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Interview   

Weaksaw : aux racines des damnés


Weaksaw, c’est un groupe qui, en presque une décennie de carrière, a fait son trou dans la scène metal, à force de riffs enragés et de paroles engagées, mais jamais trop. Avec The Wretched Of The Earth, le groupe signe un deuxième album au son et au concept très affirmé, comme nous l’évoquons plus bas dans cet entretien. Mais c’est surtout leur premier opus depuis l’EP de 2013 James Huston Jr., dont le nom revient très souvent dans la conversation, et pour cause : cet EP représente un véritable tournant dans la carrière du groupe, en termes d’approche du processus de composition notamment.

De ce processus de composition et d’enregistrement, étalé dans le temps, mais aussi des inspirations de cet album, et l’évolution globale du groupe, c’est de tout cela dont nous avons bavardé avec les fort sympathiques sudistes de Weaksaw dans l’interview qui suit.

« Depuis le début, nous faisons ce que nous voulons, je pense que nous ne nous sommes jamais menti, il n’y a jamais rien qui a terminé sur un album qui était contraire à ce que l’un de nous ressentait. Il n’y a jamais rien de forcé. »

Votre line-up est resté inchangé depuis bientôt dix ans. Comment avez-vous réussi à évoluer tous dans le même sens ?

Erwan Billon (guitare) : L’amour.

Leo Sendra (guitare) : L’amour et le respect d’autrui [rires].

Erwan : En fait, nous avons les mêmes envies depuis le début. Elles ont évolué au cours du temps mais elles sont restées les mêmes au niveau commun. Je pense que jamais personne n’a eu envie de jeter l’éponge jusqu’à maintenant, et comme disait en blaguant Leo : le respect. Nous avons effectivement instauré une relation de respect au sein du groupe, personne n’a eu de problème d’ego jusqu’à maintenant.

Leo : Pourtant, des fois, nous sommes tous de sacrés connards, mais ça fonctionne bien. Il y a un bon équilibre. Chacun a, des fois, de petites envies différentes, mais ça se canalise bien.

Les racines font partie de votre identité visuelle depuis vos débuts. Apparemment, au départ, c’était un choix purement esthétique, et cela a fini par devenir l’identité du groupe. Que représentent ces racines pour vous ?

Vas-y, je n’aime pas répondre à ça [rires].

Erwan : C’est un choix purement esthétique puisqu’elles sont apparues sur l’espèce d’arbre sur la pochette de l’EP de 2008, un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, et cet arbre a atterri sur l’album éponyme. La graphiste qui nous avait fait ça l’avait intégré à notre logo, ça nous a beaucoup plu, et nous l’avons gardé. Et au final, à travers toutes ces années, nous avons gardé ce logo avec les racines. Nous aimons bien, ce n’est pas comme si c’était un pentagramme ou une connerie du genre.

Leo : Voilà, ça ne fait pas « trop » metal. Comme on reste là-dedans, en général…

Erwan : Puisque nous sommes des garçons un peu frais, tu vois…

Et quelles sont vos racines, justement ?

Leo : Nos racines au niveau de la nourriture, tu veux dire ? [Rires] Non, au niveau de la musique, l’inspiration, c’est tellement large. Évidemment, ça va être classique : livres, films, tout ce que tu veux, jeux vidéo, etc. Musicalement, ce que nous disons à chaque fois, c’est que nous aimons tous vraiment beaucoup de choses, et beaucoup plus de choses que du metal, que ce soit trip-hop, musique classique, post-rock, ce que tu veux, mais nous écoutons vraiment beaucoup de trucs et nous essayons de puiser les inspirations là où elles sont, et ça peut vraiment parfois être plein de choses. Nous n’allons pas nous dire : « On écoute un album, on va faire pareil ! » Ce n’est pas du tout le même truc.

Erwan : Ce qui est très important, c’est que nous écoutons et jouons chacun des styles musicaux différents à côté de Weaksaw. Dans Weaksaw, nous faisons du metal, mais ce n’est pas notre seul moyen d’expression artistique.

Leo : Dans le metal, nous retransmettons tout ce que nous avons, parce que c’est le groupe où, comme tu l’as dit, nous n’avons jamais changé de line-up, donc c’est vraiment le vecteur d’expression que nous avons. Nous essayons de mettre tout ce que nous avons envie d’exprimer là-dedans. Ça reste quand même assez large.

Votre biographie indique que votre EP de 2013, James Huston Jr., a défini une direction artistique forte pour la suite votre carrière. Que représente cet EP pour le groupe ?

C’est vrai que c’était un changement dans le son, c’est toujours l’argument de la maturité, essayer d’avoir des morceaux plus variés, qui restent assez violents mais assez simples à écouter. C’est vraiment de bien mélanger tout ça avec beaucoup d’ambiance.

Erwan : Nous avons un peu changé notre façon de composer sur cet EP-là. Nous avons fait notre truc tout seul dans notre coin, il n’est pas sorti en physique, nous l’avons enregistré nous-mêmes, il n’y avait aucune pression. Et donc, nous avons fait strictement ce que nous avons voulu au niveau artistique, donc nous nous sommes lâchés. Nous étions cinq dans le studio, nous avons amené les squelettes des morceaux, et chacun a amené sa patte, etc. C’était assez inédit comme façon de travailler, pour nous, et ça nous a bien plu. La direction artistique nous a plu, nous nous sommes vraiment retrouvés là-dedans, nous avons réussi à nous exprimer pleinement, et ça a donc ouvert une voie pour le dernier album, The Wretched Of The Earth.

Fin 2014 vous êtes partis enregistrer en Floride avec Mark Lewis. La biographie mentionne que c’était « le pas le plus important qu’ait franchi le groupe ». Pourquoi enregistrer dans ces conditions-là était-il si important ?

Leo : Parce que tu te retrouves avec des gars qui, déjà, savent vraiment bien ce qu’ils font. Je pense que c’était assez inespéré pour nous de bosser avec ces gens-là. C’est un truc dont, même maintenant, j’ai du mal à me rendre compte, parce que c’est passé, puis ça s’est fait relativement vite, mais ce sont quand même des gens qui ont fait des trucs de fou, pas mal d’albums que nous écoutions quand nous étions ados, ce genre de trucs. Donc c’est vraiment franchir un peu le pas d’un truc vraiment hyper pro, et quand on dit : « Tu vas bosser à l’américaine », ce n’est pas pour rien. Ce sont des gens qui savent ce qu’ils veulent, ils t’y emmènent de force, mais en général, t’es content quand t’y arrives.

« Nous avons tous vachement évolué, donc c’est marrant d’entendre le collègue chanter avec une voix de petit enfant, tandis que maintenant, t’as l’impression qu’il va t’attraper n’importe qui dans la rue pour l’égorger [petits rires]. »

Ce nouvel album est le résultat de quatre années de travail. Pouvez-vous nous décrire le processus de composition et de maturation de l’album ?

Erwan : Il y a eu énormément de pré-production, donc quatre ans de travail, nous avons fini avec soixante chansons en pré-production, pour en choisir dix à la fin, qui représentent vraiment ce que nous avions envie de dire. Leo compose beaucoup, il nous apporte ses idées, nous en discutons entre nous, nous emmenons tout ça en studio de répétition et nous voyons ce que ça donne.

Leo : Le riff excellent côtoie le riff de merde, du coup il faut faire une espèce de balance entre les deux [rires]. Il y a un truc qui est vachement important au niveau de la compo, c’est vrai que, comme disait Erwann, pendant longtemps, je me suis retrouvé un peu comme un couillon devant mon ordi avec le logiciel, puis après nous arrangions tous ensemble. C’est quelque chose qui va sans doute changer par la suite, parce que ça m’a gonflé, je préfère être avec mes potes plutôt qu’être devant un PC. Mais un truc que j’ai trouvé vachement bien avec ce processus-là, c’est que nous discutons beaucoup avant de jouer, et c’est un truc que je ne vois pas chez énormément de groupes… Bon, c’est quand même normal de discuter de ce que tu vas composer, mais nous parlons beaucoup de ce que nous allons amener, de ce que nous aimerions amener, et c’est un truc qui est vachement inspirant, je trouve. Du genre : « J’aimerais bien, là, qu’il y ait cette sensation-là, par exemple ressentir cette dynamique-là, etc. ». Nous parlons beaucoup, nous nous retrouvons beaucoup à écouter les pré-prods, à en discuter, et au final, le temps de jeu, d’arrangement pur, physique, avec un instrument, est relativement réduit. En général, une fois que nous avons discuté, nous savons très bien comment les autres vont le jouer.

La batterie de l’album a été enregistrée en Floride et le reste de l’album en France. Comment avez-vous fait pour maintenir une forme de cohérence sonore malgré cette situation ?

Erwan : Tout simplement, c’est un processus normal pour ces personnes. Mark Lewis travaille de plus en plus comme ça, en faisant venir le batteur pour enregistrer, parce qu’ils ont une salle spéciale pour la batterie, et après, il va travailler directement chez les groupes pour qu’ils soient plus à l’aise, pour enregistrer la suite, guitare, basse, chant, où il a moins besoin d’une salle avec une acoustique particulière. Donc la cohérence, lui, il la trouve comme ça, c’est sa façon de faire depuis des années.

Leo : Oui, il est hyper à l’aise. Puis voir un américain entrer dans une voiture française, c’est très drôle. C’est vraiment très drôle, je te le conseille.

Votre musique est plus épurée, moins rapide et plus simple qu’à vos débuts. Quel regard avez-vous sur vos premiers disques, plus sauvages et imprévisibles ?

Erwan : Un regard attendri, comme on regarderait un enfant…

Leo : …un enfant qui n’est pas très serein en sortant de l’école ! [Rires] Honnêtement, bien sûr qu’il y a des morceaux que nous ne pouvons plus écouter, mais je ne pense pas regretter grand-chose, car si nous n’avions pas fait ça, nous ne serions pas là où nous sommes aujourd’hui.

Erwan : De temps en temps, quand nous buvons un coup, nous aimons bien réécouter nos toutes premières démos, et très honnêtement, nous ne nous sommes jamais dit : « Oh là là, quelle horreur ! », parce que depuis le début, nous faisons ce que nous voulons, je pense que nous ne nous sommes jamais menti, il n’y a jamais rien qui a terminé sur un album qui était contraire à ce que l’un de nous ressentait. Il n’y a jamais rien de forcé.

Leo : Évidemment, il y a quand même quelques riffs vraiment nuls, mais ça ce n’est pas grave, puisqu’il y a d’autres excellents riffs que nous aimerions refaire ! Pas plus tard que tout à l’heure, avant de commencer l’interview, nous écoutions un morceau du premier album qui s’appelle Dystopian City, et nous nous sommes dit : « Putain, il faut le refaire ! » Vraiment, nous ne regrettons rien, puis nous avons tous vachement évolué, donc c’est marrant d’entendre le collègue chanter avec une voix de petit enfant, tandis que maintenant, t’as l’impression qu’il va t’attraper n’importe qui dans la rue pour l’égorger [petits rires].

Est-ce que c’est la maturité qui explique cette évolution ?

Oui, c’est ce que nous disions. Du coup, comme nous avons écouté plein de choses différentes, c’est le truc assez classique. En fait, je pense que nous savons surtout ce qui ne marche pas dans les compos. Comme tu disais, avant ça partait un peu dans tous les sens, nous disions : « On va mettre plein de notes ! », et puis nous nous sommes rendus compte que souvent, les morceaux qui marchent le mieux sont les plus aérés. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a rien dedans, mais c’est avoir plus de hauteur sur la composition, et encore, je pense que nous avons encore du boulot à faire là-dessus, mais c’est un travail assez long.

Erwan : Comme disait Leo, nous nous sommes rendus compte que nous pouvions nous exprimer plus pleinement sans en foutre partout. Dans le premier album, il y a des trucs très démonstratifs, mais aujourd’hui, pour quoi faire ?

Leo : C’est vrai que mettre beaucoup de notes, c’est quand même un art. Arriver à mettre beaucoup de notes et que ce soit intéressant…

Erwan : Il faut que ça reste cohérent, et que ça te raconte quelque chose, surtout.

Leo : C’est toujours pareil, avec ce travail d’ambiance et tout ça, nous essayons toujours de prendre de la hauteur et de faire un truc compréhensible. C’est vraiment ce que nous avons voulu faire avec cet album, avoir un son qui est clair, avoir un truc où on comprend bien les notes et tout ça.

« Souvent, les morceaux qui marchent le mieux sont les plus aérés. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a rien dedans, mais c’est avoir plus de hauteur sur la composition, et encore, je pense que nous avons encore du boulot à faire là-dessus. »

Ça me rappelle exactement la même conversation avec Victor, de Betraying The Martyrs, qui disait que le dernier album était beaucoup plus épuré, et que c’était une histoire de vraiment laisser tout s’exprimer, que chaque instrument prenne sa place, et que ce soit plus lisible au final…

Oui, clairement, surtout dans un style comme le metal.

Erwan : C’est déjà chargé à la base. Après, il y a des gens qui le font très bien. J’écoute par exemple du death technique, mais nous, ce n’est plus notre façon de nous exprimer.

Leo : Monsieur écoute du death technique !

Erwan : [Prend un air snob] J’écoute du death technique en lisant le Nouvel Obs… [Rires]

Leo : Ouais, ce n’est pas notre démarche.

À un moment donné, vous avez évoqué l’idée, si vous trouvez le temps un jour, de réenregistrer et de réarranger de vieux titres…

Erwan : Ouais, ça c’est un truc qui revient quand nous avons bu deux ou trois bières ! Je ne sais pas si nous le ferons un jour, c’est l’une de ces chimères du genre, si nous avions l’occasion, si nous n’avions que ça à faire, ça fait longtemps que nous l’aurions fait pour nous, parce que tout ce que nous faisons, nous le faisons pour nous, à la base, et tant mieux si ça plaît à des gens après. Mais oui, il y a plein de titres que nous avons encore dans nos cœurs.

Leo : Je pense qu’il y a cinq ou six titres. Bon, ce n’est pas beaucoup. Puis il y en a, quand nous les jouons en live, ça marche toujours bien.

Erwan : Il y a aussi cette envie de faire ce travail de réarrangement.

Avez-vous déjà réfléchi à comment modifier ces vieux titres afin qu’ils collent plus à votre univers actuel ?

Leo : Mettre de la double-pédale partout ! [Rires]

Erwan : Nous faisons un test avec un morceau qui s’appelle « Oil Slick » qui est issu du premier album. Dans la version précédente, elle ne nous disait plus rien. C’était de la débauche totale de mesures composées, etc. Du coup, nous avons réarrangé ça en essayant de lui apporter ce que nous essayons de faire sur le nouvel album.

Leo : Ouais, en l’épurant à mort, et c’est vrai que ça fonctionne plutôt bien.

Erwan : Pour l’instant c’est plus un travail de live, ce fantasme de réenregistrer les trucs. Je pense que nous avons encore beaucoup de choses à faire avant. Nous avons d’autres envies qui passent avant, nous avons envie d’écrire de la nouvelle musique avant de nous pencher là-dessus. Quand nous aurons cinquante-cinq ans…

Le thème central de l’album est l’oubli, notamment d’un point de vue historique. The Wretched Of The Earth est la traduction de « Les Damnés De La Terre », qui est le titre du dernier livre de Frantz Fanon, un essai anticolonialiste écrit en pleine guerre d’Algérie, préfacé par Sartre et interdit à sa sortie. Qu’est-ce qui vous a poussés à faire de ce thème le fil conducteur de l’album ?

C’est quelque chose qui est venu assez naturellement. James Huston Jr., le premier EP, traitait de l’histoire de réincarnation la plus connue du XXème siècle. Si nous y croyons ou pas, nous ne nous sommes jamais trop posé la question. C’est juste que c’est une chouette histoire à raconter. Il y avait déjà une base historique puisque c’est l’histoire d’un pilote américain de la Seconde Guerre Mondiale qui était censé être réincarné en un jeune garçon. Nous avons bien aimé prendre ce fond historique et raconter cette histoire. Nous avons donc poursuivi cela sur le nouvel album, et c’est venu assez naturellement, ça sert de petit fil conducteur. Ce n’est pas un « concept album », je pense que cela ne nous attire pas trop de mettre ce genre de limite. Nous le ferons peut-être par la suite, on ne sait jamais, nous l’avons déjà fait avec l’EP. C’est juste un petit fil conducteur qui revient comme ça de chanson en chanson. « The Wretched Of The Earth », c’est une chanson que Leo a apportée avec le texte, et qui s’insérait parfaitement à la thématique de l’album : les damnés de la Terre, les dommages produits par le colonialisme et tous ces peuples oubliés et exploités… C’était assez cohérent dans ce que nous avions envie de faire.

Leo : Ça reste encore très metal…

Erwan : C’est vrai, ce sont des thèmes pas drôles !

Leo : C’est un truc dont nous avons souvent parlé. Comme disait Erwan, entrer dans le « concept-album » faussement intellectualo-philosophico-machin, il y a beaucoup de groupes qui font ça – des fois la musique est très bonne, ce n’est pas le problème – , mais moi, ça me gonfle. Je pense que nous ne sommes pas là-dedans. Je trouve que c’est bien d’écrire des choses qui veulent dire des trucs, mais rester assez simple aussi là-dedans.

Erwan : Ce serait forcé, encore une fois. Si nous nous disions : « Il faut faire un concept-album », je suis sûr que nous nous regarderions en mode : « Euh… Ouais… Fuck ! »

Leo : C’est mieux de raconter des petites histoires, comme nous aimons bien toujours les trucs assez mystérieux et tout ça, ça fonctionne bien. C’est toujours bien. Tu peux lire les paroles, comme ça… Je te garantis pas que tu passes une très bonne nuit, mais ça devrait aller.

« Il y a tellement de choses au niveau géopolitique global qui sont compliquées, qui nous paraissent loin, insolubles, et plus ça va, plus je me rends compte que c’est impossible d’avoir des opinions tranchées sur des problématiques aussi compliquées, donc personnellement, j’ai besoin d’entendre les deux versions de l’Histoire. »

Il y a encore trois jours, le débat entre les différents candidats à l’élection présidentielle à propos du passé colonialiste français faisait rage. Est-ce que le contexte politique français actuel qui a pu vous inspirer ?

Erwan : C’est très personnel, parce que bien souvent, nous sommes tout seul à écrire les paroles, et donc chacun met forcément ses sensibilités politiques dans ce qu’il écrit. Il y a une des chansons où j’avais une phrase qui me tournait en tête après avoir vu l’actualité politique qui était que tout ce qu’ils méritaient était qu’ils se fassent couronner avec de l’acier bouillant. Tu vois cette scène dans Game Of Thrones ? C’est une phrase qui a donné une chanson, etc., mais nous ne sommes pas un groupe militant, je ne suis même pas sûr que nous arrivions à avoir une opinion politique commune au groupe et que nous ayons envie de la porter sur scène.

Leo : À l’instar de ce que nous te disions pour le concept-album, c’est pareil. Nous n’allons pas rentrer dans des considérations politiques dont nous ne sommes mêmes pas sûrs de bien maîtriser tous les tenants et les aboutissants. Évidemment, t’es sensible à certains trucs, mais non. Nous préférons rester dans le poutrage de gueule gratuit, globalement…

Erwan : …avec un peu de fond dans les textes, ça ne fait pas de mal, mais non.

Certaines des chansons marchent par deux, comme « Natoma » et « Whitetip », ou encore « Zabveniye pt.1 » et « Zabveniye pt.2 », et peuvent présenter deux facettes ou deux points de vue de la même histoire. Ces binômes de chansons ont-ils pour but d’inciter l’auditeur à garder l’esprit ouvert et à ne pas avoir un regard trop manichéen sur l’histoire ?

C’est intéressant parce qu’effectivement, nous en venons encore à James Huston Jr. qui est composé de « Natoma » et de « Whitetip » ; là, la bipolarité était très facile à trouver puisqu’il y a James Huston Jr., qui est le pilote, et James Leininger, qui est le petit garçon qui est censé être sa réincarnation. Et c’est donc un dialogue, nous commençons avec le point de vue de James Leininger, le petit garçon, qui discute avec James Huston dans une espèce de rêve, et « Whitetip », plutôt du point de vue de James Huston à l’époque où se sont passés les faits, donc pendant la Seconde Guerre Mondiale. Pour les « Zabveniye », les chansons avec un titre russe, j’ai été inspiré par un documentaire que j’ai vu sur une chaîne de type intellectuel de gauche, Arte [petits rires], sur toutes les installations militaires des Russes, et des installations incroyables en Antarctique. Ils sont allés essayer de poser des silos à missiles en Antarctique. C’était complètement fou, ça m’a beaucoup marqué, et j’ai commencé à fouiller un peu sur la course à l’armement pendant la Guerre Froide, et je suis retombé sur la catastrophe du Koursk, quand en 2001, un sous-marin qui a coulé, on ne sait pas pourquoi, en Mer du Nord, et donc, « Zabveniye », c’était le Koursk d’un côté, et un peu plus largement, la course à l’armement effrénée, pendant la Guerre Froide, sur la partie 2.

On dit que l’histoire qui est écrite et enseignée est celle des « vainqueurs ». Est-ce important que les artistes utilisent leur liberté d’expression et leur pouvoir de diffusion pour parler de faits historiques oubliés ?

Ouais ! J’ai envie d’entendre d’autres versions. On va encore parler de politique, mais pour en revenir à ce bon vieux Fillon, il a une vision très particulière du colonialisme, par exemple, qui va éventuellement être répercutée dans les manuels d’Histoire. L’« échange de cultures », c’est invraisemblable ! Donc j’ai envie d’entendre des versions différentes pour me faire ma propre opinion, qui ne regarde que moi mais j’ai besoin d’avoir des éclairages différents. Il y a tellement de choses au niveau géopolitique global qui sont compliquées, qui nous paraissent loin, insolubles, et plus ça va, plus je me rends compte que c’est impossible d’avoir des opinions tranchées sur des problématiques aussi compliquées, donc personnellement, j’ai besoin d’entendre les deux versions de l’Histoire. Donc je trouve ça très intéressant qu’on me raconte un truc un peu dissonant.

Vous avez attendu longtemps avant de sortir votre premier clip. Dans une interview vous déclariez que vous aviez essayé de « garder une maîtrise totale de l’image du groupe ». Il y a une critique qu’on entend souvent à propos des groupes de metal moderne, notamment les groupes de metalcore, elle concerne un côté un peu trop lisse et un travail sur l’image un peu trop prédominant. Avez-vous travaillé sur cet aspect sans pour autant négliger la spontanéité de la chose ?

Je vois ce que tu veux dire, sur le côté un peu « pépette », les mêmes gestuelles, les mêmes coupes de cheveux, etc. Est-ce que nous y échappons, je ne sais pas, mais en tout cas, nous n’avons jamais voulu faire du clip pour faire du clip. On voit plein de clips scénarisés qui se cassent complètement la gueule. Moi, je n’en ai rien à foutre de voir une jolie fille marcher dans un clip au milieu des rochers… Je ne sais pas ce qu’ils essayent de me dire. Il y a le groupe qui joue au milieu des falaises, c’est joli, mais bon… Donc nous avons toujours rechigné à faire du scénarisé et là, nous nous sommes dit que sur cet album, la pochette était sobre, le propos était sobre, il n’y a pas Satan à tous les coins de mots, nous avons fait en sorte que la musique sorte véritablement de nos cœurs et soit la plus directe possible : continuons dans cette esthétique-là et faisons quelque chose en noir et blanc de très épuré, qui nous montre juste dans notre état naturel quand nous jouons notre musique, c’est-à-dire énergique, engagé, etc. Nous avons donc fait ça dans un joli théâtre, nous avons travaillé avec un éclairagiste, et chacun a interprété le morceau de la façon dont il l’interprète sur scène, tout simplement. Sans scénario, derrière, juste pour montrer le groupe dans son habitat naturel.

Erwan, tu joues dans deux groupes où le chant est en occitan. Peux-tu nous parler de ta relation avec cette langue ?

C’est mon petit frère qui m’y a amené. Nous sommes très proches, nous nous suivons toujours, musicalement parlant, et il a commencé à chanter dans cette langue-là il y a cinq-six ans, et cela m’a intrigué, forcément, parce que nous nous suivons pas mal. Je lui ai demandé de m’apprendre deux ou trois trucs, et j’étais vraiment subjugué par la polyphonie, ce fait de créer une harmonisation rien qu’avec les voix, bien souvent trois mélodies qui sont harmonisées, je trouvais ça incroyable. J’ai mis le pied petit à petit dedans, j’ai rencontré des gens, j’ai commencé à chanter de plus en plus, j’ai rejoint un premier groupe qui m’a amené vers la professionnalisation dans la musique, et puis j’ai rejoint un deuxième groupe, puis un troisième, et voilà. Maintenant, je passe mon temps d’un côté à chanter avec mes copains, et de l’autre côté, à faire du bruit avec mes autres copains, et nous essayons d’envisager des ponts pour que ça se rejoigne, parce qu’il y a des affinités entre les styles. À voir, il faut du temps, dont on manque cruellement, mais nous y réfléchissons beaucoup.

Interview réalisée en face à face le 18 février 2017 par Aline Meyer.
Fiche de questions : Philippe Sliwa.
Retranscription : Robin Collas.
Photos : Tony Avantia.

Site officiel de Weaksaw : www.weaksaw.com

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