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Metalanalyse   

Welcome 2 My Nightmare : entre tradition et modernité


Inutile de vous infliger de faux préliminaires ; ce que vous allez lire dans les lignes qui suivent est la critique du nouvel album d’Alice Cooper sorti le 12 septembre : Welcome 2 My Nightmare.

Mais avant tout, remontons un peu le temps. D’abord en 2009, quand, au cours d’une conférence de presse au Hellfest, Alice Cooper annonce pour la première fois préparer quelque chose qu’il n’a jamais fait : une suite à une de ses œuvres, l’album-concept Welcome To My Nightmare, et qu’il travaille à nouveau avec Bob Ezrin, le producteur derrière la grosse production de ce jalon de la carrière du Coop’.

L’album de 1975 s’est imposé depuis trois décennies comme une œuvre essentielle, quasi-parfaite, offrant une lente glissade dans la psyché de notre macabre maître de cérémonie, nous guidant dans son cauchemar avec sa voix à coller des frissons comme une main glaciale et squelettique qui vous entraînerait au fond d’une mare gelée à la faune inquiétante.

Groove nourri à la sauce soul et funk, titres rock fondés sur des riffs bien hard et la voix tranchante d’Alice, ou morceaux plus orchestraux dignes des Beatles, idoles du chanteur ; Welcome To My Nightmare, premier du nom, est surtout un réservoir à hits (« Black Widow », « Some Folks », « Only Women Bleed », « Department Of Youth »…) dans lequel Vincent Furnier puise toujours pour agrémenter ses shows spectaculaires tant l’album lui-même est déjà un théâtre musical passant d’une scène à une autre, croisant la route de nombreux personnages hauts en couleur.

Autant dire qu’Alice Cooper s’est lui-même mis dans un sacré pétrin en voulant offrir une suite à ce disque : un vrai défi à relever que de vouloir se surpasser (ou au moins s’égaler) soi-même dans ce qu’on a fait de meilleur – au moins, c’est ce qu’on attend de lui.

Grâce à tout ce qu’on a pu entendre – single, teasers ou diffusion dans les médias – on se doutait déjà que cet album ne serait pas si hard. Mais les modes d’expression de l’artiste ont toujours été très variés, puisant parfois jusque dans la comédie musicale (cf. l’album Killer) pour ses compositions. On nous avertit aussi de la présence, dans ce Welcome 2 My Nightmare, d’influences électro-pop. Mais relisez plus haut : Alice Cooper balaie large et cela ne devrait pas trop effrayer les fans et les connaisseurs qui l’ont toujours vu s’adapter avec brio au son de son époque comme le grunge au temps de Last Temptation (1994) ou le neo metal sur Brutal Planet (2000).

Alors, plongeons maintenant dans ce nouveau cauchemar, plus de trente ans plus tard ! Et si vous ne voulez pas vous faire tout le chemin, vous pouvez aussi sauter directement à la conclusion…

Dès les premières mesures du premier morceau, l’album prouve son lien de parenté avec son aîné en reprenant le fameux thème au piano du morceau « Steven » de 1975 (et qu’on retrouvera en d’autres moments), à mi-chemin entre les thèmes de « L’Exorciste » et « Halloween », et nous replace dans un climat horrifique. Puis résonne pour la première fois la voix du chanteur traitée électroniquement (de l’auto-tune comme on peut en entendre chez Daft Punk). Premier choc. Ne nous sommes-nous pas trompé de disque ? N’a-t-on pas plutôt dans les oreilles un album electro ou pop ? Non, ce serait en fait un des premiers parallèles à faire avec le premier cauchemar où semblable distorsion avait pu être entendue sur la voix du chanteur sur « Devil’s Food ».

Donc, rien de si bouleversant. Il ne s’agit que d’un artifice moderne offrant une impression de distance, d’un personnage nous parlant depuis un autre plan de réalité, depuis le cauchemar. Peut-être est-ce le cauchemar lui-même qui chante. Mais rien d’inquiétant comme le premier titre de l’album de 1975. Au contraire, cette chanson au tempo calme, où les guitares n’explosent jamais complètement, nous bercerait plutôt, comme pour nous inviter au sommeil, pour nous attirer, tel un appât, dans le cauchemar.

Enfin la frénésie arrive, les guitares grondent, la voix de Cooper transmet son inquiétude à l’auditeur, au bord de la psychose, dans « Caffeine », décrivant sa lutte pour ne pas se laisser emporter dans le sommeil auquel l’invitait la première chanson. Ce morceau, comme bien d’autres dans cet album, n’est pas exceptionnellement original : une base rock bien solide, une rythmique entraînante, mais nous prouve surtout le talent de l’artiste pour offrir des airs et des refrains entêtants et qu’on s’amuserait bien à reprendre à tue-tête. « Caffeine, caffeine ! »

Par chance, la lutte contre le sommeil est vaine et on sombre dans le cauchemar. « The Nightmare Returns » est une comptine glauque où la voix d’Alice nous rappelle enfin celle que nous avions entendue au départ du premier cauchemar, véritable avertisseur de ce qui va suivre. Pour le coup, le piano fait son retour au premier plan, comme au tout début. S’y ajoutent des guitares bien dramatiques et une batterie bien lourde rehaussant le tout pendant quelques secondes avant de monter enfin à bord d’un voyage sans retour.

Commence le grand jeu des ressemblances : « A Runaway Train » démarre comme un « Under My Wheels » qui aurait un peu perdu le goût de la vitesse ; le train fantôme n’a pas tellement l’air de nous précipiter dans le cauchemar à très grande vitesse. Et qu’est-ce qui nous attend au terminus : « Last Man On Earth » reprenant le modèle de « Some Folks » : ambiance cabaret, cuivres, banjo, violon… On imagine parfaitement Alice Cooper sur scène avec chapeau haut-de-forme et redingote couleur corbeau, faisant tournoyer son bâton. La chanson est néanmoins très dansante et nous file la bougeotte. Mais Cooper n’aurait-il pas simplement choisi la stratégie du miroir pour nous fournir un petit frère à l’œuvre originelle ? Ou alors joue-t-il seulement avec les codes du premier Welcome To My Nightmare ?

L’aventure se poursuit. Tout comme sur l’album de 1975, Alice emmène de nouveau son public à la rencontre de personnages (la Veuve Noire d’un côté, le Dernier Homme Sur Terre de l’autre) et de lieux. Ainsi, là où, sur la sixième piste, on trouvait le Département de la Jeunesse et son chœur d’enfants (aujourd’hui totalement disparu ; Alice affiche bien trente-cinq ans de plus au compteur), se trouve maintenant la Congrégation où l’ami Rob Zombie (faisant un petit caméo vocal et venant remplacer Vincent Price – Rob Zombie : nouvelle icône des films d’horreur pour Alice ?) nous fait faire la visite : types de Wall Street, télé-marketeurs, avocats… La révolution de la jeunesse n’est plus une priorité pour le rocker qui a aujourd’hui d’autres soucis.


Jusqu’ici, musicalement, malgré la comparaison avec le premier Cauchemar, nous avons quand même droit, dans l’ensemble, à un bon album de hard rock, avec des morceaux basés sur de bons riffs, des refrains qu’on prendra plaisir à chanter en concert, et on ne dira pas le contraire en arrivant au premier single de l’album : « I’ll Bite Your Face », qu’on a déjà pu découvrir, avec son petit intermède au piano, pile au bon moment, avant de repartir de plus belle jusqu’au bout de la chanson, criant « Je vais t’arracher le visage avec les dents, p’tit mec ».

Mais voilà qu’au coin de la rue se pointe le moment qui va sans doute faire couler le plus d’encre et de fiel de la part des fans et du public metal en général, surtout de la part de ceux qui manquent le plus d’humour : « Disco Bloodbath Boogie » est une nouvelle étape dans ce road-trip cauchemardesque qui nous plonge sans prévenir dans une ambiance club où Alice se lance dans un rap tel un Eminem du bal de l’horreur sur un rythme electro. Mais est-il vraiment sérieux ?

Alice nous décrit une discothèque jonchée de cadavres dans tous les coins. Et avec ses « disco this, disco that », on ne peut que penser qu’il se moque quand même gentiment du genre dont il se sert. D’ailleurs, dans ce « bain de sang », les guitares finissent par reprendre le pouvoir dans le dernier quart du morceau avec un John 5 en invité spécial qui vient nettoyer les lieux à grands coups de riffs bien sentis. C’est finalement l’un des morceaux les plus sympas de cet album et on se prend alors à espérer le voir jouer ce titre en concert pour se dandiner en agitant les bras en l’air, en se vautrant avec joie dans la décadence.

On aborde donc la suite avec le même non-sérieux, avec ce « Ghouls Gone Wild » entre rock fifties à la Eddie Cochran (vous avez dit « Summertime Blues » ?) et punk californien, parfaite bande-son pour une fête sur la plage, après une journée passée à surfer sur les rouleaux, ou pour siroter des bières autour d’un barbecue de fruits de mer. Les goules savent s’éclater.

Malheureusement, la fête s’arrête ici. Ce qu’Alice Cooper avait réussi en seulement onze titres en 1975, il ne parvient plus à le reproduire en 2011 arrivé au dixième morceau de ce Welcome 2 My Nightmare. « Something To Remember Me By » est l’évident reflet de « Only Women Bleed » mais cette nouvelle balade n’a pas la beauté sombre de son aînée. Écrite elle aussi en collaboration avec Dick Wagner, elle est complètement hors-cadre dans cet album-concept. Alors que « Only Women Bleed » décrivait un cauchemar domestique, « Something To Remember Me By » nous conte plus des adieux déchirants entre deux amoureux, bluette pop décevante de la part d’Alice Cooper.

A partir de là, en tant qu’auditeurs, nous sommes éjectés du cauchemar et les titres suivants, comme le relativement plat « When Hell Comes Home » malgré ses quelques riffs heavy, ne parviennent pas à nous faire remonter dans le train. Du coup, on ne fait qu’à peine attention au « What Baby Wants » en duo avec la chanteuse pop Kesha qui s’annonçait, a priori, comme ce qui aurait dû le plus troubler le public de Cooper et qui faisait déjà le plus parler.

Un duo qu’Alice a récemment très bien défendu dans une interview en disant : « Parfois, je me rebelle contre mes fans. Quand mes fans viennent me voir et me sortent : ‘Tu ne peux pas avoir quelqu’un comme elle sur ton disque », je leur réponds : ‘Je ne peux pas ? Pourquoi ?’ […] Quand je l’ai rencontrée, j’avais une idée pour une chanson. J’avais besoin d’un personnage pour jouer le diable. Dans la chanson, elle en a finalement assez, et il est temps pour Alice de payer de son âme. On a décidé de l’intituler ‘What Baby Wants Baby Gets’ parce que dans la chanson, il essaie de dire : ‘Hey, ça ne faisait pas partie du marché’, et elle dit : ‘Non, non, non, tu n’as pas compris, ce que bébé veut, bébé obtient !’ Pour moi, ça colle parfaitement avec elle qu’elle dise ça. »

Mais voilà, autant la « provocation » envers les fans était efficace concernant « Devil Bloodbath Boogie », autant « What Baby Wants », guère diabolique, très ouvertement pop et orienté FM (équivalent contemporain d’un « Poison » au début des années 90), n’a l’air d’être là que comme un single de réserve. L’auditeur reste sur le bord de la route et voit Alice chercher à se dépatouiller de son cauchemar. Alors les cloches sonnent, c’est « I Gotta Get Outta Here » (« je dois me barrer d’ici », ce qu’on lui aurait bien conseillé). Sont-ce les mâtines qui annoncent l’aube et la fin du cauchemar ? Un twist scénaristique final légèrement comique nous fait comprendre qu’il s’agira plutôt d’un glas.

Générique de fin, « The Underture » est un medley orchestral reprenant les thèmes principaux des deux albums, retraçant les grandes lignes du parcours emprunté. On retrouve le Alice Cooper cinématographique pour un final qui clôt tout de même joliment cette aventure.

Alors ? Conclusion ? Clairement, ce Numéro 2 ne se tiendra pas sur le sommet du podium dans la discographie d’Alice Cooper. Ne dépassant pas son prédécesseur, il n’est pas non plus à la hauteur de celui-ci. Le premier Welcome To My Nightmare – outre la force que le temps lui a donné, en faisant une véritable référence – avait pour moindre de ses qualités d’être parfaitement homogène : aucun titre ne semblait de trop ou sortir du cadre du thème choisi, alors qu’on voit bien que des titres comme « Something To Remember Me By » en sortent totalement sur cette suite et peuvent nous faire perdre le fil.

L’ambition de réaliser un album-concept est déjà très grande en soi. Avoir aussi joliment réussi en 1975 est à applaudir. Vouloir remettre ça était casse-gueule. Ce nouveau disque, en tant qu’album-concept, offre une réussite en demi-teinte et souffre beaucoup de la comparaison avec le premier Welcome To My Nightmare qui avait déjà fait en mieux à peu près tout ce que ce 2 a tenté de reproduire.

Au-delà de ça, Welcome 2 My Nightmare est quand même à saluer comme un bon, voire très bon album de hard rock en général avec ses morceaux à riffs entraînants. Mais aussi un bon album d’Alice Cooper en particulier grâce à des titres comme « Last Man On Earth » ou « Disco Bloodbath Boogie » qui nous montrent encore, après plus de quarante ans de carrière, un personnage à part dans l’univers du rock, sachant jouer avec les codes de son époque, mais qui n’a pas non plus oublié ses racines avec une inspiration seventies comme sur « A Runaway Train » ou encore plus ancienne (« Ghouls Gone Wild »). D’autres titres, eux, ne laisseront que peu de souvenirs mais ne doivent pas empêcher d’apprécier tout ce que l’écoute de cet album peut offrir comme bons moments.



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  • Alice a peut-être raté son concept. Mais si on enlève la comparaison avec le premier Welcome, c’est très fun à écouter, je ne m’en lasse pas. Par contre, quand on sort un album et qu’on entame une tournée dans la foulée, les gens s’attendent à ce qu’on joue plus que le single!

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  • Kissblackdiamond dit :

    J’ai acheter l’album hier et il est vrmt tres bon et i made of you est vrmt incroyable elle met dans l’ambiance et le reste peu ke etre bien avec une intro comme celle la

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  • AC, je suis moi aussi un énorme fan du Coop’ et je partage TOTALEMENT ton point de vue!
    W2MN est une petite merveille, très différente du premier mais néanmoins remarquable. Moins sombre et orchestral que le premier volet, plus varié et fun, mais clairement une nouvelle pièce maîtresse dans l’immense discographie d’ALICE!

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  • Fan du Coop’ devant l’éternel, j’ai beaucoup aimé ce nouvel album. C’est d’un tout autre niveau que les trois précédents qui paraissent bien fades en comparaison. Alice chante comme il n’avait plus chanté depuis des lustres, et Ezrin oblige, la production est excellente, le son parfait, à mille bornes des sonorités « garage » à deux balles de « Dirty diamonds ».

    Le commentaire de Noze prouve que le Coop’ a encore la capacité de surprendre et qu’il est capable de mettre à mal notre ouverture d’esprit. S’il suffit d’injecter quelques sonorités électro pour faire un titre commercial, franchement autant arrêter tout de suite d’écouter de la musique. Je doute sincèrement qu’un truc aussi WTF que « Disco Bloodbath Boogie » puisse passer sur une radio.

    Je suis globalement d’accord avec la chronique de l’Animal. Je le trouve cependant trop sévère avec la fin de l’album : oui, « Something to remembrer me by » est presqu’autoparodique tellement on l’avait vu arriver à des km, oui, « When Hell Come Home » est un peu lourdingue. Mais « I gotta get out of here » est vraiment un très bon titre du Coop’, avec des paroles bien poilante. C’est un titre que je situe à mi-chemin entre « Escape » et « Is anyone home », j’aime beaucoup. Et contrairement à beaucoup de monde, j’aime beaucoup « What baby wants ». La performance de Kesha n’a aucun intérêt, mais le titre en lui-même est vraiment très bon et Alice le chante admirablement bien. Le refrain est juste jouissif, bien grinçant. Moi j’adore.

    Bref, avec une liste d’invités prestigieuse, Alice a clairement donné le meilleur de lui-même avec un album conceptuel et touche-à-tout très intéressant. Il est au moins aussi bon car aussi complexe que « Dragontown » et « The last temptation », qui sont de mon point de vue les meilleurs skeuds d’Alice au cours de la période récente. C’est vraiment une excellente surprise, franchement je ne le croyais plus capable de sortir du bois comme ça. La prochaine tournée promet d’être dantesque !

    PS : Animal tu a souvent négligé de mentionner les compositeurs des différentes pistes. C’est dommage parce que ce sont des informations utiles pour comprendre les différentes démarches artistiques empruntées sur cet album.

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  • Je suis quand même déçu de ce nouvel album. J’écoute alice depuis 1 ans, je l’ai vu en concert c’était top, je me suis dit que j’allais acheter cette album. Mais en faite non… C’est bien de varié certain truc mais j’aime bien que 3 morceaux. Les chanson commercial du style « Disco Bloodbath Boogie » ou « What Baby Wants » vont trop loin. Dommage mais Alice reste pour moi un grand monsieur de la chanson quand même.

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