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Interview   

Warrel Dane et Lenny Rutledge regagnent leur sanctuaire


Vingt-deux ans que l’histoire de Sanctuary est restée inachevée, avortée soudainement et prématurément en 1992 après seulement deux albums et sept années de services. On les a dit victimes de la vague grunge qui a tout raflé sur son passage, eux qui comme Queensrÿche sont issus du berceau du genre, la ville de Seattle dans l’état de Washington, mais eux qui contrairement à Queensrÿche ont préféré tirer leur révérence plutôt que de tenter de prendre le wagon en marche. Mais le grunge a bon dos lorsque des conflits de personnalité font déjà rage en interne… On a cru l’histoire de Sanctuary se poursuivre dans la foulée avec une nouvelle formation : Nevermore, un groupe fondé par trois membres du premier – le chanteur Warrel Dane, le bassiste Jim Shepard et le guitariste, remplaçant sur le tard Sean Blosl, Jeff Loomis – avec la réussite que l’on connaît aujourd’hui, mais aussi une nouvelle fin abrupte. Néanmoins la vraie histoire de Sanctuary c’est aujourd’hui qu’elle reprend, après quelques années à tâter le terrain sur les scènes et à reconsolider un line-up.

Après la mort, la renaissance, et gageons qu’après le déclin du soleil dont parle le nouvel album du combo The Year The Sun Died, le premier depuis Into The Mirror Black de 1989 – une perle de power metal -, on verra renaître une étoile plus brillante encore. C’est en tout cas ce qu’augure ce retour de Sanctuary. Et pour inaugurer ça, nous avons pris notre combiné téléphonique pour joindre les fondateurs Warrel Dane et le guitariste Lenny Rutledge et parler passé, présent et futur.

« Nous sommes plus matures, nous ne nous envoyons pas nos poings dans le visage aussi souvent qu’à l’époque [rires]. »

Radio Metal : Il est généralement dit que Sanctuary s’est séparé en 1992 à cause de la pression imposée par Epic Records qui souhaitait voir le groupe se conformer à la scène grunge. Sanctuary était-il donc vraiment une victime de la vague grunge des années 90 ?

Warrel Dane (chant) : Eh bien, toute cette histoire a été un peu exagérée. La maison disque a effectivement émis beaucoup de suggestions pour nous pousser dans une direction dont nous ne voulions pas. Mais, comme je l’ai dit, toute cette histoire a été un peu exagérée.

Lenny Rutledge (guitare) : Ouais, je pense qu’à l’époque, au moins dans cette zone géographique, le metal n’était pas très populaire et je sais que la maison de disque aurait clairement aimé nous voir prendre cette direction. Mais, je veux dire, tu imagines Sanctuary qui soudainement se mettrait à faire du grunge ? Je suis certain que tous nos fans nous auraient tourné le dos. Ça n’allait donc jamais arriver, peu importe ce qu’il en coûte. La raison pour laquelle nous nous sommes séparés c’est simplement que nous ne nous entendions plus, nous nous battions beaucoup et nous buvions beaucoup, nous avions tous de gros égos et c’était un peu le bordel. Nous avons donc décidé de tout arrêter.

Quelle était votre relation avec la scène grunge et les musiciens qui la composait ?

Warrel : Nous ne connaissions pas beaucoup de ces musiciens, mais nous étions bons amis avec les gars d’Alice In Chains. Je pense qu’ils étaient le groupe le plus metal venant de toute cette période et en gros ils le sont toujours. Mais ouais, nous avions l’habitude de tout le temps traîner avec eux. Il faut que je te raconte une histoire marrante mec : Jim Shepard, le bassiste, et moi avons été voir Alice In Chains répéter et Layne Staley a chanté « Battle Angels », et il l’a chanté parfaitement ! [Rires] C’était un moment complètement irréel pour moi.

Sanctuary s’est séparé en 92 après avoir sorti deux albums et vous voilà de retour 22 ans plus tard. Qu’est-ce qui a déclenché ou motivé cette reformation après tant de temps ?

Lenny : Nous nous voyions toujours dans certains lieux, peut-être à des concerts ou autre, parfois à des fêtes. Nous étions tous redevenus des amis occasionnels à mesure que le temps passait. Nous en parlions un peu ici et là et ça paraissait surtout être une sorte de blague. En 2009, nous avons reçu une offre pour inclure l’une de nos chansons dans un jeu vidéo. Le jeu vidéo s’appelle Brutal Legend et « Battle Angels » était d’ailleurs la chanson. Ensuite nous avons commencé à parler un peu plus et avons envisagé de se retrouver pour quelques répétitions et peut-être un concert de reformation. Et nous nous sommes tellement amusés à faire ça et l’alchimie était tellement bonne que c’était comme lorsque le groupe avait débuté. Une chose menant à une autre, nous avons commencé à écrire des chansons et nous nous éclations, tout simplement. Et donc nous voici !

Redoutiez-vous les réactions à votre retour ou que les fans ne se souviennent plus du groupe après tant de temps ?

Warrel : [Rires] Je ne sais pas si nous le redoutions mais nous avions un peu d’appréhension peut-être au départ. Mais les réactions jusqu’à présent ont été tellement fortes que nous avons perdu toute forme d’appréhension [rires], et simplement nous nous amusons !

Vous avez en fait commencé à travailler sur le nouvel album en 2011, et Warrel, tu avais même déjà révélé le nom de l’album à cette époque. Comment cela se fait-il, donc, que trois ans sont passés avant que l’album ne soit terminé ?

Étant tous des perfectionnistes, nous voulions que ce soit parfait. Je me rends compte que ça ne peut jamais être parfait, mais je suis très, très satisfait du résultat obtenu. Mais ouais, nous voulions juste prendre notre temps et nous assurer qu’il était aussi bon que possible.

Brad Hull a remplacé Sean Blosl. Mais avez-vous demandé à Sean de prendre part à cette reformation ?

Nous l’avons fait ! Nous lui avons demandé de prendre part à la reformation, ou plutôt la réinvention comme j’aime l’appeler, mais il est dans un état d’esprit différent et fait un autre genre de musique. Il nous a donné sa bénédiction de faire ça sans lui. Mais oui, nous l’avons contacté pour voir s’il voulait le faire.

Et Brad avait déjà joué avec vous par le passé. Etait-ce important d’avoir quelqu’un qui avait déjà fait partie de l’histoire de Sanctuary ?

Eh bien, ouais, Brad avait remplacé Sean lorsqu’il était parti, donc nous nous sentions à l’aise avec lui reprenant le poste.

Lenny : Ouais, à l’époque, Brad a effectivement tourné avec nous – je crois que c’était en 1991 – et ça a très bien fonctionné, même si, évidemment, le groupe s’est séparé juste après et Brad avait aussi son propre groupe 4th Century. Mais, tu sais, (Jeff) Loomis était revenu dans le groupe lorsque nous avons initié la réinvention et lorsque Jeff est parti de Nevermore, il a aussi à nouveau quitté Sanctuary. Ensuite nous avons décidé de passer un coup de fil à Brad, car il paraissait bien coller et semblait être intéressé.

Comment comparerais-vous le groupe aujourd’hui et le groupe à la fin des années 80 ?

Je pense que nous avons grandi en tant que musiciens et probablement que nos égos ne sont pas aussi démesurés. Nous sommes plus matures, nous ne nous envoyons pas nos poings dans le visage aussi souvent qu’à l’époque [rires]. Nous essayons de nous contrôler un peu plus. Je pense que nous sommes un peu plus perfectionnistes désormais.

« Il a fallu que consciemment je fasse un effort pour inclure des vocaux haut perchés sur celui-ci, car je sais que les gens s’attendaient à retrouver ça. »

Qu’avez-vous pensé lorsque vous vous êtes redécouverts en tant que musiciens après 20 ans, en tournant et réalisant ce nouvel album ?

Warrel : Nous avons approché ça avec un peu d’inquiétude mais pas trop et nous avons pensé simplement : « Ok, ne pensons pas au passé. Pensons juste au futur et faisons la meilleure musique que nous pouvons faire à cette période de nos vies. »

Et pensez-vous que cet album est ce que le groupe aurait pu faire s’il ne s’était pas arrêté pendant 22 ans ?

Lenny : Ouais, j’ai le sentiment que c’est en grande partie une progression naturelle. Il y en a un peu pour tout le monde dessus. C’est assez varié et je pense que la chose la plus flagrante qui aurait été différente c’est la production qui sonne très moderne, et je trouve que c’est un plus. Nous sommes donc contents de ça, nous sommes contents du résultat avec Zeuss aux commandes pour celui-ci, il a fait un super boulot.

Comme tu l’as mentionné, vous avez choisi de travailler avec le producteur Chris « Zeuss » Harris. Qu’est-ce qui vous a poussé vers lui spécifiquement, dans la mesure où Warrel, tu as travaillé avec de nombreux autres producteurs dans ta carrière ?

Warrel : il a été suggéré que nous faisions appel à lui et il a très activement été impliqué dans ce projet, car c’est un fan de la vieille école. Il a vu Megadeth, Sanctuary et Warlock lorsqu’ils tournaient ensemble alors qu’il avait peut-être treize ou quatorze ans. Il a toujours été un fan et il était vraiment motivé. Nous avions un peu d’appréhension au départ parce qu’il est associé au metalcore, mais, vraiment, je pense qu’il a apporté un nouveau son au groupe. Je suis à peu près certain que nous ferons à nouveau appel à lui dans le futur.

Recherchiez-vous spécifiquement un son actuel ?

Evidemment, si tu écoutes l’album Refuge Denied, ça sonne comme un album enregistré en 1988 [rires] et cet album sonne comme un album enregistré en 2014. Il sonne actuel et modernisé, mais je pense que le son des guitares est bien meilleur sur cet album que sur les deux précédents.

Lenny, on a assez peu entendu parlé de toi entre temps, y a-t-il donc de la musique sur cet album que tu aurais en fait composé au cours de ces 22 années d’absence ?

Lenny : Ouais, il contient quelques idées, quelques trucs sur lesquels j’avais un peu travaillé. La majorité a été créée après que nous nous soyons remis ensemble. Mais il y a quelques trucs : une portion de « One Final Day » a été écrite en 1996 ou quelque chose comme ça, et « The Year The Sun Died » était une idée avec laquelle j’ai commencé à sortir, probablement, vers 2005. Donc, ouais, il a des morceaux.

Et qu’est-ce que Brad a apporté à la musique ?

Brad n’était pas vraiment là pendant la composition. En gros il est notre arme secrète pour les solos. Nous avons joué cinquante-cinquante sur l’album, mais nous voulions simplement quelqu’un qui avait un style différent du mien. C’était mon but de toute façon : je voulais m’assurer que nous nous complémentions mais qu’en même temps nous ayons tous les deux des éléments différents dans notre jeu, et tu peux clairement t’en rendre compte à l’écoute. Mais il est clairement un atout ; il apporte un nouvel élément au projet.

Warrel, comment ta voix et ton approche du chant a changé en 22 ans ? Il n’y a plus autant de vocaux haut perchés qu’auparavant…

Warrel : Il a fallu que consciemment je fasse un effort pour inclure des vocaux haut perchés sur celui-ci, car je sais que les gens s’attendaient à retrouver ça, et sur les quelques premières chansons il y a clairement beaucoup de vocaux haut perchés. Et il a un peu fallu que je retourne en arrière et réapprenne ça, car Nevermore était un tout autre animal et il n’appelait pas à faire ce genre de chant, à l’exception peut-être du premier album de Nevermore parce que nous étions en transition à ce stade. Mais mon approche est grosso-modo la même : je laisse toujours la musique m’inspirer et me dire quoi faire. C’est ainsi que j’ai toujours abordé la composition depuis le premier jour.

Est-ce que le temps que tu as passé avec Nevermore a eu un impact quelconque sur ce nouvel album de Sanctuary ?

Je ne suis pas sûr si ça l’a vraiment impacté de quelque façon que ce soit mais je me suis rendu compte qu’avec un peu de chance nous allions bénéficier de l’audience de Nevermore. Il y a donc toute une génération de gosses désormais qui ne connaissaient peut-être pas Sanctuary et qui le connaîtront peut-être grâce à [ce nouvel album].

« J’ai toujours dit que je n’allais plus faire d’album concept après Dreaming Neon Black, mais il m’est juste apparu évident que cette musique collait avec ce que j’avais en tête. »

Vous avez enregistré une reprise du « Waiting For The Sun » des Doors. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce choix ?

Oh la la ! Ça remonte à très, très, très loin en arrière, Lenny à l’origine a eu l’idée de faire cette chanson parce que nous sommes tous les deux de grands fans des Doors. Donc lorsque nous avons parlé de faire un titre bonus pour l’album nous n’avons pas eu à réfléchir longtemps, c’était la première chose qui nous est venu à l’esprit chacun de notre côté.

Lenny : Ouais, en fait, à l’époque lorsque nous étions en train de commencer à composer pour le troisième album, nous parlions déjà de la faire. C’est quelque chose qui est toujours resté dans notre esprit.

Warrel : Et il est certain que je rentre en communication avec Jim Morrison sur cette chanson ! [Rires]

L’album s’intitule The Year The Sun Died et c’est basé sur un concept. De quoi ça parle ?

Ça parle d’une prophète aux funestes présages dénommée Manor qui prédit la mort du soleil, et elle se retrouve avec des disciples. Lorsque tu lis le livret qui accompagne le CD, l’histoire est explicitée entre les chansons. Mais j’essaie de ne pas dévoiler trop vite l’histoire [ricane] parce qu’il ne sort pas avant quelques mois mais en gros c’est ça. J’ai cette histoire qui me trotte dans la tête depuis des années. J’ai toujours dit que je n’allais plus faire d’album concept après Dreaming Neon Black, mais il m’est juste apparu évident que cette musique collait avec ce que j’avais en tête [ricane].

Dans la mesure où Sanctuary était les origines de Nevermore, est-ce que ça aurait encore du sens de continuer avec Nevermore, désormais que Sanctuary est de retour ?

Je ne sais pas. Jamais je ne fermerai de portes sur quoi que ce soit. Nous verrons ce qu’il se passera.

Quelle est ta relation avec Jeff Loomis, maintenant qu’un peu d’eau a coulé sous les ponts depuis son départ ?

Oh, je l’ai vu a un concert d’Yngwie Malmsteen ici à Seattle et nous avons parlé pendant, genre, une minute, et il a dit : « Oh, j’ai entendu le nouvel album, je le trouve super ! » Mais ça fait un moment que je ne lui ai pas parlé depuis.

Mais as-tu des plans avec Nevermore, comptes-tu trouver des remplaçants pour Jeff et Van Williams, ou vas-tu simplement attendre et espérer qu’ils reviennent un jour dans le groupe ?

Ce serait quelque chose de délicat, donc je n’ai pas vraiment pensé à ça.

Jim a subit une opération du cerveau pour retirer une petite tumeur cérébrale en 2011, et apparemment il a eu des soucis avec la maladie de Crohn qui l’on empêché de tourner. Donc comment va sa santé désormais ?

Il va bien. Toute l’histoire de la tumeur au cerveau était vraiment effrayante mais il s’est avéré qu’elle n’était pas maligne, c’était donc une bonne chose. Mais ouais, il a la maladie de Crohn et c’est toujours un problème, mais il va bien.

Warrel, est-ce que tu as quelque chose de prévu pour ton second album solo ?

Oui, bien sûr. Les gars du staff de Century Media m’ont soumis l’idée que je fasse un album complet de reprises, parce qu’apparemment j’ai un don pour faire des reprises [rires]. Donc je suis en ce moment même en train de choisir les chansons. En substance, ce sera, peut-être, uniquement de la musique alternative des années 90 [ricane]. Et les premières chansons… Bon, non, je ne vais pas déjà dévoiler des détails ! [Rires]

Est-ce que Sanctuary est de retour pour de bon ? Je veux dire : est-ce que vous avez l’intention de rattraper le temps perdu et réaliser plus d’albums et tourner régulièrement dans le futur ?

On dirait bien ! Nous verrons ! Nous espérons jouer au Hellfest l’année prochaine, car j’ai passé un très bon moment lorsque Nevermore a joué au Hellfest, c’était excellent et c’est un super festival. Mais oui, bien sûr qu’il y aura des tournées de prévues. Nous verrons ce qui se passera lorsque l’album sortira.

Avez-vous songé à enregistrer un album live de manière à pouvoir entendre les chansons réactualisées et davantage comme vous les jouez désormais ?

Lenny : Ouais, c’est clairement une possibilité. Nous avons fait quelques enregistrements de concerts dans le passé également. Je vois bien ça se produire. Je pense que les gens seraient intéressés par ça. Donc avec un peu de chances, ouais.

Interview par téléphone réalisée le 23 août 2014 par Spaceman.
Retranscription, traduction et introduction : Spaceman.
Photographies promo : Patrick Haeberli.

Page Facebook officielle de Sanctuary : www.facebook.com/sanctuaryfans.



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