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Chronique   

Watain – Trident Wolf Eclipse


On ne présente plus Watain, figure de proue du black metal suédois. Trio démoniaque qui fête ses vingt ans d’activité cette année avec son sixième album, Trident Wolf Eclipse, il s’est fait remarquer autant par ses volontés d’ouverture (signature sur de gros labels, tournées gigantesques, mélodies imparables, groove accrocheur voire chant en voix claire) que par son authenticité flirtant volontiers avec le fanatisme, toute en scandales, carcasses de porc et gnosticisme anti-cosmique [sic]. Avec leur dernier album, The Wild Hunt, les Suédois avaient peut-être poussé la logique à son maximum : disque extrêmement ambitieux, ratissant très large et empruntant volontiers au bon vieux rock’n’roll ses recettes les plus efficaces, ils s’étaient aliéné une partie de leur public habituel, peu disposé à entendre une ballade, tout infernale qu’elle soit. Après l’avoir fait patienter cinq ans au lieu de ses trois années habituelles, l’onde de choc de The Wild Hunt tardant à s’épuiser, Watain lui propose un début d’année tonitruant avec un Trident Wolf Eclipse explosif. En 2013, on nous avait promis une chasse ; cette fois-ci, c’est de déluge de pierres et de lave en fusion que nous parle Erik « E » Danielsson, le meneur de la bande. Un retour au chaos primordial ?

Dès le début de « Nuclear Alchemy », les intentions du groupe sont claires : pas d’entrée en douceur ou de fioritures, il s’agit avant tout d’une démonstration de force. Rythme trépidant, riffs incandescents et hurlement de possédé, la couleur est annoncée, et sera le fil conducteur des huit titres qui composent l’album. Dépassant à peine la demi-heure, constitué de morceaux relativement brefs et homogènes en terme d’atmosphère et de tonalité, il montre Watain sous un jour nouveau, comme épuré, qui se serait appliqué à concentrer ses forces pour s’attaquer directement à la gorge de son auditeur au lieu de s’affairer à bâtir de longs titres tortueux. Un changement radical dans le modus operandi donc, mais sans se perdre pour autant : on retrouve tous les éléments qui au fil des années ont défini le style et fait le succès du groupe – compositions très efficaces, solos enflammés, riffs mélodiques qui en font les dignes héritiers de Dissection, ésotérisme bon teint, atmosphères sombres (« A Throne Below ») et ce je-ne-sais-quoi résolument rock’n’roll qu’ils partagent avec leurs camarades lycanthropes de Deströyer 666 (« Ultra (Pandemoniac) »). Si le groupe assure qu’il n’a aucune envie de regarder en arrière, Trident Wolf Eclipse lorgne tout de même franchement vers le tournant des années 80/90, au moment des hautes heures de Bathory, Venom et consorts. L’auditeur a beau être malmené par la brutalité de l’effort, il est clairement en terrain connu, et le groupe qu’on a connu plus aventureux semble ne pas vouloir s’éloigner des sentiers (re)battus.

Alors, rétropédalage destiné à compenser les incartades un peu trop mainstream du dernier album ? Danielsson s’en défend absolument, sa conception de son art comme transcendant étant incompatible avec toute forme d’intention. Watain est pour ses musiciens une force de la nature qui poursuit sa fuite en avant, indifférente aux circonstances, toute dédié au moment, et ça s’entend : le groupe fait preuve d’une sauvagerie et d’une efficacité redoutables. Difficile pourtant de ne pas voir dans Trident Wolf Eclipse une sorte de revanche : là où The Wild Hunt, album dont la démesure flirtait allégrement avec la mégalomanie, avait été conçu dans une période où le groupe, s’étant trouvé les frères d’armes idéaux en In Solitude et The Devil’s Blood, se sentait prêt à conquérir le monde, Trident Wolf Eclipse est né parmi les cendres de ces deux groupes qui ont périclité de manière plus ou moins tragique entre temps, et il est habité par la volonté confessée de Danielsson et ses comparses de continuer à porter la flamme, autant pour les absents que pour les rescapés. En résulte un album incandescent, délivré par un Watain en pleine possession de ses moyens et bien décidé non seulement à garder, mais aussi à souffler sur les braises du feu sacré.

Lyric vidéo de la chanson « Sacred Damnation » :

Clip vidéo de la chanson « Nuclear Alchemy » :

Album Trident Wolf Eclipse, sortie le 5 janvier 2018 via Century Media. Disponible à l’achat ici



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