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Chronique   

White Void – Anti


Un croisement entre Blue Öyster Cult et New Model Army. C’est ainsi que le label Nuclear Blast présente le troisième projet intrigant de Lars Nedland, déjà à l’origine de Solefald et officiant depuis plus de vingt ans dans Borknagar. White Void devient le troisième récipient principal de la profusion d’idées de Lars, une lettre d’amour à l’occult-rock et à la new wave. Une expression rock immédiate aux mélodies parfaitement calibrées, loin des expérimentations et des contrées arides du black. Lars a su s’entourer de musiciens aux horizons divers, que ce soit le batteur Tobias Solbakk (Ihsahn), le guitariste blues rock Eivind Marum ou le bassiste Vegard Kummen. White Void veut incarner un espace, ce néant créé par la distorsion entre notre recherche perpétuelle de sens dans toutes choses et son absence dans l’univers. Une version de l’absurde selon Albert Camus en somme. Anti, le premier album de cette nouvelle entité, repose essentiellement sur le contraste où agressivité et mélodie sont deux jumeaux toujours en friction et jamais séparés.

Les premières notes de « Do. Not. Sleep. » constituent une mine d’informations concernant la démarche de Lars Nedland. Exit l’excentricité et les sonorités à géométrie variable de Solefald ou les accents rugueux et épiques de Borknagar. White Void mise sur des accords de guitare élancés, une voix haut perchée et des mélodies appuyées, entérinées même, par les claviers. La simplicité apparente de sa construction et l’emphase sur les lignes mélodiques nous renvoient effectivement aux années 70 et 80, une fusion entre un rock aux accents progressifs (le talent de soliste d’Eivind Marum est éclatant) et ces mélodies new-wave, le tout régi par une fibre artistique qui n’appartient qu’à son géniteur tant elle est reconnaissable. Là où l’entrain le plus franc conserve toujours une part de désenchantement. « There Is No Freedom But The End » accentue quant à lui le penchant le plus accrocheur de Lars, déjà perceptible sur certains titres de Borknagar, tels que « Lights ». « This Apocalypse Is For You » flirte parfois avec un rock survitaminé, le blues et presque le pop-punk par endroits avant de se laisser entraîner par des nappes de clavier et des phrasés langoureux. Eivind Marum endosse sans cesse le rôle de garde-fou, celui qui empêche White Void de trop abandonner son essence rock. Celle-ci est complètement protéiforme, parfois plus légère et enjouée, à l’instar de « The Shovel And The Cross », ou beaucoup plus grave via la solennité que dégage « Where You Go, You’ll Bring Nothing ». White Void profite ainsi d’une palette d’émotions très vaste dans un registre aux codes aisément identifiables.

C’est surtout la capacité de Lars Nedland de conserver une duplicité dans son écriture au sein d’un territoire presque inédit pour lui qui interpelle. La musique d’Anti repose autant sur des extensions d’un simple groove fondamental, comme les couplets de « There Is No Freedom Is The End », que des articulations plus complexes qui forment « The Fucking Violence Of Love », notamment sa conclusion cathartique dont la rythmique s’étoffe et s’intensifie progressivement en utilisant la versatilité de Tobias Solbakk. « The Air Was Thick With Smoke » alimente lui aussi la teneur progressive de l’opus via des passages nécessitant une mise en place millimétrée et une longue plage atmosphérique portée par des sonorités space rock voire électro et les phrasés jazz du batteur, succédant audacieusement un solo dans la plus pure tradition blues rock. White Void n’est pas Borknagar et il est pourtant facile de lui reconnaître un géniteur commun. Y compris lorsque Lars se laisse aller à quelques élans floydiens sur les phrasés de « All Chains Rust, All Men Die ».

White Void prouve avec Anti qu’on peut se montrer extrêmement prolifique tout en sachant compartimenter. Lars Nedland parvient à exprimer ses affects les plus éloignés du black metal et des musiques expérimentales en conservant ce qui fait sa force : une obsession systématique et presque inconsciente pour la mélodie, et évidemment sa voix. White Void n’a rien de véritablement inédit : il est une extension franche du caractère accessible de Borknagar. Une musique propice à une gratification plus aisée tant elle s’efforce de ne jamais laisser l’auditeur divaguer. Il y aura toujours un solo ou un clavier-grappin pour le ramener.

Clip vidéo de la nouvelle chanson « The Shovel And The Cross » :

Clip vidéo de la nouvelle chanson « This Apocalypse is For You » :

Clip vidéo de la nouvelle chanson « Do. Not. Sleep. » :

Album Anti, sortie le 12 mars 2021 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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