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Interview   

Wardruna montre patte blanche


La trilogie Runaljod, parue entre 2009 et 2016, était un projet imposant, résultat d’un travail et de recherches approfondies lui donnant une vraie légitimité, qui a posé les bases de Wardruna et de la nouvelle vie artistique d’Einar Selvik, après des années à évoluer dans le black metal. Cinq ans après, c’est en artiste folk accompli qu’il revient, toujours accompagné de la chanteuse Lindy-Fay Hella, avec Kvitravn, un album qui à la fois s’inscrit dans une continuité et profite de la maturité acquise par l’expérience.

Wardruna a plus que jamais une valeur méditative pour se reconnecter à la nature et se « définir en tant qu’êtres humains selon les vieilles traditions animistes. » Wardruna est, sans l’avoir cherché, de toute évidence en phase avec certaines aspirations dans l’air du temps, il suffit de voir son succès grandissant, l’artiste ayant désormais signé sur une major mais aussi, plus généralement, l’engouement pour la culture nordique que ce soit au travers de groupes de plus en plus nombreux ou d’œuvres extra-musicales mainstream auxquelles Einar a parfois lui-même participé. Dans l’entretien qui suit, il nous parle donc du nouvel album Kvitravn, de la réussite de Wardruna et de la place des traditions nordiques dans la culture populaire.

« Ce qui est important à mes yeux est de prendre quelque chose de vieux et de créer quelque chose de neuf avec. Quelque chose qui nous parle dans le monde d’aujourd’hui, quelque chose grâce auquel on peut encore apprendre. […] Je crée de la musique pour les gens qui vivent ici et maintenant. Je ne crée pas pour des musées. »

Radio Metal : Kvitravn peut être considéré comme la vraie suite de Runaljod – Ragnarok, qui a conclu la trilogie initiale, puisque Skald était un petit peu différent, étant principalement composé de musiques solos. Penses-tu que cet écart de près de cinq ans et la parenthèse Skald étaient nécessaires pour digérer la trilogie et vous renouveler ?

Einar Selvik (chant & divers instruments) : Peut-être pas « renouveler », parce que je dirais que cet album est dans la continuité, et tout ce qu’on fait et toutes nos expériences au fil des années nous font forcément progresser en tant qu’artistes, compositeurs et êtres humains. Mais, bien sûr, après la trilogie, c’était nécessaire de prendre un peu de temps pour trouver ou choisir une direction à prendre, car tout d’un coup, après avoir pris part à un projet très long et intense – la trilogie était un gros projet qui s’est étalé sur quinze ans –, je me suis retrouvé dans une sorte de période de transition où il fallait vraiment que je détermine ce que je voulais faire. Donc oui, je pense que c’était intelligent, mais généralement, je pense aussi que je ne suis pas le genre de compositeur qui aime travailler dans la précipitation. J’ai passé probablement deux ans à travailler activement sur l’album.

Je suis sûr que la trilogie Runaljod a aussi représenté une grande courbe d’apprentissage à bien des égards. Quel bilan tires-tu de cette trilogie avec le recul ?

Je suis toujours très content du travail effectué. Bien sûr, avec le recul, c’est facile d’entrer dans un processus où on réévalue les choses et peut-être que certaines choses auraient pu être faites autrement. D’un autre côté, c’est un produit de son époque, de son moment. Dès que je travaille sur quelque chose, ça donne l’impression d’un genre d’initiation et je dirais que j’apprends beaucoup de l’ensemble du processus avec chaque chanson que je réalise. J’ai maintenant une compréhension plus profonde des runes et de leur manière de fonctionner, notamment dans un contexte musical. Vu que j’ai énormément étudié, que j’ai plongé en profondeur dans cet univers, ça a élargi ma connaissance de plein de choses, y compris concernant les instruments. Au moment où j’ai commencé à travailler avec tous ces instruments, il y avait très peu de connaissances, en tout cas pour certains d’entre eux. Evidemment, j’ai beaucoup appris et vécu plein d’expériences utiles, en ayant travaillé avec ces instruments à la fois en studio et dans le cadre des concerts. J’ai vraiment l’impression que c’est toujours une courbe et un processus d’apprentissage, mais j’ai aussi gagné beaucoup d’expérience et de connaissances pratiques, par rapport à ça, ainsi que par rapport au travail en studio de façon générale. J’ai énormément appris !

Kvitravn reprend effectivement les choses où vous les aviez laissées avec Runaljod – Ragnarok tout en évoluant. Qu’as-tu amené de la trilogie dans ce nouvel album et quels ont été les autres directions et éléments que tu as souhaité explorer à partir de ces bases que tu as posées ?

Je n’avais pas d’idée consciente sur la manière dont je voulais que ça évolue. C’était plutôt un processus naturel. En gros, ce sont les thèmes qui définissent ce dont chaque chanson a besoin. Thématiquement parlant, ça évolue ou fonctionne de la même manière que pour la trilogie. Je dirais que ça diffère dans le sens où cet album va plus en profondeur et dans les détails de certaines choses. D’un point de vue conceptuel, c’est aussi plus lié à la sphère humaine. C’est plus spécifique à notre manière de nous définir en tant qu’êtres humains selon les vieilles traditions animistes. De même, au fil des années, la tradition poétique et le travail du chant sont des choses que j’ai approfondies. Je me suis développé en tant que chanteur, donc je suppose que c’est naturel que ça soit mieux mis en valeur.

Tu as déclaré que « réciter et copier le passé n’est pas difficile, mais comprendre et intégrer des pensées, outils et méthodes anciens avec un véritable but dans une création ayant rapport à l’ère moderne est un réel défi ». Comment parviens-tu à faire ceci, à transférer ces formes musicales parfois primitives et anciennes dans l’ère moderne ?

Evidemment, concernant les thèmes avec lesquels je travaille, mon centre d’attention se porte sur les choses qui ont toujours une pertinence. Je peux te donner un exemple concret. En l’occurrence, sur cet album, nous avons une chanson qui s’appelle « Munin », qui est le nom d’un des corbeaux d’Odin. D’après le mythe, il a deux corbeaux qu’il envoie tous les jours dans le monde pour recueillir des informations, et ils reviennent vers lui. Ils s’appellent Hugin et Munin, signifiant « esprit » et « mémoire ». Il dit avoir très peur qu’Hugin, l’esprit, ne revienne pas, mais il a encore plus peur que Munin, la mémoire, ne revienne pas. Donc, bien sûr, j’aurais pu simplement décider d’utiliser ce poème et me contenter de réciter ces magnifiques textes. Mais pour moi, de façon générale, dans mon travail, c’est plus important d’aller dans les détails des histoires, de me demander ce que ça veut dire, ce qu’on peut en apprendre, pourquoi Odin a plus peur de perdre sa mémoire. Ensuite, je me mets à étudier au sujet de la mémoire, pour comprendre comment c’était perçu dans l’ancien temps. Pour ma part, ce n’est pas important d’essayer de reproduire la musique d’une période spécifique. Ce serait tomber dans la facilité et je trouve, personnellement, que ça rend la chose moins intéressante. Ce qui est important à mes yeux est de prendre quelque chose de vieux et de créer quelque chose de neuf avec. Quelque chose qui nous parle dans le monde d’aujourd’hui, quelque chose grâce auquel on peut encore apprendre. C’est mon approche, autant sur les thématiques que musicalement. J’utilise des instruments qui vont de l’âge de pierre à l’âge de bronze, à l’ère des Vikings, aux temps médiévaux et même des éléments modernes. Tout ceci est mélangé dans un tableau musical moderne qui parlera beaucoup plus à un public moderne. Je crée de la musique pour les gens qui vivent ici et maintenant. Je ne crée pas pour des musées.

« Les gens qui sont inquiets par rapport à [ma signature chez Columbia/sony] peuvent être assurés que si j’avais été obligé d’abandonner mon intégrité en tant qu’artiste, je n’aurais jamais signé. »

Kvitravn est ton nom d’artiste et ça signifie Corbeau Blanc. Qu’est-ce que l’image du corbeau blanc représente pour toi personnellement, d’un côté, et dans le contexte de cet album, d’un autre côté ?

Que ce soit clair, ceci n’est pas un album nommé d’après mon nom d’artiste. Il est, comme tu le sous-entends, inspiré par les mêmes idées qui m’ont motivé à prendre ce surnom à l’origine. Le corbeau, en soi, est un personnage central dans la tradition nordique, de nombreux symboles lui sont rattachés. Il est vu comme un messager, à bien des égards, comme un pont entre l’homme et la nature et comme un point entre l’homme et le divin ou entre la vie et la mort. Il y a plein de symboles forts. Sur un plan personnel aussi, c’est un animal auquel je me suis senti très lié depuis mon enfance. Je trouve les corbeaux extrêmement fascinants. J’ai une sorte de relation totémique avec cet animal. Ensuite, il y a d’un autre côté ces animaux blancs sacrés qu’on voit dans la tradition nordique, mais aussi dans de nombreuses autres traditions à travers le monde. Ça peut concerner plein d’animaux différents suivant d’où vient le mythe mais ce qui semble être un trait commun est que ces animaux blancs sont vus comme des prophéties liées au fait de les apercevoir et à leur retour. Ces prophéties représentent souvent un genre de grand changement ; ça peut être plein de choses différentes, comme une illumination. Personnellement, je trouve que le corbeau blanc et cette association symbolisent très fortement ce que j’ai envie de dire avec cet album, en tant que message de la nature, du passé ou de la sagesse intemporelle.

Quand tu as transitionné de ton passé black metal à Wardruna, vois-tu ça comme une transformation de corbeau noir en corbeau blanc ? Car on peut ressentir ce côté quête et transformation dans le clip de la chanson…

Oui, mais je n’établirais pas de lien entre les deux. J’ai utilisé le nom Corbeau Blanc au milieu de cette période black metal aussi, mais sur le plan personnel, ça faisait déjà des années que j’en avais fini avec le black metal. Ça ne me fascinait plus vraiment. A l’époque où j’étais dans Gorgoroth, c’était plus une approche professionnelle ou une expression artistique qu’un lien personnel. Il fallait que je fasse quelque chose qui était plus en phase avec mon intérêt, ma passion et mes croyances personnelles qui n’ont cessé de se renforcer au fil des années. J’ai travaillé pendant plusieurs années avec Wadruna en parallèle de Gorgoroth et à un moment donné, j’ai simplement décidé qu’il était temps que j’arrête tout et que je passe mon temps sur quelque chose qui était vraiment important pour moi. Mais la chanson « Kvitravn » reflète clairement une transformation, en rapport avec les anciennes traditions et la recherche de savoir, non seulement extérieurement mais aussi intérieurement. C’est ainsi que ces choses sont connectées.

L’album a été repoussé de juin 2020 à janvier 2021 à cause de la crise sanitaire. Cependant, tu as utilisé ce temps mort pour créer et sortir un single intitulé « Lyfjaberg », ce qui signifie « montagne guérisseuse ». Tu as dit que « la chanson exprime le fait qu’escalader une montagne, à la fois dans la réalité et métaphoriquement, est un effort mental et physique ». Est-ce que la musique, et particulièrement cette chanson, t’a aidé à gérer la situation ?

Pas vraiment. Je ne pense pas personnellement. D’un autre côté, tout ce qu’on fait participe au processus et la création de cette chanson résulte d’un besoin de créer quelque chose. L’idée d’écrire une chanson sur Lyfjaberg, la montagne guérisseuse, est quelque chose que j’avais en tête depuis de nombreuses années mais durant cette période, lorsqu’il a été décidé que nous devions repousser la sortie de l’album, c’est devenu très réel et nécessaire d’écrire cette chanson. Peut-être qu’à un certain niveau, c’était une manière d’aborder la situation et de l’évoquer d’une façon artistique qui pouvait à la fois me parler et parler à notre public. Il y a plein de montagnes abruptes que j’ai dû escalader, rien dont j’aurais envie de parler en détail ici, mais tout être humain a ses propres montagnes à escalader dans sa vie. C’est incontournable.

Vois-tu la musique comme étant guérisseuse également ?

Absolument. La musique, c’est médicinal. Chanter, c’est médicinal. Chanter ensemble, c’est médicinal. Ecouter de la musique, c’est médicinal.

Vous avez signé chez Columbia/Sony, une major. Il y a toujours cette peur chez les fans quand un groupe ou un artiste fait ce choix, car il y a cette idée comme quoi une major implique forcément des compromis artistiques. As-tu toi-même hésité ou eu des inquiétudes avant de signer ?

Pour le dire très simplement, si signer sur un label signifiait que ce soit obligé de compromettre mon art, je ne signerais évidemment pas le contrat. Pour moi, l’intégrité artistique et le plein contrôle de mon art, sur la manière dont il est présenté, créé, etc., c’est quelque chose dont je suis extrêmement protecteur depuis le tout début, peu importe avec qui j’ai travaillé, que ç’ait été dans l’industrie du spectacle ou dans l’industrie de la publication. Ceci est le prérequis le plus important. Heureusement, Sony et Columbia ont aussi vu que ma manière de travailler, à bien des égards, sortait des sentiers battus et que c’est aussi ce qui faisait de Wardruna un projet spécial. C’est quelque chose qu’ils ont vu et qu’ils ont complètement accepté, et ils ont soutenu cette liberté artistique. Mon contrôle total sur l’art n’est pas quelque chose qu’ils veulent remettre en question, changer ou façonner d’une manière qui n’aurait aucun sens pour Wardruna. Ça n’a pas du tout été un problème. Donc les gens qui sont inquiets par rapport à ça peuvent être assurés que si j’avais été obligé d’abandonner mon intégrité en tant qu’artiste, je n’aurais jamais signé.

Tu as toujours fait les choses de manière très DIY : parviens-tu à conserver cet état d’esprit malgré le fait que tu aies une grosse machine derrière toi maintenant ?

Absolument. Ce n’est pas parce qu’on rejoint une grosse machine qu’une autre personne fait tout le boulot. Moi et mon équipe proche sommes extrêmement impliqués dans toutes les décisions qui sont prises et dans tout le processus. Donc ce n’est pas comme si nous donnions le projet et que plein d’autres gens géraient tout. A certains égards, ça représente plus de boulot parce que travailler avec une plus grosse machine implique aussi que ton projet de sortie d’album gagne en ampleur. Nous sommes très impliqués dans ce processus et c’est une partie centrale de notre travail. Mon propre label, By North Music, gère toujours cette sortie pour certains territoires. Je dirais que Wardruna reste très DIY.

« On voit aujourd’hui plein de gens ressentir un manque de lien à la nature et à autre chose que notre société occidentale moderne. C’est donc tout naturel qu’on commence à s’intéresser à des traditions ou des histoires basées sur la nature pour y trouver de l’inspiration ou de la sagesse. »

On a eu un échange avec Gaahl l’an dernier et on a parlé un petit peu de Wardruna et des raisons de son départ. Il a dit : « J’avais une mauvaise impression quand j’étais debout sur scène à chanter ces chansons. Il y a ça, et puis pour moi, ces chansons devraient être interprétées à même le sol, pas sur une scène regardant d’en haut ceux avec qui on communique. Je trouve que le projet a perdu de vue l’essence du pourquoi nous l’avons fondé à l’époque. » Penses-tu que c’était inévitable : quand on prend de l’ampleur, on perd forcément une part de cette intimité qui faisait partie de ce projet au début ?

Oui et non. Ces idées restent très importantes, et c’est la raison pour laquelle nous essayons d’éviter de jouer dans des lieux où nous regardons le public de haut ; nous essayons plutôt de jouer dans des amphithéâtres ou des salles de théâtre où nous sommes au même niveau ou plus bas que le public. Evidemment, les choses changent, mais je ne dirais pas que ça a changé de manière négative parce que nous faisons toujours les deux et nous restons fidèles à ces idées et aux fondamentaux qui étaient intuitifs pour nous tous. C’est mieux quand nous sommes au point le plus bas de la salle, pour ainsi dire. Evidemment, faire partie de Wardruna, c’est un processus fluide. Les choses progressent et il faut faire avec. Mais c’est toujours une perception individuelle et pour ma part, dans mon dialogue avec Gaahl, c’était toujours important, si on veut être… Ça n’aurait été bénéfique pour aucun de nous d’avoir quelqu’un dans le groupe qui ne se sentait pas à l’aise dans ce contexte. Nous avons toujours géré ça. Chacun a le droit d’avoir ses opinions, ça ne pose absolument aucun problème. Ça me va parfaitement que les gens aient leur propre point de vue. Ça n’a jamais été source de conflit ou de rancœur. C’était une décision qui était parfaitement logique.

Ça fait entre cinq et dix ans qu’on assiste à un regain d’intérêt envers les groupes qui explorent une époque et un héritage païen, polythéiste, pré-monothéiste. C’est aussi quelque chose qu’on voit dans la culture populaire (les films, les séries, les jeux vidéo…). Comment expliques-tu que ce passé, ce folklore ancien et ces traditions anciennes, presque oubliés, reviennent à la mode aujourd’hui ? Y vois-tu le signe que les gens ont besoin d’une spiritualité et d’un système de valeurs qui, peut-être, nous manquent ou bien les gens sont-ils seulement intéressés par le côté divertissement ?

Je pense que c’est les deux. Pour certaines personne c’est un truc spirituel, mais ça n’est pas non plus obligé d’être spirituel, ça peut aussi être une attitude, un intérêt ou un truc philosophique. Je crois vraiment que, globalement, on voit aujourd’hui plein de gens ressentir un manque de lien à la nature et à autre chose que notre société occidentale moderne. C’est donc tout naturel qu’on commence à s’intéresser à des traditions ou des histoires basées sur la nature et qui soient plus en lien avec ça, pour y trouver de l’inspiration ou de la sagesse, et prendre contact avec ça. C’est global. C’est seulement une coïncidence que l’histoire nordique soit autant au centre de l’attention. Le truc, c’est que les traditions animistes sont très universelles ou globales dans la façon dont elles ont été créées. Ces traditions sont nées de leur environnement et des ressources qui s’y trouvaient. Donc même si les traditions nordiques ont des variantes locales, les mécanismes sont les mêmes peu importe d’où l’on vient. Je trouve que c’est parfaitement logique que les gens s’intéressent aux cultures préchrétiennes qui sont nées de la nature, ce qui fait qu’elles sont toujours très pertinentes.

Tu as travaillé sur d’autres projets, comme la série télé Vikings et le jeu vidéo Assassin’s Creed Valhalla. Malgré leur nature non académique et accessible, penses-tu qu’ils représentent quand même de bons hommages à l’héritage que tu revendiques avec Wardruna ?

Absolument ! N’importe quels interprétation moderne [de cet héritage] et projet comme ceux-ci feront toujours écho à ce qui est historiquement juste et, à la fois, ajouteront une part de fiction ou joueront sur les notions modernes, c’est complètement naturel. En ce qui concerne Assassin’s Creed, je dirais qu’ils ont très bien fait les choses en termes d’exactitude historique et ils ont une grande équipe de spécialistes qui les aide au cours du processus. Mais c’est un jeu dont le concept en tant que tel est une combinaison de faits historiques et de fiction, c’est l’histoire qui est comme ça, donc évidemment, ça influence le résultat final. Je pense quand même qu’ils ont un bon équilibre entre la fidélité historique et le fait de boucher les trous par rapport à tout ce qu’on ne connaît pas avec exactitude, car ça représente aussi beaucoup. Il s’agit aussi de jouer sur les notions ou idées modernes et contemporaines sur ce que l’ère viking était. Je trouve qu’ils ont réalisé un bon mélange. Mon rôle dans la BO d’Assassin’s Creed Valhalla était vraiment de donner une voix à la tradition orale scaldique qui était au centre de la vieille culture nordique. J’ai pu faire des choses qui faisaient vraiment écho à ma propre philosophie et mes propres idées sur cette époque.

Ta musique prend racine dans l’histoire et la culture scandinave. Cependant, d’autres artistes d’autres pays ont aussi commencé à pratiquer ce type de musique. Penses-tu qu’un groupe non scandinave puisse vraiment faire ressortir l’essence de cet univers culturel et musical comme tu le fais dans Wardruna ?

C’est difficile pour moi de le dire. C’est bien possible. Dans tous les cas, je trouve ça merveilleux que des gens d’autres pays puissent être inspirés par la culture nordique, même s’ils viennent d’une culture différente. Ça ne me pose aucun problème. C’est quelque chose qu’on a pu voir dans toute sorte de musique. Il y a plein de groupes norvégiens qui jouent du bluegrass et de la country, en l’occurrence, ou des musiciens qui travaillent avec des expressions orientales, etc. Il n’y a là rien de nouveau, ce n’est pas exclusif à la musique nordique, c’est quelque chose qui arrive avec tous les genres musicaux. Ça n’a pas d’importance que ça soit ton background ou pas. L’inspiration reste l’inspiration et je ne peux pas être le juge de la qualité de ces musiques ou pour dire si ça reflète vraiment la culture.

Il y a une perméabilité évidente entre le public metal et celui de Wardruna, même si les deux cultures ont des origines très différentes. Comment expliques-tu ce lien fort qui s’est construit au fil des années ?

Nous avons un public très large mais le public metal en fait clairement partie. Je trouve ça parfaitement logique aussi. L’univers musical de Wardruna joue avec une esthétique qui est très familière dans le metal. Le metal a souvent été inspiré par l’histoire dans les textes et l’esthétique globale. De même, plein de groupes de metal norvégiens, en l’occurrence, sont très influencés par la musique traditionnelle, par la tonalité de nos musiques folkloriques. C’est un peu une esthétique dont les gens ont l’habitude dans le monde du metal. Rien que pour mentionner quelques similarités. Toute cette idée selon laquelle le message derrière la musique est tout aussi important que la musique elle-même, en soi, c’est une idée très black metal aussi, et une idée qu’on peut retrouver dans plein de world music anciennes.

Interview réalisée par téléphone le 11 décembre 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Floriane Wittner.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Wardruna : www.wardruna.com

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