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Chronique   

White Stones – Dancing Into Oblivion


White Stones – lui aussi – puise dans le contexte singulier d’une pandémie mondiale pour créer à nouveau, à défaut de pouvoir s’exprimer sur scène. Le projet parallèle du bassiste d’Opeth Martin Méndez s’était fait remarquer par Kuarahy (2020), renouant partiellement avec le death metal chiadé que pratiquait Opeth avant le virage amorcé par Heritage (2011). White Stones se permettait surtout de croiser les genres musicaux et de laisser libre cours aux fantasmes du musicien, quitte à se laisser porter par quelques envolées jazz. Dancing Into Oblivion est la conséquence de l’état d’esprit de Martin pendant le confinement : peur, confusion, incertitudes et frustration mêlées aux moments de reconnaissance d’être en présence de sa famille. Dancing Into Oblivion a l’ambition de communiquer autant de sentiments dans sa musique. Martin Méndez s’est ainsi exercé à nouveau au jeu délicat de la croisée des genres sans trembler et pousse un peu plus loin les curseurs artistiques.

Dancing Into Oblivion réemploie le chanteur Eloi Boucherie présent sur l’opus précédent. Martin Méndez a en outre convié Joan Carles Marí Tur à la batterie et confié les soli de guitare à Joao Sassetti qui fait partie du line-up live. C’est Martin lui-même qui a composé tous les instrumentaux, laissant une part d’interprétation aux autres musiciens. L’album a été pour la majeure partie enregistré aux Farm Of Sound Studios de Barcelone, une nouvelle fois mixé et masterisé par Jaime Gomez Arellano. Ce dernier s’est efforcé d’appliquer la philosophie de White Stones, à savoir le respect scrupuleux de l’instrument et du musicien pour aboutir à la production la plus organique possible. Une démarche proche du jazz qui sied parfaitement. L’introduction « La Menace » remplit justement sa fonction : dessiner très rapidement une atmosphère d’angoisse et de malaise qui se conclut par la phrase « La menace des peuples est là » (en français). Tout un programme. De quoi embrayer sur la nervosité de « New Age Of Dark ». White Stones ne tombe pas dans l’écueil du « mur de son ». Il privilégie des articulations audibles et des sons distincts sans perdre en agressivité, une des caractéristiques qu’il partage avec le jeune Opeth. « New Age Of Dark » repose sur une guitare aux contorsions hypnotiques, tout en honorant les ambiances horrifiques du death traditionnel. Le lugubre « Chain Of Command » s’inspire initialement de John Coltrane et Wilbur Harden. Le riffing singulier de Martin Méndez est encore plus explicite, multipliant les phrasés et se mouvant sans cesse. « Chain Of Command » brille autant par sa structure que ce qu’il évoque : l’oppression.

La richesse de Dancing Into Oblivion est le résultat de sa transversalité. « Iron Titans » emprunte le vocabulaire rythmique du jazz en ne laissant que quelques accents de batterie supporter le phrasé cyclique de guitare et les mouvements de basse. Une accalmie qui ne tarde pas à exploser, opérant une mue soudaine en death metal massif suivi de détours plus rock. Un cycle qui aboutit à des plages délurées, qui se déstructurent progressivement dans une lente agonie et où les soli (guitare et basse) se multiplient pour évoquer une folie tout juste maîtrisée. L’inconfort que procure Dancing Into Oblivion est nuancé par le choix de Martin de placer quelques interludes aériens, à l’instar de « Woven Dream » et ses accords cristallins ou encore de la délicatesse d’« Acacia » qui clôt l’effort. Un symbole des vertus de se recentrer sur soi-même et ses proches de manière forcée. Des respirations nécessaires pour endurer les dissonances tordues de « To Lie Or To Die » dont les New-Yorkais d’Imperial Triumphant sont tellement friands. « Freedom In Captivity » privilégie quant à lui une longue amorce de rock langoureux aux leads humides et à la basse enchanteresse. Quelles que soient les émotions déployées, White Stones prend toujours soin de livrer un riffing puissant qui ne demande qu’à vivre avec son public. La conclusion pachydermique à l’ornementation fastueuse de « To Lie Or To Die » mérite d’être vécue.

Dancing Into Oblivion appartient certes au death metal en respectant nombre de ses codes, il en montre néanmoins la richesse en s’en extirpant avec élégance. Martin Méndez se sert de sa culture musicale pour briser l’étroitesse d’un seul registre sans l’occulter complètement, parce qu’il le tient en affect. Dancing Into Oblivion a la palette adéquate pour convoquer tous les états d’âme de l’artiste. Il conspue le manichéisme et honore la nuance. Une lacune que tant d’œuvres devraient combler.

Album Dancing Into Oblivion, sortie le 27 août 2021 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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