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Chronique   

Watain – The Agony & Ecstasy Of


Plus de dix ans après la sortie de Lawless Darkness, souvent considéré comme son magnum opus, de l’eau a coulé sous les ponts pour Watain, entre vastes tournées et scandales, projets ambitieux et DIY radical, et, pandémie mondiale oblige, stase et réorganisation des forces. En six albums et plus de vingt ans d’existence, les Suédois ont imposé dans le monde du black metal et au-delà une approche singulière, sans compromis dans le fond – satanisme « anti-cosmique » proclamé lors de concerts-rituels dégoulinants de sang et de flammes – mais accessible dans la forme – guitares mélodiques, sens de l’accroche et du rock’n’roll. Après l’ambitieux The Wild Hunt en 2013 où le groupe poussait à l’extrême ses envies de grandeur au grand dam d’une partie de son public, Watain était revenu à une forme plus compacte et violente avec Trident Wolf Eclipse en 2018. Un split et une cassette autoproduite plus tard, le trio propose son septième album, dont le titre, The Agony & Ecstasy Of Watain, présage une synthèse des opposés, un mariage des contraires, et donc peut-être un retour à l’alchimie particulière de ses disques les plus mémorables…

Si les singles choisis pour annoncer l’album mettent en valeur la variété d’humeurs de l’album, c’est de manière résolument percutante que s’ouvre The Agony & Ecstasy Of Watain. « Ecstasies In Night Infinite » commence avec une explosion et poursuit avec un déferlement d’agressivité qui fait presque office de transition avec Trident Wolf Eclipse. La production signée Tore Stjerna, un collaborateur de longue date du groupe, l’enregistrement live dans une ancienne église reconvertie en studio et l’implication – une première – du line-up live au complet (A. Lillo, H. Eriksson et E. Forcas) dans le processus mettent en valeur la chaleur organique de ces dix chansons qui palpitent de fièvre et d’exaltation, du bref interlude inquiétant « Not Sun Nor Man Nor God » et ses quelques notes de piano à la vaste fresque « Before The Cataclysm ». Pour transmettre à l’auditeur extase et douleur extrême, le trio historique – E. Danielsson, H. Jonsson et P. Forsberg – s’appuie sur les points forts qu’on lui connaît – mélange de riffs acérés et de guitare plus mélodique, basse menaçante, solos possédés et voix rauque et habitée – et explore de nouveaux territoires. On savait Watain capable d’une véritable ampleur épique (ici, sur « Septentrion » par exemple) ; le groupe se montre cette fois en mesure de déployer des ambiances sombres et occultes où le rythme ralentit et où la rage laisse place à la mélancolie (« Serimosa », « We Remain »). Après l’ivresse des cimes, la contemplation de l’abîme…

The Agony & Ecstasy Of Watain porte bien son titre : en près de cinquante minutes, il retrace et redéfinit les limites de l’entité qu’est Watain. Pour la première fois de sa carrière, l’album est accompagné d’un véritable manifeste où le groupe explique ses intentions en termes tout sauf ésotériques. Époque oblige, sans doute, mais la démarche semble aller au-delà, comme le prouve « Leper’s Grace », qui édicte avec beaucoup de clarté le projet du trio : incarner l’altérité, l’opposition, l’inconnu, l’obscurité. Danielsson professe une volonté de ne pas se cacher derrière son hermétisme ; même si l’album recèle du symbolisme et des mythes, ils sont intégrés et repris dans une véritable mythologie Watain presque autonome, avec « We Remain » comme récit fondateur. Atmosphérique, pleine de révérence, ouverte par la voix hantée de Farida « The Mouth Of Satan » Lemouchi (ex-The Devil’s Blood, Molassess) et menée par la guitare de Gottfrid Åhman (ex-In Solitude, Pågå), elle est une célébration ambiguë de ce que le groupe présente à la fois comme son apogée et une époque révolue, celle de Lawless Darkness et de la trinité Watain-In Solitude-The Devil’s Blood, dont ils sont les seuls héritiers. Watain digère et mythifie sa propre histoire comme celle de ses prédécesseurs revendiqués – Bathory et Dissection – : si Trident Wolf Eclipse était une œuvre de destruction, The Agony & Ecstasy Of Watain édifie quant à lui son propre mémorial.

Clip vidéo de la chanson « We Remain » :

Lyric vidéo de la chanson « Serimosa » :

Clip vidéo de la chanson « The Howling » :

Album The Agony & Ecstasy Of, sortie le 29 avril 2022 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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