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Metalanalyse   

Watain chasse l’obscurité de ses propres terres


Watain, c’est l’image d’une idée, d’une philosophie. C’en est même la matérialisation concrète. Une conception du monde propre à ses membres, certes, mais ne se voulant pas pour autant sectaire. Seulement ouverte à ceux enclins à vouloir la comprendre ou au moins à l’entendre pour pouvoir, plus tard, l’étudier. Watain s’exhibe depuis seize ans sur scène et y diffuse son discours. En véritable bête de foire à l’ego sur-dimensionné pour certains, ou en véritable leader d’une scène musicale (le black metal), seuls véritables et derniers garants d’une conception idéologique pour d’autres.

Chemin de vie, exutoire artistique et idéologique. Watain peut se comprendre comme le personnage de V dans l’œuvre d’Alan Moore (sans aller trop loin non plus dans la comparaison) : être physique mais entité immortelle par ses idées, qui se dresse face à un oppresseur. Même si pour le combo, Watain n’est que l’expression d’un tiers, supérieur et puissant : Satan.

Cependant, les Suédois n’en demeurent pas moins humains. Et tout comme il est naturel avec le temps de voir évoluer sa philosophie, Watain présente aujourd’hui l’aboutissement de seize années de réflexion et de travail qui a su, avec le temps, s’enrichir afin de donner plus d’impact au discours prôné sans jamais le déformer. Et le groupe présente aujourd’hui avec son nouvel opus, The Wild Hunt, un argumentaire particulièrement rôdé.

Ce nouvel album ne déroge donc pas à la règle commune qui fait vivre chaque œuvre des Suédois : The Wild Hunt aborde à nouveau ces thématiques anti-religieuses et chaotiques (« Sleepless Evil », « Ignem Veni Mittere » ou encore « Holocaust Dawn »). C’est la colonne vertébrale du groupe. Ce qui forme son identité depuis 1998. Pourtant, le combo démontre ici une volonté introspective et de confrontation à soi-même plus intense que par le passé. Le rythme de cet album en est d’ailleurs un exemple. Offrant tantôt des phases très calmes et apaisées (« They Rode On »), tantôt des phases malsaines et obscures (« Sleepless Evil »). Ces importantes variations de rythme ne sont pas sans rappeler ce sentiment de tiraillement déjà connu par tout un chacun et profondément humain. Malgré tout, Watain reste Watain, et cet album se place en successeur logique et cohérent à Lawless Darkness (2010). Apparaissant encore un peu plus stable et équilibré que son prédécesseur.

S’assurant de la stabilité de ses propres bases, Watain ratisse alors, à travers cet album, dans son passé afin d’y condenser ce qui forme et a formé sa personnalité. L’album vise à transporter l’auditeur dans les méandres du groupe. Tout débute par la conception de l’artwork de ce The Wild Hunt qui a d’ailleurs été pensée en ce sens. Y sont représentés les symboles métaphorisant ce que le groupe a acquis depuis le début de sa carrière. Mais, également, chaque objet est ici mis en relation avec un titre de l’album. Ainsi, le fer à cheval s’associe certainement à « The Wild Hunt » (ou « Chasse Fantastique », légende dont le nom est donné au fracas d’une tempête nocturne ou d’un grand vent que l’on assimile au passage de cavaliers en chasse et de meutes de chiens emportées dans les airs à la suite d’une malédiction), le cercueil, par sa taille, représente probablement le titre « The Child Must Die », ou encore ce bougeoir et cette bougie probablement assimilés à « Ignem Veni Mittere » (Venu Apporter Le Feu).

Pour ce qui est de la personnalité musicale du combo, celle-ci est large et tend aujourd’hui à sacraliser en cet opus toute sa variété. Indéniablement, et depuis toujours, Watain est, à titre d’exemple, comparé à son défunt compatriote Dissection. « The Child Must Die » rappelle ainsi la bande de Nödtveidt & Co période Reinkaos (2006) (le guitariste live Set Teitan ayant joué avec Dissection lors de la dernière année d’existence du groupe alors qu’Erick Danielson a lui-même joué de la basse lors des trois derniers concerts du groupe). Toutefois, Watain exhibe son côté multi-facette par des inspirations diverses. « They Rode On » voit notamment un Danielson chanter dans un timbre vocal clair et très rock alors que quelques harmoniques à la guitare sèche en début de titre ne laissent pas sans rappeler le « Welcome Home (Sanitarium) » de Metallica. L’album semble ainsi miser sur la diversité afin de s’offrir une accessibilité optimale – et pour ainsi toucher un plus large public. Pourtant la manœuvre n’aurait pas été préméditée, comme nous l’a récemment rappelé Danielson : « Apparemment notre musique est accessible puisque nous vendons des albums et faisons des concerts. Ce que je n’accepte pas ce sont les groupes qui adaptent leur musique pour la rendre plus accessible. […] Watain n’est pas un divertissement. C’est accessible pour des raisons que j’ignore, mais les titres n’ont pas été composés pour être accessibles. ». Mais cet opus vise définitivement à se placer comme référence. Et pour se faire, le groupe pioche également dans ses propres références (Bathory sur « The Wild Hunt » ou encore sur « Sleepless Evil » faisant ouvertement du pied à « Woman Of Dark Desires » issu de Under the Sign of the Black Mark). « Outlaw » et son intro tribale propre à Rotting Christ ou encore l’un des ponts de « All That May Bleed » où le chant s’avère très proche de Darkthrone. Watain exploite également ce qui est à sa proximité immédiate, à savoir : les autres groupes constituant l’écurie Noevdia/Season Of Mist, son ancien label (le groupe est aujourd’hui signé chez Century Media Records). Ainsi, des Katharsis, Malign, Deathspell Omega, Funeral Mist ou autres Nifelheim (tout particulièrement ce dernier), résonnent à travers le groupe par un subtil dosage.

Watain démontre toutefois une évolution musicale singulière, parallèle à ses contemporains suédois. Marduk et son dernier opus en date, Serpent Demon, bien moins incisif que par le passé et finalement plus heavy. Dissection, comme sus-mentionné, période Reinkaos ou encore Shining (sur un titre tel que « For The God Below », clôturant son dernier opus). Cependant, ses bases heavy ont toujours été présentes depuis les débuts du groupe. Alors Watain est-il finalement ce vrai leader du black metal comme aime à le rappeler son frontman ? Est-ce le dernier représentant de certaines valeurs idéologiques et musicales (l’un n’allant pas sans l’autre) ? Watain reste dans tous les cas un modèle pour certains autres combos. Tel que les défunts The Devil’s Blood dont le nom est issu d’un titre de Watain présent sur l’album Cassus Luciferi de 2003. Ou, plus récemment, Ghost qui au sujet de Watain avoue trouver en ce groupe une réelle similitude et influence à leur art.

La trinité Watain œuvre depuis quinze années et, indéniablement, apparaît aujourd’hui comme arrivée au tournant de son histoire. Certes, la progression est entamée depuis 2010 mais le propos du groupe reste définitivement plus diversifié que jamais. Ainsi, les Suédois établissent très clairement leurs bases, désirs et actuelles positions. The Wild Hunt dépeint à la fois la réussite d’un groupe qui, après un travail de longue haleine mais toujours méticuleux et sincère, parvient à désormais toucher du doigt ce trône qu’il convoite : celui de référence de ce style. Mais également, concrétise son œuvre spirituelle. Car plus que jamais le groupe transmet à travers ce vecteur musical, son propos philosophique, personnelle et religieux. Trinité géométrique équilibrée, Watain s’ouvre les voies de la réussite, ne serait-ce que personnelle. A l’époque de la sortie de Lawless Darkness, son leader avouait que « pour la première fois, je suis complètement confiant en nos qualités d’artistes, et l’avenir sera marqué par tant d’œuvres passionnées que je ne parviens que difficilement à l’imaginer… Il y a tant de choses en moi qui demandent à être exprimées, et j’ai enfin trouvé une façon de le faire en ne perdant quasi rien au cours du processus. » Autant dire que The Wild Hunt n’est peut être encore qu’un début dans cette expression.

Album The Wild Hunt, sortie le 19 août 2013 chez Century Media Records



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  • c est vrai que maintenant il y a tellement de groupes de black qui sont malheureusement une copie d’une copie d’une autre copie, des riffs, des chants, que l’on a entendu 1000 fois, ou qui jouent du black uniquement pour faire « joli » si je puis dire. J’adhère totalement à des groupes comme Watain ou Marduk qui essaient de faire évoluer leur musique.

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  • Enorme, je pense que je vais prendre cet album comme le précédent =)

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  • Très bon titre! La suite!

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