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Waken Open Air, édition 2016


Une invitation au Wacken Open Air ne se refuse pas. Outre la réputation du festival, c’est aussi l’occasion de faire un tour en Allemagne du nord : voyager en tant que média a toujours un cachet supplémentaire (dans la vie fantasmée du journaliste…). Ainsi nous étions deux à pouvoir profiter des commodités pratiques que nos contacts ont mis en place entre le trajet en avion, l’hôtel, et les conditions particulières dont nous avons bénéficié dans l’enceinte du festival. Vous l’aurez compris, cette édition 2016 du mastodonte s’annonçait singulière dans notre été festivalier.

Lyon-Munich, Munich-Hambourg. Trajet somme toute peu intuitif, mais qui sommes-nous pour contester les plans de nos amis du Wacken en ce mercredi ? Entre les différents tarifs et les contraintes qu’imposent le choix de la compagnie aérienne, cet aspect logistique était au final très bien géré. Vient alors le temps de faire sa valise, où plutôt son sac à dos. C’est alors que toute l’ingénierie logistique de mon collègue s’exprime. Comment faire pour ne voyager qu’avec le strict minimum ? Après être parvenu à la conclusion que quatre jours ne nécessitent pas 14 pulls à l’épaisseur outrancière et 86 paires de chaussettes, nous revenons à la raison. Pourquoi évoquer la préparation (passionnante) des sacs à dos ? Parce que le Wacken nécessite un item indispensable à son bon déroulement que les habitués connaissent très bien. Nous le savions. Nous l’avons oublié, et la réalité du terrain nous l’a rappelé plus tard.

Espace Presse

Le trajet se déroule sans encombre. Check-in, fouilles et embarquement, changement à Munich : rien à redire. La compagnie Lufthansa a une réputation à tenir et elle le fait très bien. Nous profitons même d’un atterrissage « voluptueux » à l’aéroport d’Hambourg car, oui, nous aimons nous émerveiller des petits détails de la vie. Une fois arrivés à Hambourg, un léger « couac » survient. La personne chargée de nous accueillir n’est pas au fait du changement de terminal de notre avion. S’ensuit alors les premières conversations rocambolesques dans un anglais de très haut-niveau avec nos contacts afin de nous retrouver. La logistique crée des liens, c’est indéniable. Le programme était réglé à l’allemande : une navette devait nous récupérer, nous permettre de nous enregistrer à l’hôtel et de déposer nos affaires avant de nous emmener directement sur le site (situé à plus de 60 kilomètres de l’aéroport) récupérer nos pass presse. Après avoir débattu de la façade peu avenante d’un hôtel dénommé « Merkur » et de nos suspicions probablement idiotes quant à la salubrité du lieu, la navette nous déposa à l’hôtel de la chaîne Mercure (rien à voir donc) renommé pour l’occasion en « Wacken Hôtel ». En effet, ce dernier accueillait tout le personnel du Wacken, certains artistes, et affichait ainsi complet pendant toute la durée du festival. La perspective de déambuler dans les couloirs de l’hôtel et de prendre le petit-déjeuner avec tout ce petit monde nous fait évidemment sourire, nous qui préparions déjà nos plans de harcèlement des artistes savamment planifiés entre une tasse de café et un sandwich au salami. Vient enfin le temps de mettre les pieds dans l’enceinte du festival, à 30 kilomètres de notre lieu de résidence, et quelle enceinte.

La bière géante

Pour ceux qui ne connaissent pas le Wacken Open Air, c’est bien simple : toute la ville de Wacken est sollicitée par le festival, y compris les 35 hectares de champs servant principalement pour accueillir les dizaines de milliers de campeurs. En somme, venir au Wacken c’est signer pour 3-4 jours de marche intensive quotidienne afin de se rendre de votre tente au festival, certaines parcelles du camping se situant parfois à plus d’1h30 de marche. Surtout, et là se fait sentir l’oubli sus-cité lors de la préparation de nos sacs : il vous faut des bottes. Car le Wacken, c’est avant tout de la boue, partout, sans cesse, en quantité déraisonnable. Nos chaussures de marche, voire de ville, se sont avérées vaincues après 100 mètres dans l’enceinte. Notre contact sur place, la très sympathique et professionnelle Üte, nous faisait d’ailleurs part de l’édition précédente où la boue montait jusqu’aux genoux et de l’abandon de pyramides de chaussures de la part de festivaliers. Après quelques remarques bien senties sur nos chausses inadéquates, cette dernière nous emmena directement à l’espace VIP/Presse très propret (l’un des rares endroits où la boue n’a pas encore tout conquis) et nous prîmes directement nos aises. Üte nous avait assisté lors de l’obtention de nos pass presse et VIP, nous expliquant que plus tard nous allions recevoir des pass artistes afin d’accéder au village de ces derniers. Üte donnait l’impression d’un stéréotype des personnes chargées de la communication et de la liaison avec les artistes et médias invités, toujours submergée. Néanmoins, il n’y avait rien de superficiel car elle l’était vraiment ! Au contraire, Üte était d’une efficacité redoutable et s’efforçait de se rendre disponible malgré un emploi du temps gargantuesque. Nul doute que sans son aide précieuse, le festival se serait passé différemment pour nous.

Histoire

Le mercredi au Wacken n’est pas vraiment un jour de festival à proprement parler. De nombreux groupes se produisent, mais c’est plutôt l’occasion de faire un « warm-up » et de régler les derniers détails avant la grande ouverture du lendemain. En témoigne les errances de certains membres du staff et de certains agents de la sécurité, encore incertains de leurs consignes. En revanche, l’espace presse est déjà presque plein, affairé à préparer le traitement des concerts et à obtenir les accréditations photos nécessaires. Sans compter que cette année, en raison des attentats, le Wacken avait des consignes de sécurité particulières et obligeait à recouvrir son sac à dos (uniquement autorisé pour la presse) et son matériel photo d’une « couverture » jaune-fluo. Contrainte supplémentaire pour les photographes heureusement très bien gérée par l’organisation du festival. De notre côté, nous nous affairions à préparer notre propre running-order. Étant donné l’accueil particulier qui nous était réservé, le but n’était pas tant de couvrir le plus de groupes possible (à deux sur un festival de cette ampleur, la tâche est ardue) mais plutôt de ne pas tomber dans la redondance avec des groupes qui se sont déjà produits au Download ou au Hellfest. Sans compter qu’aucun de nous deux n’avait l’expérience du Wacken, et que la découverte du site et de son atmosphère allait constituer une autre partie de notre travail.

À la fin de la journée, le problème récurrent de notre séjour au Wacken est survenu. Comment rentrer à l’hôtel ? En tant que média invité, nos contacts avaient prévu que nous empruntions les navettes normalement réservées aux artistes et aux membres du staff. Seul bémol, ce mercredi, personne n’était en mesure de donner le programme des navettes ni l’emplacement de ces dernières. Surtout qu’une seule était prévue à 1h du matin, alors sans concert à couvrir entre temps… Après avoir interrogé les deux tiers du personnel de sécurité et du staff, eux-mêmes troublés par la complexité du site, la solution du taxi s’imposa un peu par miracle (notamment car il fallait parvenir à en trouver un !!). Les problèmes de transport ont constitué notre principale inquiétude quant aux trois jours de festival mais nous finirons toujours par arriver à bon port.

Petit-déjeuner avec Thibaud (et Michael Amott d’Arch Enemy)

Après une nuit dans une chambre aux standards d’un hôtel quatre étoiles, c’est avec un peu d’étonnement que nous constations que nous étions les seuls levés, disposés à prendre le petit-déjeuner dans une salle vide. Sans tergiverser, nous nous sommes mis à littéralement piller les vivres afin de profiter d’un repas plus que copieux, prêts à débattre avec André en charge de toute la logistique de transport. Ce dernier nous présente alors à Markus, le chauffeur du label UDR en charge de nous emmener sur le site ainsi que les artistes ayant réservé leur transport. Markus fut sans doute l’atout numéro 2 (derrière les bottes) du festival. Toujours disponible, prêt à converser et d’une gentillesse à toute épreuve, ce dernier semblait avoir tout vu, tout entendu. Entre histoires de chauffeurs de riches dubaïotes et débats sur la collaboration de divers artistes tels qu’Aerosmith et Run-DMC, Markus était à l’aise sur tous les sujets. Moins sur le trajet en revanche. C’était son premier jour de service pour le Wacken, et celui-ci s’est trompé de chemin à trois reprises (par la suite, Markus fut irréprochable et avait décidé de faire des infidélités à un GPS parfois douteux). L’occasion de discuter plus longuement, d’en rire, et de prendre son numéro en bon « journalistes » soucieux de leur retour à l’hôtel (et de ne pas payer à nouveau le taxi car nous sommes « journalistes » donc pauvres).

Ce jeudi, le programme était plutôt simple : prendre connaissance des diverses scènes du Wacken et assister aux premiers concerts et conférences de presse avec en outre la chance d’interviewer John Corabi et Doug Aldrich de The Dead Daisies. Le Wacken comprend huit scènes, les principales étant la Black et la True Stage ainsi que la Party Stage, la W:E:T et la Headbangers. Impossible donc de prétendre au titre de « festivalier exhaustif » tant les trajets entre les scènes sont relativement importants (distance et boue obligent). Plus qu’à tout autre festival, l’importance de préparer un bon running order se fait très vite sentir. En bons touristes français inexpérimentés, nous nous sommes d’ailleurs perdus dans l’une des zones du camping la plus proche du festival en cherchant les accès facilités pour la presse afin de naviguer rapidement entre les scènes. Ainsi, on pouvait constater l’immensité du camping et en tirer le constat que le Wacken doit sans doute constituer une véritable épreuve physique entre la boue, la pluie, les distances, les concerts et l’alcool. Vient alors le temps de rencontrer Doug et John de The Dead Daisies. Ces derniers se sont montrés loquaces, très agréables à écouter malgré les vingt courtes minutes imposées par Sarah, leur manager. Profitant des dernières minutes du concert de Saxon, nous nous sommes dirigés sans tergiverser à la Headbangers Stage où The Dead Daisies allait justement se produire. Ces derniers sont d’ailleurs parfaitement en phase avec leur discours. Il se dégage du concert une énergie effectivement toute « zeppelinienne », John Corabi n’a aucun mal à susciter l’engouement de la foule et fait étalage de toute son expérience de frontman charismatique. Surtout, c’est l’occasion de voir Doug Aldrich s’illustrer dans un domaine plus « rock » qu’il ne le faisait dans Whitesnake. Un concert de rock pur et dur, qui augure pour nous le festival d’une manière très correcte.

Utile

Justement, le prochain groupe à couvrir n’était autre que Whitesnake se produisant sur la Black Stage, devant laquelle le public commençait à affluer au son de « My Generation » des Who, introduction traditionnelle du groupe. David Coverdale arborait évidemment l’une de ses chemises dont lui seul a le secret et propose une prestation bien menée, malgré les nombreux constats concernant l’inévitable vieillissement de sa voix. Surtout, beaucoup accordaient de l’attention au remplaçant de Doug Aldrich, Joel Hoekstra (Night Ranger) qui officie au sein du groupe depuis 2014. Ce dernier n’hésite pas à se mettre en avant, comme si il était dans Whitesnake depuis le premier jour. Bien que de bonne facture, le show n’impressionne pas vraiment, une petite forme de lassitude se fait d’ailleurs sentir dans le public (notamment à cause des solos), qui répond pourtant plutôt bien aux classiques tels que « Love Ain’t No Stranger » ou « Fool for Your Loving ». Whitesnake n’a pas démérité, il n’a pas non plus impressionné. La fin du concert est l’occasion pour nous d’aller nous sustenter pendant le concert d’Iron Maiden. Choix délibéré car les Anglais proposent un set très proche de celui du Download et surtout, leur concert était retransmis en direct par plusieurs médias. Fait cocasse, plusieurs personnes nous ont fait la même remarque : « c’était un bon show de Maiden. C’est toujours agréable, même si ce n’est pas leur meilleur ».

Thomas est chez lui !

Ce qui nous intéressait pour conclure cette première journée de découverte du Wacken, c’était la prestation de Therapy? sur la W:E:T Stage, groupe irlandais du début des années 1990 porté par le chanteur Andy Cairns et le bassiste Michael McKeegan. La musique du trio est difficile à classer, elle alterne entre punk et metal aux forts accents mélodiques. Les Irlandais nous ont d’ailleurs gratifié de la traditionnelle reprise d’ « Isolation » de Joy Division ainsi que d’un passage d’ « Ace Of Spades » intégré dans « Potato Junkie ». Le groupe semble ne jamais trop se prendre au sérieux malgré la qualité de sa prestation. Ces derniers entraînent l’audience sans vraiment forcer en proposant un show qui n’a rien de superflu, voire minimaliste à l’image de leur artwork. Le refrain très mélodique de hits comme « Nowhere » ou le riff haché de l’introduction de « Screamager » suffisent amplement à convaincre le public et à inciter certains à quelques mouvements de crowdsurfing douteux. Therapy? nous laisse avec le sourire, le groupe n’ayant de cesse de communiquer une sorte de bonhomie presque inexplicable. Markus étant indisponible le premier soir, nous avons profité du bus chargé de ramener le gros des artistes et du staff à l’hôtel. Il faut bien une journée pour appréhender le site du Wacken dans son intégralité et saisir les subtilités de navigation entre les scènes. Point positif, malgré la grande affluence du festival, on a rarement l’impression d’être asphyxié tant il y a de l’espace (à l’exception de grosses têtes d’affiche du type Iron Maiden ou Blind Guardian, définitivement plus populaire en Allemagne que chez nous). En résulte la possibilité d’assister à la majeure partie des concerts dans de très bonnes conditions. Nous étions impatients d’être vendredi, point d’orgue de notre séjour puisque nous avions droit à une visite guidée du site par le co-fondateur Thomas Jensen, ainsi qu’à un accès au village artiste…

Avant la foule

Mon collègue avait un plan. Conscient de la profusion de vivres que le petit déjeuner de l’hôtel proposait, il s’est mis en tête de prévoir tous ses encas de la journée. Ce dernier a donc conçu ses propres sandwichs au salami… dont nous n’aurons au final pas franchement besoin car nous recevrons des tickets nourriture de la part du festival ! Quand on vous parlait d’un bon accueil… Mais, c’est un fait, il nous fallait des forces car ce vendredi devait être le clou de notre séjour au Wacken, et autant le dire il ne nous a pas déçu. La journée commençait pourtant de manière un peu… bancale. Une conférence de presse devait avoir lieu, celle du groupe de heavy britannique entièrement féminin Girlschool, qui devait se produire à 17h10 sur la W :E :T Stage. Nous avions décidé d’y assister, sans pour autant faire un travail de fond sur le groupe. Ute, responsable en outre de certaines conférences de presse, estima qu’il n’y avait pas assez de monde et nous nous sommes alors retrouvés en entrevue directe avec le groupe accompagnés d’un autre journaliste finlandais (dont le nom nous a échappé, toutes nos excuses). Et heureusement ! Le regard malicieux de mon collègue avant de pénétrer dans le box laissait entendre que l’entrevue allait être cocasse puisque nous n’avions rien préparé. La tactique de l’autruche fut de mise, notre confrère finlandais se chargeant de poser les questions habituelles, nous permettant ainsi de rebondir et d’aborder des thèmes un peu plus précis comme la difficulté de jouer du heavy à la fin des années 1970 en étant une femme en Angleterre.

Les membres de Girlschool ne tournent jamais autour du pot et répondent avec une simplicité et une franchise qui leur fait honneur. Au final, les 10 minutes d’entrevue auront été l’occasion de constater que les Britanniques ont traversé les années sans changer leur fusil d’épaule, en gardant la même envie et en étant capables de communiquer leur bonhomie. Quelques sandwichs au salami plus tard, le temps était venu d’assister au concert de The Vintage Caravan à la W :E :T Stage. Le trio pratique un rock extrêmement énergique, plutôt léché à l’image de son dernier artwork : un immense grizzly tirant une caravane. Les Islandais réalisent un sans-faute, le frontman Óskar Logi Ágústsson semble n’avoir aucun mal à faire parler sa présence, parfaitement suppléé par Alexander Örn Númason, leur bassiste survitaminé. Leur show était aussi l’occasion de témoigner du jeu convaincant de leur nouveau batteur Stefán Ari Stefánsson intégré en 2015. The Vintage Caravan surfe sur une vague de retour au rock « zeppelinien », dans une veine plus ou moins énergique et agressive. Seulement, là où ce genre de groupes peut très vite ennuyer, ces derniers ont bien compris ce que l’audience attend. C’est rentre-dedans, sans interruptions et suffisamment varié pour ne pas avoir le temps de se prélasser pendant les 45 minutes de show. Un titre à la Arctic Monkeys des premières heures comme « Crazy Horses » et sa rythmique martelée aux toms illustre parfaitement la culture musicale des jeunes Islandais qui fait l’unanimité.

Spécimens

Non contents d’avoir assisté à une grosse prestation rock, nous devions encore attendre une heure avant le tour du festival organisé par Thomas Jensen. L’occasion d’assister au set de Bury Tomorrow, que nous avions déjà vu au Hellfest. Sans surprises, le groupe de metalcore britannique réalise un set identique, mettant à l’honneur son dernier album Earthbound sorti cette année. Bury Tomorrow laisse cet arrière-goût de « groupe sympa », mais qui à aucun moment n’arrive à susciter plus que de la satisfaction, du moins en live. Tout est parfaitement rôdé certes, mais sent le prémâché à l’image des interventions et du discours de fin de concert sur les « pass vip » du frontman Daniel Winter-Bates, en tous points identiques à ceux du Hellfest. Bury Tomorrow ne déçoit pas et peut compter sur des titres de très bonne facture à l’image d « Earthbound » justement. Cependant, et la critique est dure, Bury Tomorrow n’a pas laissé d’autres impressions que celle d’avoir permis de tuer le temps avant la visite du site. Justement, l’heure était venue de rencontre Thomas Jensen qui malgré le succès immense du Wacken, a conservé une forme de simplicité et d’humilité, tant dans l’apparence que dans le comportement. Après avoir lancé quelques boutades sur les sandales littéralement détruites par la boue de l’un de nos confrères tchèques, Thomas Jensen a entrepris de nous faire parcourir l’intégralité du site en à peine plus d’une heure. L’occasion de constater l’immense logistique que le festival nécessite, en témoignent les nombreux instruments rangés et les kits de batterie en préparation à l’arrière de la W :E :T Stage et de la Headbangers Stage.

Thomas Jensen a pris soin de nous montrer toute la diversité de l’enceinte festivalière, allant de l’espace artiste aux zones plus pittoresques tel que le Wackinger Village. On comprend ainsi beaucoup mieux l’effet « bulle » que peut créer le festival pendant 3-4 jours. Tous les services sont disponibles en grande variété (terrain de foot, catch, movie fields, une « wasteland » à l’atmosphère post-apocalyptique très bien rendue) et tout est fait pour qu’aucune influence extérieure ne vienne perturber l’état d’esprit du festival. Venir au Wacken n’a d’autre issue qu’une immersion totale, de ce point de vue l’événement met tout en œuvre pour ne pas décevoir. En outre, la popularité de Thomas Jensen n’est plus à prouver. Impossible de tenir le compte des personnes l’ayant reconnu et désirant échanger ne serait-ce que deux mots ou prendre une photo avec ce dernier pendant la visite. Thomas s’est toujours montré disponible et aimable, ce qui peut paraître évident au premier abord mais n’est aucunement une norme dans le milieu. Au final le tour s’est avéré instructif. Anecdote cocasse, le Beer Garden n’était à l’origine pas souhaité par Thomas, qui ne voyait pas le besoin de faire subsister le cliché Allemagne = bière, puisque le nord de l’Allemagne où se déroule le Wacken n’est pas la Bavière… Mais plutôt que d’installer des poissonneries, la bière a prévalu : on comprend.

Flaque

À la suite de la visite, Ute nous a permis de visiter et de nous sustenter au village artiste auquel nous avions accès pendant tout le reste du festival. C’est avec, il faut l’avouer, une petite âme d’enfant que nous avons pu constater le confort dont bénéficient les artistes, avec un catering de très bonne facture (les sushis sont à mettre au premier plan). Divers loges privées entourent un espace aménagé par de nombreux parasols et autres fauteuils (rien d’excitant à ce niveau-là on en convient) et donnent directement sur une grande tente dédiée au catering. L’espace parfait pour « chill-out » dirait un festivalier du Tomorrowland. Après quelques breuvages consommés de manière (très) professionnelle, plusieurs rencontres bienvenues avec de nombreux artistes (Alissa White-Gluz, Alex Skolnick…), autres journalistes et invités ainsi qu’une panse bien remplie, notre curiosité allait se porter sur le concert des Français d’Alcest. Ces derniers divisent au sein de la rédaction. Sans y aller par quatre chemins, certains trouvent le groupe rébarbatif voire ennuyeux tandis que d’autres ne cessent de louer la qualité d’une musique mélancolique aux accents progressifs. Peu importe la position sur le débat Alcest, leur prestation était difficilement critiquable. Le groupe vit pleinement sa musique et le rendu live réussit à surpasser le studio à plusieurs reprises. Communiquant très peu, le groupe privilégie l’immersion avec des lumières savamment distillées et l’une des meilleures productions du festival. La foule réunie devant la prestation d’Alcest à la Headbangers Stage a pleinement appréhendé le registre musical des Français : pas de slams intempestifs ou d’attitudes qui viendraient trancher avec les mélodies éthérées du groupe. Sans doute l’un des concerts les plus marquants émotionnellement parlants, que l’on appréciait ou non la discographie du groupe au préalable.

Wendy Dio

De retour au village artiste, le plan était simplement de continuer à échanger avec le plus de personnes possibles et de profiter au maximum d’une opportunité rare. Le dessein était d’éviter la folie Blind Guardian, extrêmement populaire outre-Rhin et de conclure la journée par le show de Ministry. C’est alors que les talents d’orateur de mon collègue Amaury se sont révélés (assisté d’une part de gâteau à la crème dont le goût nous traumatise encore) et qu’il décida d’entreprendre la conversation avec trois jeunes allemandes invitées au festival du nom de Nicky, Gisa et Hannah. Ces dernières n’étaient pas particulièrement familières de la musique proposée par le Wacken, n’étant présentes que pour une journée. S’ensuivit une conversation sur les barrières de la langue, la sécurité intérieure (oui), et le look d’une catégorie de personnes que nous ne connaissons pas en France, le « Rich Hipster Farmer », qui selon notre compréhension s’avère être simplement un fermier ayant loué des terres au Wacken, bénéficiant ainsi d’une rentre considérable et s’illustrant par un look qui a priori ne rencontre pas l’unanimité de la gent féminine. Au terme de la conversation sans doute la plus insolite du festival, nous nous devions d’assister à la prestation d’Al Jourgensen et consorts sur la Black Stage car peu importe la qualité de la compagnie, Ministry à 00h10 ne se refuse pas. Si on pouvait douter de l’état de forme du frontman des maîtres de l’indus, ce dernier n’a pas tardé à écarter toutes les suspicions. Al Jourgensen était presque avenant, ses musiciens aux aguets et ça se sentait. Ministry a délivré un show sans failles, martelant les rythmiques de manière frénétique avec un show lumineux fortement déconseillé aux épileptiques. Les hits tels que « N.W.O » ou l’inénarrable « Just One Fix » repris en chœur par l’audience tabassent et participent à créer une atmosphère de semi-transe, avec une énergie totale. Le son est massif, tout le monde saute ou headbang, on en vient à rapidement oublier les déboires précédents du groupe en live. Ministry termine son set par « Stigmata » et « So What », laissant les festivaliers embourbés, fatigués, dénuqués mais ravis. Ce vendredi, Ministry était immanquable, tout simplement. À l’image des festivaliers, nous étions nous aussi heureux d’avoir pu profiter d’une manière aussi particulière du Wacken avant d’aborder la journée du samedi, qui allait devoir s’avérer beaucoup plus « soft », en raison de notre état de fatigue avancé.

Cette-fois ci, pas de mission pillage, sans doute que la journée de la veille était suffisamment intense pour refréner nos ardeurs et notre gloutonnerie, la fatigue primant. Certes nos conditions étaient royales, mais un été festivalier se fait assez vite payer, même chez les plus affûtés d’entre nous. Le programme était simple, et commençait à avoir un certain goût routinier. Markus nous amena au site avec la diligence légendaire qui est la sienne, afin que nous puissions assister au concert de Dragonforce qu’aucun de nous deux n’avait vu au Hellfest. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Dragonforce en live a certes un cachet singulier, mais n’a pas livré sa meilleure prestation au Wacken. Les échappées cavalières de guitare se sont vite avérées rébarbatives, soutenues par une double-pédale qui en vient à faire regretter les heures où personne ne l’avait encore imaginée. Il y a bien l’éternel « Through The Fire And Flames » qui fait toujours son effet (joué sur scène avec Pellek), mais dans l’ensemble Dragonforce a davantage servi de réveil-matin. La faute sans doute à un horaire peu favorable.

C’est grand !

À l’inverse, s’il y a un groupe qui a impressionné par sa fougue et qui s’est démarqué sur ce festival, c’est bien Monuments. Ne bénéficiant que d’une petite demi-heure sur la W :E :T Stage, les tenants du djent à l’anglaise ont littéralement cartonné. Le frontman Chris Barretto, vêtu de la veste à la rose de l’équipe de rugby d’Angleterre semble ne pas avoir eu besoin d’échauffement. Certes, Monuments n’a eu que 30 minutes pour s’illustrer : l’occasion de tout donner sans préambules. Chris sautille sans cesse, dialogue avec le public, chante parfaitement juste en clean comme en growl, fait des saltos avant de se jeter dans la foule et en profite même pour remercier la sécurité. Monuments enchaîne les hits de The Amanuensis (2014) tels qu’ « I, The Creator » et « Origins of Escape ». Seuls regrets : l’absence de « The Alchemist » de la setlist tant le riff de ce dernier sort du lot, ainsi qu’un son qui parfois peine à rendre honneur à une musique résolument technique. Au final, ces trente minutes se sont avérées beaucoup trop courtes. Monuments a définitivement marqué des points : proposer une telle intensité sur un laps de temps aussi réduit démontre une grande maîtrise de l’exercice live ainsi qu’un grand professionnalisme. Chapeau bas.

Affairés à l’organisation de nos notes ainsi qu’au tri photographique, le samedi s’est déroulé de manière très fluide. Les Norvégiens de Borknagar étaient le troisième groupe sur lequel nous avons jeté notre dévolu. À l’origine groupe de Black, ces derniers ont évolué vers davantage de mélodies voire de touches progressives. C’était en outre l’occasion de constater le jeu du jeune batteur Baard Kolstad qui avait impressionné lors de ses dates avec Leprous. Si le solo de ce dernier s’est avéré en deçà de ce qu’il propose habituellement, son travail au sein de Borknagar fait son office. Le groupe profite de la sortie de son nouvel album Winter Thrice (2016) pour proposer une nouvelle setlist, qu’il clôturera justement par le titre éponyme et son outro quasi-lyrique. Borknagar (dont le concert est disponible sur Arte) reste singulier dans le paysage du metal et si les non-initiés peuvent avoir du mal à apprécier leur prestation live, reste que les Norvégiens proposent une musique qui vaut définitivement l’investissement de l’auditeur.

Dans un tout autre registre, Steel Panther allait déchaîner les passions sur la True Metal Stage. Autant le dire d’emblée, le show des Californiens est aussi grossier et déluré qu’hilarant. Références incessantes aux parties génitales, aux ébats sulfureux et aux liquides qui en résultent, trash-talking constant envers Dragonforce et moqueries condescendantes à propos du bassiste narcissique Lexxi Foxxx : pas de doute, Steel Panther n’a plus à prouver son aisance sur scène. Le groupe arrive autant à captiver par une musique catchy aux refrains à la subtilité légendaire (« Asian Hooker »,  « Fat Girl ») qu’à s’illustrer constamment dans une forme d’autodérision parfaitement maîtrisée (le préambule d’introduction à « 17 Girls In A Row » valait à lui-seul le détour). Le groupe communie avec son public en faisant monter sur scène trois jeunes filles dont une de 16 ans à la dentition en réfection (oui, elle en a pris pour son grade, du pain béni pour les vannes de Michael Starr) toutes ravies de pouvoir se trémousser avec la douzaine de bimbos accompagnant le groupe sur scène. Satchel n’a pas cessé de faire des clins d’œil langoureux à la caméra en plein solo, tandis que Lexxi prenait le temps de se recoiffer entre chaque chanson : du Steel Panther classique, où comment redonner un souffle de fraîcheur au glam. Le clou reste le jeu d’improvisation de chansons où le batteur Stix Zadinia s’est illustré par une grivoiserie d’une autre sphère. Steel Panther c’est une musique efficace qui donne le sourire, où le talent des musiciens se voit presque dépassé par leurs compétences de comédiens.

Catering

Le dernier concert qui nous intéressait était celui de Triptykon. Le choix délibéré de ne pas assister à celui de Twisted Sister se justifiait d’une part car nous avions déjà couvert le groupe au Hellfest, d’autre part parce que la fatigue se faisait sentir et que nous commencions à développer des prémices d’agoraphobie. Triptykon reste l’un des groupes qui mériterait davantage de notoriété et qui donne presque l’impression d’être sous-estimé tant leur dernier opus Melana Chasmata (2014) était de bonne facture. Ces derniers arrivent à créer une véritable atmosphère presque cultuelle avec des jeux de lumière sobre aux teintes rougeâtres et bénéficie d’un son tranchant à la production impeccable. Thomas Gabriel Fischer a un charisme singulier, presque immobile et pourtant impressionnant de présence. Le set a une fois encore laissé la part belle à de nombreuses covers de Celtic Frost, notamment « Obscured » avec la présence de la chanteuse Simone Vollenweider en guest qui s’est en outre illustrée sur le titre « Boleskine House ». Le set atteint son paroxysme sur « Aurorae », Triptykon clôturait pour nous de fort belle manière le festival. Le concert était d’ailleurs l’occasion d’une scène presque surnaturelle avec d’un côté une rixe sérieuse entre deux festivaliers qui a nécessité l’intervention des personnes environnantes (dix minutes plus tard, les deux gaillards étaient en train de se réconcilier) et de l’autre un jeu de séduction à l’évidence flagrante entre un éphèbe et une jeune allemande au physique avantageux. Deux extrêmes avec au centre Triptykon se produisant, le tout baigné dans des lumières qui semblaient parfaitement à propos. Une fin de festival qui nous convenait parfaitement.

Éreintés, il était temps de retourner à l’aéroport. Malheureusement la circulation s’est avérée extrêmement compliquée de notre hôtel jusqu’à Hambourg (notamment car un groupe dormant à l’hôtel avait mis beaucoup de temps à monter dans la voiture puisque certains d’entre eux « avaient eu du mal à se réveiller ! »). Heureusement, notre chauffeur avait le sens des priorités et usa de son expérience pour dépasser la majeure partie du trafic. Disons simplement que l’acception de « code de la route » peut parfois se voir modifié lorsqu’il s’agit d’arriver à l’heure à l’aéroport. Il s’en est fallu de 15 minutes pour que nous rations notre avion. Mais jusqu’au bout, l’organisation du Wacken aura tenu ses promesses. En résumé, l’accueil qui nous a été réservé peut être qualifié d’exceptionnel, nous avons bénéficié de tous les avantages logistiques pour pouvoir évoluer dans le festival sans contraintes, ainsi que d’accès rares qui nous permettait d’apprécier le festival de manière exhaustive pour vous proposer ce reportage. Surtout, les personnes impliquées se sont toujours montrées à notre disposition, avec une efficacité louable, on les en remercie très chaleureusement (particulièrement Ute en Allemagne et Olivier en France). Le Wacken mérite amplement sa réputation de l’un des plus gros festivals du monde, tant par la taille que la qualité de l’organisation. Certes, la boue restera l’argument sempiternel du festivalier et les grandes distances à parcourir en font un festival très physique (le temps de l’Allemagne du Nord peut parfois s’avérer taquin). Pour autant, il fait partie de ces lieux de pèlerinage incontournables lorsqu’il s’agit d’apprécier la musique métal. Nous le savions avant d’y aller, nous en sommes désormais certains.

Ténèbres allemandes

La scène pour faire la fête

Vocation internationale

De l’art

Du confort

Quand il pleut

Ute et Thomas

Ihsahn backstage

Hommage

Loges

Arrière scène

Arrière scène 2

Roadies

Espace artistes

De la boue !

De la boue j’ai dit !

Une vérité

Du ciel bleu, aussi.

Milice

Camping

Monde

Les Dead Daisies et nous

Village artistes

Jagermeister

Saxon

Merch

Wacken Land

Girlschool

Pour toi

Reportage : Thibaud Bétencourt.
Photos : Amaury Blanc.



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