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Chronique   

Wheel – Preserved In Time


S’il y a bien un style qui a un rapport au temps particulier, c’est le doom : avec son tempo ralenti à l’extrême et ses chansons à rallonge, il évolue à un rythme qui lui est propre. Pour ne rien gâcher, il voue un culte aux années 70 et à une poignée de musiciens désormais sexagénaires. Bref, écouter du doom, c’est parfois comme passer dans une faille spatio-temporelle, et ce ne sont pas les Allemands de Wheel qui vont nous détromper (à ne pas confondre avec le Wheel finlandais dont l’album sort quelques semaines plus tôt). Si après un galop d’essai sous le nom d’Etherial Sleep, le groupe a été formé par des musiciens venant du thrash et du power metal dans les années 2000, il aurait bien pu l’avoir été à la fin des années 80. Riffs épiques et vocalises mélancoliques, tout est là, et c’est ce que promet le troisième opus du groupe, intitulé de manière particulièrement appropriée Preserved In Time [Conservé dans le temps]. Si le groupe s’était un peu fait oublier après ses deux premiers albums – huit ans se sont écoulés entre Preserved In Time et son prédécesseur Icarus –, les musiciens semblent bien déterminés à montrer que rien n’a changé, comme le prouvent les premiers extraits du disque « At Night They Came Upon Us » et « She Left In Silence »…

Presque sept minutes de longueur (comme les autres morceaux de l’album), un riff mid-tempo implacable, un refrain épique et un chant mélodique qui vient raconter des histoires de créatures mystérieuses et inquiétantes : en effet, tout est là dès « At Night The Came Upon Us ». L’impression de familiarité est immédiate : on pense aux riffs de Leif Edling, aux atmosphères de Solitude Aeturnus ou de Trouble, à la voix de Robert Lowe, à l’esthétique art nouveau des derniers Reverend Bizarre… Elle est aussi durable, savamment entretenue tout au long des quarante-huit minutes du disque. On perçoit de temps à autre des touches plus modernes – l’ouverture très Pallbearer de « She Left In Silence » –, mais c’est l’aspect classique qui domine, du « When The Shadow Takes You Over » poignant au « After All » entêtant et son rythme taillé pour le headbanging, en passant par la guitare lead d’« Aeon Of Darkness » et le solo mélancolique de « Daedalus ». Techniquement, le groupe a clairement progressé pendant les huit ans de pause qui ont précédé l’album : Arkadius Kurek au chant notamment livre la meilleure performance de sa carrière et la production a gagné en clarté. Chaleureuse, organique, évidemment rétro, elle constitue l’écrin idéal pour les compositions du groupe, l’épaisseur des riffs de Benjamin Homberger et le dynamisme de la basse Marcus Grabowski.

Sur Preserved in Time, Wheel a évidemment le défaut de ses qualités : en utilisant intelligemment et avec conviction des formules qui ont fait leurs preuves, les Allemands peinent un peu à se singulariser, et bénéficient évidemment de tomber dans un creux dans la productivité du pourtant prolixe Leif Edling. À l’image de l’ouroboros de la pochette et de la roue du nom du groupe, le serpent se mord la queue : inévitable et en conformité parfaite avec le concept de l’album, l’impression de redite est à double tranchant, créant une forme de complicité et apportant du réconfort aux amateurs du genre certes, mais les laissant aussi un peu sur leur faim. Il ne s’agit pas de bouder son plaisir pour autant : on n’écoute pas du doom traditionnel pour son originalité mais parce qu’il est efficace, et c’est le cas de Preserved In Time. Délivré avec sincérité par des musiciens en pleine possession de leurs moyens, c’est une bulle hors du temps où la lourdeur et la tristesse sont célébrées comme il se doit.

Chanson « She Left In Silence » :

Chanson « At Night They Came Upon Us » :

Album Preserved In Time, sortie le 9 avril 2021 via Cruz Del Sur Music. Disponible à l’achat ici



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