ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

While She Sleeps : le réveil de la Sleeps Society


L’industrie musicale et les modes de consommation changent, alors forcément, côté artiste il faut s’adapter et c’est l’occasion de gagner en indépendance voire complètement réinventer son rapport au public. C’est précisément la démarche de While She Sleeps avec Sleeps Society. C’est le nom d’un album qui sort via Sleeps Brothers, le label fondé par les Anglais, mais aussi celui d’une communauté de fans ayant un accès inédit au groupe et à son travail, jusqu’à la possibilité d’interagir avec les membres et contribuer au développement de la formation anglaise. La Sleeps Society se veut aussi être un espace où les adorateurs de While She Sleeps peuvent se réfugier, se retrouver, discuter. Un entre-soi confortable pour faire un break avec un quotidien qui ne nous comprend pas toujours.

While She Sleeps a marqué le coup en invitant même des membres de la Sleeps Society à contribuer vocalement à une chanson, mais pas que, puisque l’on retrouve également la participation de Simon Neil de Biffy Clyro et Deryck Whibley de Sum 41, pour un album pensé pour accrocher dès les premières minutes puis s’ouvrir à d’autres tonalités afin d’entretenir l’intérêt de l’auditeur sur la durée. Nous parlons de tout ceci avec le chanteur Lawrence « Loz » Taylor.

« J’ai grandi dans une ville où quand on était dans le bus scolaire pour rentrer à la maison, on avait peur de se faire tabasser juste parce qu’on portait un sweat à capuche Slipknot. »

Radio Metal : L’album suit le lancement d’une plateforme pour les fans baptisée également Sleeps Society. Grâce à ça, les gens peuvent avoir accès à du contenu exclusif et contribuer au développement du groupe. Ça va même plus loin, puisque les gens peuvent aussi influer sur le processus créatif du groupe. Peux-tu nous en parler ?

Lawrence « Loz » Taylor (chant) : Cette plateforme que nous avons créée pour la campagne Patreon permet à notre communauté de fans d’être plus impliquée que jamais, d’aller au-delà des trucs banals basés sur un abonnement. Les gens qui s’intéressent le plus à ce groupe ont un accès exclusif aux coulisses de ce dernier, à des informations supplémentaires, à des FaceTime et à divers avantages grâce à ce système. A côté de ça, ce qui est palpitant pour quiconque est impliqué et aime While She Sleeps, c’est qu’ils ont la possibilité de choisir. Dans une certaine mesure, nous avons ouvert cette plateforme et dit : « Qu’est-ce que vous voulez entendre ensuite ? » Les gens peuvent demander à entendre un nouveau passage de chant clair ou crié sur l’album, ou ils peuvent nous dire qu’ils préfèrent entendre un breakdown ou un riff. Ça permet tout simplement aux gens d’être plus impliqués et de se sentir plus proches de ce que nous faisons. Je pense que c’est une bonne manière pour nous de pouvoir dire merci aux gens qui contribuent à la pérennité de notre musique. Il nous arrive parfois de demander : « Est-ce que cette chanson devrait continuer sur un breakdown ? Ou est-ce qu’il faudrait plutôt une mélodie hymnique pour chanter en chœur ? » Parfois ce n’est pas en notre faveur, il faut trouver un palliatif, mais c’est cette interaction qui est le plus important, le fait d’impliquer les gens et de leur donner l’impression de faire partie de l’aventure, et c’est vraiment le cas.

Qu’apprenez-vous de ces interactions en tant que musiciens ? Êtes-vous parfois surpris par les réponses ou les idées des gens ? Est-ce qu’ils vous donnent de bonnes idées voire de meilleures idées que ce à quoi vous aviez pensé ?

Tout dépend, vraiment. Parfois, nous nous demandons ce que nous allons faire avec ça, mais d’autres fois ça fonctionne super bien. Tout le processus est un processus d’apprentissage autant pour nous que pour les gens et les fans du groupe qui s’impliquent dans la Sleeps Society. Nous apprenons énormément grâce à ça, jusqu’au merch que la Society aimerait nous voir produire pour la suite. Ça nous permet d’avoir un aperçu de ce que veulent nos fans. Parfois, j’ai l’impression que quand on fait partie d’un groupe et qu’on est dans une bulle à créer et à essayer de pondre ce qu’on croit que les gens veulent, en réalité ce n’est pas forcément ce qu’ils veulent, donc c’est sympa d’avoir cette source d’information supplémentaire. Ça marche dans les deux sens : le noyau dur de nos fans obtient davantage ce qu’ils recherchent et nous avons un aperçu de ce que nos fans aimeraient le plus. Evidemment, il y a des bons et mauvais côtés à ça, suivant ce qu’ils demandent, le sujet de la discussion ou ce dans quoi nous les impliquons. Mais le principal, c’est que c’est une aventure pour tout le monde et c’est ce qui est excitant à la fois pour le groupe et pour les fans impliqués là-dedans. C’est nouveau pour While She Sleeps, en conséquence, c’est nouveau aussi pour nos fans. Je trouve que c’est excitant, nous ne savons pas toujours ce qui va se passer. Nous nous lançons dans quelque chose de nouveau et c’est vraiment cool, surtout à une période aussi difficile qu’actuellement.

Souvent, les gens qui écoutent du metal sont eux-mêmes musiciens, ont déjà joué d’un instrument ou ont au moins une bonne connaissance musicale. Avez-vous parfois reçu dans ces interactions avec la Sleeps Society des idées vraiment difficiles à mettre en œuvre ?

Je ne suis pas quelqu’un de très technique, je sais à peine jouer de la guitare ! J’apprends en ce moment à jouer de la guitare. Les fans de matos et les gens qui s’intéressent aux riffs et ce genre de choses peuvent se tourner plus vers le reste du groupe pour avoir ça. Il est clair que des gens ont apporté de super idées, quant à la manière dont nous devrions faire les choses et au fait de montrer aux gens comment nous travaillons en studio, comme lorsqu’on voit des Youtubeurs réduire l’écran sur lequel ils travaillent avec Logic pendant un FaceTime. C’est dingue maintenant tout ce qu’on peut faire. Moi, je suis beaucoup plus simple que ça [petits rires]. Il y a eu des fois où j’étais impliqué avec des gens qui voulaient apprendre sur l’aspect vocal. Même ça c’est particulier ; je ne sais pas à cent pour cent ce que je fais, mais n’importe qui peut trouver des informations utiles ou intéressantes. C’est sympa de rejoindre une conférence similaire à celle-ci et demander : « Que voulez-vous savoir ? Posez-moi des questions. » C’est vraiment un échange qui se fait sur le plan humain. Parfois, un vendredi soir, il nous est arrivé de faire une conférence avec un tas de personnes en confinement, nous buvions un coup et laissions les gens poser des questions et traîner avec nous. Même ça, actuellement, pendant la pandémie, c’est très important. Ce que les gens gagnent grâce à cette Society est une plus grande sensation d’appartenance à une communauté par rapport à ce que nous étions capables de leur offrir auparavant. Je pense que pour certaines personnes, c’est quelque chose de crucial aujourd’hui et comme je l’ai dit, nous-mêmes apprenons beaucoup. Il est clair qu’il y a plein de fous de technique qui viennent avec de super idées, mais moi ça me dépasse complètement [rires].

« Les gens qui font partie de la Sleeps Society contribuent directement à la pérennité de While She Sleeps, donc pour nous, c’est très important de nous assurer qu’ils peuvent autant que possible prendre part à notre aventure. »

Il y a quelque chose d’intrigant dans le nom de la Sleeps Society, car pour une communauté de fans, il y a un côté très sérieux. Ça sonne presque comme un groupe politique. Y a-t-il un message que vous voulez faire passer avec cette grande famille ?

C’est une question difficile. Dans une certaine mesure, en tant que groupe, nous avons l’impression que quand on s’intéresse à While She Sleeps, c’est presque soit on nous adore, soit ça nous passe au-dessus la tête. Selon nous, notre communauté de fans est pleine de gens qui sont des fans purs et durs de While She Sleeps. Pour ma part, quand j’étais plus jeune, j’adorais Thrice, et même encore maintenant. Je trouve qu’ils ont un truc similaire, c’est-à-dire que des gens n’ont jamais entendu parler d’eux et que d’autres les connaissent mais s’en fichent, mais les gens que je connais qui aiment Thrice leur vouent un amour absolu. Je pense que nous avons un côté culte avec While She Sleeps, mais à la fois, nous ne sommes pas assez black metal pour vraiment avoir un culte de While She Sleeps. Ce qui est important pour While She Sleeps et pour moi personnellement, depuis mes quatorze ou quinze ans quand j’ai intégré la communauté metal, c’est le sentiment d’unité qu’on ressent avec tout le monde, c’est ce qu’on ressent lors d’un concert de rock, de metal, de punk rock ou de hardcore, et les messages véhiculés par ces genres musicaux. J’imagine que le nom de la Sleeps Society est notre manière de décrire ça, et puis ça sonnait bien. Nous espérons que c’est ce que les gens comprennent. Nous essayions de créer un espace sympa pour que les fans du groupe puissent s’exprimer et se retrouver sur internet. Nous avons même des groupes de discussion sur Discord, c’est-à-dire qu’on peut venir et discuter de tout ce qui concerne While She Sleeps. Nous avons différentes sections sur Discord, on peut rechercher des membres près de chez soi ; il y a plein de catégories différentes au sein de la Sleeps Society. C’est une forte communauté et avec un peu chance, c’est ce que les gens comprennent quand ils entendent ce nom.

Il y a quelques années, quand on avait quatorze ou quinze ans et qu’on écoutait du rock et du metal, il est clair qu’on n’était pas vus comme des gars cool, mais plutôt comme des gens bizarres. Or ça faisait du bien de se retrouver dans une sorte de famille, de pouvoir rencontrer d’autres gens qui nous comprenaient, car ce n’était pas le cas des autres gosses avec qui on était à l’école. Est-ce justement ce que vous avez voulu recréer avec la Sleeps Society – un espace sympa où tous les « gens bizarres » peuvent se retrouver, rencontrer de nouvelles personnes et discuter de metal ?

Absolument. J’ai grandi dans une ville où quand on était dans le bus scolaire pour rentrer à la maison, on avait peur de se faire tabasser juste parce qu’on portait un sweat à capuche Slipknot. Je pense qu’aujourd’hui, les genres musicaux se sont un peu ouverts, on peut aimer du rock et du metal mais aussi d’autres choses. While She Sleeps n’a pas peur d’être émotionnel, et pour autant nous aimons la musique heavy. Je pense que ça découle du fait que nous avons grandi dans des situations différentes. Comme tu le dis, on a envie d’avoir un sentiment d’appartenance à quelque chose avec le reste des outsiders. C’est exactement ce que je ressentais étant gamin. J’avais de la chance, parce que j’étais plutôt bon au football. J’aimais le rock, le metal et ce genre de chose, mais j’étais aussi assez doué au football, donc j’avais un peu mes entrées auprès des cailleras, si tu veux [rires]. Mais il est clair que j’ai pris quelques coups parce que j’écoutais du rock et du metal. J’imagine que ce que nous voulons, c’est que les gens aient ce sentiment d’appartenance à une communauté, car c’était mon cas quand j’allais à des concerts et que je me sentais un peu différent des autres gens. La communauté rock et metal, c’est là où je me sentais à l’aise. Avec un peu de chance, c’est exactement ce que les gens trouveront dans la Sleeps Society. C’est une bonne remarque que tu soulèves, c’est clairement quelque chose que nous essayons d’accomplir avec ça. Ce n’est pas toujours un long fleuve tranquille pour plein de gens. S’ils trouvent du réconfort en discutant avec d’autres gens à propos de notre musique et de notre groupe, et que ça leur offre un espace où se réfugier quand ils rentrent de l’école ou du travail, pour parler de quelque chose qui les passionne, que ce soit While She Sleeps, la musique en général, la guitare ou autre chose, alors c’est extraordinaire. C’est ce que nous voulons.

T’intéresses-tu toujours au football ?

Plus tellement. Le reste du groupe ne s’intéresse pas du tout au football, donc quand je suis en tournée, c’est un peu difficile de regarder les matchs. Si je suis à la maison et qu’il y a du football à la télé, en fonction du match, je vais regarder. Quand j’étais plus jeune, je soutenais Manchester United. J’espère que tu ne vas pas me détester pour ça !

J’aurais cru que tu serais plutôt un grand fan de Sheffield United !

Je suis souvent allé les voir. J’avais un ami quand j’étais gamin qui avait un abonnement à la saison et il m’emmenait avec lui. Mais le tout premier match que je suis allé voir, c’était un match de Manchester United, donc je les soutiens depuis ce jour.

Vois-tu des similitudes entre le public metal et les fans de football ? Les deux sont composés de gens assez intenses !

Absolument. Pendant un moment, quand nous faisions des chœurs de gang et les parties hymniques à chanter en chœur dans nos chansons sur les albums de While She Sleeps, nous voulions que ça donne cette impression d’unité qu’on retrouve parfois dans les chansons de football. Nous avons pris ça comme référence quelques fois, en étant moins sur la perfection vocale et plus sur le côté hymnique massif à chanter tous ensemble.

« Avec un cri, je pense que c’est assez facile d’être dans l’apparence, on peut se cacher derrière un cri et jouer les durs, alors qu’avec un chant clair, pour moi, c’est presque comme si je n’avais rien derrière lequel me cacher, je suis à nu. »

Sur le morceau « Call Of The Void », vous avez été jusqu’à faire participer des membres de la Sleeps Society au chant…

Ces membres de la Society impliqués dans la chanson se soucient autant du groupe que nous. Nous ne voulons mépriser personne qui soutient notre groupe, nous savons que ce n’est pas la tasse de thé de tout le monde, tout le monde n’a pas envie de rejoindre la Sleeps Society et ce n’est pas du tout un problème. Nous ne voulons mépriser personne qui écoute While She Sleeps, que ce soit sur Spotify ou en se rendant à un concert, c’est crucialement important, qu’ils fassent partie de la Society ou pas, et c’est très apprécié du groupe. Mais les gens qui font partie de la Sleeps Society contribuent directement à la pérennité de While She Sleeps, donc pour nous, c’est très important de nous assurer qu’ils peuvent autant que possible prendre part à notre aventure. Avec la dernière chanson de l’album, nous nous sommes dit : « Pourquoi ne pas finir avec des paroles tirées de la toute première chanson que nous avons écrite en tant que groupe ? » C’était une manière spéciale d’impliquer le noyau dur de notre communauté de fans. Nous avons envoyé un message disant : « Si vous voulez chanter sur notre nouvel album, voici les paroles et voici les bpm (beats per minute), allez-y ! » C’était l’idée et je pense que le résultat est un morceau vraiment spécial. Avec un peu de chance, les gens qui se sont impliqués ont le sentiment de nous soutenir et se sont fait plaisir. C’était vraiment spécial pour nous de finir l’album avec les premières paroles que nous avons écrites ensemble en tant que groupe il y a quinze ans.

L’album a aussi invité Simon Neil de Biffy Clyro et Deryck Whibley de Sum 41. Quelle est l’histoire derrière ces collaborations ?

Nous étions en tournée avec Bullet For My Valentine il y a quelques années et un soir, nous avons bu quelques bières avec le gars qui faisait la lumière pour Bullet For My Valentine. Il était là : « J’ai aussi travaillé pour Biffy Clyro. Tu savais que les gars étaient fans de votre groupe ? » C’était il y a plusieurs années et nous avons trouvé ça extraordinaire. Je suis fan de Biffy depuis longtemps, je trouve que Simon Neil a une superbe voix. Quand nous en étions à faire des démos et composer des chansons pour le nouvel album, nous étions en train d’écrire une chanson qui s’appelait « Nervous » et nous nous sommes dit que ce serait génial d’avoir Simon dessus. Nous l’avons contacté, nous lui avons dit que nous avions entendu il y a un petit moment qu’il était fan du groupe et nous lui avons demandé s’il serait partant pour collaborer sur une chanson. Il nous a répondu en disant : « Je vous écoute depuis This Is The Six », c’est-à-dire notre premier album. Peu importe où on en est dans notre carrière ou qui nous apporte de la positivité, c’est toujours sympa d’avoir la confirmation que notre groupe n’est pas nul et qu’il existe des gens dans d’autres groupes qui aiment ce qu’on fait, donc c’était vraiment bien. Il est revenu vers nous avec des idées géniales et nous lui avons dit que nous étions vraiment ouverts à tout ce qu’il voulait faire, donc nous avons essayé plusieurs choses en studio. Il était très positif et à fond dans la chanson. C’est ainsi que ça s’est développé, il a eu de super idées, d’extraordinaires parties de chant, parfois improvisées, auxquelles nous n’avions pas pensé. En gros, nous avons gardé tout ce qu’il nous a envoyé et l’avons mis dans le morceau. C’était du super boulot de la part de Simon. C’est vraiment un chouette type, il était très enthousiaste, très amical et c’était très agréable de travailler avec lui. C’était dément !

C’était une histoire similaire pour Deryck de Sum 41. Il avait entendu parler de notre groupe et nous étions tous des fans de Sum 41 depuis notre enfance. Je me souviens quand je suis allé chez mon disquaire en skateboard et que j’ai acheté All Killer, No Filler. Je trouvais que c’était un album extraordinaire et avec mon petit frère, nous sautions en l’écoutant dans ma chambre. Nous l’avons contacté en disant : « As-tu entendu parler de nous ? Ça te dirait d’apparaître sur un morceau ? » Il a également répondu, mais a dit : « Malheureusement, je ne vais pas avoir le temps parce que j’ai un nouveau-né. » Donc à ce moment-là, nous avons dit : « Pas d’inquiétude, c’est important. Si jamais l’occasion se présente dans le futur, tu nous diras si ça te branche. » Après ça, nous avons consolidé un peu la démo et l’avons quand même envoyée, et quelques semaines plus tard, il est revenu vers nous en disant : « Ce morceau est extraordinaire. J’adorerais m’impliquer dedans. » C’était génial. Encore une fois, je trouve qu’il a fait du super boulot. Ce qui est étrange concernant ce morceau, c’est que les couplets sonnaient déjà presque comme du Sum 41, d’une certaine façon, ils ont un côté très punk rock. Donc quand il a posé ses parties de chant, ça faisait parfaitement sens et c’était vraiment amusant à faire. Lui aussi est un chouette type, très enthousiaste, il a envie d’aider le morceau à être diffusé sur les radios US et il aime beaucoup le groupe. Les deux ont fait ce qu’il fallait et c’était vraiment l’éclate de travailler sur ces collaborations.

« Ce qui est important, c’est la pérennité des artistes. Ce qui est dingue, quand on y pense, c’est qu’il y a une énorme demande pour ces super groupes underground de punk rock et metal, mais le streaming n’offre aucune pérennité. »

Il y a une dimension vocale assez forte dans cet album, comme on peut l’entendre dans « Divison Street » ou « Call Of The Void », et évidemment les chansons avec Simon et Deryck. Dirais-tu que les mélodies de chant étaient l’un des principaux points d’attention ?

C’est dur à dire. Je suis un énorme fan de metal, probablement plus que de chant clair. Je n’ai personnellement jamais eu le sentiment d’avoir une très bonne voix claire. Evidemment, Mat [Welsh] et Sean [Long] font plus de chant que jamais auparavant et j’essaye de faire un peu de chant clair aussi. Nous n’essayons pas expressément d’aller dans une direction ou une autre, nous voulons que notre expérience de studio soit aussi organique que possible. J’imagine que parfois, le résultat, c’est ça. Si nous trouvons ça bien, alors c’est ce que nous voulons faire. C’est important pour moi qu’il y ait toujours du chant crié. Ma première passion en matière de chant, c’est de continuer à progresser dans le chant heavy, en m’assurant que ma voix reste saine, prête à crier et à partir sur de longues tournées. Mais avec un cri, je pense que c’est assez facile d’être dans l’apparence, on peut se cacher derrière un cri et jouer les durs, alors qu’avec un chant clair, pour moi, c’est presque comme si je n’avais rien derrière lequel me cacher, je suis à nu. Parfois, pour avoir le sentiment de progresser en tant que chanteur, je pense que naturellement, on commence à se déporter vers le chant clair pour ne pas rester bloqué sur ce qu’on maîtrise.

Il y a une forme de progression là-dedans, de ma part et de celle du reste du groupe, pour essayer de repousser nos limites, pour ne pas être uniquement un groupe de metalcore et pour pouvoir composer de bonnes chansons de rock ainsi que des chansons plus metal et punk rock. Je pense que c’est important pour nous d’essayer ces choses autant que faire se peut. C’est aussi pourquoi vous voyez plus d’expérimentations avec un peu plus de sons de synthé dans les albums et ce genre de chose, simplement parce que nous ne voulons pas avoir une seule corde à notre arc, nous voulons pouvoir essayer un tas de trucs différents et voir comment nous pourrons progresser dans le futur. Nous ne voulons pas non plus créer deux fois le même album. Je trouve que c’est important que nos fans restent sur le qui-vive et qu’ils se demandent ce qu’il y aura la prochaine fois. A côté de ça, dans le temps, quand nous montions tous dans un petit van et que nous n’avions pas nos propres casques personnels pour écouter de la musique, nous nous saoulions et écoutions tous exactement les mêmes albums, mais au fur et à mesure que nous vieillissons et que nos goûts changent un peu, nous écoutons tous plein de musiques différentes. Je pense que ce que vous entendez, c’est juste la collaboration de tout ce que chacun dans le groupe a à apporter. Avec un peu de chance, c’est plaisant, divertissant et intéressant pour nos fans. C’est difficile de rester pertinent, actuel et intéressant, donc nous essayons de nouvelles choses, nous voyons où ça nous mène et nous essayons de nous amuser avec ça.

L’album commence de manière très accrocheuse, très énergique, et se termine de manière plus intime avec des morceaux comme « Division Street » ou « Dn3 3ht ». Voulez-vous que l’album accroche d’abord les gens pour ensuite apporter une dimension plus intime et sombre pour vos plus fervents auditeurs ?

La manière dont les gens consomment la musique aujourd’hui, c’est en écoutant moins un album complet et plus des singles enchaînés dans une playlist. Ça avait du sens pour nous d’entrer avec force et avec des arrangements heavy. Ensuite, comme tu dis, pour les auditeurs qui sont là pour tenir la longueur et écouter tout l’album plutôt que juste les singles, c’était effectivement quelque chose que nous avions en tête. J’ai remarqué au fil des années une chose que nous aimons faire avec le groupe : autant ça peut devenir très heavy, autant nous aimons rafraîchir notre palette en décompressant un peu avant de repartir. Je pense que ça permet au côté heavy d’un album de paraître encore plus heavy quand ça arrive. J’adore écouter des groupe heavy, comme Meshuggah par exemple, mais après cinq ou six morceaux d’affilée, ça devient très unidimensionnel. C’est heavy et c’est encore heavy, et c’est ce qu’on obtient de ce groupe, et j’adore, mais avec nos propres chansons, nous aimons que les gens entendent un morceau vraiment heavy, mais qu’il soit intercalé entre deux trucs qui rafraîchissent la palette et permettent à l’esprit et les oreilles de l’auditeur de se relaxer pendant un temps, de façon que lorsque ça revient, ce soit encore plus heavy. C’est quelque chose auquel nous avons pensé et que nous avons essayé de faire. Ça me le fait, après un moment à écouter de la musique heavy, je trouve que c’est sympa d’avoir une respiration pour ensuite repartir.

En dehors de la Sleeps Society, vous avez aussi votre propre label Sleeps Brothers et votre propre studio. Est-ce important pour vous, en particulier aujourd’hui, même si vous travaillez avec d’autres structures comme Spinefarm Records, d’avoir un forme d’indépendance ?

A cent pour cent. C’est ce vers quoi nous tendons pour l’avenir. Vu la direction que prend l’industrie musicale, avec le streaming qui devient énorme, on ne peut plus laisser les grosses maisons de disques débarquer et se servir. Ce qui est important, c’est la pérennité des artistes. Ce qui est dingue, quand on y pense, c’est qu’il n’y a une énorme demande pour ces super groupes underground de punk rock et metal, mais le streaming n’offre aucune pérennité. Ce sera vraiment intéressant de voir comment ça va évoluer au fil des dix prochaines années. Vu comment certaines maisons de disques agissent, je pense que, légitimement, il faut un changement. Le système actuel dans lequel nous œuvrons est resté le même depuis trop longtemps. Les groupes essayent constamment de le changer pour le rendre pérenne, car ils savent qu’il y a des fans qui veulent entendre leur musique, mais la rémunération qu’ils en retirent, c’est une tout autre histoire. C’est crucial pour nous d’être aussi DIY et punk rock que possible dans notre manière de gérer les choses. Nous avons toujours eu cette éthique. Apprendre à connaître l’industrie et essayer de faire en sorte qu’elle travaille en notre faveur peut être dur parfois. Je m’inquiète d’autant plus aujourd’hui pour les groupes qui débutent, si on prend en compte l’impact de choses telles que le streaming ou le Brexit pour les groupes anglais. Le fait de jouer en Europe a été un énorme apprentissage pour nous et c’était extraordinaire à nos débuts de pouvoir avoir l’impression de ne pas être très loin de chez nous, tout en nous rendant dans d’autres pays pour faire de petits concerts. Ça a été crucial et ce qui nous inquiète désormais, c’est que si tout change, comment les groupes vont faire pour progresser ? Il y a plein de points de vue différents dans cette conversation, mais principalement, nous nous efforçons d’être aussi indépendants physiquement que possible.

Interview réalisée par téléphone le 11 mars 2021 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Giles Smith (1, 2, 5) & Marcia Richards (4).

Site officiel de While She Sleeps : whileshesleeps.com

Acheter l’album Detroit Stories.



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Arch Enemy @ Lyon
    Slider
  • 1/3