appris de ces mecs. En fait, une chose que j’aimerais dire aux gens, c’est que je crois qu’ils ne se rendent pas compte à quel point King est brillant. Je pense que beaucoup de gens apprécient King parce qu’il a un bon look et ils aiment les photos [provocantes] de lui, très black metal, mais il m’a vraiment impressionné avec ses connaissances sur toute l’industrie. S’il le voulait, il pourrait probablement se retirer de la scène et travailler comme promoteur ou manageur et vraiment réussir en tant que tel. Il sait vraiment ce qui fonctionne. Abbath, bien sûr, est le plus grand show man dans le metal, [de façon comparable] à Kiss, en offrant quelque chose aux gens qui, au-delà d’écouter la musique, les poussent aussi à regarder le groupe. J’ai donc assurément appris à être un peu plus actif sur scène. C’était vraiment une bonne expérience ! Et puis j’ai eu l’occasion d’essayer les sushis au Japon ! [Petits rires]

C’était bon ? [Petits rires]

Ouais, c’était bon. Un peu effrayant. Je n’ai pas osé manger de tout mais c’était une chouette expérience. Tout le monde devrait aller au Japon ! C’est irréel !

Puisqu’on est sur le sujet, en décembre, tu as quitté Abbath. Ça s’est produit au même moment que le départ du batteur Kevin Foley et, tout comme lui, tu as dit que c’était pour des « raisons personnelles ». Avez-vous donc tous les deux quittés le groupe pour les mêmes raisons et qu’est-ce qui n’allait pas pour que vous quittiez tous les deux le groupe en même temps ?

Je ne veux pas parler à la place de Kevin mais pour moi, c’était juste que je veux faire les choses par moi-même. Je ne veux pas vraiment devenir, genre, célèbre ou jouer dans des festivals parce que j’ai été musicien de session avec Abbath. Et je voyais que c’était en train d’arriver. Mon nom a pris de l’ampleur en très peu de temps. Pour faire simple, je ne voulais pas travailler pour un autre groupe. Je veux soit réussir par moi-même, soit pas réussir du tout. Abbath, King et moi, sommes de très bons amis. Il n’y a donc rien qui cloche de ce côté-là.

Pourquoi est-ce si important pour toi d’être le leader de ton propre groupe ?

Je m’en veux pour les gens qui ont joué avec moi parce que c’est comme ça que je suis ! J’ai besoin que les choses soient faites à ma façon. Dans Abbath, évidemment, je n’avais pas mon mot à dire, c’est son groupe. Lorsque j’ai reçu cette opportunité, c’était vraiment super mais après avoir joué avec eux pendant presque six mois, mon ancien job dans mon propre groupe, à faire mon propre truc, me manquait, et Abbath était énorme avant que j’arrive et il sera énorme encore après mon départ, tout est déjà fait. S’il était possible pour moi d’atteindre les objectifs que je me suis fixé lorsque j’avais quinze ans, ce serait génial, mais j’ai l’impression que le faire via Abbath ou en jouant dans Metallica ou peu importe, ce n’est pas la bonne façon de le faire ; ça revient à sauter de nombreuses étapes dans le processus. Je dirais donc que c’est surtout quelque chose de personnel. Certaines personnes préféreraient être des musiciens de sessions : tu te contentes de monter sur scène, on te met une guitare dans les mains et tu joues. Mais moi, j’aime tout ce qu’il y a à côté de ça.

Ton ancien compère dans Abbath, Kevin Foley, nous a dit beaucoup de bonnes choses à ton sujet. As-tu pensé à collaborer avec lui sur un projet ou même dans Vredehammer ?

Ouais, nous nous sommes super bien entendus. Il fait partie de mes personnes préférées au monde ! [Petits rires] J’adorerais [l’avoir dans le groupe] mais pour le moment nous avons déjà un super batteur. C’est sûr que jouer avec Kevin serait génial. En fait, je lui ai demandé s’il envisagerait de faire de la batterie pour mon projet Valla. Si l’occasion se présente, ce serait génial ! C’est vraiment le meilleur batteur au monde ! Incroyable !

Vredehammer - photo by Jorn Veberg

« De nos jours, je dirais que presque tout le monde est obligé d’avoir un job à temps plein à côté de la musique et, au final, ça mènera à de la musique merdique parce que les gens sont fatigués après avoir travaillé pendant dix heures. »

Entre Vinteroffer et le nouvel album Violator, Vredehammer a complètement changé de line-up et a accueilli Stone et Felix de Canvas Black. Que s’est-il passé ?

C’est de ça dont je parlais lorsque je disais que je m’en veux pour les musiciens avec lesquels je joue et je suis désolé qu’ils aient à jouer avec moi [rires]. Car, en gros, au début, j’avais cette philosophie comme quoi tout le monde dans le groupe pouvait écrire de la musique et tout à part égale. Et ce qu’il s’est passé, c’est que lorsque nous avons commencé à écrire de la musique ensemble, ça ne m’a pas vraiment convenu parce que j’ai fait trois EPs seul, j’ai fait plein de musiques seul avant ça et je suppose que je me suis trop habitué à composer tout seul. Et nous étions encore à un petit niveau où il fallait beaucoup s’investir dans le groupe et, en gros, les autres musiciens ne voulaient pas s’investir dans quelque chose s’ils ne pouvaient pas participer au processus de composition et tout. Et je le comprends complètement. Je le respecte complètement. J’ai donc dis aux gars de Canvas Black : « Hey, je fais la musique et vous, vous formez la musique avec vos propres instruments. Si vous pouvez vivre avec ça, alors ça fonctionnera. » En fait, l’un des bassistes [que nous avions précédemment, John Erik Andersen,] était le chanteur d’Allfader, l’un de mes précédents groupes. Tu sais, plusieurs des mecs qui ont été dans le groupe étaient plutôt des leaders et je suppose que ça ne fonctionne pas lorsque tu as trois gars qui ont de fortes opinions et qui se prennent la tête constamment. Aujourd’hui, c’est l’harmonie parfaite. Nous avons chacun notre propre instrument… En fait, nous réintégrons notre ancien guitariste, Kristoffer Hansen. Nous avons bien parlé tous les deux et il revient dans le groupe. Il a fait un concert avec nous au Blastfest et c’était vraiment bien. Nous allons donc redevenir un quatuor à partir de maintenant.

Tu trouves qu’un second guitariste manquait ?

Ouais. On n’en n’avait pas l’impression lorsque nous avons fait l’album à trois mais lorsque nous avons essayé avec un guitariste supplémentaire, alors c’était évident que nous en avions besoin pour offrir le meilleur show possible. Comme au concert du Blastfest, ma guitare est tombée en rade, j’ai donc juste pris le microphone et Kristoffer nous a sauvé les fesses ! C’est bien d’être quatre. Il y a une très bonne harmonie entre les gars. Je pense que tout roule pour Vredehammer en ce moment.

Donc à partir de maintenant, tout est réglé dans Vredehammer.

Ouais, exactement. Et j’imagine qu’en arriver où nous en sommes était juste un apprentissage, il fallait pouvoir dire aux gens : « Je ne veux pas être un connard mais pour que ça marche, il faut que ce soit comme ça, pas de démocratie. » Certains n’aiment pas ça et pour d’autres ça ne pose pas de problème. Donc maintenant, ça marche.

En dehors du fait que tu ressens le besoin d’être le seul compositeur dans le groupe, penses-tu aussi que ça produit un résultat plus solide de n’avoir qu’une personne qui gère toute l’écriture ?

Je crois que ça donne un certain son, un son plus spécifique. Lorsque Vredehammer aura sorti cinq albums, les gens pourront dire que c’est Vredehammer, que ça sonne comme tel. Lorsque tu as cinq gars qui font de la musique ensemble, je pense que tu… Bien sûr que tu obtiens de bons résultats ainsi également mais j’aime l’idée de Megadeth, Death, Behemoth, ces groupes qui ont un unique compositeur. Ça fonctionne bien et, en gros, pour moi, c’est comme ça que ça doit être.

Qu’est-ce que Stone et Felix ont apporté au groupe et à cet album, en comparaison des membres et de l’album précédents, selon toi ?

En gros, la basse sur l’album précédent, Vinteroffer, a été faite par Kristoffer. C’est un guitariste, donc je dirais qu’il a fait les lignes de basse comme un guitariste. Ça sonne très bien mais maintenant, lorsque Stone a fait la basse, il l’a pensé un peu différemment. Il remplit la musique de manière plus intéressante que ne le ferait un guitariste. C’est aussi un technicien de studio très compétent, c’est donc un vrai atout également par rapport à ça. Il connaît plein de choses techniques, alors que moi, je ne connais strictement rien au niveau technique. Et Felix est un batteur incroyable. Lorsque nous avons tourné avec Keep Of Kalessin, leur batteur a même dit qu’il avait tourné avec un paquet de groupes mais que Felix était le meilleur batteur live qu’il ait jamais vu ! Nous avons donc beaucoup de chance de l’avoir avec nous. Il est dingue, il s’entraîne, genre, trois heures chaque putain de jour. Il organise sa vie de façon à travailler juste ce qu’il faut pour survivre et ensuite, il s’entraîne tout le reste du temps. Un mec incroyable !

Ils sont tous les deux de Bergen, n’est-ce pas ?

Non mais les deux ont effectivement habité à Bergen. Et puis ils sont quand même très éloignés de Kristoffer et moi.

Du coup, comment faites-vous pour les répétitions ?

Nous ne répétons pas [petits rires]. Nous répétons chacun chez soi et nous nous retrouvons sur scène. C’est sûr qu’il faut avoir les bons musiciens pour faire ça. Heureusement, nous pouvons tous les quatre le faire et ça fonctionne bien. Bien sûr, lorsque nous sommes en tournée, nous atteignons un autre niveau parce que nous donnons une dizaine de concerts et ça sert de répétition, c’est là que nous devenons super carrés. Mais quand même, nous sommes impressionnés à chaque fois que nous donnons un concert après que nous ne nous soyons pas vu pendant quatre mois. Nous nous disons « salut, montons sur scène, » nous jouons et ça sonne bien. Donc ouais, il faut avoir les bonnes personnes pour ça.

Il y a aussi une amélioration dans la production par rapport à Vinteroffer, Violator étant plus puissant et ample. Peux-tu nous dire comment vous en êtes arrivés à ce résultat ?

En fait, je trouve que la production est bonne sur les deux albums ! Mais si c’est comme tu dis, c’est super parce qu’alors, ça signifie que nous empruntons la bonne direction, au moins [petits rires]. C’est bien que ce ne soit pas l’inverse. Je n’ai pas vraiment grand-chose à dire. Nous avons fait appel à un technicien qui s’appelle Stamos Koliousis, il nous a été [recommandé] par notre label Indie Recordings. En gros, ils nous ont juste dit : « Hey, il vous faut ce mec. Il est très talentueux et il travaillera jusqu’à obtenir le résultat que vous recherchez. » C’est à peu près tout. La production est claire comme de l’eau de roche, d’une certaine façon, tout du moins, c’est ce que je ressens. Ce qu’il se passe est mieux mis en évidence. Sur l’album précédent, nous avons fait appel à Jacob Hansen et je crois qu’il a beaucoup travaillé avec Volbeat et fait beaucoup de power metal et tout. Je dirais que lui aussi sait comment créer un bon son.

D’après le communiqué de presse, cet album a été inspiré par Stephen King et autres classiques de l’horreur. Peux-tu nous en dire plus sur ta relation aux auteurs tels que Stephen King ?

Ouais, j’ai lu beaucoup de livres durant l’année ou même les deux années passées. Je suppose que ce dont tu remplis ta tête est ce qui ensuite en ressort. A chaque fois que je commence à écrire des paroles, elles prennent la direction d’histoires que j’ai lues de Stephen King. Mais la seule chanson qui soit directement connectée à Stephen King, c’est « Deadfall », qui est inspirée du livre Simetierre. Il y a cette bordure entre le cimetière d’animaux de compagnie et le cimetière indien, et le « piège » (« deadfall », NDT), c’est là où il y a plein d’arbres morts, de feuilles, d’épines, des trucs morts, quoi [petits rires].

Per Valla

« Ce n’est pas du tout rentable [de tourner avec Vredehammer] ! Nous perdons énormément d’argent à chaque fois que nous le faisons, c’est un fait. […] Cette année, nous n’avons rien de prévu parce que nous avons dépensé tout notre argent sur la tournée de l’an dernier. »

Tu as mentionné Spawn et maintenant Stephen King. Es-tu souvent inspiré par les films et la littérature ?

Ouais. Mais si je dois écrire des paroles, je commence avec un riff et en gros, je me mets à ressentir quelque chose à partir de ce riff, un genre d’humeur s’éveille en moi lorsque je l’écoute, et là, je commence à écrire quelques phrases… C’est très dur, tu sais… Les paroles, apparaissent comme par magie ! Ça sort de nulle part [petits rires].

Sur certaines photos promo, tu as cinq points alignés verticalement peints sur ton front et que l’on retrouve sur la pochette de l’album. Qu’est-ce qu’ils représentent ?

Rien ! C’est juste que c’est cool [rires]. En fait, c’était l’idée de King et je lui ai demandé si ça ne le dérangeait pas que j’utilise ces points. Car je les utilisais lorsque je jouais avec les gars dans Abbath et je me suis dit : « Hey, c’est plutôt pas mal ! » Ça me fait ressembler une sorte de chef Viking ou je ne sais quoi. Je l’aime bien. Lorsque je les mets, ça me met dans un super état d’esprit lorsque je suis sur scène. C’est un truc visuel. Ça ne veut rien dire de spécial.

Et à propos de la pochette, avec ce paysage fait de montagnes grises, qu’est-ce que ça représente pour toi ?

J’aurais aimé pouvoir te raconter une histoire intéressante mais la vérité est que nous étions supposé utiliser une autre illustration plus inspirée de Spawn et tout le côté urbain futuriste, mais ça, c’était une suggestion du designer et nous avons dit : « Ok, on n’a pas vraiment le temps de nous occuper de tout ce qu’on a envie de faire mais ça, c’est pas mal du tout, alors on va partir là-dessus. »

Cette illustration a un peu un côté true black metal…

Vraiment, tu trouves ?

Ouais, avec le côté noir et blanc…

Oh, ouais, c’est vrai. Pour moi, ça ne se rapporte pas forcément à un genre. Evidemment, je ne pense pas que ça pourrait convenir à un album de pop mais je pense que ça pourrait bien aller à album purement metal ou ça pourrait être un film fantastique, peut-être. Mais ouais, j’en suis content. Peut-être que c’est ça qui est bien : tu y vois un côté black metal, moi je vois un côté globalement sombre, peut-être que d’autres gens y voient autre chose.

Tu as aussi un nouveau projet simplement baptisé Valla. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet et comment ce projet a vu le jour ?

C’est un peu une tentative pour faire un peu d’argent dans l’industrie de la musique en n’ayant pas de label et en n’enregistrant pas d’album parce que si tu fais les choses ainsi, tu ne vois pas beaucoup la couleur de l’argent. L’argent vient des ventes du merch et des concerts. J’écris beaucoup de musique et je me suis dit que ce serait marrant de simplement essayer de faire quelque chose de différent. Je dirais que ça sonne un peu différent à cause des sons de clavier bien particuliers qui sont utilisés. D’un autre côté, tu as ce côté old school où l’artiste va directement au contact de l’audience, en disant : « Hey, j’ai fait cette chanson ! Est-ce que ça vous dit de l’écouter ? Si vous l’aimez, vous pouvez directement me l’acheter. Je vous l’enverrais par courrier pour un euro, je pourrais faire un CDR et le signer. » En gros, si un gars paie un euro pour une chanson, il faut un sacré paquet d’écoutes sur Spotify pour en obtenir l’équivalent. Les trois chansons que j’ai faites jusqu’à présent ont probablement… Ouais, grâce à ça je pourrais assurément aller faire plusieurs fois mes courses et me payer un déjeuner… C’est plutôt cool. J’espère que ça va continuer à progresser et peut-être que d’autres groupes pourront aussi faire la même chose. Je trouve que c’est une bonne façon de se mettre en lien direct avec l’audience et de contourner cette satanée industrie. Tu sais, avec Spotify, un streaming, c’est quelque chose comme 0,003 euros, ensuite tu dois diviser ça en deux parce que le label, bien sûr, doit récupérer sa part. Ouais, c’est le bordel. Une chose à laquelle je pense souvent, c’est qu’avant, lorsque les gens achetaient des CDs, ça permettait aux musiciens de se poser chez eux, s’entraîner sur leurs instruments, avoir du temps pour écrire de la musique, mais de nos jours, je dirais que presque tout le monde est obligé d’avoir un job à temps plein à côté de la musique et, au final, ça mènera à de la musique merdique parce les gens sont fatigués après avoir travaillé pendant dix heures, ensuite ils rentrent à la maison et se disent : « Ah, il faut que je compose un album ! » Au lieu de : « Ah, ok ! Je vois que mes droits m’ont été payés, c’est parfait. Je vais aller me poser à un café, écrire de super paroles, rentrer chez moi, composer de la super musique… » Les temps ont changé.

Alors pourquoi est-ce que tu continues à sortir des CDs avec Vredehammer ?

Ouais, bien sûr, parce que c’est comme ça que ça a commencé et c’est comme ça que ça continuera. Nous avons une bonne relation avec notre label. Ils sont probablement plus justes et conscients des défis qui viennent avec le fait d’être musicien parce que chez Indie Recordings, ils sont eux-mêmes une bande de musiciens. Ça marche bien avec eux, c’est une bonne équipe. Et Vredehammer est un groupe à CD ou à albums, c’est un groupe qui est fait pour le format physique.

Mais qu’est-ce qui te fait penser que Valla ne pourrait pas être un groupe fait pour le format physique ? Parce que tu pourrais presser et sortir toi-même tes propres disques.

Ouais, c’est ça le truc. Si ça suscite l’intérêt de beaucoup de gens, alors ça pourrait se faire. Mais aujourd’hui, ce serait… Ça fait un moment que je réfléchis à démarrer un projet solo. Je me disais : « Ok, donc il faut que j’embauche un batteur. Ça signifie qu’il faudra quelque chose comme mille euros pour enregistrer un album et ensuite, il faudra presser les CDs, faire l’illustration et tout. » Jusqu’à ce que je me dise : « Oh et puis merde ! Je vais l’enregistrer chez moi, j’utiliserais une boite à rythme… » Voilà à quoi ça se résume. Peut-être que c’est ça le futur de la musique, je ne sais pas. Mais je crois que, de nos jours, plus de groupe qu’on veut bien le croire utilisent des boites à rythmes, je pense, à cause de questions de coûts. Donc, en gros, Valla fait ses tous premiers pas, essayant de trouver une façon de faire de la musique et d’en tirer de l’argent.

Est-ce que ça signifie la fin des batteurs ?

Non, clairement pas. On en a besoin en concert mais je pense que c’est le défi principal lorsque tu vas en studio. Honnêtement, cette fois-ci, nous étions dans une mauvaise passe économique [avec Vredehammer] lorsque nous avons enregistré l’album. Et je pense que nous ne sommes pas les seuls. Nous ne l’avons pas fait mais je pense que beaucoup de groupes disent : « Ok, donc on peut économiser au moins mille euros là-dessus si nous utilisons juste une boite à rythmes, et bidouillons deux ou trois trucs ici et là. Personne ne se rendra compte que ce n’est pas un vrai batteur. » Quel groupe de notre niveau se rend dans un studio professionnel de nos jours ? Il faut être vraiment très gros, il faut obtenir un paquet de fric du label pour aller dans un studio et y rester pendant deux semaines comme on en avait l’habitude à une époque. Il y a davantage de groupes qui se battent pour obtenir des places sur des festivals où ils sont d’ailleurs moins payés. De moins en moins de gens achètent des CDs. C’est un peu un gros dilemme parce que, bien sûr, internet est un formidable outil pour que les groupes se fassent connaître mais, d’un autre côté, c’est une formidable manière pour les gens de ne pas acheter d’albums. Je contemple, fasciné et avide de voir quel sera la prochaine étape pour l’industrie, ce qui va se passer pour que les choses soient plus justes.

Per Valla

« [Le true black metal,] c’est trop « nécro » pour moi, tu vois. Le son est merdique et souvent, les guitares ne sont même pas accordées, tu peux à peine te rendre compte de ce qu’il se passe. Ça ne me va pas. Je préfère un bon gros son précis. »

J’ai lu que tu avais l’intention de donner des concerts avec Valla mais avec seulement un batteur et le reste sera fait avec des samples, car c’est trop coûteux de tourner avec un groupe au complet. Est-ce que ça signifie que tourner avec un groupe comme Vredehammer n’est pas suffisamment rentable ?

Non, ce n’est pas du tout rentable ! Nous perdons énormément d’argent à chaque fois que nous le faisons, c’est un fait. Grâce à la petite ville dans laquelle je vis, nous sommes beaucoup soutenus par la communauté, des mécènes et autre ; ça a beaucoup aidé. Et je ne veux pas à nouveau sonner à leur porte et les embêter, tu vois, c’était suffisant lorsque nous sommes partis en tournée avec Satyricon. Chaque fois que nous partons jouer avec un plus gros groupe, il faut payer pour la promotion, payer pour le bus, payer les voyages et tout. Donc, à notre niveau, ça ne marche pas, tu ne te fais pas d’argent. En fait, tu perds de l’argent chaque fois que tu pars en tournée, à moins d’avoir un genre de parrainage, et ça, c’est quelque chose que j’adorerais voir changer. Car ça ne pose pas de problème aux gros groupes de tourner, ils vont vendre tellement de merch qu’ils rentreront probablement chez eux avec les poches un peu plus remplies que lorsqu’ils sont partis en tournée mais pour les groupes de notre envergure, aucune chance. C’est comme ça.

Est-ce que ça signifie que vous allez réduire les tournées avec Vredehammer ?

Ouais. En fait, cette année, nous n’avons rien de prévu parce que nous avons dépensé tout notre argent sur la tournée de l’an dernier. Je ne veux pas avoir l’air d’un connard négatif mais c’est un simple fait. Donc, jusqu’à ce que nous trouvions un sponsor, il faudra que nous nous posions chez nous et travaillons sur notre réseau de connaissance pour essayer de trouver les bonnes personnes qui pourraient nous caler sur un festival ou autre. Mais nous ne sommes pas très gros, tu sais ! Il y a beaucoup d’autres groupes avant nous dans la file d’attente pour jouer dans des festivals.

Indie Recordings ne paient rien pour les tournées ?

Non, les labels ne prennent pas part aux tournées, ni même au merch. C’est à la charge des groupes. Si c’était rentable, je suis certain qu’ils le feraient. Peut-être qu’ils l’ont fait et ont vu que : « Ok, ce modèle économique ne fonctionne pas, il faut donc que nous arrêtions de faire ça. » Ceci dit, je ne fais que supposer. Je dirais que notre groupe a un avenir radieux et que les choses marcheront pour nous mais quand même, j’ai l’impression que… Pour nous, voilà la situation, je l’accepte telle qu’elle est mais c’est triste pour les groupes qui sont dans cette position, en train d’étendre leur communauté de fans et désireux de jouer chaque satané soir de l’année mais… C’est une compétition, il y a tant de choses… Tu dois rencontrer les bonnes personnes, tu dois être au bon endroit au bon moment, tous ces clichés, tu vois. Mais je crois que ça devient de plus en plus difficile.

La musique des trois premières chansons que l’on a entendu de Valle est clairement un black metal plus orienté synthétiseur. As-tu une affinité particulière avec les synthés et l’électronique ?

Pas vraiment. J’ai ce logiciel avec lequel j’ai commencé à faire des riffs – tu peux appeler ça comme ça – sur des synthés et je me suis dit que ça sonnait sympa [petits rires]. Donc j’ai continué sur ma lancée. En fait, j’ai été élevé en écoutant des groupes comme Yes, Vangelis et Jean-Michel Jarre, donc peut-être que ce sont des réminiscences de tout ça.

La Norvège est reconnue pour sa scène black metal. Mais la plupart des groupes étant d’Oslo et de Bergen et toi de Mo I Rana plus au nord, est-ce que ça signifie que tu as évolué un peu en marge de cette scène ?

Ouais, je dirais que nous avons sans doute de la chance parce que nous n’avons pas à entrer en compétition, du genre « qui a le meilleur album en ville ? », « qui est le groupe le plus cool de la ville ? »… Il est probable que de nombreux groupes dans les grandes villes n’osent même pas tenter leur chance parce qu’ils pensent qu’ils ne pourront jamais rivaliser avec ces mecs ou peu importe. Nous faisons notre propre truc, à une centaine de kilomètres d’Oslo. Il est clair que nous ne connaissons pas grand-monde dans la scène dans le reste du pays. Evidemment, je connais les gars d’Abbath maintenant et quelques personnes que j’ai rencontrées avec les années. Mais, par rapport à d’autres groupes en Norvège, nous sommes assez isolés du noyau dur des groupes.

Dirais-tu que c’est ce qui donne à Vredehammer sa fraîcheur ?

Ouais, probablement un peu. Sans doute que nous sonnerions un peu plus comme les autres groupes si nous vivions là-bas. Je ne sais pas ! [Petits rires]

Comment voyais-tu cette scène black metal au début des années 90, d’un point de vue extérieur ?

Ça ne m’a jamais marqué comme étant quelque chose que je voulais vraiment écouter. C’était l’époque où j’écoutais Dream Theater et Symphony X. C’était donc d’abord lorsque Dimmu Borgir est arrivé que j’ai commencé à lever les yeux. C’est trop « nécro » pour moi, tu vois. Le son est merdique et souvent, les guitares ne sont même pas accordées, tu peux à peine te rendre compte de ce qu’il se passe. Ça ne me va pas. Je préfère un bon gros son précis. Voyons voir, dans les années 90… Ouais, c’est sûr que j’écoutais Pantera, Sepultura et ces groupes pendant ce temps. Peut-être que c’est parce qu’en 93 j’avais douze ans, donc…

Etait-ce difficile de jouer de la musique et avoir de la reconnaissance en étant si loin des grandes villes ?

Ouais ! Je dirais que, jusqu’à probablement maintenant ou les six derniers mois, peut-être un an, nous passions partout inaperçus. C’était d’abord lorsque nous avons commencé à beaucoup investir dans les tournées que les gens ont commencé à entendre parler de nous. Mais quand même, il nous reste beaucoup de chemin à parcourir avant que les gens sachent vraiment qui nous sommes. Si nous donnons un concert, je dirais que quinze à vingt personnes ont déjà entendu parlé de nous, c’est l’impression que j’ai eue sur la dernière tournée, et ça, c’était peut-être sur deux cent personnes. Donc, ouais, c’était difficile de trouver un label connu et de dénicher des dates, des tournées, mais ça s’améliore. Nous avons travaillé très dur. La ténacité est la clef ! Il ne faut jamais s’arrêter. Nous avons été suffisamment chanceux pour être nominé aux Grammys. Evidemment, comme je l’ai dit, ça n’a pas apporté grand-chose mais ça nous a fait de la publicité. Nous avons tourné avec Satyricon, c’est un investissement pour se faire remarquer. Et si internet n’existait pas, nous ne serions pas du tout connu, j’en suis certain. D’un autre côté, internet diffuse la musique en streaming [rires].

Interview réalisée par téléphone le 4 mars 2016 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.

Site internet officiel de Vredehammer : www.vredehammer.no



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