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Chronique   

White Ward – Futility Report


La scène metal extrême moderne déborde de chimistes qui fusionnent les styles musicaux dont les mariages paraissent impossibles… Ainsi on a pu voir émerger ces dernières années des formations alliant musique orientale et black metal, avec Melechesh et Arkan par exemple. Plus rare encore, trip-hop et metal avec les groupes français Naïve et Hypno5e, et même black dépressif avec le one-man band Netra. Concernant l’union entre jazz et metal extrême, celle-ci n’est pas nouvelle en soi : Ihsahn y avait déjà apporté sa patte avec les albums After et Eremita, et les norvégiens de Shining ont poussé le concept très loin avec leur Black Jazz, en y liant également une dimension industrielle. Mais l’année 2017 fait apparaître au grand jour le premier album des Ukrainiens de White Ward qui mènent cette expérimentation vers de nouveaux sommets, faisant de Futility Report un opus frais et surprenant.

L’univers de White Ward est incontestablement ancré dans le post-black, annoncé par l’atmosphère plantée dès le premier morceau « Deviant Shapes ». Sur un sample inquiétant avec une voix parlée et quelques notes de guitares, l’angoisse est prête à s’installer. Cette sous-branche dérivée du black metal est très exploitée pour dessiner une certaine introspection et un dialogue intérieur, souvent chez des protagonistes en état de crise et de débordement. Les textes ont une influence lovecraftienne où la décontenance psychique est mise en exergue. Le chant criard et particulièrement pénétrant d’Andrew Rodin le rappellera, s’ajoutant à une structure musicale complexe quoi que souvent entraînante, encore une fois peinte par les jeux de guitares empruntant leurs sonorités au black le plus viscéral, à la limite d’un post-rock aérien. On peut même relever un certain sens du groove, comme sur « Stillborn Knowledge » qui démontre une richesse musicale que l’on retrouve dans de nombreux groupes de black moderne (on peut notamment penser aux signatures de l’écurie française Les Acteurs De L’Ombre).

Sauf que dans ce premier album, les ukrainiens ne se contentent pas de porter une froideur musicale et de rester dans le spectre obscur du black metal. Comme pour calmer les ardeurs du chanteur au bord de l’implosion, des parties de saxophone viennent rajouter une chaleur des plus réconfortantes, faisant basculer les compositions vers des émotions à priori antagonistes. Mais cela est toujours mené de manière très habile, comme sur les deux premières pistes qui, dans leurs ascensions vers le chaos, se voient entrecoupées de passages presque exclusivement jazz. A contrario, le lancement de « Homecoming », délicat et élégant, avec samples électroniques et Fender Rhodes, se voit accompagné des premiers accords de guitare électrique annonçant la tempête qui se rabat. La basse est quant à elle bien mise en avant, avec un apport à la croisée des genres.

Les musiciens ne font pas que battre le chaud et le froid et n’hésitent pas à exploiter un jazz plus mélancolique (« Black Silent Piers »), tout comme ils usent du metal pour y rajouter une force et une véritable dynamique. Le morceau « Rain As Cure » est une courte pièce instrumentale replongeant l’auditeur dans le XXe siècle, que l’on peut facilement associer au décor d’une ville nocturne observée par la fenêtre d’un club de jazz, un verre de Martini à la main. Autre ambiance avec le morceau éponyme sur lequel se conclut l’album et qui ne manquera pas d’instaurer un certain sentiment de fatalité. D’abord lent, puis amenant progressivement l’agressivité, pour conclure l’œuvre sur un instrumental électro/metal subitement coupé, comme pour marquer la fin de la bande.

Futility Report n’est donc pas qu’un condensé de désespoir. L’opus ne se contente pas non plus de jongler entre les styles mais propose une véritable symbiose. Là où des groupes, dans leur fusion, ne prennent que des éléments de l’un ou l’autre registre musical, White Ward en saisi les codes respectifs pour les assembler. C’est ce qui fait sa force : des compositions naturelles et presque évidentes une fois la surprise du saxophone passée. Une œuvre noire, à la fois audacieuse et étonnante, mais pour autant pas inaccessible, quoi qu’il ne faille pas avoir peur de basculer dans une certaine folie…

L’album en écoute intégrale :

Album Futility Report, sortie le 12 mai 2017 via Debemur Morti Productions. Disponible à l’achat ici



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