ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

White Stones ou la danse des genres


Cela fait vingt-quatre ans que Martin Mendez officie au sein d’Opeth, devenant ainsi le deuxième membre le plus ancien du groupe. S’il est plutôt discret et n’a jamais composé pour le groupe, il brille par ses lignes de basse chaleureuses et parfois jazzy qui s’accommodent parfaitement avec l’écriture de Mikael Åkerfeldt. 2020 a été un jalon important pour le bassiste uruguayen : il a profité du projet White Stones fraîchement formé et d’un premier album Kuarahy pour s’affirmer en tant que compositeur. Renouant avec un death metal sophistiqué aux multiples facettes, il transforme l’essai cette une année avec un second album, Dancing Into Oblivion, qu’il a réalisé dans la foulée en se nourrissant de la pandémie et en étant dans l’impossibilité d’emmener sa formation sur les planches comme prévu.

Nous avons joint Martin Mendez pour qu’il nous parle de White Stones et de ce nouvel album, mais aussi pour en savoir plus sur lui, son histoire et sa vision de la musique, ainsi que sur sa place au sein d’Opeth. On évoque d’ailleurs avec lui deux albums charnières du groupe, qui fêtent respectivement leurs dix et vingt ans : Heritage et Blackwater Park. Le premier parce qu’il a été le point de départ d’une nouvelle ère, et l’influence du bassiste n’y est pas étrangère. Le second parce qu’il s’agit de l’album le plus emblématique du groupe et celui de la professionnalisation de ce dernier.

« J’ai ressenti de la peur, mais à la fois, c’était toujours sympa d’être à la maison avec ma famille alors qu’en temps normal, je ne passe pas beaucoup de temps avec eux. C’était très positif aussi. C’est reflété dans l’album. »

Radio Metal : Tu as sorti le premier album de White Stones, Kuarahy, en mars 2020 : qu’est-ce qui t’a poussé à ce moment-là à créer ton propre groupe en marge d’Opeth ?

Martin Mendez (basse) : Je n’avais pas l’intention de créer un groupe au départ. Je suis tout le temps en train d’écrire de la musique quand j’ai du temps en dehors d’Opeth. J’ai voulu terminer les chansons que j’avais en cours, juste pour qu’elles soient faites. Une fois celles-ci finies, mes idées ont atterri sur un disque dur et j’ai trouvé que c’était un peu dommage. Cette fois, j’ai voulu les faire comme il faut et au moins les enregistrer. J’ai commencé comme ça. Après avoir fait quelques chansons, j’ai beaucoup aimé le résultat, donc je l’ai montré à des gens et j’ai eu de bons retours. Mon manageur a bien aimé aussi, donc il m’a trouvé un bon deal avec Nuclear Blast. A partir de là, tout est devenu plus sérieux. J’aimais l’idée, notamment le fait de sortir ça en vinyle, donc j’ai continué. Tout a commencé là car avant, quand je me suis mis à écrire les chansons, je n’avais pas l’intention d’en faire grand-chose.

Le premier album est sorti pile au moment où de nombreux pays ont commencé à entrer en confinement. Ça a dû être très frustrant. Craignais-tu que ce groupe et cet album soient mis sur la touche par les circonstances ?

Au départ, je me suis dit que c’était une bonne chose, car je pensais qu’avec le confinement, peut-être que les gens écouteraient plus de musique. Je pensais que ce serait un bon moment pour sortir de la musique, même si c’était une période étrange. Il s’est avéré que ce n’était pas un bon moment, car, d’après ce que j’ai entendu, quand le confinement a commencé, les streams de musique ont chuté de trente ou quarante pour cent. Les gens voulaient regarder les informations plutôt qu’écouter de la musique. C’était un très mauvais moment pour sortir un album. C’était peut-être le pire moment de l’histoire pour le faire. C’était un petit peu frustrant parce que nous avions en tête de faire quelques concerts pour faire nos débuts avec le groupe et, évidemment, nous n’avons pas pu les faire. C’était un peu pénible, en ce sens.

A peine plus d’une année après la sortie du premier album, te voilà de retour avec un second. La pandémie et le temps libre qu’elle a offert aux artistes comme toi pour composer ont sans doute beaucoup à voir avec ça, mais apparemment, ça t’a aussi beaucoup inspiré émotionnellement. Est-ce que cet album t’a servi d’exutoire voire de thérapie pour gérer les émotions que tu ressentais à ce moment-là ?

C’était probablement tout ça, car comme tu l’as dit, faire de la musique ou quelque chose lié à l’art est une forme de thérapie. Je pense que c’est bien d’évacuer les sentiments négatifs. L’album ne parle pas de la pandémie en tant que telle, mais j’ai profité du temps que j’avais. Je savais que nous serions à la maison pendant un moment et je ressentais toutes ces émotions que tu as mentionnées, en regardant les informations et tout ce qui était lié à la pandémie, comme tout le monde. C’était tout nouveau pour nous tous. On ne savait pas ce qui allait se passer, on avait peur. Il est clair que j’ai tiré profit de ces sentiments. Quand tout a commencé, je me suis senti inspiré, donc j’ai tout de suite commencé à composer et je n’y ai pas réfléchi à deux fois, car je me suis dit que c’était le moment parfait pour continuer à écrire de la musique pour White Stones. Je pense que c’était une bonne chose pour moi, à la fois en tant que thérapie et pour profiter du temps qu’on avait.

Comment le titre Dancing Into Oblivion traduit tes sentiments et émotions à cette période ?

Cet album et les textes sont inspirés par l’époque dans laquelle on vit. C’est une sorte d’observation de notre société, de la manière dont on réagit et gère une période difficile. Je trouve que le titre Dancing Into Oblivion convient très bien, car on a parfois l’impression que notre société est un peu perdue. Pour moi, c’est comme si on dansait dans le néant, nous sommes un peu perdus. Je l’ai pris du texte d’un des morceaux qui s’appelle « Iron Titans ». Je trouvais que c’était parfait pour l’album.

Dirais-tu que les périodes de crise sont les meilleures pour la créativité et l’art ?

Il est certain que ça aide. Globalement, l’art est lié aux sentiments et aux émotions. Quand on ressent des émotions fortes comme ça, bien sûr, c’est reflété sur le plan créatif. Mais ça peut aussi être de bonnes émotions. Il n’y a pas que les mauvaises choses qui inspirent les artistes à écrire des trucs. Dans mon cas, j’aime la musique sombre ou plus profonde, donc en l’occurrence, ça m’a beaucoup aidé.

L’album démarre avec l’introduction intitulée « La Menace », qui aboutit à ces paroles en français : « La menace des peuples est là. » D’où vient cette phrase et que veut-elle dire pour toi ?

C’est parce qu’Eloi [Boucherie], notre chanteur, est à moitié français. En fait, à l’origine, j’ai fait cette introduction l’année dernière pour les concerts. Quand Eloi était en train de chanter dessus, je lui ai demandé de dire quelque chose en français, car j’aime bien comment cette langue sonne. Nous avons essayé dans différentes langues, en anglais et en espagnol, mais ça ne fonctionnait pas très bien. J’ai trouvé que le français était parfait pour ça. Je lui ai demandé de dire quelque chose qui représentait les temps étranges qu’on vivait, car nous avons fait cette introduction au début de la pandémie. Je ne savais pas qu’elle apparaîtrait sur l’album, mais au bout d’un moment, quand l’album était terminé, je me suis dit que ce serait une introduction parfaite pour celui-ci.

« Je ne pense pas composer du jazz, ce sont plus des influences ou c’est que les émotions se rapprochent du jazz. J’adore le jazz, ce n’est pas nouveau. J’écoute du jazz depuis de nombreuses années et d’ailleurs, je n’ai pas commencé avec le metal, j’ai commencé avec la folk et le tango. »

« Iron Titans » est assez inhabituel à cause de sa structure, avec un début très calme et jazzy, et une fin qui se déconstruit ou désagrège progressivement, avec une succession de solos complètement fous : qu’est-ce que cette descente dans la folie représente ?

C’est probablement la chanson la plus bizarre de l’album, ou au moins la plus progressive. On peut presque identifier trois sections dans cette chanson : l’intro, la partie centrale et la fin. J’aime son approche et la manière dont elle est écrite, même si ça ne signifie rien de particulier, c’est juste ce qui m’est venu en tête. Quand je compose de la musique, je suis mes sentiments et mes émotions, je ne planifie presque rien à l’avance. Je fais juste ce qui me paraît bien. J’ai voulu faire quelques morceaux calmes, des genres d’interludes entre les chansons heavy. Parfois c’est un morceau à part entière et parfois c’est une introduction comme dans ce cas-là. L’introduction est le seul morceau que j’ai commencé à composer à la basse, tout le reste a été composé à la guitare. J’étais très content de son inspiration jazz. La chanson en soi est un peu plus metal, ou peut-être pas metal, mais il y a ce riff rapide sur une corde. C’est le seul morceau où nous avons ce genre de chose. C’est un peu influencé par le black metal. Ensuite, j’ai composé la fin de la chanson, mais j’ai voulu que chacun apporte sa propre contribution. Le batteur a fait une improvisation sur toute la prise. J’ai trouvé que c’était génial. Pareil pour le guitariste lead, il a ajouté des bruitages dans le fond. Tout n’était pas planifié depuis le début, car j’avais fait les démos chez moi et ils ont plus ou moins terminé la chanson. J’ai laissé ces parties spécifiques ouvertes à l’interprétation. J’aime que ça commence très calmement et qu’on finisse sur quelque chose de plus chaotique. L’écriture est moins contrôlée. J’aime le sentiment que ça offre à l’album aussi. C’est la seule chanson de l’album qui a été écrite ainsi.

Il y a plusieurs interludes dans l’album. Vu le sentiment d’inconfort que les chansons ont tendance à créer, était-ce important aussi de rassurer l’auditeur avec ces respirations et passages calmes ?

Oui. J’avais vraiment ces interludes en tête. J’aime la progression et la dynamique que ça confère à l’album. Quand on écoute du début à la fin, je trouve que c’est sympa d’avoir une chanson violente puis de calmer le jeu avec ces genres d’interludes, pour ensuite repartir sur la chanson heavy suivante. Je voulais une partie calme entre tous ces chansons. C’est aussi un type de musique que j’adore. Je suis très fier d’avoir aussi ça dans l’album, car j’aime la façon dont ces petits morceaux sonnent. Je trouve qu’ils sont importants pour l’album dans sa globalité.

Si on fait un parallèle avec la période qu’on vient de vivre, est-ce que ça pourrait symboliser la dualité des sentiments que tu as ressentis, c’est-à-dire oscillant entre l’inconfort et l’incertitude, et le côté rassurant et agréable d’être avec ta famille ?

Bien sûr, c’est vrai aussi. J’aime la musique sombre, et quand tu as ce genre de sentiments étranges et que tu peux te sentir mal à l’aise, mais j’aime aussi les choses positives dans la musique. J’aime les deux aspects. Pendant la pandémie, j’ai vécu les deux types de sentiments. J’ai ressenti de la peur, mais à la fois, c’était toujours sympa d’être à la maison avec ma famille alors qu’en temps normal, je ne passe pas beaucoup de temps avec eux. C’était très positif aussi. C’est reflété dans l’album. J’aime qu’il y ait ces côtés sombres et étranges, mais à la fois, j’aime aussi ressentir de la positivité. Je trouve que c’est une bonne combinaison, parce que quand tu écoutes une chanson heavy, tu peux le ressentir dans ton corps, mais ces petits interludes permettent de tout remettre à zéro jusqu’à ce que ces sentiments inconfortables reviennent.

Eloi a écrit les textes que vous avez ensuite travaillés ensemble. Comment ces textes se rattachent-ils aux émotions personnelles que tu as traduites en musique ?

Ça se rejoint beaucoup émotionnellement parlant. Nous nous connaissons très bien et nous parlons avant de commencer à écrire quoi que ce soit, et nous pensons plus ou moins pareil, donc ça a été très facile. J’aime sa façon d’écrire et les sujets dont il parle. C’est facile quand on a une bonne alchimie avec les gens avec qui on travaille – et c’est le cas avec lui. Je suis très content de l’avoir à mes côtés parce que ça paraît très simple et confortable. Il aime la musique que j’ai faite et j’ai aimé la manière dont il a écrit les textes, donc ça colle bien.

Même si White Stones joue du death metal, tu as une philosophie proche du jazz en termes d’approche de la composition. Quelle est ton histoire avec ces deux genres musicaux très différents ?

Je ne pense pas composer du jazz, ce sont plus des influences ou c’est que les émotions se rapprochent du jazz. J’adore le jazz, ce n’est pas nouveau. J’écoute du jazz depuis de nombreuses années et d’ailleurs, je n’ai pas commencé avec le metal, j’ai commencé avec la folk et le tango. Je viens d’Amérique du Sud, donc là-bas ces musiques sont très répandues. Je n’avais pas de lecteur CD ou quoi, j’écoutais la radio jusqu’à mon adolescence. Globalement, ils jouaient du tango et de la folk à la radio. Puis j’ai commencé à écouter du rock, du metal et finalement du jazz. Ce n’est pas du tout quelque chose que je me force à faire, c’est naturel. J’ai beaucoup écouté de jazz l’an dernier aussi. Je cite John Coltrane comme étant l’une de mes influences parce que c’est l’un de mes préférés en ce moment. Je trouve que c’est l’un des meilleurs dans l’histoire de la musique. En l’occurrence, à un moment donné, j’étais en train de l’écouter et une idée m’est venue en tête. J’ai tout de suite commencé à écrire la chanson « Chain Of Command ». Je ne pense pas qu’on puisse vraiment identifier quoi que ce soit de jazz dans la chanson, mais il est certain que les influences sont là. Je n’aurais sans doute pas fait la même chanson sans avoir été influencé par John Coltrane dans ce cas-là. D’un autre côté, « New Age Of Dark » était influencé par Deicide, donc c’est complètement différent. Je trouve que c’est un peu surprenant et drôle que je puisse écrire un album comme ça et écouter tous ces styles différents qui m’inspirent à me mettre à composer des chansons. Donc ce que je fais n’a rien à voir avec le jazz, évidemment. Il n’y a rien d’évident dans la musique en ce sens, le jazz est plus complexe, c’est différent, mais je pense que ça m’a influencé en termes de feeling. J’aime le jazz sombre, donc je mets ce genre de sentiment dans ma musique.

« Cette fois, j’ai voulu que les parties instrumentales soient un peu plus complexes. […] Ce n’était pas du tout pour faire de la démonstration. Je n’aime pas quand on écoute de la musique et que la première chose qu’on se dit c’est : ‘Oh, c’est technique et complexe !’ Je recherche tout l’inverse. »

As-tu étudié le jazz en tant que musicien ?

Non, je ne suis jamais allé en école de musique ou quoi que ce soit de ce genre. J’ai étudié par mes propres moyens et j’ai écouté beaucoup de jazz. Je joue du jazz chez moi mais je ne me considère pas comme un musicien de jazz.

Tu joues sur une Fender Jazz Bass, ce qui est assez peu commun dans le metal…

Je ne sais pas, j’adore le son. Je n’ai pas commencé par jouer ou écouter du metal, donc peut-être que pour moi, les influences de départ n’étaient pas le metal. J’adore le son de la Jazz Bass. Je n’ai jamais trop aimé les basses un peu aiguës avec beaucoup de distorsion. J’aime la musique quand la basse est chaude, qu’elle apporte de la chaleur à la musique. J’ai toujours joué sur des Jazz Bass, c’est un choix naturel pour moi aujourd’hui, parce que c’est ce que j’ai toujours fait. C’est pareil avec les guitares, parce que dans White Stones, je fais toutes les guitares rythmiques, il n’y a que les solos que je ne fais pas, et je joue avec une Stratocaster simple bobinage, ce qui n’est pas non plus le choix le plus commun. Je n’utilise pas beaucoup de distorsion sur les guitares et j’aime ce genre de son, c’est quelque chose que j’avais en tête depuis le début. Je trouve que c’est plus basique et sombre, d’une certaine façon. J’aime beaucoup jouer avec ce type de son.

Il y a une certaine variété de styles dans ta musique. Comment parviens-tu à faire que toutes ces approches coexistent tout en sonnant très naturel ? Y a-t-il des méthodes ou règles à suivre pour ça ?

Il faut être conscient de certaines choses si on veut que la musique sonne équilibrée sur tout l’album. Mais pour être honnête, quand je compose de la musique, je ne pense jamais à rien. Je ne m’impose aucune règle, il n’y a pas de restrictions. Je fais ce que je pense sonner bien. Parfois, ça peut être une partie acoustique et parfois ça peut être très heavy. La seule chose que j’ai à l’esprit quand je suis en train de composer de la musique, c’est que ça me paraisse bien au moment où je le fais. Cette fois, c’est ressorti ainsi, mais peut-être que ce sera différent la prochaine fois. Je ne prévois pas le type de sons que je veux avoir. La seule chose que j’avais en tête cette fois était de faire un second album qui soit un petit peu plus technique et complexe que le premier. Les riffs se répètent beaucoup sur le premier album, c’est un peu plus facile à écouter. Cette fois, j’ai voulu que les parties instrumentales soient un peu plus complexes. Je ne suis pas en train de dire que c’est un album super complexe, mais au moins, il l’est plus que le premier. C’est tout ce que j’avais en tête. Autrement, il n’y a aucune règle auto-imposée quand je compose, je fais ce qui me plaît.

Pourquoi as-tu voulu faire un album plus technique et complexe ?

Je ne sais pas. Ce n’était pas du tout pour faire de la démonstration. Je n’aime pas quand on écoute de la musique et que la première chose qu’on se dit c’est : « Oh, c’est technique et complexe ! » Je recherche tout l’inverse. J’aime ressentir la musique et avoir des émotions, et ce n’est qu’après que je peux l’analyser. Je pense que ça offre plus de possibilités quand on utilise plus de techniques. Comme je peux faire un peu plus avec la musique, que ce soit à la basse ou à la guitare, j’ai voulu explorer un peu plus. Ce n’était pas parce que je voulais la rendre plus technique et frimer.

Le son de l’album en soi est très organique et naturel. Tu as d’ailleurs voulu que le son originel de chaque instrument soit conservé. Est-ce aussi quelque chose hérité du jazz ou peut-être de la folk ?

Peut-être ! C’est aussi quelque chose que j’ai appris au fil des années. Au début avec Opeth, nous n’avions pas la même approche quand nous enregistrions les albums qu’au cours des dix à quinze dernières années. Nous enregistrions séparément, nous pouvions enregistrer deux ou cinq minutes à la fois, riff après riff. Au fil du temps, j’ai appris que quand on essaye d’enregistrer en une prise, sans trop de retouches et qu’on choisit de garder le son organique, la musique respire autrement, elle est plus vivante. Je trouve que c’est très important quand on fait de la musique. C’est important de laisser la musique respirer naturellement. Quand on retouche la batterie et les guitares comme le font les groupes aujourd’hui – c’est la manière d’enregistrer standard aujourd’hui –, on perd beaucoup dans la musique. On peut se rapprocher de la perfection, bien sûr, mais je ne pense pas que la perfection soit la meilleure option pour la musique. Je préfère que ça reste humain, je trouve que ça sonne mieux.

L’album a été enregistré au Farm Of Sounds Studio qui appartient à Eloi. A quel point est-ce un luxe d’avoir un tel studio à sa disposition, sans contrainte, par rapport à tes autres expériences, en l’occurrence avec Opeth ?

Pour ce projet, c’était parfait parce qu’Eloi vit près de chez moi. Je pouvais réserver le studio, y aller à pied et y passer toute la journée. Nous pouvons avoir une idée et nous réunir tout de suite au studio pour l’essayer. Ce n’est pas un énorme studio comme quand j’enregistre avec Opeth par exemple, où ce sont des studios plus professionnels, mais ce studio est parfait pour enregistrer. Il n’y a rien de très sophistiqué mais nous avons tous les éléments pour faire un bon album. C’était pratique d’avoir un studio proche de chez moi et, à la fois, d’être avec Eloi.

« Quand on retouche la batterie et les guitares comme le font les groupes aujourd’hui, on perd beaucoup dans la musique. On peut se rapprocher de la perfection, bien sûr, mais je ne pense pas que la perfection soit la meilleure option pour la musique. »

Tu as composé toutes les parties instrumentales de l’album, mais la différence est que cette fois, tu as « laissé des parties ouvertes pour que chacun des autres musiciens puisse les interpréter librement, que ce soit à la batterie ou au chant ». Le fait qu’il faille laisser tes musiciens mettre leur propre patte dans les chansons, est-ce quelque chose que tu as appris avec Opeth, étant dans la position opposée, avec Mikael qui compose presque tout et toi qui interprètes les chansons ?

C’est important c’est sûr. Je l’ai appris grâce à Opeth et à toutes les autres choses que j’ai faites. En tant que musicien, tu apprends tout le temps quand tu travailles, mais dans mon cas, Opeth est le groupe avec lequel j’ai travaillé le plus longtemps dans ma vie. Ce groupe est un bon apprentissage pour moi. Oui, j’ai laissé des parties ouvertes à interprétation pour le batteur, par exemple. Je n’ai pas écrit de chant quand j’ai fait les démos parce que je le fais avec Eloi. Nous regardons les paroles chez nous, nous trouvons des idées et nous travaillons dessus ensemble au studio. J’ai programmé pas mal de parties de batterie mais sur certaines parties, comme la fin d’« Iron Titans », il a trouvé de super idées en studio. Je savais que les chansons étaient plus ou moins finies, mais je lui ai demandé s’il avait des idées pour voir ce qui collerait le mieux à la musique. C’est un batteur incroyable. J’aime être surpris, en ce sens. Je trouve que c’est important, surtout quand les musiciens sont aussi bons que ça, car ils peuvent apporter d’excellentes idées. Je n’aime pas tout dicter. Dans un groupe, je suis le genre de personne qui aime travailler en collaboration avec les gens plutôt que de tout faire moi-même, je préfère que ce soit ainsi.

Tu as changé de batteur par rapport au premier album…

Oui. La première raison est que le précédent batteur a déménagé en Allemagne avant que nous sortions l’album. Il travaillait là-bas et ne pouvait pas venir pour enregistrer, donc c’était un petit peu difficile. A la fois, je trouve que c’était une décision parfaite parce que plusieurs styles musicaux coexistent dans cet album, nous avions parfois besoin de parties de batterie plus jazzy. Le nouveau batteur Joan Carles est un batteur extraordinaire. Il joue dans un groupe qui s’appelle Los Aurora, qui fait du jazz flamenco, mais c’est aussi un metalleux, donc c’était une combinaison idéale pour cet album. Ce n’était pas quelque chose que nous avions prévu mais c’était parfait.

Le guitariste de tournée João Sassetti a aussi enregistré les solos sur l’album, donc tu commences à vraiment impliquer les gens sur l’aspect créatif. Penses-tu que White Stones finira par devenir plus un groupe que ton projet personnel ?

Je pense que c’est un groupe aujourd’hui. Je ne le considère pas comme mon projet, pour être honnête. Le premier album était peut-être plus mon projet parce que c’était nouveau, mais maintenant, j’aime dire que je vois ça comme un groupe. Si quelqu’un d’autre met sa patte dans la musique, je ne peux pas dire que c’est uniquement moi, je n’aime pas cette idée. Je le considère déjà comme un groupe. Il est clair qu’à l’avenir, si nous faisons un autre album, j’adorerais que tout le monde soit plus impliqué. J’ai déjà demandé à tout le monde de s’impliquer. Si nous n’avions pas eu des restrictions pour prendre l’avion et le faire venir ici, João aurait aussi fait les guitares rythmiques. Ça n’a pas été possible, donc j’ai fait toutes les guitares, mais j’aime que tout le monde soit impliqué.

Dans Opeth, Mikael écrit la grande majorité des chansons et je crois que tu n’as jamais écrit la moindre chanson pour Opeth en vingt-quatre ans. Cependant, on voit avec White Stones que tu ne manques pas de créativité et d’inspiration et que tu es doué pour la composition : pourquoi ne participes-tu pas à la composition dans Opeth ? Car on remarque aussi que ton style de composition se marierait parfaitement avec ce groupe.

Je ne sais pas, c’est étrange. Quand j’ai rejoint Opeth, mon premier album était Still Life et Mikael était déjà plus ou moins le compositeur depuis le début. Je me disais que c’était une formule qui fonctionnait très bien. Il aime être le compositeur aussi. Je respecterais toujours notre manière de travailler dans Opeth. J’ai toujours été impliqué avec la basse mais c’est tout. J’essaye toujours de faire du mieux que je peux pour parfaire la basse sur la base de ses idées. A la fois, par le passé, je n’étais pas très sûr de moi en tant que compositeur. Comme je te l’ai dit, j’ai toujours composé, j’ai eu d’autres groupes aussi où j’ai écrit des trucs, mais je n’étais pas suffisamment confiant pour montrer quoi que ce soit à Opeth. Je pense que c’est la combinaison d’un manque de d’assurance et du fait d’admettre que le groupe fonctionnait très bien comme ça. Donc à l’avenir, sait-on jamais, peut-être que je contribuerai plus dans Opeth. J’espère, j’aimerais beaucoup. Mikael est le compositeur et il a toujours été clair qu’il est l’homme derrière Opeth, mais dans certains cas, Fredrik [Åkesson] a aussi écrit des parties et Per [Wiberg] dans le passé a donné un coup de main sur certaines chansons. Mikael n’impose pas absolument tout. Je pense qu’il est content d’avoir des idées extérieures aussi.

Ça fait vingt-quatre ans que tu collabores avec Mikael, tu es le second membre le plus ancien dans Opeth. Tu as dit tout à l’heure que tu avais beaucoup appris dans ce groupe. Qu’as-tu appris plus spécifiquement à ses côtés durant toutes ces années ?

Beaucoup d’expérience ! Le fait d’être un musicien professionnel, d’avoir l’opportunité de tourner autant que nous l’avons fait… Nous avons énormément tourné au cours des vingt dernières années. On apprend énormément. On apprend à être en tournée. C’est une famille, donc on apprend comment se comporter avec tout le monde et à avoir une bonne relation avec tout le monde. C’est dur quand on passe plus de temps avec un groupe qu’avec sa famille, surtout quand on part en tournée pendant deux ans. Je suis content d’avoir eu cette opportunité, car c’est ce que je voulais faire. Opeth a été le groupe idéal pour moi, sur le plan musical comme sur celui de l’amitié. Je me considère comme un bon ami de tout le monde dans le groupe, j’aime tout le monde. Quand je vivais en Suède, nous nous retrouvions souvent quand nous avions un moment de libre. Nous cuisinions ensemble, nous faisions la fête ou allions au pub ensemble. Je les considère comme faisant partie de ma famille, d’une certaine façon. De la même façon qu’on apprend de sa famille, on apprend de cet autre genre de famille aussi.

« Par le passé, je n’étais pas très sûr de moi en tant que compositeur. J’ai toujours composé, j’ai eu d’autres groupes aussi où j’ai écrit des trucs, mais je n’étais pas suffisamment confiant pour montrer quoi que ce soit à Opeth. »

Sur le plan de la composition, y a-t-il des choses que tu as intégrées ?

Je ne pense pas faire le même style qu’Opeth, cette musique est différente. C’est peut-être influencé par Opeth parce que, bien sûr, j’adore Opeth et je joue dans ce groupe depuis très longtemps, mais quand je compose de la musique, je ne pense jamais à rien ou je n’essaye jamais de sonner comme autre chose. J’ai toujours espéré avoir mon propre son, ça a toujours été mon but. Je ne dis pas que j’y suis parvenu à chaque fois, mais c’est ainsi que j’aime aborder ma musique. Je ne pense jamais pouvoir composer une chanson comme Opeth. J’ai un autre style d’écriture de riffs et de chansons. Je suppose que j’ai appris quelque chose, mais je ne peux pas identifier un truc spécifique.

Comment expliques-tu que tu sois resté vingt-quatre ans dans ce groupe quand il y a eu tant de changements de line-up depuis 1997 ?

C’est une question difficile parce que je ne sais pas exactement pourquoi d’autres gens ne restent pas dans le groupe. Je peux comprendre qu’être dans un groupe comme celui-ci et tourner comme nous le faisons n’est pas le boulot le plus facile au monde. Mais dans mon cas, je peux dire que j’adore la musique d’Opeth, j’aime beaucoup jouer cette musique et côtoyer ces gars. J’ai déménagé d’Uruguay pour aller en Suède quand j’avais dix-sept ans pour tenter ma chance dans l’industrie musicale. C’était mon seul objectif quand j’ai déménagé à l’autre bout du monde, je voulais jouer du metal dans un groupe. Opeth était le groupe parfait pour moi parce que je m’intéressais à différents types de musique et Opeth était LE groupe qui combinait différents de styles de musique tout en gardant un côté heavy. J’adore vraiment ce groupe. Je suis dévoué à ce groupe et globalement à la musique. C’est à la fois une question d’être content de côtoyer ces gars et une question d’amour pour la musique.

Dans une interview passée, Mikael nous a dit qu’il aimait « penser qu[’il a] fait [s]es preuves au fil des années et que les autres gars peuvent [lui] faire confiance pour trouver quelque chose de bon et de pertinent, et qui parfois donne le sentiment d’être une bonne étape pour [v]ous au moment donné où [vous] passe[z] l’étape ». Es-tu donc toujours content de la musique qu’il te présente ?

A peu près oui, car je trouve que c’est un excellent compositeur. J’aime énormément son approche de la musique et le feeling qu’il y met. Il me surprend très agréablement quatre-vingt-dix-neuf pour cent du temps. Je lui fais confiance. La seule fois où j’ai dit quelque chose, c’était avant que nous fassions l’album qui s’appelle Heritage. Il avait fait de la musique et quand il me l’a fait écouter, je pouvais entendre que ce n’était pas à cent pour cent lui. Evidemment, je le connais, donc je savais qu’il n’en était pas satisfait. Il répétait un peu le même genre de chose que ce que nous avions fait sur l’album précédent, qui était Watershed à l’époque. Je l’ai tout de suite compris quand j’ai écouté les chansons et je lui ai dit : « C’est bien, mais je pense que ce n’est pas à cent pour cent toi. » Je lui ai seulement conseillé de faire ce qu’il ressentait vraiment et de ne penser à rien. Il était très content d’entendre ça. Il m’a dit qu’il avait immédiatement supprimé presque tout ce qu’il avait fait et il a commencé à écrire de nouvelles chansons pour Heritage. Quand il m’a fait écouter les nouvelles chansons, j’ai compris que c’était ce qu’il voulait faire, il avait le bon feeling. C’était la seule fois où j’ai dit quelque chose, mais autrement, j’ai toujours été agréablement surpris.

Il nous avait parlé de cette anecdote et de ta responsabilité dans l’album Heritage. Cet album a été un tournant dans votre discographie, il est très différent et il a initié une nouvelle ère pour le groupe. Qu’en as-tu pensé quand il t’a présenté ce nouveau lot de chansons qui était assez différent ?

J’ai beaucoup aimé. Le truc, c’est que lorsqu’on est en tournée et avant qu’on commence à écrire ou enregistrer un nouvel album, nous parlons et voyons où nous en sommes, en tant qu’individus et musicalement. Je me souviens qu’à cette époque, quand nous parlions de ce que nous aimerions faire dans le futur, j’étais vraiment partant pour essayer quelque chose de différent. Comme je l’ai dit, j’ai toujours aimé d’autres styles de musique et j’adore le style de musique qu’il a proposé avec Heritage. Il est comme moi, il veut explorer et écouter toutes sortes de musiques aussi. En tant que musicien, je pense que c’est important d’explorer et de faire des choses différentes afin de pouvoir apprendre et s’exprimer avec d’autres types de sons. Je pense qu’au moins lui et moi voulions opérer un changement à l’époque. Je ne pense pas que nous existerions encore aujourd’hui si nous nous étions forcés à continuer à faire le même genre de musique. Nous aurions peut-être arrêté le groupe au bout d’un moment. Parfois, en tant que musicien et artiste, on a besoin de défis et de changements. C’était notre cas à l’époque, c’était très important de changer. Je ne pense pas être à cent pour cent responsable de cet album. Je lui ai seulement donné un conseil et il a tout de suite fait des morceaux dans cette veine. Je pense simplement qu’il devait composer ce genre de son. Je n’avais pas conscience qu’une nouvelle ère s’ouvrait pour Opeth à ce moment-là, je ne voyais pas aussi loin. J’ai beaucoup aimé quand nous étions en train de faire ce style différent, mais je ne me posais pas la question si peut-être nous allions continuer sur cette lancée ou si ça allait être juste ponctuel.

« Je ne pense pas qu’Opeth existerait encore aujourd’hui si nous nous étions forcés à continuer à faire le même genre de musique. Nous aurions peut-être arrêté le groupe au bout d’un moment. »

Y a-t-il eu des moments durant ces dernières années où – comme certains fans – tu aurais aimé revenir aux éléments plus death metal ?

Pas vraiment. Si nous revenions au death metal dans le futur, ce serait formidable, mais rien ne me manque. En plus, nous tournons beaucoup et nous jouons tous les classiques tous les soirs, comme « Deliverance », « Demon Of The Fall », « The Drapery Falls » et ce type de chanson. Donc ce n’est pas comme si jouer les morceaux de l’époque death metal me manquait parce que nous le faisons pratiquement tous les soirs en tournée. Je suis très content de la direction qu’Opeth a prise. Je pense que c’était nécessaire de changer, mais on ne sait jamais ce que nous ferons à l’avenir. J’espère que nous continuerons à faire les choses différemment. C’est ainsi que nous essayons toujours d’approcher les choses dans ce groupe, nous essayons toujours de nous démarquer de ce que nous avons fait dans le passé. Nous avons fait beaucoup de death metal dans le passé, et c’était aussi l’une des raisons. Je me souviens quand nous avons fait Heritage, nous trouvions que c’était un album très metal. Nous avons commencé à écouter du metal quand nous étions gamins et pour moi, le metal est controversé, c’est plus une rébellion, d’une certaine façon. C’était le sentiment que nous donnait Heritage. Nous n’avions pas ressenti ça avec Watershed. Nous avions fait tellement d’albums dans ce style qu’il nous fallait une nouvelle rébellion dans la musique. Faire Heritage était une rébellion pour Opeth.

D’un autre côté, d’une certaine façon, White Stones ne comble-t-il pas un genre de vide, en te permettant de t’exprimer dans un style plus proche du death metal sophistiqué, progressif et jazzy pour lequel Opeth était connu auparavant ? Même si évidemment ce n’est pas exactement pareil…

Non, ce n’est pas pareil. Pour moi, écrire de la musique pour White Stones est très naturel parce que le death metal est le style de musique que j’ai joué le plus longtemps dans ma vie. C’est naturel pour moi de faire des morceaux avec ce son. Je ne les ai pas faits parce que la vieille époque d’Opeth ou quoi que ce soit lié à ce style me manquait. C’est venu comme ça. Comme je l’ai dit avant, peut-être que je ferai quelque chose de complètement différent dans le futur, je ne sais pas. J’essaye de faire ce qui me paraît bien sur le moment et je ne pense pas à la moindre restriction.

L’album Heritage est sorti il y a dix ans, mais cette année marque aussi les vingt ans de Blackwater Park. C’était ton second album avec le groupe mais c’est aussi le grand classique d’Opeth. Comment vois-tu cet album aujourd’hui ?

C’était il y a vingt ans, c’est loin. Je me souviens que j’étais très content de la musique mais je ne pensais pas tellement au succès et tout ça. Pour moi, Still Life – mon premier album studio avec Opeth – était tout aussi spécial que Blackwater Park, musicalement parlant. Mais j’étais très content des morceaux que nous avons faits. Nous ne répétions pas beaucoup en tant que groupe à l’époque. Les chansons n’étaient pas vraiment finies non plus, donc nous avons passé deux mois en studio. Nous ne savions pas trop comment les chansons allaient sonner jusqu’à ce qu’elles soient enregistrées. Après, je me souviens de cet album comme d’un album très important. Pour moi, chaque album est très important et spécial dans ma carrière, mais celui-ci était aussi spécial parce que c’est à ce moment-là que nous avons commencé à tourner et à travailler en tant que groupe. Il a fait de nous un groupe plus professionnel. Nous n’avions pas de management avant cet album et nous n’avions pas d’équipe pour nos concerts. Une fois que cet album était sorti, tout s’est professionnalisé. C’est un album très important pour nous, notre carrière et nos fans. Je pense que les gens le voient comme l’un des meilleurs albums d’Opeth et peut-être le plus important. Et il l’est, d’une certaine façon, car c’est celui qui nous a fait connaître dans le monde entier, il nous a permis de commencer à tourner, et les gens pouvaient l’acheter. Je me souviens quand nous avions fait Still Life, plein de gens aux Etats-Unis ne pouvaient pas se procurer l’album. Ça n’était pas le cas de Blackwater Park, tout le monde pouvait l’acheter à sa sortie. C’était un album très important pour notre carrière.

Tu es né en Uruguay. Tu as eu quelques groupes là-bas, mais j’imagine que le metal n’était pas très répandu dans ce pays et la Suède devait avoir l’air d’être le bout du monde pour toi. Donc comment t’es-tu retrouvé à jouer du metal et, plus spécifiquement, dans un groupe suédois ? Quelle est ton histoire ?

J’ai commencé à jouer du metal parce que j’étais voisin avec mon plus vieux cousin et il m’a fait découvrir le metal quand j’avais environ douze ou treize ans. Je suis tout de suite tombé amoureux quand j’ai écouté du metal. J’ai commencé à jouer dans des groupes mais comme tu l’as dit, le metal n’est pas le style musical le plus populaire là-bas. Nous n’avions pas de studios pour enregistrer ou de salle de répétition. C’était très difficile de trouver tout ça. Le metal en Uruguay était une toute petite scène. Quand j’avais quinze ou seize ans, j’ai commencé à écouter plus de groupes parce que des gens voyageaient en Europe et rapportaient des CD et des cassettes. On pouvait copier les cassettes. Je n’avais pas l’occasion d’acheter des CD, je n’avais pas de lecteur CD à l’époque. C’était difficile pour moi, mais quand tout est devenu plus facile d’accès, c’est devenu une passion. Ensuite, j’ai rencontré plus de gens qui aimaient ce style et j’ai commencé à en jouer. J’ai trouvé que c’était très intéressant d’essayer de jouer du metal. Au début, c’était très difficile parce que j’avais l’impression que c’était presque impossible de jouer du metal, pour une raison ou une autre, probablement parce que je n’y connaissais pas grand-chose. Quand j’ai commencé à jouer de la musique, j’ai commencé à faire du rock. Ce n’est que deux ou trois ans plus tard, quand j’ai rencontré d’autres gens, que je me suis mis à jouer du metal. Vers la fin, je jouais dans un groupe avec l’ancien batteur d’Opeth, Martin Lopez. Il était né en Suède et sa mère était en Suède à l’époque, donc il prévoyait d’y retourner. Comme nous jouions ensemble dans un groupe, nous avons décidé d’aller ensemble en Suède jouer dans un groupe de metal. La Suède était un peu le berceau du metal à l’époque. La seule raison pour laquelle j’ai quitté mon pays et ma famille, c’était pour essayer de jouer du metal dans un groupe.

« Quand nous avons fait Heritage, nous trouvions que c’était un album très metal. Pour moi, le metal est controversé, c’est plus une rébellion. C’était le sentiment que nous donnait Heritage. Nous n’avions pas ressenti ça avec Watershed. Nous avions fait tellement d’albums dans ce style qu’il nous fallait une nouvelle rébellion dans la musique. Faire Heritage était une rébellion pour Opeth. »

Quels ont été les premiers groupes dont tu es tombé amoureux ?

Quand j’ai commencé à écouter du heavy rock, j’ai commencé avec Guns N’ Roses, Metallica et tout, mais je suis vraiment tombé amoureux du metal quand j’ai écouté l’une des cassettes de mon cousin. Il était plus vieux, donc il avait des amis plus vieux. Sur une face de la cassette, il y avait Game Over de Nuclear Assault, et sur l’autre face, il y avait Altars Of Madness de Morbid Angel. C’était plus extrême comparé à Guns N’ Roses, Metallica et ce que j’écoutais à l’époque. J’en suis tombé amoureux parce que je trouvais que c’était extrême et brutal. Je n’avais jamais ressenti quelque chose comme ça avec de la musique avant. C’était complètement différent de ce que j’avais l’habitude d’écouter. J’écoutais des groupes de rock comme The Doors aussi, Creedence Clearwater Revival, du tango et de la folk. Le death metal était diamétralement opposé. Ça a fait tilt dans ma tête, je voulais faire ça. J’ai tout de suite pensé que c’était ce que je voulais faire.

Comment t’es-tu mis à la basse ensuite ? Quels ont été les bassistes qui t’ont inspiré ?

Je jouais déjà de la basse parce que mon père était bassiste. Il a arrêté de jouer quand je suis né ou quand j’avais un an. Il avait sa basse à la maison et je me souviens qu’elle a attisé ma curiosité quand j’avais onze ans. J’ai commencé à jouer des morceaux de The Doors, Creedence Clearwater Revival et des musiques plus rock. Quand le metal est arrivé dans ma vie, je jouais déjà un peu de basse. J’avais un professeur et j’aimais beaucoup sa manière de jouer. Je n’avais pas l’occasion de regarder des vidéos ou d’écouter des CD, donc je n’avais pas autant d’informations que les gens aujourd’hui. Mon premier professeur de basse avait un groupe et il m’emmenait à ses concerts. J’étais très excité à l’idée de le voir jouer parce que j’adorais le son de sa basse et son jeu. Ensuite, j’ai grandi et j’ai eu plus d’occasion de découvrir la musique. Je me souviens que Cliff Burton était le premier bassiste de metal à m’impressionner. Encore aujourd’hui, je pense qu’il est celui qui m’a le plus influencé dans le metal. Quand je suis devenu un peu plus vieux, je me suis davantage intéressé au jazz et pour moi, Jaco Pastorius reste le meilleur bassiste, car ce qu’il a fait à son époque, je pense que personne n’aurait pu le faire. Il a en quelques sortes inventé une manière de jouer. Il a inventé la basse fretless à partir de rien. Inventer quelque chose de A à Z, c’est ce qu’il y a de plus dur. Aujourd’hui, c’est un peu plus facile quand il y a eu autant de bons musiciens dans le passé qui peuvent nous aider à développer notre jeu. C’est plus facile de copier que d’inventer. Je trouve que ce qu’il a inventé est extraordinaire.

Tu as mentionné le batteur Martin Lopez. Sa culture uruguayenne a joué un grand rôle dans son approche de la batterie. Penses-tu que ça a aussi eu un impact sur ton propre jeu ?

Je suppose. Toutes les influences sont là quelque part dans la musique. J’écoute ce genre de musique depuis une éternité, donc j’imagine que les influences sont là. J’adore le jazz latin et la bossa nova aussi.

As-tu écouté son groupe Soen ? N’a-t-il d’ailleurs jamais essayé de t’enrôler dans le groupe ? Car vous sembliez avoir une bonne alchimie en tant que section rythmique.

Je n’ai pas beaucoup écouté. J’ai un peu écouté le premier album. J’ai joué dans le groupe au tout début, c’était au départ un projet que nous avions en commun et ensuite il a changé le nom et a récupéré certains morceaux. J’ai reconnu deux ou trois chansons que nous jouions à l’époque. Nous nous sommes un peu éloignés quand il a quitté Opeth. Quand il a créé Soen – je crois que c’était dix ans après son départ d’Opeth –, nous n’étions pas du tout en contact. Nous ne sommes toujours pas en contact aujourd’hui. J’étais tout le temps en tournée avec Opeth aussi. Je crois qu’il a déménagé en Uruguay au début, donc nous ne nous sommes pas vus pendant de nombreuses années. Nous avons pris des chemins différents dans la vie, mais tout va bien.

As-tu des nouvelles d’Opeth à nous donner ?

Nous continuons de nous parler. Nous attendons juste de pouvoir repartir jouer. Nous avons encore une grande tournée à faire avec le dernier album. Nous tournerons dès que nous pourrons. Nous prévoyons de tourner peut-être à la fin de l’année ou au début de l’année prochaine. Tout dépend comment évolue la pandémie. Le plan est de poursuivre la tournée.

Mikael n’a-t-il pas utilisé ce temps d’arrêt pour composer, comme tu l’as fait ?

Oui, mais pas pour Opeth. Il a travaillé sur d’autres trucs. Vous en entendrez bientôt parler !

Interview réalisée par téléphone le 16 juillet 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Sandra Artigas.

Facebook officiel de White Stones : www.facebook.com/WhiteStonesOfficial

Acheter l’album Dancing Into Oblivion.



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    The Old Dead Tree @ Savigny-Le-Temple
    Slider
  • 1/3