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Chronique   

Wheel – Resident Human


Tool est indéniablement l’un des groupes phares de sa génération, une source d’inspiration pour nombre de formations qui se retrouvent dans cette science de l’orchestration. Tout l’enjeu est de se défaire de l’ombre du mastodonte. S’il donne envie de faire de la musique, il faut réussir à s’en délester pour persister. Soen y est parvenu, Wheel s’y emploie. Fort d’un premier opus intrigant, Moving Backwards (2019), le groupe a éprouvé le rythme de la tournée juste avant l’irruption de la pandémie. De quoi définir un peu plus son identité sonore qui doit désormais s’exprimer à travers son deuxième effort, Resident Human. Wheel avait déjà les grandes lignes en tête avant l’arrivée du virus, qui n’a fait que conforter sa direction : narrer les atouts et les failles de l’être humain, mis en exergue par une année 2020 inédite. Resident Human est une avancée indéniable dans l’existence du groupe finlandais, celle qui amorce une mue facteur de longévité.

La multitude de concerts que Wheel a réalisés dans le cadre de la promotion de Moving Backwards l’a conforté sur son orientation musicale. Le groupe veut rendre compte de l’expérience organique du live, quitte à rendre ses contours rugueux. Il faut toutefois relativiser, les premiers arpèges de guitare de l’ouverture « Dissipating » – inspirée par Les Cantos D’Hypérion de Dan Simmons comme d’autres chansons de l’album – sont aussi cristallins que délicats, avec d’emblée une capacité d’immersion grâce à la qualité du traitement sonore. Ce que Wheel cherche en premier lieu, c’est un détachement par rapport à une approche chirurgicale de la musique, parfois trop zélée quant à sa dévotion au métronome. Il y a une fluidité qui se dégage des premiers mouvements de Resident Human, en grande partie due à ces lignes de basse mélodiques et ce jeu de batterie épuré. Le phrasé vocal de James Lascelles laisse bien transparaître un placement hérité de Maynard James Keenan, tout comme les leads de guitare qui oscillent entre le Salival (2000) de Tool et Mer de Noms (2000) d’A Perfect Circle. À ce propos, la comparaison pourrait déjà s’interrompre. Ce que Wheel ne sophistique pas, il le fait groover avec une identité math-rock trempée. Le riff de « Movement » – constat sur le manque d’empathie et la logique biaisée qui ont suivi le décès de George Floyd – brille davantage par son sens de l’entrain que ses ornements. Les rythmiques de Santeri Saksala – qui amorce le morceau en mode tribal et le termine avec un certain panache – conservent un caractère résolument rock, parfois plus sauvages que complexes.

C’est lorsque Wheel se laisse aller à ses instincts primaires qu’il laisse entrevoir tout son potentiel. « Ascend » ne se perd pas en tergiversations et démontre une ingéniosité dans l’évolution de ses mélodies, fort du travail du bassiste omniprésent Aki Virta. C’est la concision qui nous fait retenir ce que Wheel développe, à l’instar des accents nuancés de « Fugue » qui se repose sur un cycle de basse enrobé d’arpèges et d’arrangements de guitare et ponctué d’élancées mélodiques. La restriction sied à Wheel, qui parvient à concentrer toute notre attention sur ses lignes mélodiques, une forme de limpidité voire de liquidité. Lorsque Wheel s’emploie à l’embellissement sur les dix minutes d’« Hyperion » ou celles aux intensités plus contrastées de « Resident Human », il a tendance à noyer ces moments de grâce via une structure à la complexité excessive. Comme si Wheel souffrait d’un paradoxe entre son efficacité d’écriture, sa justesse et ce désir de fresque homérique. Wheel tient son discours et son modus operandi, il mérite d’être prononcé avec le moins d’intermédiaires possible. La conclusion musclée de « Resident Human » est ce que l’on retient au terme de la chanson, davantage ressentie comme une récompense que comme une catharsis cohérente et sincère.

Les traits communs de Wheel avec le quatuor californien ne doivent pas être perçus comme une entrave. Ils ne sont finalement qu’une influence affirmée sans être excessive à l’image de nombreuses autres formations. Wheel démontre un réel talent pour le riffing ampoulé et les mélodies poignantes. Il les distille en s’encombrant parfois d’artifices, bien plus puissant lorsqu’il est presque nu. Resident Human prouve une chose : Wheel ne doit pas forcer la serrure, il doit avoir le cran d’enfoncer la porte.

Chanson « Fugue » :

Clip vidéo de la chanson « Hyperion » :

Clip vidéo de la chanson « Movement » :

Album Resident Human, sortie le 26 mars 2021 via Odyssey Music. Disponible à l’achat ici



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