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Interview   

W.A.S.P. : les idoles ne meurent jamais


« Cet album originel… est-ce qu’on a vraiment envie d’y foutre le bazar ? » Voilà une question que pose Blackie Lawless et résume à elle seule l’entretien qui suit. L’album dont il parle, c’est The Crimson Idol de W.A.S.P., sans doute un des albums conceptuels les plus marquants jamais créés. Œuvre d’un musicien en plein bouleversement, touché par la grâce, mais aussi désabusé par la célébrité, ayant travaillé dessus pendant plus de deux ans, sans malgré tout avoir pu totalement la finir. Voilà pourquoi à l’occasion des vingt-cinq ans de The Crimson Idol, Blackie Lawless s’est lancé dans la délicate entreprise de réenregistrer le disque pour le compléter et enfin monter le film prévu pour l’accompagner.

Une tâche qui s’est avérée beaucoup plus ardue qu’il ne l’imaginait. Ainsi il nous explique la minutie dont il a fait preuve afin d’arriver à bout de ce Re-Idolized, s’assurant que ce réenregistrement « ne se fasse pas honte à lui-même. » Pendant une heure durant, Blackie Lawless nous détaille ce processus, ses difficultés, ses doutes, mais aussi ses bonnes surprises. Il nous parle de ce que l’histoire du jeune Jonathan Steel symbolisait pour lui et sa pertinence encore vingt-cinq ans plus tard, et revient sur le contexte de sa conception au début des années 90. Un entretien où, finalement, on en apprend autant sur un album mythique que sur l’homme lui-même.

« Cet album originel… est-ce qu’on a vraiment envie d’y foutre le bazar ? J’avais d’énormes réserves au départ, parce que la plupart du temps où j’ai entendu des gens faire ce genre de chose, je n’ai pas aimé, et je n’ai jamais trouvé que le réenregistrement était aussi bon que l’original. Donc j’étais vraiment très méfiant, m’assurant que ça ne se produirait pas. »

Radio Metal : Tu viens de sortir Re-Idolized, un remake de l’album conceptuel The Crimson Idol, comprenant également pour la toute première fois le film associé. Lorsque tu as sorti cet album en 1992, dans ton esprit, l’histoire n’était jamais finie. Du coup, pourquoi l’avoir sorti à l’époque, sachant qu’il était incomplet ?

Blackie Lawless (chant & guitare) : Ça faisait presque deux ans et demi que nous étions en studio, et EMI devenait très, très impatient, car ça prenait trop de temps. Ils n’arrêtaient pas de nous mettre la pression pour que nous leur donnions ce que nous avions. J’ai donc terminé suffisamment de chansons pour que l’album puisse, selon moi, raisonnablement bien raconter l’histoire, juste ce qu’il faut pour que l’idée passe. Voilà ce qui s’est vraiment passé. Mais depuis que cet album est sorti, pendant toutes ces années, je n’ai cessé de dire aux gens que l’histoire n’était pas complète. Pendant des années, je lâchais constamment des indices, afin de rappeler aux gens qu’un jour, ça allait se faire et que nous allions terminer l’histoire. Les années sont passées, et ça devait être il y a cinq ans, j’ai contemplé ce dont je savais qu’il allait arriver, c’est-à-dire les vingt-cinq ans de l’album. C’est un anniversaire important. J’ai pensé : « Si on ne fait pas ça maintenant, on ne le fera sans doute jamais. » Je sentais juste que c’était le bon moment.

C’était un grand regret qui t’as suivi durant ces vingt-cinq ans ?

Non, car je savais que l’album était bon. Mais ce que je sais et ce que le public ne sait pas, ce sont deux choses différentes, et je pense que tous les compositeurs ont ce genre de choses qui… Enfin, je sais que c’est mon cas. J’ai des petits bouts de trucs qui traînent et que j’espère un jour les gens pourront entendre, car c’est vraiment bon ! Tous les compositeurs qui œuvrent depuis longtemps ont ce genre de choses. Comme je l’ai dit, ce que nous savons, par rapport à ce que le public ne sait pas, ce n’est pas pareil.

Apparemment, la conception de Re-Idolized a été une énorme entreprise. Peux-tu nous raconter ce qu’il en a coûté ?

La première chose que j’ai faite était d’amener les bandes originales au studio et écouter les pistes individuelles de l’album d’origine. Je n’avais pas écouté ces pistes depuis que j’ai fait l’album. La première chose qui m’a frappé était la quantité de travail que ça allait nécessiter, car je n’écoutais l’album que peut-être une fois tous les deux ans, et quand tu l’écoutes comme ça, tu oublies l’ampleur du travail qui a été investi là-dedans. Vingt-cinq ans, c’est long pour s’éloigner de quelque chose, et ensuite tu reviens et regardes les parties individuelles qui forment le disque complet, et tu te dis « oh bon sang ! Je dois à nouveau escalader toute cette montagne ! » C’était vraiment ça. On m’a souvent posé la question par le passé, les gens me demandaient : « Ça t’as pris deux ans et demi pour le faire la première fois, si tu devais le refaire, combien de temps crois-tu que ça prendrait, sachant ce que tu sais aujourd’hui ? » Et je répondais au gens « six mois », et j’en étais convaincu ! Car je pensais : « D’accord, maintenant je connais ce type d’album, l’histoire est complète, les chansons sont déjà écrites, donc combien de temps ça prendrait, physiquement, pour le recréer ? Ça ne devrait pas prendre longtemps ! » [Rires] Ah ! Tout faux ! Je n’avais vraiment pas conscience du temps que ça prendrait. Donc ça m’a pris une année.

Ensuite, devant en plus faire le film… Comme je n’avais jamais fait de film auparavant, je ne savais pas ce que ça impliquait. J’avais cinq gars à divers endroits sur la planète qui travaillaient tous dessus, faisant différentes choses, et moi j’étais celui qui coordonnait tout le monde. Quelqu’un m’a demandé au cours d’une interview il y a quelques semaines : « Pourquoi n’as-tu pas simplement laissé quelqu’un s’en charger à ta place ? » « Parce qu’ils ne peuvent pas voir ce que j’ai dans ma tête ! » Quel que soit le réalisateur d’un film, c’est lui qui a la vision, donc personne ne peut la concrétiser à sa place. Et indépendamment de ça, si j’avais quelqu’un à qui je pourrais expliquer ma vision, le temps que je parvienne à lui expliquer, autant directement dire aux autres gars ce que je veux. C’est le genre de truc que tu dois faire toi-même. Et donc ça aussi c’était beaucoup de boulot et je n’en avais pas conscience. Je suis content que ce soit terminé. Je ne veux plus jamais faire ça. C’était comme escalader une montagne.

Concrètement, qu’est-ce qui a rendu si difficile de recréer cet album ?

La plus grande différence était d’étudier les pistes isolées du premier album. Nous voulions le recréer note pour note pour qu’il soit au plus proche d’une copie conforme que possible. Lorsque nous l’avons fait pour la première fois, nous ne suivions rien, tu créés au fur et à mesure. Lorsque tu essayes de revenir sur quelque et en faire une copie conforme, tu ne diriges plus, tu suis. Et ça aussi c’était différent, car je n’avais jamais fait ça avant non plus. A chaque fois que nous avons fait un album, le plus proche que nous ayons été de le refaire aurait été avec un album live, donc ce n’est pas vraiment pareil parce que tu le joues sur scène ; ça n’a rien à voir avec le fait de le refaire en studio, ce sont deux choses complètement différentes. Encore une fois, c’était un nouvel apprentissage.

Donc lorsque nous avons commencé à nous y atteler cette fois, nous jouions quelques notes, que ce soit à la batterie, la guitare ou quoi que ce soit, nous jouions un peu, arrêtions, écoutions, comparions à l’original, voyions à quel point c’était proche, et c’est devenu très laborieux. Je me souviens, à chaque fois que nous en avions terminé avec une piste… Disons qu’une piste de batterie pour une chanson était finie, nous l’écoutions, et une chose intéressante est arrivée : le son de la batterie que nous avons obtenu cette fois était meilleur que celui d’origine, donc nous avons fait exprès de réduire cette qualité de son pour que ça sonne comme la batterie originale [petits rires]. Car la technologie a changé et tu peux faire en sorte que ça rende mieux maintenant. Voilà une des choses qui se sont produites : certains sons étaient meilleurs, donc nous avons essayé de les ajuster pour que ça sonne comme l’original.

« C’est très difficile de dépenser l’argent que nous avons dépensé, en pensant qu’on sera remboursé. J’ai lu l’autre jour, quelqu’un disait qu’il pensait que la seule raison pour laquelle nous avons réenregistré cet album était pour l’argent, et j’ai commencé à me marrer ! Car c’était extrêmement coûteux ! »

Mais le problème que tu rencontres, c’est que peu importe à quel point tu essayes de t’en rapprocher, le mieux que tu puisses faire c’est d’être à quatre-vingt-quinze pour cent et tu dis : « Bon, quatre-vingt-quinze pour cent, c’est pas mal proche ! » Eh bien, effectivement ! Mais quand tu prends quatre-vingt-quinze pour cent de la batterie, quatre-vingt-quinze pour cent des guitares, quatre-vingt-quinze pour cent des claviers, et ensuite tu vas faire le mixage, quatre-vingt-quinze pour cent ne sonne pas comme l’original ! Tu commences à remarquer les cinq pour cent qui diffèrent. Donc lorsque nous étions prêts pour le mixage, nous avons réalisé qu’il était impossible de le faire sonner comme l’original. Quoi que nous fassions, ça allait être différent.

Le gars qui mixe nos albums, il s’appelle Logan Mader. Il a fait les trois premiers mix et je n’aimais pas ce que j’entendais. Le quatrième mix qu’il a essayé, c’était sur « The Idol », et ce qu’il a fait, c’est qu’il a pris les cordes, toutes les orchestrations, et il les a mises en avant. J’ai écouté et c’était totalement différent des trois premiers mix qu’il avait fait, et ça sonnait comme une BO de film ! C’était vraiment ample ! Je l’ai appelé et j’ai dit : « C’est ça, tu as trouvé. C’est là-dessus qu’on devrait partir. » J’aimerais te dire que c’était l’idée que nous avions en tête et que nous prévoyions de faire depuis le début, mais ce n’est pas vrai. C’était, de bien des façons, presque une erreur, car tu découvres des choses à mesure que tu avances. C’est l’une des choses qui a rendu le processus créatif intéressant mais encore une fois, ce n’était pas prévu. Et lorsque j’ai écouté les mix quand ils étaient finis, j’ai pensé : « C’est parfait ! » Car ça sonne comme une BO de film, ça sonne comme si ça devait accompagner un film ! Donc j’ai trouvé qu’en ce sens, c’était parfait.

Tu as dit que tu voulais recréer l’album note pour note pour que ce soit au plus proche d’une copie conforme. Pourquoi ? N’y avait-il rien que tu souhaitais améliorer dans les enregistrements ?

Eh bien, cet album originel… est-ce qu’on a vraiment envie d’y foutre le bazar ? J’avais d’énormes réserves au départ, parce que la plupart du temps où j’ai entendu des gens faire ce genre de chose, je n’ai pas aimé, et je n’ai jamais trouvé que le réenregistrement était aussi bon que l’original. Donc j’étais vraiment très méfiant, m’assurant que ça ne se produirait pas. Contractuellement, nous ne pouvions pas utiliser les enregistrements originaux pour le film. Donc la seule option était de réenregistrer. Donc, encore une fois, je m’y suis attelé de façon très agressive pour tenter de garantir que ce ne soit pas moins bon que l’original. Très honnêtement, lorsque les mix de cet album étaient finis, je les ai pris et je les ai écouté dans ma voiture pendant peut-être deux heures, et ce que j’ai pensé à l’époque était que, aussi bon puisse être le premier album, celui-ci est différent parce que les mix sont passés de la 2D à la 3D. Ces nouveaux mix étaient plus dimensionnels. Le matériel a un peu changé, nous pouvions faire des choses maintenant que nous ne pouvions pas il y a vingt-cinq ans. Tu peux créer de la profondeur qu’on ne pouvait pas obtenir la première fois. En ce sens, je suis très satisfait de la façon dont il sonne.

Je trouve que l’original a un charme. Si les gens veulent l’écouter, il sera toujours là. Personne ne le leur enlèvera. Celui-ci est différent mais, à sa manière, il est tout aussi bon. Et je ne dis pas ça pour essayer de convaincre les gens, car au final, c’est moi que je dois satisfaire. J’ai fait ce film et j’ai achevé l’histoire pour moi. Car ça fait partie de l’héritage de ma carrière et j’en suis à un stade dans ma carrière aujourd’hui où je ne fais plus des albums pour faire des albums. Tout ce que nous faisons fait partie de notre héritage, de notre histoire. Donc quel que soit l’album que nous faisons désormais, que ce soit Re-Idolized ou ce que nous venons de faire avec Golgotha… Je veux dire que nous avons passé quatre ans à faire Golgotha précisément pour cette raison ! Et tu sais, les groupes ne vendent plus d’albums. Donc c’est très difficile de dépenser l’argent que nous avons dépensé, en pensant qu’on sera remboursé. J’ai lu l’autre jour, quelqu’un disait qu’il pensait que la seule raison pour laquelle nous avons réenregistré cet album était pour l’argent, et j’ai commencé à me marrer ! Car c’était extrêmement coûteux ! Enregistrer cet album et réaliser le film.

Même si on a à notre disposition du matériel d’enregistrement digital, nous avons quand même enregistré ça sur bandes. Je veux dire que mon studio, c’est grosso-modo un studio à bandes. Et la seule raison pour que nous fassions ça, c’est parce que ça sonne mieux. J’ai appris il y a longtemps : si tu veux obtenir des albums qui sonnent onéreux, il n’y a qu’une seule façon de faire, il faut le faire avec le bon matériel pour bandes, il faut y passer du temps et il faut dépenser de l’argent. C’est la seule façon de faire pour que ça sonne comme ça. Tu ne peux pas le faire dans la chambre de quelqu’un, c’est impossible. C’est comme ça.

J’imagine que ça a été fastidieux pour tes musiciens de se calquer note à note sur les chansons originales…

C’était difficile. Et pas à cause de leur incapacité à jouer. Je te donne un exemple, avec Doug [Blair]. Je ne connais que deux guitaristes qui font ce que Doug fait, et c’est Doug lui-même et Bruce Kulick. Ce sont les deux seuls avec qui j’ai joué qui peuvent faire ce genre de chose. J’ai joué avec d’autres gars qui sont des guitaristes phénoménaux mais eux, ils ont un truc en commun. Mais lorsque tu demandes à quelqu’un de faire exactement ce que l’autre gars a fait, c’est presque impossible, car même si leur jeu est proche, ils parlent un langage légèrement différent. Donc essayer de sonner exactement comme l’autre, c’est difficile à faire, quasi impossible. Doug et moi avons changé quelques trucs mineurs, et il faudrait connaître l’album original très bien pour remarquer les changements que nous avons fait, mais ce n’était qu’à, genre, deux endroits, et nous l’avons fait parce que nous trouvions que c’était mieux que l’existant. Mais comme je l’ai dit, ce sont vraiment de toutes petites choses ; je ne crois pas que quiconque les remarquerait.

« EMI voulait cet album un an après que je l’ai commencé et Rod leur a dit en gros d’aller se faire voir. Et ça a duré pendant encore une année et demie de plus. C’était comme un dompteur de lion dans un cirque ; il les fouettait et leur donnait des coups avec une chaise pour les repousser [rires], je ne savais pas qu’il faisait ça. »

Pour les chansons qui faisaient déjà partie de l’album d’origine, tu avais des points de référence, les prises d’origine, comme tu l’as dit, etc. Mais comment as-tu abordé les trois chansons et trois interludes supplémentaires, qui complètent l’histoire ?

« Miss You », nous l’avons utilisée sur Golgotha et la raison pour laquelle nous avons fait ça est qu’à l’époque où nous avons démarré Golgotha, je ne pensais pas trop à faire Re-Idolized. Donc je savais que nous avions cette chanson. « Miss You » était la toute première chanson qui ait jamais été écrite pour The Crimson Idol ! Mais en raison des problématiques de temps que nous rencontrions avec EMI, nous n’avons jamais eu l’occasion de la terminer. Donc il existe un enregistrement de cette chanson mais si tu l’écoutes, tu peux te rendre compte qu’elle n’est qu’à moitié finie ; c’est une démo très grossière. La première démo que j’ai faite pour cette chanson était une démo quatre-pistes et ensuite nous sommes allés en studio et en avons fait une version plus élabore, mais même cette version n’a jamais été terminée parce que nous n’avions pas le temps. Pareil pour la chanson « The Peace » ; la démo originale de cette chanson était d’ailleurs plutôt bonne, et nous avons même fini par en utiliser certaines parties sur l’album. Nous avons pu sauver certaines choses, mais pour une bonne part nous avons quand même dû la refaire pour que la qualité soit au niveau du reste de l’album. Donc ce n’est pas comme si nous avions pris trois chansons qui n’existaient pas avant. Ces trois chansons proviennent du groupe original de chansons qui a été fait en 1990.

Malgré tout, est-ce que le groupe actuel a eu un peu plus de liberté sur ces trois chansons pour y mettre leur patte ?

Ouais, un petit peu. Mais quand même, il faut bien voir d’où vient cet album, et il faut faire attention à ce que ça sonne comme si tout allait ensemble. L’expression qu’on utiliserait ici en Amérique serait de dire que c’est « découpé dans le même tissu » ; en d’autres termes : est-ce que ça va bien ensemble ?

Le batteur Mike Dupke a quitté le groupe en 2015. Pourtant, c’est lui qui a enregistré les parties de batterie sur Re-Idolized. L’as-tu donc rappelé et embauché spécifiquement pour ça ?

Mike ne vit pas très loin de chez moi. Nous nous parlons toujours, nous sommes toujours amis, et je savais qu’il connaissait l’album, et je lui faisais confiance pour le jouer. Donc ça semblait être la bonne chose à faire. Enfin, sur la chanson « The Peace », là c’est Frankie [Banali] qui joue parce que c’est la piste de batterie originale. Mais pour se charger de ça, j’ai pensé que Mike serait parfait.

Qu’est-ce que tu penses des fans qui disent que tu n’aurais jamais dû toucher à The Crimson Idol et le refaire, comme si c’était sacré ?

Bon, comme je l’ai dit, le vieil album est toujours là. Personne ne va venir chez eux pour le leur prendre [rires]. Encore une fois, j’ai fait très, très attention à ce que ce truc ne se fasse pas honte à lui-même. Je connais l’album et je sais comment il sonne, et je suis convaincu… J’ai vu les chroniques et elles sont mitigées. Soixante pour cent des gens l’adorent et puis il y a des gens, parce que c’est différent, il leur faut un peu de temps pour s’y habituer, et je le comprends. Crois-moi, c’était pareil au début lorsque le premier album est sorti. Du fait qu’il s’agissait d’un projet très ambitieux, il a fallu du temps pour que les gens l’appréhendent. D’accord, vingt-cinq ans plus tard, les gens ont eu le temps de vivre avec. Pour n’importe quel bon album, que ce soit celui-ci ou n’importe quel album de n’importe quel groupe que tu adores, si c’est un très bon album, les gens ont tout le temps de romancer ces chansons dans leur tête. Donc dès que tu fais quelque chose d’autre avec, il y aura une certaine quantité de personnes qui ne l’accepteront pas, et ça ne me pose pas de problème. Comme je l’ai dit : je ne fais pas ça pour eux, je l’ai fait pour moi, pour achever cette histoire, pour l’héritage. Encore une fois, personne ne va leur retirer l’ancien album.

A l’origine, The Crimson Idol était censé être un album solo, pas un album de W.A.S.P.. Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis à l’époque ?

Je crois qu’au fil des années, l’histoire a probablement été exagérée. A l’origine, lorsque nous avons commencé, aucune décision n’avais été prise pour savoir si ça allait être un album solo ou pas. Nous avons effectivement évoqué l’idée que ce soit peut-être un album solo mais ça n’a jamais… De toute façon, je ne pensais pas vraiment à ça, je ne pensais qu’à l’album. Ce qui s’est passé, c’est que les gens ont appris que nous envisagions de peut-être faire un album solo. Mais ce qui m’a vraiment fait changer d’avis sur une certaine période de temps est que j’ai reçu un tas de lettres… Il y avait un magazine ici en Amérique dont le rédacteur en chef était un bon ami à moi et il a dit que quand les gens ont découvert que nous faisions ne serait-ce que parler d’appeler ça un album solo, ils ont reçu un tas de courrier de lecteurs – car tu sais, en ce temps, les gens devaient encore écrire des lettres, ce n’est pas comme aujourd’hui où tout est électronique. Ils ont donc reçu toutes ces lettres où les fans disaient : « Ils n’ont pas besoin de faire ça. Le groupe ne comprend probablement pas que W.A.S.P. est une idée. » Une des comparaisons qui a été faite à l’époque était avec Motörhead. Ils disaient : « Motörhead est une idée. » Et j’y ai réfléchi et j’ai dit : « Tu sais quoi ? Ils ont raison. » Donc j’ai dit à Rod Smallwood (le manager du groupe à l’époque, NDLR) : « Tu sais quoi ? Je ne pense pas que l’on ait quoi que ce soit à faire. Laissons ça ainsi ! » Et c’est ce que nous avons fait. C’était simple !

« Mon idée de la célébrité était celle d’un buffet où tu pouvais aller et prendre tout ce que tu veux, puis repartir et laisser les choses que tu ne désirais pas. Mais tu découvres rapidement que si tu prends une chose, tu prends aussi tout le reste. Tu ne peux pas choisir. Et je devenais très désillusionné par ce qu’était la célébrité. Je n’en voulais pas. »

Tu as dit plus tôt que la maison de disques t’avait mis la pression pour terminer et sortir l’album. Etait-ce difficile de résister à la pression de l’industrie musicale à cette époque ? Te sens-tu plus indépendant aujourd’hui ?

Ouais, certainement que l’indépendance est bien plus grande aujourd’hui. De plus, je ne crois pas qu’il y ait encore une industrie musicale, si ? [Petits rires] En tout cas, pas comme c’était avant. Mais pour être honnête avec toi – j’ai mentionné Rod il y a une seconde -, je ne savais pas avant il y a environ cinq ans que Rod me protégeait de beaucoup choses qui se passaient à l’époque. Car EMI voulait cet album un an après que je l’ai commencé et Rod leur a dit en gros d’aller se faire voir. Et ça a duré pendant encore une année et demie de plus. C’était comme un dompteur de lion dans un cirque ; il les fouettait et leur donnait des coups avec une chaise pour les repousser [rires], je ne savais pas qu’il faisait ça. Et comme je l’ai dit, je l’ai découvert il y a seulement environ cinq ans ! Et ce n’est pas lui qui me l’a dit, c’était quelqu’un d’autre que je connais. Nous étions en Angleterre en octobre, il est venu au concert, nous discutions après le concert, et j’ai dit : « Pourquoi ne m’as-tu jamais dit ce qui se passait avec EMI, que tu me protégeais ?! » Il a haussé les épaules et dit : « Je faisais simplement mon boulot. » Il était très, très modeste par rapport ça, et je ne sais pas si tu connais Rod, mais [rires] pour qu’il soit modeste, il en faut beaucoup ! Mais il était vraiment très discret à ce sujet, genre [avec un son timide] « je ne faisais que me job… » J’étais complètement stupéfait ! Je pense qu’il me protégeait parce qu’il avait une idée de sur quoi je travaillais à l’époque, et il me faisait confiance, quoi qu’il arrive. Ça m’a donné la liberté de créer sans avoir à entendre tout ce bruit en provenance de la maison de disques, et je n’en ai pas entendu un mot jusqu’à ce qu’on approche les trois ans et alors c’était : « Ok, on ne peut plus retenir ces gens, il faut qu’on leur donne quelque chose. »

Le thème musical de la chanson « The Gypsy Meets The Boy » provient d’une autre chanson plus ancienne intitulée « For Whom The Bell Tolls ». Quelle est l’histoire entre ces deux chansons ?

Il n’y en a pas vraiment. Il y avait un truc dans la musique que j’aimais et j’ai pensé « ça pourrait marcher pour ça. » D’autres artistes font ça aussi. Tu regardes quelque chose qui a commencé quelque part et ensuite ça se transforme en autre chose. C’est le genre de truc que les compositeurs font.

The Crimson Idol raconte l’histoire d’un adolescent, Jonathan Steel, qui fuit sa famille et que l’on suit dans sa quête pour devenir une rockstar. Quelle part de l’histoire et du personnage de Jonathan vient de toi ?

A peu près dix pour cent. Lorsque j’ai écrit ce personnage à l’origine, les gens me demandaient : « Qui est ce gars ? » Et je disais : « Eh bien, je connais tout un tas de musiciens et j’ai pris un petit peu à l’un, un petit peu à l’autre et un petit peu à encore un autre, » et comme je l’ai dit, environ dix pour cent de moi. Et j’ai assemblé tout ça au cours de ces deux années. Car pour ma part, j’en étais arrivé à un stade… Quand nous avons commencé à faire The Headless Children, j’étais une toute autre personne. Headless, pour moi, était le début du changement, car sans Headless, il n’y a pas de Crimson Idol. Je changeais en tant qu’artiste mais aussi, plus important encore, en tant que personne. J’en étais arrivé à un stade où le concept de célébrité, je ne voulais rien à voir à faire avec ça. Parce que, comme tout le monde, tu grandis en pensant que tu seras riche et célèbre, et j’insiste sur le terme « en pensant », tu « penses » vouloir ça mais c’est un peu une chose qui… [Soupir] Certaines personnes peuvent vivre avec et gérer ça correctement, mais très peu, et j’étais le genre de personne qui a vite découvert que ce n’était pas pour lui, car… Je vais te dire quelque chose, tu vas croire que j’étais incroyablement naïf, et je l’étais sans doute, mais mon idée de la célébrité était celle d’un buffet où tu pouvais aller et prendre tout ce que tu veux, puis repartir et laisser les choses que tu ne désirais pas. Mais tu découvres rapidement, après un moment, que si tu prends une chose, tu prends aussi tout le reste. Tu ne peux pas choisir. Et je devenais très désillusionné par ce qu’était la célébrité. Je n’en voulais pas. Donc ces dix pour cent d’u personnage, en ce qui concerne la relation à la célébrité, c’est clairement moi.

Dans le film, il y a une phrase que j’ai écrite et qui n’est dans un aucun des albums, ça intervient juste après « The Idol », ça fait partie de la narration et ça dit : « J’étais enfin parvenu au sommet de la montagne mais lorsque je suis arrivé, j’ai regardé autour de moi, il n’y avait rien. » C’est ça le truc avec les gens qui s’efforcent de trouver le succès, s’ils parviennent à obtenir ce genre de succès extrême, nombre d’entre eux y arrivent et ensuite se rendent compte que la vie n’a plus rien à leur offrir. Lorsque tu atteins ce stade, lorsque tu réalises que tu n’as plus rien à attendre de la vie, tu te retrouves très, très seul et tu vois beaucoup d’artistes se suicider. Certains le font rapidement, comme Ernest Hemingway, mais la plupart le font lentement, comme Elvis, Michael Jackson, la liste est longue. Lorsque nous avons commencé à faire l’album à l’origine, j’ai dit aux gens : « Ce n’est pas une nouvelle histoire. Ça s’est produit auparavant et, malheureusement, ça continuera à se produire après, car c’est le concept de l’illusion de la célébrité. » C’est un peu une réponse élaborée pour ce que tu me demandes par rapport à quelle part provient de moi, mais c’est vraiment… Pour moi, cette relation à la célébrité représente cinquante pour cent de l’histoire de The Crimson Idol.

Non seulement cet album est l’histoire de l’ascension et la chute d’une rockstar mais c’est aussi une histoire de famille. Est-ce que toi-même tu as connu des déboires avec ta famille ?

J’ai eu une super vie de famille ! J’ai eu une excellente relation avec ma mère et mon père, et c’est encore le cas aujourd’hui. Donc, comme je l’ai dit, il n’y a environ que dix pour cent de moi dans l’histoire, mais je connais plein d’autres gars qui n’avaient pas une très bonne relation avec leur famille. J’ai utilisé ces éléments de leur personnalité pour créer ce personnage. Et comme je l’ai dit, l’idée de la célébrité, c’est cinquante pour cent de l’histoire. L’autre cinquante pour cent, c’est une histoire très simple, celle d’un gamin en quête d’amour. Honnêtement, quand j’ai écrit l’histoire, je me concentrais sur le concept de la célébrité et ce que ça faisait aux gens, car c’est ce que j’avais vécu et je pouvais m’y identifier plus que tout. La partie sur l’amour, je ne m’y identifiais pas tant que ça parce que ce ne me représentait pas, ça ne faisait pas partie de ma vie. J’étais dans un environnement sûr quand je grandissais étant enfant. Dieu merci, je n’ai pas eu à vivre ce genre de chose.

« Mon premier souvenir dans la vie, tout confondu, j’avais deux ans, c’était ‘Sweet Little Sixteen’ de Chuck Berry. Je me souviens où j’étais et ce qui se passait autour de moi lorsque j’ai entendu cette chanson pour la première fois. Je ne me souviens de rien d’autre après ça pendant deux années de plus, mais je me souviens de cette chanson. »

Mais ce que je ne réalisais pas, lorsque j’écrivais cette histoire, c’est que lorsque toutes ces années allaient passer, les gens allaient certes aimer l’idée de la célébrité et la fortune, et voir ce que ça fait aux gens, mais aussi, d’une certaine façon, l’auditeur moyen allait bien plus s’identifier à la simplicité de l’histoire d’un gamin en quête d’amour, car c’est ce que tout le monde recherche. Et encore une fois, par rapport à ce que je t’ai dit plus tôt au sujet du mixage de cet album, comme quoi il a fini par sonner différemment, et que j’aurais aimé te dire que c’était prévu comme ça depuis le début : c’est très similaire, j’aurais adoré être là à te dire que l’idée des cinquante pour cent de l’histoire avec le gamin en quête d’amour était mon centre d’attention, mais ce n’était pas le cas. Pour moi, ce n’était que la seconde partie de l’histoire, et je ne trouvais pas que c’était aussi important que la première partie. En réalité, pour l’auditeur moyen, c’était tout l’inverse.

Penses-tu que l’amour que tu as reçu de ta famille, étant enfant, est ce qui a fait la différence dans ta vie par rapport à celle de Jonathan ?

Ouais, parce que sans ça, je n’aurais pas pu traverser ce que j’ai traversé et y survivre. Je fais partie des chanceux qui, une fois qu’ils ont pu regarder autour d’eux et voir ce qu’il se passait, ont pu se rendre compte que « non, ce n’est pas ce que j’imaginais que ça allait être, » et ensuite ça m’a permis, parce que j’avais la stabilité d’une vie de famille, de revenir à ce qui m’a mené à la musique au départ, c’est-à-dire la musique elle-même. Et c’est sacrément important ! Car ce qu’il se passe, c’est que tous ceux qui commencent à faire de la musique étant gamin… Je veux dire que j’étais tout gamin quand j’ai démarré, j’avais neuf ans quand j’ai commencé la guitare, mais mon premier souvenir dans la vie, tout confondu, j’avais deux ans, c’était « Sweet Little Sixteen » de Chuck Berry. Je me souviens où j’étais et ce qui se passait autour de moi lorsque j’ai entendu cette chanson pour la première fois. Je ne me souviens de rien d’autre après ça pendant deux années de plus, mais je me souviens de cette chanson. Comme je l’ai dit, je me suis mis à la musique pour la musique elle-même. Ensuite, lorsque tu as quatorze ou quinze ans, tu découvres les filles et plein d’autres choses, tout ce que le monde commence à te bombarder, et tu te dis : « Hmm, je peux profiter de ça pour obtenir tous ces autres trucs dont j’ai envie. C’est un moyen pour m’amener où je veux, pour atteindre la gloire et la fortune. » Et puis, comme je l’ai dit, lorsque tu réalises que ça n’a plus de valeur, tu reviens à la case départ, c’est-à-dire la musique.

Tu as déclaré qu’une chose que tu as apprise très tôt, c’est « de faire des albums qui reflètent qui on est à un moment donné, car qui l’on est aujourd’hui n’est pas qui l’on sera dans cinq ans. » Du coup, vingt-cinq ans plus tard, est-ce que cet album reflète toujours qui tu es ?

En résumé, oui. Mais je pense qu’en raison des choses dont on a discuté, et de la sagesse qu’on acquiert en faisant ça pendant longtemps, au contraire, ça a encore plus de sens aujourd’hui qu’à l’époque. S’il y a une chose que j’ai faite différemment sur cet album, c’est que j’ai davantage joué avec la voix. Car une chose que j’ai découverte… Et je n’y pensais pas consciemment au fil des années, mais quand est venu le moment de faire le chant, j’ai réalisé… Je suppose qu’inconsciemment, lorsque tu vis avec ces personnages pendant aussi longtemps, tu as l’impression de mieux les connaître. J’avais le sentiment qu’avec le chant, à certains endroits, pas partout, je pouvais prendre la liberté de jouer davantage, de créer plus d’émotion, car comme je l’ai dit, désormais je connais très bien ce personnage. C’est comme vivre avec quelqu’un pendant trente ans. Car la première fois que j’ai pensé à l’idée, j’étais dans un restaurant à Londres en 86, et là, nous avons ensuite enchaîné sur Headless. Donc j’ai travaillé sur cette idée dans ma tête pendant des années avant de parvenir à l’enregistrer. Donc, encore une fois, tu vis avec ce personnage pendant trente ans, tu le connais plutôt bien.

En parlant de chant, une chose qui est frappante en comparant les deux enregistrements, c’est à quel point ta voix a peu vieillie en vingt-cinq ans.

[Rires] Je vais te dire, et c’est la vérité, je dis l’absolue vérité, il y avait des fois où je me posais en studio, je faisais une prise pour une partie, et encore une fois, comme je l’ai dit, j’avais les prises originales pour comparer mais si je n’écrivais sur la table de mixage quelle piste était quoi, je m’y perdais parfois. Parce que je les écoutais et je pensais : « Laquelle est quoi ? » [Rires] Il y avait des moments où il fallait que j’aille chercher les vieilles bandes et les réentendre pour dire : « Oh, d’accord, c’est donc censé être celle-là. » Et je pensais : « C’est moi qui ait enregistré ça ! Et si moi je ne peux pas dire laquelle est quoi, alors les auditeurs ne vont jamais réussir à faire la différence. » [Petits rires] La seule façon pour moi de faire la différence aujourd’hui, c’est comme je l’ai dit, il y a certains passage où je joue davantage, mais c’est vraiment la plus grande différence.

Comment as-tu maintenu ta voix au cours de toutes ces années ?

Encore une fois, c’était une erreur. J’ai eu un problème en 1983, j’ai déchiré toute la partie gauche de ma voix, et il y avait un spécialiste ici à Los Angeles, à Beverly Hills. C’était marrant, la plupart des médecins, quand tu te rends à leur cabinet, tu vois leurs diplômes obtenus à la faculté de médecine accrochés sur le mur, mais pas ce gars. Tu entrais dans son cabinet et du sol au plafond, sur tous les murs, il avait des disques d’or et de platine d’autres artistes dont il a sauvé la carrière : Sinatra, Rod Stewart, Stevie Nicks… De grands noms sur le mur ! Je suis entré, je me suis assis et j’ai regardé autour de moi : « Bon, je suis au bon endroit ! » [Rires] Il m’a examiné et j’avais contracté une infection virale de la gorge. J’ai essayé de chanter avec et ça m’a simplement déchiré toute la partie gauche de ma voix. Il m’a interdit de parler pendant neuf semaines. Je devais tout écrire, je ne pouvais pas répondre au téléphone, je ne pouvais rien faire. Il m’a dit : « Il y a de grandes chances pour que tu ne sois plus jamais le même. Mais si tu fais exactement ce que je te dis, je pourrais te tirer d’affaire. » J’ai donc fait exactement ce qu’il m’a dit de faire. Ça m’a pris environ un an pour retrouver ma forme. Quand nous avons fait le premier album, c’était peut-être environ six mois plus tard, j’étais déjà remis mais à partir de là, j’ai continué à faire certains exercices qu’il m’avait montrés. Non seulement j’avais retrouvé ma voix d’avant mais je me suis même amélioré, et ce n’est habituellement pas ce qui se produit avec une blessure aussi grave. Donc au fil des années, j’ai simplement appris à en prendre soin, à l’exercer, etc., et tout va bien !

« J’ai pensé : ‘Je vais leur raconter une histoire et je vais leur montrer la pire facette possible de l’industrie musicale, et une fois qu’ils auront lu l’histoire, s’ils pensent toujours avoir envie de le faire, alors qu’ils y aillent ! Mais au moins, ils auront été prévenus.' »

La dernière fois qu’on s’est parlé, à l’époque de Golgotha, tu nous as dit que ta « foi est ce qui [te] motive désormais. Il [t’es] donc impossible de faire quoi que ce soit sans la considérer. » Du coup quelle place The Crimson Idol trouve-t-il dans ta foi ?

Je pense que ça reste une bonne histoire. Je vois ça comme une histoire d’avertissement, pour alerter les gens. Car je me souviens de ma motivation initiale lorsque je l’ai écrit au début… Des gosses venaient me voir et ils disaient : « Hey mec, je veux entrer dans l’industrie musicale ! Donne-moi des conseils. Comment je fais en partant d’où je suis pour arriver où tu es ? » Je leur disais que c’était dur et qu’il faudrait vraiment énormément le vouloir. Mais je pouvais voir à leur expression sur le visage que ça entrait par une oreille et ressortait par l’autre, ils n’entendaient pas ce que je disais. J’ai pensé : « D’accord, je vais leur raconter une histoire et je vais leur montrer la pire facette possible de l’industrie musicale, et une fois qu’ils auront lu l’histoire, s’ils pensent toujours avoir envie de le faire, alors qu’ils y aillent ! Mais au moins, ils auront été prévenus. » Donc pour moi, l’idée de l’histoire, c’est un témoignage pour mettre en évidence ce avec quoi il faut être prudent. Donc en ce sens, en ce qui concerne ma foi, je pense que ça colle parfaitement.

Lorsqu’on regarde le film, il y a cette scène où le père de Jonathan lui penche la tête de force au-dessus de la bible. A quoi renvoie la violence de ce geste pour toi ?

Tu sais, j’ai regardé ces images et j’ai pensé qu’elles étaient importantes parce que, pour moi… On a souvent entendu des gens qui n’ont aucune sorte de croyance utiliser le mot religion et l’une des choses qu’ils adorent raconter, ou en faire la remarque, est que plus de guerres ont été menées à cause de la religion qu’autre chose. Bon, ce n’est pas forcément vrai. Peut-être que plus de guerres ont été menées à cause de la religion mais on sait assurément que le vingtième siècle a été le plus sanglant de tous les siècles, plus de gens sont morts à cause des guerres durant ce siècle que n’importe quel autre. Mais pour ce que la religion a fait sur la base d’idées individuelles, ils ont absolument raison, car c’est l’idée de ce que les gens pensent être la religion [qui cause les violences], et très honnêtement, ces choses n’ont rien à voir avec la bible ; ce sont les idées des hommes sur ce qu’ils croient qu’elle dit. Donc les images du père qui prend la tête du garçon et pousse son visage au-dessus de la bible, je les ai regardé et j’ai pensé : « Est-ce vraiment l’image que je veux mettre en avant ? » Et je me suis dit : « Ouais, ça fonctionne toujours parce c’est ce qui se passe lorsque les gens… » Ce n’est pas ce que Jésus ferait ! Jésus ne te prendrait pas ta tête pour la coller contre la bible. Il te parlerait calmement et il le ferait avec amour. Il ne te forcerait pas à faire quoi que ce soit. Peut-être que les gens qui me lisent maintenant comprendront mieux, mais je pense, que sous cette perspective, ça fonctionne toujours, et je ne crois pas qu’il y ait quoi que ce soit de mal à avoir mis cette image. J’espère juste que les gens ne la comprendront pas dans le mauvais sens.

Tu as révélé que lorsque l’album est sorti en 1992, un professeur de l’université de Toronto a fait tout un semestre basé sur cet album en littérature anglaise. Crois-tu que la musique puisse avoir la même profondeur et force que la littérature classique ?

J’espère ! Si c’est bien écrit, je pense que c’est possible. Lorsque l’album est sorti à l’origine en 92, un jour je descendais la rue, j’écoutais une station de radio, une des chansons a été diffusée et le DJ a pris la parole après la chanson et il a dit : « Ce n’est pas du rock n’ roll ! C’est de la littérature ! » [Rires] J’ai pris ça pour un grand compliment ! Car c’est ainsi que tu veux que les gens voient les choses. Ça aide la musique à être à l’épreuve du temps. C’est comme lorsque tu as demandé il y a un moment, « vingt-cinq ans plus tard, est-ce qu’il a toujours la même importance ou le même impact qu’à l’époque ? », et j’ai dit « eh bien, pour ma part, peut-être encore plus, » parce que c’est ce qu’on essaie de faire. Je veux dire qu’en tant que parolier, quand tu es en train d’écrire, quand tu trouves de vraiment très bonnes paroles, et tu es assis là et tu fais [avec excitation] « ouh, ouh, ouh ! » [rires], tu sais que c’est bon ! Et tu espères que les auditeurs comprennent…

Je vais te donner un exemple : lorsque j’ai su que je voulais que ce soit une sorte de tragédie grecque, je cherchais un symbolisme, surtout à la fin lorsqu’il se pend. Parce que le fait de se pendre, d’accord, on comprend bien ce qu’il se passe… Enfin, eh, on a vu ça se produire plusieurs fois l’année dernière. Mais je ne voulais pas que ça soit juste ça. Je voulais que ce soit davantage symbolique. Donc l’idée des six cordes de la guitare, c’est de là qu’est venu le symbolisme, mais pour être honnête avec toi, j’étais un peu mal à l’aise par rapport à cette image. Car à cause d’où nous venions à l’origine, j’ai pensé : « Est-ce que les gens vont penser qu’on est encore en train de faire des trucs comme ce qu’on faisait au début de notre carrière ? » Et j’ai fait très attention avec cet album ; à l’origine, je ne voulais aucun lien de ce genre dans The Crimson Idol. J’ai donc dit : « D’accord, je vais appeler Rod et voir ce qu’il en pense, » car Rod a toujours été une bonne personne pour moi pour échanger des idées. Donc je lui ai racontée l’idée : « Ok, ce gamin, il prend les six cordes, les enroulent entre elles, il fait un nœud coulant avec et se pend. » Rod a commencé à hurler à l’autre bout du téléphone comme si quelqu’un était en train de le tuer ! Et j’ai pensé : « Soit c’est vraiment très bon, soit c’est vraiment très mauvais. » [Rires] Il est revenu au téléphone et il a dit : « C’est absolument brillant. C’est du Shakespeare ! » Et alors j’ai pensé : « D’accord, j’ai ma réponse. »

« Lorsque l’album est sorti à l’origine en 92, un jour je descendais la rue, j’écoutais une station de radio, une des chansons a été diffusée et le DJ a pris la parole après la chanson et il a dit : ‘Ce n’est pas du rock n’ roll ! C’est de la littérature !’ [Rires] J’ai pris ça pour un grand compliment ! »

Est-ce que travailler sur Re-Idolized t’as rendu nostalgique ?

Carrément ! Je raconte toujours aux gens que lorsque tu es celui qui fait l’album, il y a quelque chose qu’on te vole. Ce qu’on te vole, c’est que tu ne pourras jamais entendre l’album pour la première fois. Parce qu’on se souvient tous d’un album qu’on adore, et s’il a eu un fort impact sur notre vie, on se souvient tous où on était la première fois qu’on l’a entendu. Mais si tu es celui qui le réalise, tu n’as jamais cette opportunité, comme je l’ai dit, on te la vole. Mais il y a d’autres choses que tu obtiens en retour, et dont le reste du monde n’a jamais l’occasion de faire partie, c’est-à-dire lorsque la magie opère en studio pour la première fois sur une chanson ou même une piste donnée, et tu le ressens et ensuite tu l’entends pour la première fois. C’est quelque chose que le reste du monde ne vivra jamais. Donc c’est un peu un compromis. Tout ça pour dire que oui, ça a été sacrément nostalgique et il y a eu de nombreuses fois dans le studio où je m’arrêtais, j’écoutais et devenais presque un fan pendant un instant et je profitais. Parce que l’un des bénéfices d’être vingt-cinq ans plus tard, c’est qu’il y avait plein de choses, des petits trucs, que j’avais oublié, et maintenant nous revenions dessus, et comme je l’ai dit, j’écoutais les pistes d’origine pour comprendre comment nous les avions faites pour les reproduire, mais tu écoutes les performances et tu te dis : « Wow, c’est pas mal du tout ! » [Rires] Et ainsi tu peux te plonger dans tes vieux souvenirs. En ce sens, c’est peut-être le plus proche que je pouvais être de l’entendre pour la première fois, mais c’est un compromis différent qu’une personne lambda ne vivra jamais. Donc peut-être que c’est équivalent.

Compte tenu de tous les efforts que tu as investis dans Re-Idolized, penses-tu que ça pourrait t’inspirer pour le prochain album ?

Je suis sorti au studio hier soir et j’écoutais certaines chutes de Re-Idolized – des bouts d’idées de choses qui n’ont pas été utilisés pour les chansons. Parfois ce sont des passages complets, comme des couplets, ou peut-être un pont, du chant qui n’a pas fini sur l’album, des petits trucs, même des paroles qui ont été changées, tout aussi bons, simplement différents. Le genre de choses que les gens n’entendront jamais. Donc j’ai écouté ces petites idées ici et là, et la quantité de travail qui doit être fournie pour faire ce genre d’album, ce n’est pas comparable à un album normal. Car lorsque tu fais un album normal, l’une des plus grandes différences est que tu créés chaque chanson pour qu’elle soit aussi bonne que possible, et ensuite, quand tu as fini, tu détermines l’ordre des chansons pour l’album. Si tu n’aimes pas l’ordre des chansons, tu le changes, et tu peux continuer à le changer jusqu’à trouver ce qui te plaît. Mais quand tu fais un album qui est construit autour d’une histoire, tu n’as pas cette flexibilité. L’histoire est écrite dès le début, la musique doit ensuite être placée de façon à créer une fluidité, un élan qui t’emmène jusqu’à la fin de, disons, « The Great Misconceptions Of Me », afin d’obtenir cette apogée. Et tout ça doit être construit dans l’histoire. C’est comme assembler un puzzle dès le début et c’est totalement différent de faire un album normal. Donc pour répondre à ta question, après avoir juste écouté certains bouts hier soir, là tout de suite, ma réponse serait non, je n’aurais pas envie de refaire ça.

As-tu commencé à travailler sur le prochain album ?

Ça ne fait qu’un peu plus de huit semaines que nous sommes rentrés de tournée et avant ça, j’ai travaillé pendant deux années d’affilée, et c’était intense ! Je veux dire, vraiment intense ! A créer le film, l’album, et ensuite faire la tournée. Nous sommes revenus à la maison et j’ai pensé : « J’ai juste envie de me poser un peu et ne rien faire pendant un petit moment. » Je ne sais combien de temps « un petit moment » sera mais j’ai remarqué durant les deux dernières semaines que j’ai commencé à errer dans le studio [petits rires], simplement parce que j’en avais envie. Et c’est toujours un bon signe parce que ça m’indique que ça me manque. Donc c’est une bonne chose.

The Crimson Idol se termine sur « The Great Misconceptions Of Me ». Donc en déviant un peu, quelle serait la plus grande idée fausse à ton sujet ?

[Réfléchit] A ce niveau de ma carrière, je ne suis pas sûr s’il y en a, car ma vie a été plus ou moins un livre ouvert. Peut-être que s’il y avait une chose que les gens ne comprennent pas – et je ne fais que supposer, parce que je ne sais vraiment pas – c’est que je suis davantage reclus qu’ils le pensent peut-être. Mais il se peut que j’aie totalement tort. Peut-être que les fans le comprennent déjà, donc il faudrait leur demander. Mais s’il y avait quelque chose, ce serait peut-être ça. Je ne vis plus à Los Angeles, je suis à environ une heure et demie au nord, et je suis dans une région où il n’y a que des ranchs et ce genre de choses ; il y a plus de vaches qu’il n’y a de gens. J’aime bien que ce soit comme ça.

Interview réalisée par téléphone le 21 février 2018 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de W.A.S.P. : www.waspnation.com.

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  • « Lorsque tu essayes de revenir sur quelque et en faire une copie conforme, tu ne diriges plus, tu suis. Et ça aussi c’était différent, car je n’avais jamais fait ça avant non plus »
    >>> La blague. Depuis the neon god, il repompe ses compos, et même ses paroles (du moins sur une). Exemple : Babylon’s burning est une copie flagrante de The Burning Man.

    Le gars qui mixe nos albums, il s’appelle Logan Mader.
    >>> L’ex-Machine Head.

    « Bon, comme je l’ai dit, le vieil album est toujours là. Personne ne va venir chez eux pour le leur prendre [rires]. »
    >>> excellent lol. J’ai bien aimé sa réponse à cette question. Mec lucide, pas frustré.

    Bon j’ai lu qu’une partie, la suite demain. Interview très intéressante, avec un Blackie bien loquace. Ca fait zizir.

    [Reply]

    Thorpedo

    Un peu surpris aussi par la façon de présenter Logan Mader, qui, même si je n’ai jamais particulièrement apprécié Machine Head, reste un personnage important de l’histoire du metal.

    Sinon, excellente interview.
    Blackie reste un artiste à part et il m’a donné envie de me procurer cette version d’un album légendaire alors qu’au début, j’avoue que je ne pensais pas le faire.

    Je suis d’ailleurs d’accord avec lui, quand on te retouche aux albums qui ont marqué l’histoire, c’est généralement très décevant pour l’auditeur.

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