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Metalanalyse   

Weather Systems d’Anathema : la polarité de la vie


Beaucoup de films, de séries télévisées, de romans ou plus généralement d’œuvres ne capturent qu’un seul aspect de la vie ou de la personnalité d’un être humain. Une comédie est uniquement drôle, un thriller est intégralement sérieux et ne distille que des atmosphères et décors grisonnants. Le méchant du film n’est que méchant, le héros est toujours valeureux et jamais ridicule, le dépressif ne fait jamais autre chose que déprimer. Comme si on ne peignait qu’en utilisant que des couleurs vives, sans nuances. Cela peut être un choix artistique conscient, un angle d’attaque consistant à ne présenter qu’une facette ou même à l’exagérer pour faire passer un message. Mais il n’est pas rare que cette vision réductrice ne soit pas volontaire.

Or, la vie n’est jamais intégralement blanche ou noire. Toute épanouie qu’une personne puisse être, elle n’est jamais dans un état permanent de bonheur. Tout comme quelqu’un traversant un moment difficile n’est pas au trente-sixième dessous à chaque instant de la journée. Dans le cas contraire, la Terre se dépeuplerait bien plus vite.

Du propre aveu du chanteur-guitariste Vincent Cavanagh en interview dans ces mêmes colonnes, il y a quelques semaines, les albums précédents d’Anathema, y compris ceux qui ont fait le succès de la formation, n’étaient que tristes ou au moins mélancoliques : « On peut dire que nos albums précédents, même s’ils étaient très bons et très beaux en soi, montraient peut-être seulement un aspect de ce que nous ressentions. » Le groupe ne cesse de parler de l’album We’re Here Because We’re Here comme d’un tournant véritable. Musicalement, il était le résultat d’une évolution logique mais rien de très surprenant pour l’auditeur. Mais un auditeur n’a affaire qu’au résultat final et ne vit pas les turbulences internes, la réflexion de l’artiste, les changements de méthode de travail. Autant d’évolutions imperceptibles pour l’auditeur, mais parfois bouleversantes pour l’artiste lui-même. En l’occurrence, les problèmes de label du groupe ont pris fin, Danny Cavanagh et Lee Douglas se sont affirmés en tant que vocalistes et les collaborations avec les producteurs Steven Wilson et Christer André Cederberg ont été fructueuses. Et c’est précisément cette tambouille interne qui a marqué le groupe.

L’ambiance dudit album était plus lumineuse. Musicalement, Anathema est plus proche aujourd’hui de groupes tels que Sigur Ros ou Mogwai avec un rock alternatif reposant souvent sur des motifs répétés dans des crescendos émotionnels. Pas un bonheur exubérant, sucré et exaspérant, mais serein, véhiculant une sensation de soulagement. Un sentiment de bonheur, non pas indépendant du reste, mais prenant en compte le passé et le désespoir vécu.

Mais pas seulement. Pour rebondir sur l’idée de monochromie évoquée en début de l’article, ce disque et, à plus forte raison, son successeur Weather Systems sortant au mois d’avril prochain, embrassent tous les aspects, toutes les nuances de la vie. La métaphore climatique n’est d’ailleurs pas utilisée par hasard : « C’est l’album de la polarité. C’est un jeu d’oppositions : la lumière et l’ombre, la naissance et la mort, l’amour et la peur. Les vérités simples de la vie, la perte, l’espoir, la force et des thèmes intérieurs plus sombres sont tous explorés ici ». En résulte une diversité musicale plus marquée. Certains titres comme « The Lost Child » rappelleront la mélancolie de disques tels que Judgement ou Alternative 4. « Untouchable Part 1 » et « Untouchable Part 2 » représentent les deux faces d’une même pièce, la seconde étant le pendant aérien de la première plus rythmée. « The Beginning And The End », dans sa progression tout comme dans son motif rythmique et mélodique entêtants, sont la marque de sensualité du disque.

Quant à « The Storm Before The Calm », son simple titre suffit à décrire le morceau, composé dans un premier temps d’une partie électro – voire noise – sombre et éprouvante par son côté répétitif insistant, le tout suivi d’un final grandiloquent et lumineux : la lumière au bout du tunnel. Une chanson qui résume à elle seule l’état d’esprit que semble décrire Anathema depuis deux ans.

Vincent Cavanagh avouait ne pas avoir le contrôle sur sa musique, disant que c’était « elle » qui était aux commandes. Si nous ne sommes que des réceptacles des envies de la musique, alors elle ne nous choisit pas par hasard car en l’occurrence, Weather Systems, encore plus que We’re Here Because We’re Here reflète parfaitement l’état d’esprit de plénitude et de sérénité que semble vivre Anathema depuis deux ans.

The Weather Systems : sortie le 16 avril 2012 via Kscope Music



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  • Cette album est une pure merveille ! Rien d’étonnant venant d’Anathema ! Priceless!!

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  • Ai enfin la galette entre les mains…. Aaaargh mes aïeux que c’est bon !!!!! Merci à Anathema pour ce magnifique album où il n’y a rien, absolument rien à jeter, rien de faible ou de banal…. QUE-DU-BONHEUR !!!!!!! 😀

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  • Succéder à l’inouï WHBWH n’était pas chose aisée. Anathema s’en sort avec brio. Un pur chef d’oeuvre.

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  • Rhaaa vivement !
    Ton article est excellent Metalo. Tu as choisi les bons mots qui donnent envie de l’écouter le réécouter. Rien que quand tu entends ce qu’il y a sur Youtube …. ahhhhhhhh mes salops… vous avez du bol de chroniquer ça.

    Bisous et Bonne continuations à tous !

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