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Chronique   

Whitesnake – Flesh & Blood


Whitesnake n’a pas vraiment leurré son monde. Il était difficile d’imaginer David Coverdale prendre sa retraite, même si ses problèmes de santé auraient pu sonner le glas du serpent. Que tout le monde se rassure, il n’en est rien. Après avoir ré-imaginé des classiques de Deep Purple avec The Purple Album (2015), Whitesnake a décidé de remettre le pied à l’étrier en proposant de nouvelles chansons originales : Flesh & Blood est ainsi le treizième album du groupe. La vision de David Coverdale est complétée par l’implication dans l’écriture du guitariste de longue date Reb Beach (désormais leader du groupe), déjà présent sur les albums Good To Be Bad (2008) et Forevermore (2011), et celle de son comparse Joel Hoekstra qui avait déjà réussi la prouesse de suppléer le départ de Doug Aldrich. Non, Whitesnake n’accuse pas le poids des années, Flesh & Blood le montre plus fringant que jamais.

Le titre d’introduction de l’album est on ne peut plus à propos. « Good To See You Again » pourra servir d’ouverture aux futurs concerts de Whitesnake, David Coverdale exhortant le public : « Good evening all you kings and queens, it’s good to see you again! ». La chanson est l’archétype d’un hard rock au savoir-faire en acier trempé, à même de fédérer les masses et de mettre tout le monde au diapason : Whitesnake ne feinte pas, Coverdale a envie de communiquer une énergie retrouvée. Dès la seconde salve « Gonna Be Alright », on se rend compte que Whitesnake cherche à diversifier son récital : exit le riffing acéré des premières secondes, « Gonna Be Alright » emprunte une voie plus mélodique avec un jeu de guitare qui brille par ses arpèges, dans l’esprit de Jimmy Page pour qui le titre a originellement été pensé, et des nappes de clavier au parfum eighties. La pseudo-quiétude de « Gonna Be Alright » se trouve interrompue par le relevé « Shut Up & Kiss Me » où l’on reconnaît toute la verve qui a fait la notoriété de Whitesnake et de la célébration de la femme, ses atours et atouts : un retour à l’esprit désinvolte des années 80 en somme. Il y a un côté « feel-good », festif, inhérent aux mélodies de Whitesnake avec une nouvelle fois le live en perspective. L’aspect hymnique de Flesh & Blood se trouve renforcé par « Hey You (You Make Me Rock) » et son riffing lourd, avec un phrasé de Coverdale qui ferait presque penser à du Alice In Chains par endroits, mais aussi des titres pleins d’énergie, tels que « Trouble Is Your Middle Name » ou le survolté « Get Up ».

Affirmer que Whitesnake sait composer des hits en puissance n’étonnera personne (mentionnons également le morceau éponyme, dans un esprit arena rock, ou « Well I Never » qui pèche toutefois par son refrain très répétitif). Ce qui ravit l’oreille, c’est réellement la singularité de chaque composition ; impressionnant lorsqu’on connaît la longévité de la formation (sans doute que l’apport du bassiste Michael Devin, du claviériste Michele Luppi présent depuis 2015 et de Joel Hoekstra permet de conserver une certaine fraîcheur). Si « Always & Forever » se veut embrasser l’esprit Motown, avec quelques accents soul dans la voix de Coverdale, c’est surtout de Thin Lizzy qu’on le rapprochera par sa tonalité joviale et ses harmonies de guitare. Évidemment, Whitesnake s’adonne à nouveau à des ballades, avec plus ou moins de réussite toutefois : quand l’acoustique « After All » apporte une certaine fraîcheur, laissant s’exprimer le talent d’Hoekstra à la guitare classique, « When I Think Of You (Color Me Blue) », avec les respirations sensuelles omniprésentes de Coverdale, sent quant à lui le cliché à plein nez. Certes le genre le nécessite, mais pas jusqu’à en accentuer les traits à outrance. « Heart Of Stone » réussit davantage à convaincre dans ce registre lent et mélodique, avec un refrain plus incarné et n’accusant pas l’apathie de « When I Think Of You (Color Me Blue) ». Il est aussi l’occasion de témoigner d’un des plus beaux solos de l’opus. Whitesnake parvient même à frôler l’épique sur ce titre ainsi que sur la conclusion orientalisante et assez inédite « Sands Of Time » (avec un petit côté « Kashmir » jusque dans les arrangements), qui révèle les aspects progressifs de la musique du combo.

Flesh & Blood fait bien plus que respecter l’héritage immense de Whitesnake. Il est la preuve que la formation emmenée par David Coverdale est plus que jamais au sommet de son art. Flesh & Blood propose un hard rock incarné, inspiré, puisant dans la pléthore d’influences des musiciens qui le composent. On pourra peut-être accuser le genre d’avoir vieilli, mais on ne peut vraiment pas en dire autant de Whitesnake.

Chanson « Hey You (You Make Me Rock) » en écoute :

Chanson « Trouble Is Your Middle Name » en écoute :

Clip vidéo de la chanson « Shut Up & Kiss Me » :

Album Flesh & Blood, sortie le 10 mai 2019 via Frontiers Music Srl. Disponible à l’achat ici



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  • plus qu agreablement surpris par ce dernier album , j avais bien aimé  » forevermore  » avec quelques titres sublimes , dont le titre eponyme…. mais je crois que celui ci le depasse de la tete et des épaules , je pense qu il a fait un resumé de toute sa carriere en un album , le coté  » blues rock couillu  »
    gonna be allright , hey you ( une tuerie )….LE hair metal 80 …..et ca lorgne meme du coté de …..simon and garfunkel , si si , sur after all , mon préféré depuis ..slide it in , c est dire

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  • J’ai beaucoup aimé Whitesnake au début des ’80s , période Lord/Paice/Moody/Marsden/Murray. Coverdale était au top. 1987 a aussi fait partie de mes album favoris pendant de nombreuses années bien que radicalement différent de la période Blues Rock précédente.
    John Sykes a marqué à jamais l’ histoire du groupe , trop pour Coverdale qui a vu le blond guitariste ultra-doué prendre trop la lumière et du coup le remercié en le spoliant financièrement pour ensuite monté de toute pièce un groupe 100 % marketing sans âme.
    Et tout s’est arrêté : Coverdale est planté cette période party-time et s’efforce en vain de faire revivre l’ époque Sykes , sans Sykes. Et ça ne fonctionne pas.
    Il en oublie sa première période ou la mélodie et le groove primaient.
    En écoutant les 3 titres publiés , la recette est toujours la même : sa voix n’est pas doublée en studio, mais décuplée bien trop souvent. fatiguant à l’ écoute. Des refrains téléphonés sur des thèmes cent mille fois abordés.
    Le mixage est froid , résultant d’un travail synthétique abusif sur la voix, car on le sait tous , Davis n’en a plus. En concert, il est appuyé par tous le monde sauf Aldridge, y compris le public, des backings seraient balancés des backstages …
    Ce registre ne lui convient plus alors qu’il a le talent pour faire autre chose de bien plus intéressant.
    On pourrait aussi évoqué les derniers artworks et leurs manque d’inspiration évident. il suffit de souvenir de toutes les pochettes magnifiques jusqu’à Slide It In. Depuis , on a le droit à ce sceau circulaire.
    Il devrait refaire quelque chose de plus intime et plus profond , dans la veine d’ Into The Light , son dernier et excellent album solo sortit en 2000.
    Tout les musiciens ont de quoi produire bien mieux.Reb Beach l’a démontré avec les deux derniers albums de Winger. Kip a su évolué en laissant tomber le Hair Metal pour proposé aujourd’hui une musique de très bonne qualité.
    Le bon cap serait à chercher du coté d’ Inglorious.

    Le talent est pourtant là , c’est con.

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