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Chronique   

W.A.S.P. – Golgotha


W.A.S.P. - GolgothaQue penser de W.A.S.P. en 2015 ? De ces dernières années, on a encore en tête les annulations en série de concerts, souvent peu ou mal justifiées. Le groupe a certainement souffert, tout du moins fut un temps, d’un certain défaut de communication, à une époque d’ultra-communication via les réseaux sociaux, qui a laissé proliférer une image de rock star capricieuse. Puis il y a cette attente longue de six ans pour voir enfin venir cet album, Golgotha. Et les deux chansons découvertes récemment par le public, « Scream » et « Last Runaway », n’étaient pas forcément là pour rassurer sur l’engagement du groupe avec ce quinzième opus. La première est un hit, certes, hyper efficace mais semblant opérer un copier-coller de « Crazy », le titre d’ouverture de l’album précédent. La seconde joue sur un terrain rock n’ roll FM enjoué, juste agréable pour certains, agaçante pour d’autres, dans une tonalité proche de « Live To Die Another Day », second titre de l’album précédent. W.A.S.P. serait-il machinalement en train de répliquer un schéma ? Tout ça pour dire que, ces derniers temps, les apparences n’ont pas joué en faveur de W.A.S.P. qui donne une impression je-m’en-foutiste et de balancer un album parce qu’il le faut bien pour continuer d’exister.

Mais on aurait tort de s’arrêter aux apparences qui, c’est bien connu, peuvent être trompeuses. D’ailleurs, si l’on s’en tient à notre récent entretien (à paraître bientôt) avec Blackie Lawless, le frontman se montre toujours passionné par sa musique, attaché à donner le meilleur de lui-même et du sens à ses chansons, et c’est bien pour ça qu’il n’a pas précipité l’album, même après avoir perdu du temps suite à des soucis de santé. « Je ne m’inquiète pas du temps que je prends à faire un album », avoue-t-il, « je m’inquiète du temps qui vient après qu’il ait été terminé : est-ce qu’il tiendra longtemps ? C’est ça le plus important ! » Et il est clair qu’arrivé à la troisième piste, après la mise en jambes que constituent les deux premiers singles, les choses sérieuses commencent pour Golgotha. « Shotgun » est une virée rock n’ roll grisante, dans la plus pure tradition de W.A.S.P., porté par un refrain à chanter à gorge déployée. On pourrait en dire autant de « Fallen Under », « Eyes Of My Maker » ou « Hero Of The World » qui font mouche, émaillés d’accalmies aux atmosphères graves que pour mieux exploser. C’est certain que W.A.S.P. ne change pas une once de la formule qu’il a consolidée après Headless Children (1989). Mais après tout, même plus de trente ans après ses débuts, on se rend compte que seul W.A.S.P. est à même de sonner comme W.A.S.P.. On retrouve cette tension, cette dramaturgie, dans la prestation de Blackie, des trémolos parfois dans la voix, qui chante ses textes – encore une fois d’inspirations bibliques, comme sur Babylon – avec une conviction qui force le respect.

Mais c’est surtout les trois pièces maîtresses de l’œuvre – qui talonnent les huit minutes – qui apportent le véritable frisson. « Slaves Of The New World Order » mêle cavalcades à la Iron Maiden (la basse claquante y est pour quelque chose mais pas que), sentiment d’urgence et refrain plaintif où l’on imagine Blackie, à genoux, implorer le ciel de ses « how long ? ». « Miss You » est une ballade à fleur de peau, qui prend le temps de s’installer, avant de libérer un refrain crève-cœur et atteindre l’extase sur deux longs solos où Doug Blair fait suinter sa guitare. Quant à « Golgotha » et ses intonations tragiques, on comprend aisément sa position de dernière piste, offrant à l’opus qui porte son nom un final plein de frissons, dont les trois dernières minutes sont une nouvelle fois entièrement confiées à Blair – qui brille vraiment sur tout l’album – et ses notes déchirantes.

A l’écoute de Golgotha on découvre un album résolument épique, peut-être même le plus épique depuis le révéré The Crimson Idol – au-delà des trois chansons particulièrement consistantes susmentionnées, tout le reste s’érige au-dessus des cinq minutes. Et la référence à l’album de 1992 est d’autant plus justifiée que, comme l’a révélé Blackie Lawless, « Miss You » avait été, à l’origine, la première chanson composée pour celui-ci (les paroles seraient celles de Jonathan Steel, le personnage fictif dont The Crimson Idol raconte l’histoire, parlant à son frère Michael, agenouillé sur sa tombe), avant d’être mise de côté jusqu’à ce jour. Certes, W.A.S.P. fait du W.A.S.P. mais on ne pourra pas lui reprocher d’avoir manqué d’investissement, comme on aurait pu le craindre, pour livrer une copie à la hauteur. Il y a de l’énergie, de l’émotion, de la passion dans ce Golgotha. Un album qui prouve que W.A.S.P., en 2015, mérite toujours une place de choix dans nos cœurs de hardos.

Ecouter « Scream » et « Last Runaway » :

Album Golgotha, sortie le 2 octobre 2015 via Napalm Records.



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  • « dans la lignée de crimson idol » J’ai failli m’étouffer. C’est le LOL du jour.
    Il ne faut pas mélanger un chef d’oeuvre de création, avec des anciennes compos retravaillées (The Crimson Idol), avec un nouvel album qui est en majorité du recyclage de ce que le groupe a produit dans le passé (Golgotha).

    Le mode shuffle m’a passé « seas of fire » de l’album Babylon, le « get up get up » de scream » vient de là.

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  • je le trouve très bon , dans la lignée de crimson idol

    la chronique de nicolas est juste : wasp a toujours sa place dans nos coeurs

    [Reply]

  • Totalement d’accord avec le 1er paragraphe. Le reste en partie, et encore, à 1% par ci, 0.5% par là.

    J’ai préféré attendre la sortie de l’album avant de lire votre chronique.

    J’ai acheté et écouté l’album… une fois. Sans doute que comme certains disques, il s’apprécie après plusieurs écoutes, mais là, je trouve ça mauvais, nul, H.I.E. Je me suis pas autant ennuyé depuis les 2 parties de The Neon God.
    Je pense savoir pourquoi Dupke est parti, l’omniprésence de la religion. J’ai des convictions, mais là c’est l’overdose.

    Doug Blair se fait plaisir. Blackie est toujours aussi habité dans ses interprétations. Mais il manque quelque chose. Ce feu sacré.
    Même s’il a repompé des plans, l’album n’est pas du tout dans la ligné de Dominator et Babylon. Même les ballades ne passent pas, alors que c’est un exercice dans lequel Blackie se loupe rarement.

    4 ans pour ça. Je suis déçu, et j’ai déjà peur pour le prochain.

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    Rififi

    Ah oui, je voulais ajouter ceci.
    A quand une tournée commune avec Stryper ?

    🙂

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