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Interview   

Warrel Dane : de l’ombre à la lumière


Il est clair que la perte est immense, et Shadow Work ne nous fait que le rappeler. Warrel Dane, chanteur décédé le 13 décembre 2017 à l’âge de 56 ans, n’aura malheureusement pas eu le temps de se rabibocher avec Jeff Loomis et ressusciter Nevermore, au grand dam des fans. En revanche, il nous lègue aujourd’hui un album, certes inachevé mais déjà bien garni, qui à bien des égards renvoie au génie du groupe de Seattle. Surtout, Warrel Dane, plus que de proposer un album solo, nous fait découvrir un groupe de Brésiliens, jusqu’alors parfaitement inconnus, stupéfiants par leur talent.

C’est le duo de guitaristes, Thiago Oliveira et Johnny Moraes, qui se sont bien trouvés car ils sont complémentaires et liés par une alchimie évidente, qui a pris le temps de répondre à nos questions. Émouvants en évoquant la personnalité de Warrel Dane, ses parts d’ombre comme de lumière, et la relation étroite qu’ils entretenaient avec lui. Déchirants quand ils nous font le récit de la triste journée du 13 décembre et comment lui comme eux pouvaient bien avant pressentir ce qui pouvait arriver, et arriva. Éclairants quant aux conditions dans lesquelles Shadow Work a été conçu, avant et après la disparition du chanteur. Et enfin, révélateurs en en apprenant plus sur eux-mêmes, leur parcours et leurs influences, allant du hard rock des années 80 aux guitaristes-compositeurs classiques.

« L’album Dead Heart In A Dead World a changé la donne, que ce soit pour moi ou pour Johnny. […] On avait déjà les guitares sept cordes dans le néo-metal mais c’était nul [rires], je n’aime pas ça ! Mais la première fois que j’ai entendu Nevermore, j’ai pensé : ‘Eh bien, voilà comment utiliser une guitare sept cordes !’ »

Radio Metal : Shadow Work est sur le point de sortir. C’est un album très spécial, compte tenu du contexte et des circonstances qui l’entourent. Comment vous sentez-vous aujourd’hui par rapport à cet album ?

Thiago Oliveira (guitare) : Dès que « Disconnection System » est sorti, j’étais soulagé parce que les gens l’ont beaucoup aimé. Nous ne savions pas à quoi nous attendre à cause, comme tu l’as dit, des circonstances, mais dès que la chanson est sortie, c’était un énorme soulagement de voir que tout le monde aimait. Ça a été très apprécié et les gens ont vraiment compris ce qui s’était passé. Donc ouais, c’était super. Je veux dire que nous sommes vraiment confiants et nous savons que ce sera spécial.

Quand vous écoutez ces chansons, ça ne vous laisse pas un sentiment doux-amer ?

Tout le processus était comme ça, car nous savions que nous avons de la très bonne musique, mais Warrel avait ces problèmes de santé… C’était un peu doux-amer, bien sûr, surtout après son décès, quand nous avons dû constituer tout l’album. Il est clair que ce n’était pas facile, mais à la fois, ça nous a rendus fiers parce que c’est exactement ce qu’il voulait.

Avant de jouer avec Warrel, quelle était votre relation à sa musique ?

Johnny Moraes (guitare) : Je me suis intéressé à Nevermore vers 2005, 2006, et j’ai écouté tous leurs albums. J’ai d’ailleurs acheté This Godless Endeavor la semaine de sa sortie et j’ai été très impressionné par la musique. L’album avait une influence de groupes de metalcore, et j’ai trouvé ce qu’ils ont fait très intéressant. L’influence de Nevermore s’est vraiment immiscée dans ma propre musique. J’ai beaucoup de respect pour le jeu de Jeff Loomis sur tous ces albums.

Thiago : Tous les albums sont très importants. Je veux dire que l’album Dead Heart In A Dead World a changé la donne, que ce soit pour moi ou pour Johnny. Je me souviens quand il est sorti, il a eu un énorme impact. Tout le monde en parlait. C’était la première fois qu’on entendait un groupe avec une telle maîtrise technique faisant des choses avec des guitares sept cordes, de façon heavy mais avec un chanteur chantant en voix claire, et ça sonnait étrange mais à la fois hyper heavy. C’est quelque chose qui a tout changé dans le metal moderne. Enfin, on avait déjà les guitares sept cordes dans le néo-metal mais c’était nul [rires], je n’aime pas ça ! Mais la première fois que j’ai entendu Nevermore, j’ai pensé : « Eh bien, voilà comment utiliser une guitare sept cordes ! » Nevermore, c’était deux choses : le chant de folie de Warrel et les riffs de Loomis ! Les deux étaient impressionnants. Loomis fait partie de ces gars que nous aimerions rencontrer un jour parce qu’il y a des choses que nous aimerions partager avec lui. Nous avons un énorme respect pour cet homme, nous adorons son jeu, et je me souviens de la première fois que j’ai entendu Nevermore, j’étais là : « Oh mon Dieu, ces riffs sont incroyables ! » Son jeu était extraordinaire. C’était quelque chose qui nous a marqués. À chaque fois que j’entendais un gros riff de guitare sept cordes, ça me refaisait penser à Nevermore. C’est quelqu’un qui a laissé sa marque dans le monde du metal. Et je me souviens de la première fois que j’ai entendu la voix de Warrel, j’ai trouvé que ça sonnait tellement étrange ! Mais ensuite, je m’y suis fait et j’ai vraiment aimé. S’il n’avait pas eu ce chant plein de désespoir, ça n’aurait pas eu le même impact. Je veux dire que si ça avait été quelqu’un comme Bruce Dickinson ou Russel Allen, ça aurait été bon, mais il n’y aurait pas eu le même désespoir, la même profondeur. Je disais toujours à Warrel : « Si un jour tu reviens dans Nevermore, il faut que tu le fasses avec Jeff. » Jeff est quelqu’un que nous respectons profondément, surtout parce nous avons dû apprendre ses chansons et elles étaient très dures, donc nous sommes bien obligés de lui témoigner du respect [rires].

Vous avez fait votre première tournée avec Warrel Dane en 2014, mais vous avez aussi tourné pour les quinze ans de Dead Heart In A Dead World, justement. Comment c’était de jouer cet album en intégralité live ?

Johnny : C’était génial ! Ça nous a vraiment permis de nous lier aux anciens fans de Nevermore. Dead Heart était un album tellement important pour la communauté metal à l’échelle mondiale, surtout en Europe et ici en Amérique du Sud, et aussi aux US, évidemment. C’était tellement magique de célébrer cet incroyable album qui a vraiment changé la donne dans la scène metal à l’époque. Tout le monde célébrait. Tous les concerts étaient des moments extraordinaires et magiques, nous pouvions le ressentir avec tous les fans, surtout en Europe, où nous avons connu certains des meilleurs concerts que nous avons donnés à l’occasion des quinze ans de cet album.

J’imagine qu’apprendre l’album n’était pas une tâche facile…

Thiago : Eh bien, nous avions déjà joué la moitié de l’album avant de faire cette tournée, donc nous avions cinq ou six chansons à apprendre et ce n’étaient pas les plus dures. Nous avions l’habitude de jouer « The River Dragon Has Come », avant cette tournée, nous jouions « Dead Heart In A Dead Wordl », « Narcosynthesis », « The Heart Collector », donc tout s’est bien passé. Je pense que la seule chose difficile que j’ai eu à faire était d’apprendre le solo de « Engines Of Hate », qui est assez dur, mais en dehors de ça, tout allait bien. Si nous avions dû faire quelque chose comme l’intégralité de l’album This Godless Endeavor, ça aurait été bien plus difficile, car Dead Heart a des chansons difficiles mais ce ne sont pas les plus dures.

Johnny : Même si nous jouions « This Godless Endeavour », qui est une des chansons les plus dures à jouer, sur les deux tournées européennes que nous avons faites avec Warrel.

Thiago : Ouais, celle-ci était difficile ! [Petits rires]

Johnny : Sur le fait de jouer Dead Heart en intégralité, comme l’a dit Thiago, sur la première tournée, nous avons joué environ cinq ou six chansons de Dead Heart déjà, donc nous devions ensuite rajouter plutôt les faces B de l’album, c’est-à-dire « Insignificant », « Engines Of Hate », « The Sound Of Silence », « Evolution 169 », ce sont des chansons extraordinaires à jouer. Il y avait un autre morceau, mais j’ai oublié le nom… Nous disions que c’était la chanson la mieux écrite de l’album. [Il chante le riff de la chanson.]

« Il nous a tout donné. Il nous a offert une énorme opportunité quand personne ne l’aurait fait. Il croyait en nous, il voulait que nous soyons là, il aurait été très fier de savoir qu’il nous a aidés. »

Thiago : « We Disintegrate » !

Johnny : « We Disintegrate », oui ! « We Disintegrate » est une chanson géniale à jouer en live, les fans devenaient dingues ! « Insignificant » était une autre de mes chansons préférées parce qu’elle est basée sur l’accordage DADGAD que Jimmy Page utilisait sur les premiers albums de Led Zeppelin et je pense que Jeff l’a bien exploré sur cette chanson.

Thiago : J’aimais beaucoup « Engines Of Hate », le solo était dur mais je l’aimais beaucoup. Je me souviens quand nous avons joué en Serbie une fois, et il y avait cette fille, elle jouait dans un groupe de reprises d’Arch Enemy et elle était très sceptique, mais une fois qu’elle nous a vus jouer, elle était là : « Oh oui, les mecs, vous êtes extraordinaires ! » Et j’étais là : « Oh merci ! » Nous avons passé de grands moments avec les fans, c’était incroyable.

Tout le groupe est brésilien et l’album a été enregistré au Brésil, ce qui peut paraître surprenant pour un artiste américain originaire de Seattle. Est-ce que Warrel avait un attachement particulier au Brésil ?

C’est quelque chose qui s’est fait un peu par hasard. Le producteur Thiago Claudio, qui travaille avec des groupes comme Rotting Christ et Pain Of Salvation, lui a demandé de faire une tournée spéciale en forme de rétrospective de carrière, exactement comme ce que des gens tels que Paul Di’Anno, Blaze Bayley et Ripper Owens font. Dès qu’il est arrivé ici, il y a eu un déclic, c’était magique. Il a eu envie de relancer sa carrière solo et de travailler avec nous. Tout fonctionnait à la perfection et il y avait de la magie dans l’air. C’était le destin, il n’y a pas d’autre explication ! Tout a été enregistré ici. Nous avons de très bons studios, avec des gens très talentueux comme Wagner Meirinho, notre producteur. Il a fait un boulot incroyable. Il a tout organisé. Je veux dire que nous n’avons pas énormément de groupes internationaux qui enregistrent ici à cause de la distance, mais nous avons plein de groupes brésiliens qui ont enregistré ici au fil des années, comme Sepultura, Angra, Krisiun. Il y a donc une tradition ici de studios et d’ingénieurs très compétents et professionnels.

Johnny : Et si ta question était plus dans le sens de savoir à quel point il appréciait le Brésil, oui, il adorait ce pays. Il adorait les gens ici, il était toujours très content de venir au Brésil, il était toujours surexcité. À chaque fois qu’il venait, il le postait sur Facebook et disait à ses amis comme il aimait les gens et la nourriture ici, et comment on le traitait quand il venait. C’était donc très spécial quand il venait ici, et c’était assez naturel d’enregistrer l’album ici, c’était son souhait.

Et j’imagine qu’il y a beaucoup de soleil chez vous par rapport à la météo pluvieuse de Seatlle, ça a dû le changer…

Thiago : Ouais, c’est certain ! Je n’ai jamais été à Seattle mais tout le monde dit qu’il pleut très souvent, qu’il y fait froid, et c’est un autre climat, une atmosphère différente, c’est sûr !

Bien que l’album ait cette étiquette « solo », est-ce que la composition était plus un effort de groupe ?

Oui. Ce qui s’est passé est que j’ai écrit toutes les chansons qu’on entend dans Shadow Work. Warrel avait ce truc avec ses compositeurs. Il composait avec des guitaristes. C’était la même chose qui s’était passée avec Loomis dans Nevermore, Peter Wichers sur Praises To The War Machine et Lenny [Rutledge] dans Sanctuary. Donc il avait toujours quelqu’un avec qui contribuer, pour les riffs, les arrangements et toutes ces choses. Sur cet album, j’ai écrit un lot de chansons qui étaient prêtes, et puis Johnny en a écrit d’autres et Fabio [Carito], notre bassiste, avait aussi une chanson. Il avait ce truc : il voulait toujours finir certaines chansons en dernier, mais malheureusement pour cette fois, ça n’a pas pu se faire à cause de ce qui est arrivé, de son décès. Donc cette fois, j’ai écrit les chansons et puis nous avons commencé à répéter, et il y a eu des idées d’arrangements ici et là et tout le monde a contribué. Donc ouais, c’était plutôt un effort de groupe. Je me souviens de la première réunion que nous avons eue avec Century Media, ils ont voulu que tout le groupe apparaisse sur les photos. Car ils nous ont vus jouer en concert et ont vraiment aimé, donc ils ont pensé que nous devrions être appréciés en tant que musiciens aussi.

Johnny : Oui, le noyau dur de ces chansons a été écrit par Thiago avec Warrel pour Shadow Work, mais après, nous avons travaillé très dur en studio. Nous avons beaucoup répété avec le groupe, nous avons travaillé sur les arrangements, et tout le monde a apporté sa contribution.

Thiago : Tout le monde a aidé, oui.

Johnny : J’ai aussi fait des choses pour cet album, ainsi que Fabio.

Thiago : Johnny a fait plein de chansons aussi. Malheureusement, Warrel n’a pas eu le temps…

Johnny : Il est mort avant de pouvoir travailler dessus.

Thiago : Oui, c’est de sa faute ! [Petits rires]

« Il avait des problèmes avec la dépression et parfois c’est très dur de gérer quelqu’un dans ce type de situation. Ces choses étaient vraiment extrêmes et on ne pouvait jamais savoir comment il serait le jour suivant. […] Parfois, un jour il était content et très généreux, et le lendemain il était déprimé et dans un état d’esprit très sombre. »

Cet album est clairement plus heavy et sombre que son premier album solo. Avec Praises To The War Machine, Warrel avait voulu s’éloigner du style de Nevermore. Ici, avec Shadow Work, au contraire, on dirait qu’il a voulu revenir à ce style. Était-ce un désir conscient de sa part ?

Non, pas que je sache ! Je ne sais pas pour toi, mais pas pour moi.

Johnny : Je me souviens de conversations que nous avons eues avec lui et il disait : « Hey, on va beaucoup changer de style par rapport au premier album avec celui-ci ! » Il voulait faire quelque chose de différent de son premier album.

Thiago : Oui. Nous jouions toutes ces chansons de Nevermore en live, et le fait de revenir sur ces chansons, ça faisait des années que je ne les avais pas écoutées, et du coup, ça s’est glissé dans notre subconscient pendant que nous composions. Donc quand nous écrivions des riffs, ça s’est fait tout seul. C’était inconscient pour moi.

Johnny : Oui, mais à la fois, il avait déjà des idées de refrains pour des chansons, qui sont là, et ceux-ci avaient un feeling plus sombre qui a orienté les chansons vers une direction plus heavy.

Thiago : Mais bon, qu’on soit bien clair : nous adorons Praises To The War Machine. Nous jouions certaines chansons en live, et certaines d’entre elles étaient parmi nos préférées à jouer. Mais comme je disais, c’est quelque chose qui s’est fait tout seul, comme avec « Disconnection System », je ne le contrôlais pas. C’est la vie ! [Petits rires] Mais nous étions de grands fans de Nevermore, donc c’était tout simplement naturel.

Avez-vous parlé de Nevermore avec lui ? Avait-il des regrets ?

Le truc avec Nevermore était compliqué, car il y avait des personnalités très dysfonctionnelles. Ils étaient comme une famille, tout comme nous avec Warrel, mais je pense qu’il y avait des problèmes avec l’alcool, des problèmes financiers… Il nous a raconté plein d’histoires que nous ne sommes pas libres de divulguer. Il nous a dit plein de choses mais nous n’avons entendu que sa version de ces histoires. Nous adorions prendre contact avec les autres anciens membres du groupe pour en parler. Ces choses, ce n’est pas à nous d’en discuter, mais oui, nous avons entendu beaucoup de choses à ce sujet.

Sa prestation vocale sur l’album est vraiment impressionnante, avec ses vocaux les plus extrêmes sur « Madame Satan » et parmi ses plus mélancoliques sur « Rain ». Est-ce que sa prestation très sombre représente son état psychologique à l’époque ?

Oui, en gros. C’est marrant que tu mentionnes « Madame Satan » parce que ce qui s’est passé avec cette chanson est que nous l’avons emmené dans un endroit à São Paulo qui s’appelle Madame Satan Cigar Club. Il adorait Bauhaus, Bowie, Sisters Of Mercy, c’était un amoureux de musique goth et donc nous l’avons emmené là-bas, et c’était comme emmener un enfant dans un magasin de bonbons, il était fou ! [Petits rires] Et le nom, Madame Satan, est resté pendant un temps dans son subconscient. Il a trouvé les accords, que j’ai appris, et j’ai pensé : « Peut-être qu’on peut en faire quelque chose façon black metal, comme si Cradle Of Filth rencontrait Nevermore. » C’était donc très intéressant, et il a ajouté le chant extrême. C’était un grand fan de metal extrême. Si tu réécoutes Nevermore, il a fait des choses comme ça sur « Born », c’était quelque chose qu’il aimait beaucoup. Sa voix est très grave, c’était naturel pour lui.

Johnny : Ouais, il me disait tout le temps que c’était un gros fan de death metal. Donc c’est assez amusant que son chant était aussi lyrique ! Mais il était vraiment fan de groupes extrêmes.

Thiago : Ensuite, avec « Rain », quand je l’ai écrite, il n’était pas là, il était retourné aux États-Unis. Il y a un compositeur classique, un guitariste classique qui s’appelle Leo Brouwer, c’est un Cubain très connu, et il a une chanson qui s’intitule « Cuban Landscape With Rain », et ça m’a un peu inspiré pour écrire « Rain ». Et puis il y a aussi pas mal l’influence de Philipp Glass et Steve Reich, qui sont des compositeurs classiques minimalistes. J’ai ensuite envoyé la chanson à Warrel et il a commencé à écrire tous ces textes à propos de la pluie… Je veux dire qu’il était à Seattle, donc ça fait parfaitement sens.

Le groupe a déclaré que « enregistrer un tel album et travailler aux côtés d’un artiste aussi doué que Warrel amène à être fasciné par sa lumière la plus brillante et, à la fois, englouti par son ombre la plus sombre ». Qu’est-ce que vous appelez « sa lumière la plus brillante » et « son ombre la plus sombre », qu’est-ce que vous mettez derrière ces termes ?

Oh mon Dieu, je plaide coupable, c’est moi qui ai écrit ça ! Mais tout le groupe l’a approuvé ! [Rires] Je veux dire que c’était la personne la plus gentille qui soit, la femme de Johnny l’adorait et il était très ami avec tout le monde dans nos familles, tout le monde l’appréciait, ma mère, mon père, tout le monde l’adorait parce qu’il était si gentil. Il nous a tout donné. Il nous a offert une énorme opportunité quand personne ne l’aurait fait. Il croyait en nous, il voulait que nous soyons là, il aurait été très fier de savoir qu’il nous a aidés. Voilà à quel point il était gentil. Parfois on pouvait avoir une passe difficile et il était là avec les bons mots qui changeaient tout. Mais à la fois, ce n’est un secret pour personne qu’il luttait contre ses addictions. Nous ne voulons rien juger par rapport à ça ; ce sont des choses que certaines personnes ne peuvent pas contrôler. Il avait des problèmes avec la dépression et parfois c’est très dur de gérer quelqu’un dans ce type de situation. Ces choses étaient vraiment extrêmes et on ne pouvait jamais savoir comment il serait le jour suivant. Il était très extrême, très intense. Donc ces choses remontaient à la surface et nous restions à ses côtés pour le soutenir. Parfois, un jour il était content et très généreux, et le lendemain il était déprimé et dans un état d’esprit très sombre. Ça résume un peu ce que je voulais dire.

« Il est parti très paisiblement. Je crois qu’il savait un peu ce qui arrivait et, au plus profond de lui-même, peut-être qu’il sentait que son heure était arrivée. […] J’ai vraiment l’impression qu’il sentait que peut-être la fin de son existence ici approchait, et on peut vraiment saisir ça quand on écoute les chansons. »

Warrel Dane est décédé le 13 décembre 2017 à São Paolo. Il est mort dans l’appartement où il résidait pendant les enregistrements de l’album. De quoi vous souvenez-vous de cette journée et de cette soirée ?

Johnny peut tout de dire à ce sujet.

Johnny : Oui, il se sentait très mal du point de vue de sa santé en général. Tout le monde sait qu’il ne prenait pas beaucoup soin de lui, par rapport à ses addictions et tout. Ça faisait déjà deux ou trois semaines qu’il ne se sentait pas bien. Il était très maigre, il avait plein de problèmes avec son diabète et tout. Nous étions allés au studio la veille, je crois, et ce jour en particulier, il ne se sentait vraiment pas bien. Il a été au supermarché, a trébuché et est tombé par terre ce jour-là et il s’est cassé le poignet. Nous l’avons donc emmené à l’hôpital pour qu’il puisse être soigné, qu’on vérifie son taux de glycémie, etc. Nous l’avons ramené chez lui et il s’est reposé toute l’après-midi, il dormait, et arrivé le soir, je suis venu à son hôtel pour lui apporter de la nourriture, car nous nous occupions de lui au quotidien ici. En gros, il m’avait demandé de lui rapporter à manger, nous avons bavardé, il a un peu mangé de ce que je lui avais ramené. Il s’est allongé, il me parlait, et tout d’un coup, il a arrêté de parler. Il était paisiblement allongé sur le lit, sans parler. Au bout d’environ deux minutes, j’ai senti que quelque chose n’allait pas, qu’il y avait un gros problème. J’ai vécu d’autres épisodes avec lui où il s’était arrêté de parler et ce genre de choses, parfois il avait des soucis avec son diabète, il avait une crise d’hypoglycémie ou autre, mais là ce n’était clairement pas le cas. Je me suis vite rendu compte que quelque chose n’allait pas et, après quelques minutes, je pouvais voir qu’il ne respirait pas du tout. J’ai un peu paniqué et essayé de lui faire un massage cardiaque et j’ai appelé les urgences. Ils ont essayé de m’aider à le réanimer. L’ambulance est arrivée très, très vite, en à peine six minutes ils étaient à l’hôtel. Ils ont dit qu’il était en train d’avoir une crise cardiaque. J’ai essayé de le réanimer mais sa santé était déjà très détériorée. Comme je disais, il était très maigre et sa condition physique très mauvaise à ce moment-là. Mais ce que je peux dire à ce sujet est qu’il est parti très paisiblement. Je crois qu’il savait un peu ce qui arrivait et, au plus profond de lui-même, peut-être qu’il sentait que son heure était arrivée.

Aviez-vous déjà eu peur pour sa vie durant les jours, semaines ou mois qui ont précédé ?

Thiago : Ouais. Ça faisait des années que nous avions peur pour sa vie ! Parfois, comme il est diabétique, il s’évanouissait, il n’était pas dans sa meilleure forme, mais oui, nous l’étions. Je veux dire que même si nous étions sous le choc lorsque ce qu’est arrivé ce qui est arrivé, nous savions que ça pouvait arriver à cause de ses problèmes de santé. C’est donc quelque chose auquel nous nous attendions.

Johnny, tu as dit que, d’après toi, « il savait un peu ce qui arrivait et, au plus profond de lui-même, peut-être qu’il sentait que son heure était arrivée ». Et c’est quelque chose que les gens du label, Century Media, ont également sous-entendu, en disant : « Tout l’album porte une étrange atmosphère, comme si Warrel sentait déjà que ce pourrait être sa dernière œuvre. » Pensez-vous que même des mois avant ça, quand il travaillait sur l’album, dans sa tête il réalisait que ce pourrait être sa dernière œuvre ?

Johnny : Oui, je le pense. J’ai vraiment l’impression qu’il sentait que peut-être la fin de son existence ici approchait, et on peut vraiment saisir ça quand on écoute les chansons. C’est finalement un peu devenu son Blackstar. Il sentait vraiment que c’était une possibilité. Sa santé s’était vraiment détériorée avant qu’il ne décède, mais il voulait continuer à avancer et à en faire autant qu’il pouvait. Même s’il n’était pas sûr, évidemment, de ce qui allait de passer, je pense qu’il sentait qu’il était très possible qu’il ne finisse pas tout sur l’album. Il était content parce qu’il savait de toute façon que nous avions suffisamment de bonne matière avec ce que nous avions enregistré avant la production.

Thiago : Une chose qui m’est vraiment arrivée est qu’avant sa mort, je me souviens que j’étais en train d’enregistrer les guitares et j’avais ce pressentiment qu’il allait mourir. J’ai ressenti ça toute la journée, tout le temps, je savais qu’il ne finirait pas. Je l’ai juste ressenti et ça s’est avéré.

Les parties instrumentales étaient presque finies et Warrel venait tout juste de commencer à enregistrer son chant peu de temps avant sa mort. Qu’est-ce qui avait été fini et combien il en restait à faire ?

Il y a tout un tas de chansons sur les paroles desquelles il n’a pas travaillé, surtout les chansons de Johnny. Il y en a une qu’il a faite en studio : « The Hanging Garden ». Il allait bien ce jour-là, il chantait bien, et le reste avait grosso modo été enregistré dans mon home studio. Je veux dire que ce qu’on entend sur l’album est principalement des choses qui ont été faites avant que l’album soit fait. À l’exception de « The Hanging Garden », tout a été fait dans mon home studio. Mais nous avions du matériel professionnel, un super chanteur et beaucoup d’inspiration.

Combien de chansons manquent à l’appel par rapport à ce qui était prévu au départ ?

Johnny : À l’origine, l’album devait contenir autour de onze morceaux ; il y a trois chansons à moi et une de Fabio qui auraient dû apparaître sur l’album.

Thiago : Mais il avait encore plus de chansons. Nous avons enregistré quelque chose comme quatorze ou quinze chansons. Je me souviens que nous avons fait une reprise de « Tears » de Rush avec un étrange arrangement que nous avions. Ça sonnait comme « Space-Dye Vest » de Dream Theater mais appliqué à une chanson de Rush, donc nous avons remonté toute l’histoire [petits rires]. Nous avons donc fait ça et je me souviens que nous avions quinze chansons, je crois.

Johnny : Oui, l’album était supposé avoir onze morceaux et puis il y aurait eu des bonus, une édition spéciale avec deux titres supplémentaires…

Thiago : Des titres bonus, des reprises et tout ça, parce que généralement c’est ce que réclament les labels, comme une chanson pour le Japon et ce genre de chose. Mais malheureusement, nous n’avons pas eu le temps de les faire.

« Il existe une version mystère de ‘Sleeping Sun’ où Warrel chante du Nightwish, cachée quelque part dans l’univers, et il faudra venir au Brésil, chez moi, et pirater mon ordinateur pour l’obtenir ! [Rires] »

Au départ, vous aviez songé à finir l’album avec des chanteurs invités, en forme d’hommage posthume. Donc pourquoi ne pas avoir demandé à de tels chanteurs de finir ces chansons ou même les sortir en instrumentales ?

C’est quelque chose que nous avons décidé avec la maison de disques, le fait que ça n’aurait aucun sens de sortir un album de Warrel Dane avec quelqu’un d’autre qui chante. En fait, nous avons vraiment contacté des chanteurs, je ne peux donner aucun nom, mais ils ont offert leur aide. Et puis il y a eu des rumeurs très étranges, genre j’ai entendu quelqu’un dire : « Hey, j’ai entendu que le gars de Metal Church allait finir l’album. » Or je ne le connaissais pas du tout ! Je n’ai jamais entendu parler de ça ! Mais il y avait ces rumeurs bizarres qui circulaient et je me disais : « Oh vraiment ? » Mais bref, nous avons fait ça, et les chansons instrumentales, nous ne savons pas ce qui va leur arriver. Peut-être que nous pourrons monter un groupe avec un autre chanteur et les sortir, mais tout dépend de Century Media, ce n’est pas à nous de décider ça. Nous avions cette idée en tête au départ, mais nous avons bien réfléchi avec les gars du label et ça n’aurait eu aucun sens. Ce que nous avons pensé peut-être faire pour le futur, c’est éventuellement quelques concerts dans des festivals avec des chanteurs invités qui participeraient. Ce serait génial, mais ça dépend de ce qui va se passer avec cet album et le label. Je veux dire que nous avons parlé avec Century Media de donner un concert pendant un festival, mais ça ne s’est pas produit parce que la date de sortie de l’album était trop tard dans l’année, mais qui sait ? Nous aimerions vraiment faire ça dans des festivals. Nous prévoyons d’ailleurs de faire un concert hommage ici au Brésil. Nous avons contacté certaines personnes mais tout est en cours de négociation pour le moment, donc nous ne pouvons pas donner de détails.

Qui a pris la décision de sortir ces enregistrements ?

Depuis le départ, le groupe voulait les sortir. J’ai promis à Johnny et à moi-même que même si nous devions presser les CD nous-mêmes, nous le sortirions, parce que c’est ce que Warrel aurait voulu. Ce que nous avons fait est que nous avons pris les chansons que nous avions et les avons montrées au label. Ils ont dit que c’était de super chansons et qu’ils voulaient les sortir. C’était donc une décision commune entre le groupe et eux. Et nous devons remercier notre producteur pour avoir assuré tout le boulot de post-production que ça a nécessité, car c’était très dur à gérer.

Johnny : Notre producteur Wagner nous a vraiment aidés après la mort de Warrel. Il a essayé de nous maintenir ensemble, unis, pendant cette entreprise risquée qui consistait à finir les chansons. Il fallait que nous le fassions, car c’est ce que Warrel aurait voulu que nous fassions, et c’est ce que nous et la maison de disques estimions être la bonne chose à faire. Warrel aurait voulu voir cette musique sortir telle qu’elle est.

L’album se termine sur « Mother Is The Word Of God », qui est une chanson vraiment épique et émotionnelle. Sa prestation vocale et émotionnelle, la maestria des musiciens, les cordes, tout est juste incroyable. Pensez-vous qu’il s’agit là d’un chant du cygne parfait ?

Thiago : Oui. Il nous disait que « Mother » était son monstre. En fait, un jour il est venu, j’étais dans ma petite pièce ici et il a trouvé cette mélodie [chante la mélodie] et il a dit : « Écoute, fais une chanson avec ça. » J’ai entendu la mélodie, et j’ai trouvé qu’elle sonnait assez épique. J’ai commencé à écrire tous ces riffs de dingue autour, et on retrouve même quelques influences de jazz brésilien et toutes sortes de mélodies et harmonies étranges. Il en était très fier. Il montrait ses démos inachevées à ses sœurs, son avocat et je sais qui [rires], et on aurait dit qu’il avait dix ans, il était content comme un gosse… Le jour où nous écrivions cette chanson, j’ai mis tous ces riffs et j’ai dit : « Hey, Warrel, t’en penses quoi ? » Il était là : « Wow, ça sonne super ! » et il est parti dans la pièce, a écrit un peu plus et est revenu. Il était vraiment comme un fou tellement il était content, et il chantait tellement bien. C’était comme un remède contre la dépression. Il était vraiment dans son recoin sombre, mais dès qu’il écoutait la chanson et ses pistes de chant, ça le ramenait à la vie. C’était incroyable, le pouvoir guérisseur de la musique.

Johnny : « Mother » est grosso modo un requiem. C’est la chanson qu’il affectionnait le plus, il l’adorait. C’est un peu son « Blackstar ». D’ailleurs, je me souviens très bien quand Bowie a sorti Blackstar, Warrel était très enthousiasmé par cet album. Quand la chanson « Blackstar » est sortie, il était chez moi, il y logeait à ce moment-là, et il écoutait cette chanson toute la journée, et je pense qu’il avait vraiment envie de faire quelque chose de semblable pour son prochain album, avoir une grande chanson épique pour clore l’album, qui serait sa grande déclaration.

Quelle a été la dernière ligne de chant qu’il ait chantée pour cet album ?

Thiago : Oh, je crois que c’était quelque chose sur « Shadow Work » ou « Rain », je ne suis pas sûr quoi. Je crois que c’était [chante] : « Take me away to when I was just a child. » Je crois que c’est la dernière chose qu’il ait chantée. Je n’en suis pas sûr, peut-être qu’il a fait quelque chose avec Sanctuary ou bien le refrain de « Rain » [chante] : « Remembering the Rain. » Je n’en suis pas vraiment certain. C’était une question inattendue ! [Rires] Oh non, maintenant je sais ! C’est le chant de « The Hanging Garden ». C’est sûr parce qu’il était en studio, oui, je m’en souviens maintenant, car c’était le dernier jour où il est allé au studio, c’était sa dernière session. Tu peux écrire ça : « ‘The Hanging Garden’ était la toute dernière chose que Warrel Dane a chantée ! »

C’est d’ailleurs une reprise de The Cure. Qu’est-ce que ce groupe représentait pour lui ?

Il aimait le gothique des années 80 et la pop. Il était amoureux de The Cure, Bauhaus, Sisters Of Mercy, il a fait « Lucretia My Reflection » sur l’autre album. Il était vraiment très attiré par ça. Bowie ! Le jour où Bowie est mort, il était chez moi et, quand je lui ai annoncé la nouvelle, il était dévasté et c’est là ensuite où je l’ai amené à Madame Satan – l’histoire en marche ! Il était donc très fan de toute la pop et du gothique années 80. En fait, The Cure était un de ses groupes préférés, avec Depeche Mode. Un jour j’ai lu quelque chose qui disait qu’il était un mélange de Bruce Dickinson et de gothique, je lui ai dit et ça l’a rendu très heureux ! [Petits rires]

« J’ai emmené Warrel à ce qu’on appelle un Ayahuasca, un rituel, où l’on retrouve cette plante qu’on appelle le thé amazonien ou le thé Ayahuasca. Ça te donne des visions. […] Ça aide vraiment les gens avec leurs addictions, car ça va aux racines de celles-ci. Nous ne savions pas quoi faire avec son état et nous l’avons emmené là-bas pour essayer de l’aider. Ça l’a bien aidé pendant un moment, mais ensuite il est retourné aux États-Unis et a rechuté, malheureusement. »

Avez-vous enregistré d’autres reprises ?

Nous avons fait des démos d’autres reprises, oui. Nous avons fait « Ordinary Road » de Duran Duran, « One Of Us » de Joan Osborne mais il l’a faite détournée à sa façon – je me souviens, c’était un arrangement de Johnny –, et tant de chansons… Je crois que nous avons même fait une chanson de Nightwish ! « Sleeping Sun ».

Johnny : Oh ouais, nous avons fait ça !

Thiago : Je pense qu’il y avait aussi du Blue Öyster Cult…

Johnny : Il y avait la chanson de The Who…

Thiago : Ouais mais nous ne l’avons pas enregistrée. En fait, il y a un tas de chansons ! Nous avons fait toutes ces chansons et… Nous les avons ici.

Johnny : Nous avons ces musiques en démo, mais au final, nous avions le sentiment que ça ne marchait pas comme nous le voulions.

Thiago : Certaines chansons avaient des paroles sombres extraordinaires, mais elles n’allaient pas très bien adaptées en chansons metal. Donc dès qu’il décidait d’aller dans une autre direction, pour moi c’était un grand soulagement parce que nous avions la liberté de faire ce que nous savions faire. Mais oui, il existe une version mystère de « Sleeping Sun » où Warrel chante du Nightwish, cachée quelque part dans l’univers, et il faudra venir au Brésil, chez moi, et pirater mon ordinateur pour l’obtenir ! [Rires]

Vous avez de sacrés trésors maintenant !

En effet ! Et c’est en sécurité chez moi. Bon, pas en sécurité, c’est sur un disque dur, mais il faut venir ici pour l’entendre. Nous ne montrons ça à personne [rires].

Qu’est-ce qu’il voulait dire par ce titre : Shadow Work ?

Plusieurs choses se sont passées. Il s’intéressait à la psychologie de Carl Jung, ce gars qui a lancé la psychanalyse avec Freud. Il y avait ça, et puis j’ai emmené Warrel à ce qu’on appelle un Ayahuasca, un rituel, où l’on retrouve cette plante qu’on appelle le thé amazonien ou le thé Ayahuasca. Ça te donne des visions. Ce n’est pas comme prendre du LSD ou autre, c’est plus un truc religieux que les Indiens brésiliens font. La plante a le pouvoir de te révéler tes propres vérités. Tu te verras tel que tu es. Il y a des vers dans « Shadow Work » qui disent : « Rien à abandonner, rien à pardonner. » Je sais qu’il y en a un aperçu dans « Ethereal Blessing » et « Shadow Work ». Le traitement Ayahuasca est illégal aux États-Unis, mais ici, c’est totalement légal. Probablement que la personne qui l’a légalisé y a eu recours et a vu à quel point ça peut être bénéfique. Ça aide vraiment les gens avec leurs addictions, car ça va aux racines de celles-ci. Nous ne savions pas quoi faire avec son état et nous l’avons emmené là-bas pour essayer de l’aider. Ça l’a bien aidé pendant un moment, mais ensuite il est retourné aux États-Unis et a rechuté, malheureusement. Mais nous l’aidions autant que nous le pouvions. Je veux dire que Nevermore a fait The Politics Of Ecstasy sous LSD et maintenant on a Shadow Work sous Ayahuasca, et donc voilà.

Je suppose donc que l’introduction de l’album avec les percussions vient de là…

Exactement ! Parce que lors de ces rituels on a des percussions. Quand j’ai fait cet arrangement, j’ai pris des trucs chinois, indiens, africains, australiens et j’ai tout mélangé pour que ça ne représente pas qu’une ethnicité mais toutes à la fois. Il y a des puissances spirituelles partout, dans chaque culture dans le monde, donc nous les avons toutes mélangées.

Vu que toutes les chansons originellement composées ne sont pas sur l’album, comment avez-vous décidé de la tracklist ?

Tout ce que nous savions est que Warrel voulait que « Mother » soit la dernière chanson. Il l’a dit dès le début.

Johnny : « Shadow Work » était censée être vers le milieu en raison de son importance et le lien qu’elle entretient avec les autres chansons. « Madame Satan », nous trouvions que ça ferait une bonne chanson d’ouverture pour l’album. C’est un morceau rapide et elle contient du chant par des amis à nous en invités sur les parties de refrain. C’était aussi un morceau qu’il mentionnait de temps en temps parce qu’il adorait ce club, Madame Satan ici à São Paulo, c’est le club gothique dont Thiago parlait. Il l’aimait beaucoup, il voulait tout le temps y aller. Donc, ça paraissait naturel que cette chanson ouvre l’album. « Disconnection System » est la seconde chanson, nous pensions qu’elle connecterait un peu les fans de Nevermore.

Thiago : La déconnexion qui connecte [rires].

Johnny : [Rires] Mais ouais, elle parle assez bien à certains fans de Nevermore. En fait, c’était très intéressant quand nous avons sorti le single, c’est exactement ce qu’en ont pensé certains des vieux fans.

Thiago : J’étais vraiment soulagé que les gens l’aimaient. Certains l’ont assimilé à un « Dead Heart » numéro deux, ou d’autres ont trouvé que ça sonnait comme « Godless ».

« Après sa mort, j’ai senti qu’il s’était libéré de sa prison liée à son état de santé et toutes les choses qui lui sont arrivées. Quelques semaines plus tard, je l’ai vu dans un rêve, il allait bien, il était en bonne santé, il était sobre […]. Ensuite je me suis réveillé et j’ai ressenti ce frisson… »

Johnny : « Rain » et « The Hanging Garden » sont plus vers la fin de l’album, nous trouvions qu’elles étaient… « Rain » est un bon morceau pour calmer l’atmosphère de l’album avant de faire remonter l’intensité avec « The Hanging Garden » et enfin « Mother », la dernière chanson.

Thiago : Généralement que je ne dis pas grand-chose à ce sujet, tous les autres décident parce qu’arrivé à ce stade, j’en ai déjà trop fait [petits rires].

Johnny : Ouais, généralement, j’aime beaucoup travailler sur les tracklists, surtout pour mon propre groupe Hevilan. En général, on aime bien l’idée d’avoir une chanson rapide en ouverture, pour attraper l’auditeur, et ensuite on va vers les chansons plus heavy, deux ou trois, et on calme les choses avec une ballade ou autre, et puis on remet de l’intensité jusqu’à un apogée pour finir l’album. C’est aussi l’idée que nous avons utilisée pour Shadow Work. Le fait de finir sur une grande chanson épique comme « Mother » est très approprié et c’est ce que Warrel voulait.

Le groupe a déclaré que certains d’entre vous agissaient comme sa mère, certains d’entre vous le voyaient comme une figure paternelle, certains d’entre vous prenaient soin de lui dans ses moments les plus sombres. Vous avez déjà expliqué comment vous preniez soin de lui, mais qui dans le groupe agissait comme sa mère et qui le voyait comme un père ?

Thiago : J’ai une histoire amusante à te raconter. Sa mère, elle était assez brutale avec lui. Je veux dire que s’il faisait quelque chose de mal, elle s’en prenait à lui, et c’est ce que je faisais. Un jour, il était chez moi, il dormait dans ma chambre, et j’ai entendu quelqu’un crier. Je ne savais pas ce qu’il se passait, je croyais qu’il était possédé par des démons ou je ne sais quoi [petits rires], il était là [hurle]. Et ensuite, il est venu me voir, m’a regardé et a dit : « Maman, maman ! » J’étais là : « C’est quoi ce bordel ? » « Maman, où es-tu ? » J’ai dit : « Hey, Warrel, tu es chez moi ! » « Maman, sors-moi de là ! » J’ai réalisé qu’il était en pleine crise de somnambulisme ! Je crois que son subconscient me voyait comme sa mère [rires]. Il m’a attrapé la main et était là : « Maman, s’il te plaît, ne me laisse pas ici ! » Et je me disais : « Oh mon Dieu ! » Et puis il s’est réveillé environ deux heures plus tard et ne se souvenait de rien !

Johnny : Ouais, je pense que tout le monde dans le groupe…

Thiago : Je pense que Johnny était plus un père pour lui, un gentil père, et moi j’étais la mère très dure [rires].

Johnny : Exactement, exactement [petits rires]. Car il a vécu chez moi pendant environ deux mois et chez Thiago quatre mois, donc ça et là, suivant quand c’était, tout le monde dans le groupe a dû être sa figure maternelle ou paternelle. Aussi, sur les tournées que nous avons faites avec lui, nous devions bien prendre soin de lui, parce qu’il était toujours déphasé avec qui il était vraiment. Nous devions garder un œil sur lui. Il était un peu comme un enfant de temps en temps.

Qu’avez-vous appris aux côtés de Warrel Dane ?

Thiago : C’est marrant parce que ce qu’il avait à nous apprendre n’était pas d’ordre musical ou technique. Il a toujours eu des partenaires de compositions qui pouvaient se charger de ces choses ; il a eu moi, il a eu Johnny, il a eu Loomis et tous ces gens. Mais la chose qu’il m’a léguée était que le grand message que transmettra une chanson est très important. Je veux dire que si tu as une grosse chanson comme « Roots Bloody Roots », ces mots sont très importants, ils trouvent écho chez les gens. C’est pareil avec « Narcosynthesis », « The Heart Collector »… On pouvait voir dans un titre tel que « Narcosynthesis » que qui que ce soit a écrit ça était quelqu’un de très intelligent, parce qu’il avait quelque chose à dire. C’était quelqu’un qui était très soucieux du grand message qu’il voulait transmettre aux gens. C’est ce qu’il m’a appris, le grand message, qu’est-ce qu’on veut dire ? Combien de gens s’identifieront à ta musique ? Quels mots vas-tu utiliser pour faire ça ? C’était une grande révélation pour moi.

Je ne sais pas si vous êtes spirituels ou quoi, mais quand vous travailliez sur cet album, après son décès, avez-vous ressenti son esprit, d’une certaine façon ?

Ouais ! Il m’est apparu en rêve deux ou trois fois. Ce qu’il s’est passé est que, avant qu’il ne décède, j’ai ressenti qu’il allait partir, qu’il allait mourir. Je ne sais comment, je le savais. Je ne peux pas l’expliquer, je l’ai juste ressenti, je n’arrêtais pas d’entendre des choses. J’étais obsédé, je sentais qu’il n’allait pas finir l’album, je le savais sans pouvoir l’expliquer. Dès que nous avons fini d’enregistrer les guitares, je savais que ça allait arriver. Après sa mort, j’ai senti qu’il s’était libéré de sa prison liée à son état de santé et toutes les choses qui lui sont arrivées. Quelques semaines plus tard, je l’ai vu dans un rêve, il allait bien, il était en bonne santé, il était sobre, il est venu à moi et a dit : « Hey, es-tu content de l’album ? En es-tu fier ? » Et j’ai dit : « Écoute, je ne l’ai pas fait pour moi, j’ai fait cet album pour toi. Mon opinion n’a pas d’importance, c’est la tienne qui en a. » Ensuite je me suis réveillé et j’ai ressenti ce frisson… J’ai raconté ça au reste du groupe et un ami à nous l’a aussi vu dans un rêve et c’était exactement la même chose, il était bien, en bonne forme, clean, il était heureux. Je crois que trois autres personnes qui étaient amies avec lui m’ont raconté exactement la même chose. Et aussi, l’illustration de l’album est violette, c’était sa couleur préférée, et il y a eu ce jour où je voyais des choses violettes partout ! C’était assez hallucinant mais j’ai senti sa présence plusieurs fois, plein de fois même !

Crois-tu en l’au-delà ?

Je ne suis pas quelqu’un de religieux mais je suis extrêmement spirituel. Je trouve que la religion ça craint mais je pense que l’au-delà existe, mais ce n’est pas comme si, si tu es gay, tu vas en enfer ou je ne sais quoi, c’est un peu stupide ! Ou si tu n’es pas vierge quand tu te maries, tu vas en enfer… La religion est quelque chose d’étrange pour moi, ça n’a aucun sens. Pour moi, c’est comme dire que si tu t’habilles en bleu, Dieu te détestera. Je pense que le côté spirituel est là et il est dans des choses plus importantes.

« Tout le monde était très content quand Kiko a rejoint Megadeth parce que c’est l’un d’entre nous qui a réussi avec un des plus grands groupes qui soient […]. C’est très bien de savoir que peut-être quelqu’un là-dehors, dans un autre pays, peut te donner ta chance. J’espère que ça nous arrivera dans le futur parce que nous avons besoin d’un autre groupe ! [Rires] »

Maintenant, on aimerait en savoir un peu plus à votre sujet et au sujet du groupe. Comment le groupe a-t-il été formé en 2014, avant de partir en tournée avec Warrel ?

Ça vient de Thiago Claudio notre producteur et manageur. Il voulait que nous fassions cette tournée avec Warrel et il est venu me voir, nous nous connaissions, et il a dit : « Écoute, ça te dit de faire ça ? » J’ai dit : « Oui, bien sûr, j’adore Nevermore, j’adorerais jouer avec ce gars. » Je suis rentré en contact avec Johnny et Fabio, et il est rentré en contact avec eux. Nous n’avions pas de batteur au départ et ensuite nous avons intégré Marcus. Tout le monde a son propre groupe, j’avais mon groupe qui s’appelait Seventh Seal, Johnny a Hevilan, Fabio a son autre groupe qui s’appelle Instincted et Marcus jouait dans un groupe qui s’appelait Skin Culture. Ce qui est drôle au sujet de Marcus est qu’un de ses autres groupes a ouvert pour Nevermore sur la tournée This Godless Endeavor, et c’était un grand fan ! Pour lui, c’était irréel de jouer ces chansons avec Warrel ! Fabio était aussi un grand fan. Nous nous sommes donc réunis pour cette tournée à la Paul Di’Anno et avons évolué à partir de là. Dès qu’il est venu ici, nous sommes devenus comme une famille. Nous avons tout de suite ressenti une alchimie. Il y avait une énergie dans l’air, c’était magique. Il n’y a pas d’autre façon de l’expliquer. Ça s’est fait comme ça.

Johnny : Nous avons tissé des liens forts sur la première tournée brésilienne en 2014. C’était comme si nous étions amis depuis longtemps, dès le premier jour où nous nous sommes rencontrés.

Thiago : Peut-être que ça vient de vies passées ! [Petits rires]

Johnny : Oui, peut-être, je ne sais pas. Nous avons ressenti tout de suite une très bonne connexion. C’était seulement quelques jours mais c’était vraiment intense. Je pense que nous avons tous senti la même chose et il a voulu revenir au Brésil dès que possible pour faire une autre tournée, et après, il a voulu nous emmener en Europe, ce que nous avons fait, et ensuite il est venu faire son nouvel album avec nous. Le lien s’est tissé très rapidement grâce à ce que nous ressentions les uns pour les autres. La connexion était vraiment intense et il y avait une très bonne amitié, or c’est la base pour tout.

En fait, trois d’entre vous aviez fondé un groupe, Addicted To Pain, peu de temps avant ça, non ?

Thiago : Ça, en fait, c’était un projet parallèle du chanteur [João Paulo Pretti]. Après que nous nous soyons rencontrés, Marcus et Fabio avaient enregistré un album et m’ont demandé de les rejoindre. Nous avons fait cet EP et un concert, mais c’était le projet parallèle du chanteur. Ça n’a pas marché comme ça aurait dû mais c’était bien. Marcus joue aussi avec Seventh Seal désormais… Je veux dire que nous travaillions sur diverses choses ensemble aussi. Moi et Fabio, nous avons fait… Je ne sais pas si tu es familier avec Angra, qui est le groupe dans lequel Kiko [Loureiro] de Megadeth jouait avant, mais nous jouions dans un projet parallèle avec leur ancien batteur. Nous y jouions certaines chansons de sa carrière et nous avons aussi travaillé sur un album. Je crois que Marcus a aussi fait un ou deux concerts avec Hevilan. Enfin, nous avons toute cette musique qui nous entoure. Je joue avec une fille guitariste et nous venons de jouer dans un grand festival il y a deux jours avec Tom Morello et John 5, nous travaillons sur sa musique solo aussi, elle s’appelle Isa Nielsen, elle est assez célèbre dans le coin. Nous sommes donc des musiciens professionnels, nous jouons avec plein de gens différents. J’ai joué dans des comédies musicales, Johnny a joué dans des groupes de jazz, nous avons joué dans toutes sortes de choses. Je veux dire que quand tu es metalleux et même si tu es un musicien professionnel et que tu joues toutes sortes de musiques, arrive un moment donné où ton âme répondra à l’appel pour refaire du metal. Tu ne peux pas vraiment y échapper.

L’ancien batteur d’Angra que tu as mentionné et avec lequel tu as travaillé, c’était Aquiles Priester ou Ricardo Confessori ?

Ricardo. Un mec très cool, très amusant à côtoyer. Je veux dire que c’est quelqu’un de très excentrique mais c’est un vrai génie ! Quand j’avais seize, dix-sept ans, j’écoutais beaucoup d’Angra et je jouais un tas de leurs riffs, rien que pour m’amuser avec mes amis, et maintenant, je joue ces riffs avec le gars ! On ne peut jamais savoir ! C’est comme, j’écoutais Nevermore et, là, je me suis retrouvé à composer le même genre de riffs avec le chanteur du groupe. On ne sait jamais ce que la vie nous réserve, n’est-ce pas ? Et Ricardo, il joue avec une frappe très lourde mais c’est aussi un gars qui swingue, avec tous les éléments, percussions, etc., brésiliens. C’est quelqu’un de très talentueux.

J’ai d’ailleurs vu une vidéo de toi en train de jouer une chanson d’Angra. J’imagine qu’ils ont dû être une influence importante pour toi : que penses-tu de Kiko dans Megadeth maintenant ?

Oh, c’est super ! J’ai rencontré Kiko en 2000, j’avais dans les vingt ans et nous avons jammé. C’est une grande influence pour de nombreux guitaristes ici au Brésil. Cette vidéo était une audition pour le groupe de Ricardo. Tout le monde était très content quand Kiko a rejoint Megadeth parce que c’est l’un d’entre nous qui a réussi avec un des plus grands groupes qui soient, travaillant avec Mustaine ! C’était très bien. Nous avons d’autres Brésiliens qui jouent à une échelle internationale, comme Bill Hudson qui joue avec Savatage, Trans-Siberian Orchestra, il a aussi joué avec U.D.O., Doro et tout plein de monde. Il y a ce batteur, Eduardo Baldo, qui joue avec Glenn Hughes. Je veux dire qu’on n’a pas beaucoup d’opportunités ici au Brésil de faire des choses importantes, donc quand quelqu’un se retrouve auprès d’un grand nom, je suis très fier de lui. C’est très bien de savoir que peut-être quelqu’un là-dehors, dans un autre pays, peut te donner ta chance. J’espère que ça nous arrivera dans le futur parce que nous avons besoin d’un autre groupe ! [Rires]

Johnny : Je suis très content pour Kiko. Il a travaillé très dur toutes ces années dans Angra et après la reformation du groupe en 2000. Je sais qu’il a travaillé très dur pour obtenir cette opportunité dans sa vie. Donc je suis heureux que ça lui soit arrivé. J’étais très fan de lui, surtout aux débuts d’Angra, vers 1993, 1994, 1995, j’adorais son œuvre musicale.

« Nous adorerions continuer en tant que groupe, mais nous avons besoin d’un chanteur, d’un frontman, d’un parolier, d’un poète. Donc ce n’est pas facile. Tout va dépendre du succès de cet album. Plein de gens nous ont posé cette question. Nous ne pouvons pas juste y aller, créer un autre groupe et foncer, il faut que ce soit quelque chose de spécial. »

Quelles sont vos plus grandes influences ? Parce qu’il y a cette vidéo d’une chanson d’Angra, mais j’ai aussi vu une vidéo de toi, Johnny, jouant la chanson « Sea Of Lies » de Symphony X…

Ouais, Symphony X est un groupe que j’aime beaucoup. Nous avons quelques influences de ce groupe dans mon propre groupe Hevilan. D’ailleurs, nous allons sortir notre second album au début de l’année prochaine, nous sommes en train de mettre les touches finales en ce moment. Ouais, j’aime beaucoup Michael Romeo, j’aime beaucoup John Petrucci, j’aime Malmsteen, ce sont de grandes influences pour moi. J’ai aussi un goût prononcé pour les guitaristes de hard rock, des gars comme John Sykes, Reb Beach… Aussi des gars qui font du blues, par exemple je suis un grand fan de Gary Moore. Ça part un peu dans toutes les directions.

Thiago : Pour moi, c’est assez étrange, car je suis un grand fan de gars comme Jimi Hendrix, Allan Holdsworth… Allan Holdsworth est une grande influence pour moi, ainsi que Steve Vai. J’aime les gars qui ont une étrange façon de jouer, comme Bumblefoot et Mattias IA Eklundh de Freak Kitchen. J’ai reçu une éducation classique, donc j’aime les guitaristes classiques, comme David Russell, Andrés Segovia, John Williams, Manuel Barrueco, ils m’ont tous beaucoup influencé. J’ai même passé mon diplôme de maîtrise sur du Sérgio Assad, qui est un guitariste-compositeur classique de musique brésilienne très talentueux. Ce genre de chose a vraiment façonné ma façon de composer les chansons, en partie. En fait, j’ai été partout. Parfois je suis influencé par des choses comme… Je suis un grand fan du travail d’Andrew Lloyd Webber sur Jesus Christ Superstar. Pour moi, c’est un chef-d’œuvre, l’un de mes albums préférés de tous les temps. J’aime aussi plein de musiques jazz brésiliennes. Si tu demandais à Kiko, il te dirait la même chose, parce que c’est très influent ici, surtout parce que les harmonies sont très complexes, et il y a des improvisations très complexes. Ce type de musique a aussi eu un gros impact sur mon éducation en tant que guitariste. Évidemment, j’écoutais toutes sortes de choses, de Bach à Miles Davis, en passant par Meshuggah. Tu prends tout ça pour pouvoir les remodeler dans autre chose. Ce qui est cool avec le metal est qu’on peut prendre toutes sortes de choses bizarres et se les approprier. J’écoute aussi beaucoup de musique heavy, comme Killswitch Engage, Meshuggah, Dream Theater, surtout les premiers albums. Il y a donc plein de choses qui se glissent dans ma musique et l’influencent.

Tu as mentionné certains guitaristes connus pour leur folie, comme Bumblefoot et Mattias IA Eklundh, et en fait, on retrouve des solos assez dingues dans l’album de Warrel Dane, surtout dans une chanson comme « Mother Is The Word For God ». Donc j’imagine que ça vient de là, d’une certaine façon…

Je plaide encore coupable ! [Rires] Si tu écoutes les solos, celui de « Disconnection » qui est un solo de Johnny, qui est plus joli, plus mélodique, on peut imaginer Johnny avec un ventilateur qui souffle dans ses cheveux, au sommet d’une colline ou d’une montagne, avec une allure sexy et tout, et puis après tu as mes solos qui sont tout bizarres comme ceux dans « Mother ». Donc oui, tu as mis dans le mille !

Johnny : Je pense que je viens d’un background plus hard rock. J’aime tous les gars des années 80 comme George Lynch, Warren DeMartini, Steve Vai, Joe Satrinai… Je suis un grand fan de ces gars. Et ensuite je suis allé du côté du metal, avec John Petrucci, Michael Romeo, tous ces mecs plus techniques. Nous sommes un peu la génération qui a pu mélanger tout ça et maintenant nous les faisons ressortir dans notre propre jeu. Hier, j’écoutais le dernier album de John 5 et c’était marrant à quel point je pouvais entendre dans son jeu de nombreuses influences de ces guitaristes plus modernes, et je pouvais me reconnaître là-dedans.

Thiago : Je l’ai rencontré il y a deux jours, j’ai ouvert pour lui. Ce mec est extraordinaire ! J’étais amoureux du jeu de John 5, son attitude, sa présence scénique, il est incroyable. Donc oui, Johnny résume bien, on a toutes ces influences provenant de la musique qu’on écoute et c’est différent des gars qui étaient là avant nous, et c’est différent des gars qui étaient là encore avant. Nous écoutions Kiko jouer dans Angra et nous apprenions ses solos. Il y a aussi un guitariste brésilien qui s’appelle Eduardo Ardanuy, il a été une grande influence pour tout le monde dans notre tranche d’âge, parce qu’il était dans un groupe de hard rock qui s’appelait Doctor Sin. Dans chaque chanson de Doctor Sin, nous écoutions les solos d’Eduardo parce qu’ils étaient incroyables ! Je crois que c’était le prof de guitare de Johnny.

Johnny : Oui, j’ai pris des cours avec lui pendant environ quatre ans. C’est mon guitariste brésilien de rock préféré et ainsi que pour de nombreux amis à moi. C’est une grande influence sur mes solos.

Thiago : Et il y a aussi ce gars, plus récent, qui s’appelle Paulo Schroeber. Nous lui avons rendu hommage, il est dingue ! Lui aussi était une grande influence pour nous tous. Ces gars sont des héros locaux mais ils sont tout aussi importants que les grands noms.

On dirait donc que tous les deux, vous êtes très complémentaires dans vos jeux…

Johnny : Ouais, c’est ce que nous essayons de faire quand nous jouons et construisons des solos. C’est toujours bien quand on a une équipe de guitaristes. Moi et Thiago, nous avons une bonne connexion, nous avons créé un très bon lien et nous avons pu le ressentir dès la première tournée que nous avons faite ensemble ici au Brésil en 2014. Nous répétions toujours les guitares séparément du reste du groupe, surtout quand nous partions faire des concerts et ce genre de chose. Nous avons passé trois mois à travailler toutes les parties de guitare avant la première tournée. Nous avons bien plus répété sur les guitares moi et Thiago chez lui qu’avec tout le groupe, en fait. C’est ce qui a créé un lien entre nous. Nous essayons de faire des solos de styles différents quand nous écrivons des chansons. Nous essayons de penser un petit peu comme quand Iron Maiden avait Adrian Smith et Dave Murray, ces deux-là avaient un lien vraiment magique, surtout dans les albums classiques de Maiden.

Thiago : Exactement ! On pouvait exactement entendre où était Dave Murray et où était Adrian Smith. Je veux dire que c’est vraiment nul quand il y a deux guitaristes qui se contentent de faire la même chose ! Je me souviens quand j’écrivais « Disconnection », j’avais cette partie pour des solos et j’ai dit : « Hey, peut-être que ça sonnera mieux avec Johnny, comme ça il pourra faire ses propres trucs. » Il faut avoir ce genre de respect pour celui avec qui tu joues. Tu sais les choses qu’il fait mieux, celles que tu fais le mieux, et comment vous pouvez vous compléter.

Vous avez de toute évidence une belle alchimie, comme le prouvent les tournées et cet album. Avez-vous l’intention de continuer ensemble ?

C’est la question à un million de dollars ! Tout dépend si le label voudra à nouveau travailler avec nous. Est-ce que les fans aimeront l’album ? Est-ce qu’ils achèteront l’album ? Est-ce que les gens trouveront un intérêt à nous avoir dans quoi que ce soit ? C’est notre grande question aujourd’hui. Nous ne savons pas ce qui va se passer. Nous adorerions continuer en tant que groupe, mais nous avons besoin d’un chanteur, d’un frontman, d’un parolier, d’un poète. Donc ce n’est pas facile. Tout va dépendre du succès de cet album. Plein de gens nous ont posé cette question. Nous ne pouvons pas juste y aller, créer un autre groupe et foncer, il faut que ce soit quelque chose de spécial. Ça dépend aussi de Century Media. Donc il faudra attendre et voir ce qu’il va se passer. Jusqu’à présent, nous avons eu de super réactions au premier single et il marche bien, mais tout repose sur des choses en dehors de la simple volonté de faire de la musique.

Interview réalisée par téléphone le 18 septembre 2018 par Nicolas Gricourt.
Transcription : Nathalie Holic.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Warrel Dane : warreldane.net

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