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Interview   

Whitesnake : plaisir et vitalité


David Coverdale, prendre sa retraite ? Certainement pas ! Et s’il a pu avancer l’idée il y a quatre ans, on ne l’y reprendra plus. Même si sa santé a fait des siennes ces dernières années, avec une arthrose dégénérative lui ayant valu une opération des deux genoux, le frontman nous revient en pleine forme avec un douzième album de compositions originales sous la bannière Whitesnake, intitulé Flesh & Blood, et il est prêt à repartir sur les routes. A l’écoute du seul single « Shut Up & Kiss Me », délicieusement eighties, festif, sexy, et à la vue du clip où il ressort sa vieille veste bleue et la mythique Jaguar, on le croirait presque avoir retrouvé sa jeunesse.

Certes, le guitariste Doug Aldrich, qui avait relancé le Serpent Blanc de la plus belle des façons dans les années 2000, n’est plus de la partie, mais s’arrêter là serait oublier que toute la carrière de Whitesnake a été marquée par un défilé de guitaristes tous plus talentueux les uns que les autres. Avec Joel Hoekstra, qui a déjà fait ses armes sur The Purple Album, et le désormais vétéran Reb Beach qui prend le lead, nul doute que Whitesnake est entre de bonnes mains. Nous en parlons ci-après avec David Coverdale.

« Ma femme m’a ordonné d’arrêter d’utiliser le mot ‘retraite’, elle a dit : ‘Il n’arrête pas de revenir te hanter !’ J’ai essayé de prendre ma retraite plus souvent que Frank Sinatra ! Et apparemment, j’ai toujours toute la passion, l’excitation et les jus créatifs, et heureusement, physiquement, même à ce stade de ma vie, j’arrive encore à déchirer ! [Rires] »

Radio Metal : Comment vas-tu ?

David Coverdale (chant) : Je vais extraordinairement bien ! Je dois dire que tout le jardin est en fleur. Ma santé, mon travail, tout semble aller dans le bon sens pour la tournée mondiale ! C’est une époque fabuleuse pour moi. Nous avons eu des retours extraordinairement positifs au clip de « Shut Up & Kiss Me », principalement sur YouTube, évidemment. La chanson a été ajoutée dans les playlists principales sur plein de stations de radio partout dans le monde, ce qui est très gratifiant, et ils l’ont fait très rapidement. Nous avons sorti aujourd’hui l’édition anniversaire des trente-cinq ans de Slide It In, ce qui est très excitant pour moi, et nous nous préparons à partir à Los Angeles pour commencer les répétitions pour la tournée mondiale de Flesh & Blood, que nous allons amener au Hellfest !

La dernière fois qu’on s’est parlé, à l’époque de The Purple Album, tu nous as dit que tu ne savais pas si ceci allait être le dernier album de rock que tu ferais et la dernière grosse tournée, mais que c’était très probable, car tu as très conscience de ton âge. Et en 2016, tu as annoncé que tu cherchais à mettre un terme à ta carrière après la tournée en soutien de The Purple Album. Mais voici que débarque Flesh & Blood, le treizième album de Whitesnake. Donc, je suppose que tu n’étais pas prêt à abandonner le rock et à prendre ta retraite… Est-ce plus dur de prendre ta retraite que tu l’aurais imaginé ?

Ouais ! [Rires] Ma femme m’a ordonné d’arrêter d’utiliser ce mot, elle a dit : « Il n’arrête pas de revenir te hanter ! » J’ai essayé de prendre ma retraite plus souvent que Frank Sinatra ! Et apparemment, j’ai toujours toute la passion, l’excitation et les jus créatifs, et heureusement, physiquement, même à ce stade de ma vie, j’arrive encore à déchirer ! [Rires] C’est très, très gratifiant. C’est assez dingue parce que l’idée, si tu te souviens quand nous nous sommes parlé la dernière fois, Nicolas, Jon Lord m’avait appelé en 2012 pour me dire qu’on lui avait diagnostiqué ce terrifiant cancer pancréatique – le cancer, c’est très mauvais, quel qu’il soit, mais celui-ci te met particulièrement à rude épreuve –, et il m’a dit : « Quand je me serai débarrassé de ça, est-ce que tu seras là pour moi, Davy, pour faire quelque chose lié à Purple ? » J’ai dit : « Jon, je suis là pour toi dès que tu en as besoin, pour tout ce que tu veux. » Comme tu le sais, on l’a perdu. Donc, pendant qu’il faisait face à cette horrible maladie… Je ne suis pas un mec nostalgique, Nicolas, donc j’ai déterré les vieux albums de Purple que j’ai faits et j’étais là : « Wow, j’avais vingt et un, vingt-deux ans ! C’est l’âge de mon fils bon sang ! Les chansons ne sont pas mauvaises après quarante et quelques années ! Il est clair que j’aimerais, avec l’expérience que j’ai, changer certains de ces trucs et les rendre plus actuels. » Encore une fois, on a perdu Jon, et je ne sais pas si tu te souviens, mais ma femme a perdu un frère et j’ai perdu une tante bien-aimée, qui m’avait fait découvrir les débuts d’Elvis Presley, Little Richard, etc., c’était une énorme perte pour moi, et tout ça était dans une très courte fenêtre de temps. Ma femme et moi disions : « Qu’est-on censés apprendre de cette période horrible ? »

Ma révélation était… Je n’ai pas envie d’entendre que quelqu’un de proche est mort ! J’arrive à un âge où les gens commencent à mourir autour de moi. Donc j’ai ressenti qu’il était très important pour moi de prendre contact avec plein de gens dans ma vie privée à qui je n’avais pas parlé pendant trente, quarante ans, rien que pour leur rappeler que je les aime, et pour les remercier pour toute l’aide qu’ils m’ont donnée dans l’aventure de ma vie, et bien sûr, une de ces personnes était Ritchie Blackmore. Ritchie et moi avons été des ennemis jurés, malheureusement, pendant trente ans. J’adorais Ritchie et j’adorais Jon ! Donc la raison que j’avais de contacter Ritchie était pour partager les condoléances et enterrer la hache de guerre, enterrer les énergies négatives. Heureusement, il était très touché et nous avons commencé à beaucoup communiquer, et ensuite son manageur m’a demandé si je serais intéressé pour faire quelque chose avec Ritchie. J’ai dit : « C’est extrêmement tentant, mais je suis très content avec ce que je fais. Mais j’ai déjà commencé à travailler sur différentes idées. » Et à cette époque, j’ai eu une idée pour « Sail Away », j’ai pensé que ça ferait un joli duo avec sa femme Candice, et ce serait très proche de ce que Ritchie adore faire aujourd’hui, c’est-à-dire cette belle musique de la renaissance. Mais vraiment, ma décision était basée sur le fait que j’adore Whitesnake, et être mon propre patron ! Ma femme et moi dînions et j’ai dit : « C’est vraiment dommage, certains de ces nouveaux arrangements que j’ai sont vraiment cool ! » Elle a dit : « Pourquoi ne fais-tu pas ça pour un album de Whitesnake ? » Donc tu peux imaginer, comme nous en avons discuté avant, que ceci aurait été une super façon de quitter la scène rock comme j’y suis entré, avec la musique de Deep Purple ! Mon hommage à mes collègues pour cette incroyable opportunité qu’on m’a donnée.

Mais ça a été un tel succès ! Nous avons tourné deux ans pour le défendre, le succès était incroyable ! En 2017, il était évident que je devais subir une opération chirurgicale pour me faire remplacer les deux genoux. Je souffrais d’arthrose dégénérative et ça faisait une décennie que ça empirait progressivement. Donc, je ne savais pas vraiment ce que le futur me réserverait, mais mes amis chez Frontiers m’ont contacté et ont dit : « As-tu envie de faire un autre album de chansons originales ? » J’ai dit : « Eh bien, je n’y ai pas réfléchi », mais je leur ai fait savoir – parce que nous sommes amis – que j’avais besoin de subir une opération très invasive et que je ne savais pas comment ça allait se passer. Mais j’ai fini par écrire dix-huit nouvelles chansons en 2017 avec Reb Beach et Joel Hoekstra. Non seulement ça, mais nous avons également sorti l’album live du Purple Tour, le livre du Purple Tour, qui est épuisé, le coffret pour les trente ans de l’album de 87, ainsi que le coffret Unzipped. C’était une période incroyablement créative, compte tenu du fait que j’étais en kinésithérapie chaque jour pendant plus d’un an ! Donc je vais arrêter de parler de retraite maintenant, je saurai quand ça sera fini.

« Il n’a jamais été demandé à quelque membre de Whitesnake que ce soit de jouer comme un prédécesseur. Ils ont tous été invités à rejoindre Whitesnake parce que je trouvais qu’ils sont super et je pensais que Whitesnake serait super pour eux, et qu’ils pouvaient apporter une vision fraîche à Whitesnake. »

L’album était originellement prévu pour le printemps 2018, puis l’été 2018, mais il a ensuite été repoussé à cette année. Il sort donc presque un an après la date originellement prévue. Apparemment, vous avez été retardés par de sérieuses pannes techniques…

Oui, et par les problèmes de santé ! J’étais tellement épuisé par le lourd processus de guérison, qui a débordé sur 2018, et mon système était tellement faible que j’ai été pris pour cible par cette terrifiante grippe mortelle, ce virus H3, qui a fait le tour de la planète et a tué des milliers de personnes, et ça m’a immobilisé pendant six à huit semaines ! Donc pendant ce temps, le projet était en suspens. Et nous avions commencé à faire le clip de Flesh & Blood en janvier 2018, mais tout a dû s’arrêter parce que David est tombé malade. Les gens chez Frontiers ont été très patients. Avec mes nouveaux genoux, j’avais peur de programmer une tournée mondiale, Nicolas. Donc, mon ami Mick Jones, qui a travaillé avec Johnny Hallyday il y a de nombreuses années, avant de former Foreigner, et qui était aussi dans Spooky Tooth, m’a invité à participer à leur tournée des grandes salles l’année dernière, en tant qu’invité spécial, et j’avais juste à faire une heure. J’ai donc parlé à mon chirurgien, j’ai dit : « Tu crois que je peux faire ça ? » Il a dit : « Eh bien, j’aurais préféré que tu attendes 2018. Simplement, ne te contorsionne pas trop et ne fais pas trop de mouvements de rotation », or c’est précisément ce que je fais sur scène ! [Rires] Je suis donc très content de dire que ça a été une réussite.

Mais ouais, nous avons aussi eu une panne technique : tout mon studio est digital et il s’est écroulé, il a crashé ! L’ordinateur a craché quand on s’y attendait le moins ! Pendant presque deux mois, nous ne savions absolument pas si nous avions perdu l’album et si nous allions devoir tout recommencer. Mais heureusement, nous avons fait intervenir des experts pendant que nous tournions, et ils ont récupéré le travail. Dieu merci ! Frontier et moi sommes amis, donc ils ont été patients. L’idée d’origine est que le contrat était prévu pour onze chansons sur l’album standard et treize pour la version deluxe. Donc, en témoignage de mon incroyable appréciation et reconnaissance pour la patience dont Frontier et les fans de Whitesnake – qui ont toujours été d’un grand soutien et compréhensifs – ont fait preuve, j’ai rajouté deux chansons supplémentaires. Je crois que tu as les treize morceaux, c’est le CD standard, et la version deluxe a quinze chansons, et ce sont toutes de bonnes tranches de Whitesnake. Je suis extrêmement content !

Les précommandes sont extraordinaires, Nicolas, le clip a vraiment gonflé les gens à bloc, avec huit cent mille vues en trois semaines, ce qui est très positif pour un groupe de classic rock, et les billets pour la tournée se vendent super bien. Je crois que le Hellfest est déjà complet, n’est-ce pas ? C’est fantastique ! J’ai eu le plaisir d’être là-bas il y a quelques années. Est-ce que c’était pour le Purple Tour que j’ai fait le Hellfest en 2015 ? Oh, c’était même encore avant ! C’était génial ! Donc ça sera excitant. Je suis un grand fan de votre pays et de votre culture, comme vous le savez tous. Je pense que ma femme va m’accompagner parce qu’en fait, elle est convaincue d’être une Française [rires]. Elle a été à Versailles et a dit : « Oh mon Dieu, je me suis tellement sentie chez moi ! » [Rires] Quel est ton morceau préféré dans l’album ?

« Gonna Be Alright » est une chanson très sympa, « Shut Up & Kiss Me » est un excellent single, « Trouble Is Your Middle Name »… C’est un album bien rempli avec des chansons assez différentes !

Ouais, et je pense que c’est une œuvre très cohérente. Comme je l’espère toujours, chaque musicien a l’opportunité de briller individuellement. Si tu écoutes bien, Tommy Aldridge est incroyable ! Mais autant les individus brillent, autant en tant que collectif, c’est presque aveuglant tellement c’est éclatant et c’est magnifique, pour moi, que l’album embrasse tous les chapitres et fils conducteurs que j’ai toujours voulus depuis le tout début. Il y a une chanson comme « Always And Forever », qui est liée à « The Time Is Right For Love », mon hommage en quelque sorte à la musique Motown. Si tu retires les harmonies de guitare de Joel, y mets des cordes et épures la batterie, c’est une chanson que The Four Tops aurait pu avoir enregistrée à l’époque de Motown dans les années 60. Il y a des ballades de Whitesnake, avec « After All » et « When I Think Of You (Color Me Blue) ». Il y a du blues rock, de gros riffs, et des chansons épiques, bien sûr, avec « Heart Of Stone » et « Sands Of Time ». C’est l’éclate cet album pour moi ! J’espère réussir à doucement convaincre Tommy Aldridge de faire son solo de batterie dans la chanson « Get Up » [rires], après trente ans à le faire dans « Crying In The Rain ». Cet album est tellement frais pour moi et pour le groupe, et le succès du clip a injecté une bonne dose d’énergie positive dans chaque membre du groupe, Nicolas. Ça va forcément se voir dans nos prestations une fois que nous commencerons la tournée.

« Je suis absolument émerveillé par les femmes, de toutes formes, tailles et âges. Je vois de la beauté dans cet être capable de créer un autre être humain. C’est époustouflant pour moi. »

Ceci est le premier album de chansons originales depuis que Doug Aldrich a quitté le groupe. Vu que tu avais co-composé les deux derniers albums avec lui, tu as dû reconfigurer la dynamique interne du groupe, et en l’occurrence, Reb Beach a pris de l’importance en devant le leader du groupe, pour le guider afin d’implémenter ta vision, et en plus de ça, il a co-composé cinq chansons sur l’album – les toutes premières qu’il compose pour Whitesnake. Ça fait dix-sept ans que Reb est dans Whitesnake, donc as-tu découvert une alchimie avec lui dont tu n’avais pas forcément conscience jusqu’à présent ?

Mon Dieu, ouais, dix-sept ans ! Tommy Aldridge, ça fait plus de trente ans. Tommy est le membre de plus longue date de Whitesnake et Reb est le second. Rien ne pourrait me faire plus plaisir. C’est une belle âme. Quand je parlais à Frontiers d’un potentiel nouvel album de chansons originales, j’ai dit : « J’ai un tas d’idées… » J’écris constamment, Nicolas. J’ai une merveilleuse muse qui me chuchote sans arrêt des choses à l’oreille, et je suis là : « Oh ! D’accord… Ça sonne bien ! ‘Shut Up & Kiss Me’ ! » [Rires] J’ai dit que l’autre chose que je voulais faire était de me poser avec Joel et Reb, séparément, pour voir si nous pouvons avoir cette conversation musicale, car c’est ainsi que je vois l’écriture. Je suis un compositeur complet, comme je l’ai prouvé pendant près de cinquante ans, mais être un compositeur, c’est un boulot où on se sent seul. Donc, pour moi, le fait de partager l’expérience, et parce que, évidemment, j’adore Jimi Hendrix, qui est une énorme influence sur moi… Je veux dire qu’il maîtrisait cette âme hard rock, rhythm n’ blues, et les gros riffs, ainsi que cette vision électrisante. C’est donc une grosse influence pour moi, tout comme le tout premier Allman Brothers Band, avec Duane Allman, que j’avais en la personne de Micky Moody, et Dickey Betts, que j’avais en la personne de Bernie Marsden, et ensuite, quand Jon Lord est arrivé, j’avais cet énorme son d’orgue à la Gregg Allman. J’étais donc extraordinairement heureux ! J’ai adoré tous les chapitres de Whitesnake, Nicolas. J’ai eu beaucoup de chance d’avoir travaillé avec des gens et des musiciens extraordinaires ; tout le monde a apporté quelque chose à Whitesnake, et j’espère que Whitesnake le leur a donné quelque chose en retour.

Doug Aldrich et moi étions de grands amis et il y avait une fabuleuse énergie créative entre nous. Nous avons écrit deux albums très positifs avec Good To Be Bad et Forevermore. J’estime énormément le temps que nous avons passé ensemble. Mais le moment était venu pour un changement pour lui et pour moi aussi. Donc, tout de suite, j’ai fait de Reb Beach le leader du groupe, et nous avons commencé à chercher un nouveau claviériste et un nouveau guitariste. Mais je n’étais vraiment pas pressé parce que j’étais en train d’assembler le squelette de The Purple Album. Donc quand Joel est arrivé, une grande part de ce que Joel a joué durant son audition est sur l’album ! [Petits rires] Il est arrivé et nous a tous mis sur le cul. C’est un super musicien, et un grand bravo pour lui parce que Doug était extraordinairement populaire dans Whitesnake, c’était indéniable, c’est un musicien très populaire, et Joel est arrivé et a assuré ! Le public l’a tout de suite adopté parce qu’il déchire ! Il ne joue pas comme Doug, il n’essaye pas d’être Doug. Il n’a jamais été demandé à quelque membre de Whitesnake que ce soit de jouer comme un prédécesseur. Ils ont tous été invités à rejoindre Whitesnake parce que je trouvais qu’ils sont super et je pensais que Whitesnake serait super pour eux, et qu’ils pouvaient apporter une vision fraîche à Whitesnake. Toutes les chansons, selon moi, sont l’œuvre de musiciens vraiment très cool. C’est un album parfait de Whitesnake, pour moi, et je pense savoir de quoi je parle ! C’est moi qui ai fondé ce groupe, c’est mon bébé ! [Rires]

En écoutant des chansons telles que « Gonna Be Alright » ou « Shut Up & Kiss Me » – surtout avec le clip vidéo où tu ressors la Jaguar de « Here I Go Again » –, on a presque l’impression d’être renvoyé en 1987. Y avait-il un désir conscient de revisiter ce son, ce feeling, qui t’a apporté le plus de succès, ou bien est-ce venu de façon organique ?

Non, pas du tout. Mon idée du progrès, c’est d’essayer d’avoir un meilleur texte, une meilleure mélodie, une meilleure chanson que dans l’album précédent. Je n’ai pas envie de revenir sur certains albums et de dire : « Oh mon Dieu, il faut qu’on recrée ça ! » Ce n’est absolument pas ma vision des choses. Littéralement, Frontiers a choisi la chanson pour le clip après avoir entendu certaines des démos, et parce que ce sont des étalons italiens et des latinos lover, ils ont dit : « Oh ! ‘Shut Up & Kiss Me’, bébé ! » Donc, je me suis posé avec mon jeune réalisateur visionnaire et incroyablement créatif, Tylor Bourns, et j’ai dit : « J’ai l’impression d’entendre un groupe dans un club… » Nous avons pris certains films comme référence, il avait un carnet de croquis, moi aussi, et nous avons fait, en gros, ce que George Lucas et Steven Spielberg font : une sorte de BD de ce qu’on veut voir en termes de scènes, et ça aide beaucoup, mais nous laissons toujours de la place pour l’improvisation. Donc j’ai dit : « D’accord, qu’est-ce qu’on va utiliser ? On a l’idée d’avoir tous ces gens magnifiques, d’âges et de cultures différents, dans la foule. Qu’est-ce qu’on peut faire ? » C’était encore une fois ma muse qui disait : « Pourquoi ne sors-tu pas la Jag de l’entrepôt pour relier ce clip à l’ancien ? » Et j’étais là : « Pourquoi pas ? » Tylor a trouvé que c’était une super idée. La seule chose sur laquelle nous nous sommes interrogés, c’était quand tous les figurants arrivaient, ils étaient tous impressionnés par la Jaguar originale, elle est vraiment emblématique, ils voulaient tous être pris en photo à côté, ce qui était adorable, et avec Tylor, nous nous sommes dit : « Eh bien, ça pourrait être très amusant ! » Donc, si tu regardes le clip depuis le début, je m’arrête et sors de la voiture, on entend un crescendo orchestral arriver, c’est presque comme si c’était en 87 et que j’étais propulsé en 2019, c’est là que le groupe débarque. Je trouve que ça fonctionne vraiment bien. Tous les gens se sont éclatés là-bas.

C’est une affaire familiale : mon fils est dans le clip avec sa petite amie, c’est la fille dans le magnifique costume plein d’éclat, et ma femme apparaît à la fin, elle rentre à la maison avec moi dans la Jag [rires]. Qu’est-ce qu’on aurait pu faire d’autre ? Je veux dire que j’ai soixante-sept ans ! Est-ce que David est toujours censé chopper la fille ? Non, je laisse ça à mon fils. La plupart des gens captent le côté fun, à part quelques rabat-joie. Très franchement, ils gâchent leur haine. Je n’ai pas la moindre putain de seconde à leur consacrer. Ils sont incapables de pénétrer la bulle dorée dans laquelle je suis dans ma vie, pleine de joie et d’amusement ! Donc nous avons dit à tout le monde de ne pas essayer de faire ce que Tawny [Kitaen] a fait dans le clip de « Here I Go Again », car c’était unique et extrêmement courageux, et elle a apporté une magnifique présence aux clips de Whitesnake à cette époque ; nous étions le couple de l’année dans Rolling Stone, battant Madonna et Sean Penn, et je ne suis pas sûr que Madonna me l’ait pardonné, d’après ce que m’a dit Sean Penn [rires]. Il n’y a aucun irrespect envers qui que ce soit ou quoi que ce soit lié au clip de « Here I Go Again », c’est purement pour s’amuser. Je rentrais encore dans la veste – ce qui est incroyable après plus de trente ans –, j’ai toujours la voiture, alors merde ! Pourquoi pas ? J’ai payé pour l’entrepôt de la voiture, les taxes et l’assurance tous les ans, donc il était temps qu’on la rentabilise [rires].

L’amour et les femmes ont probablement été le sujet numéro un de tes chansons, et c’est toujours le cas aujourd’hui. Mais parle-t-on de l’amour et des femmes de la même manière à soixante-sept ans qu’à, disons, trente ans ?

Je vais te dire : rien n’a changé pour moi. Je suis absolument émerveillé par les femmes, de toutes formes, tailles et âges. Je vois de la beauté dans cet être capable de créer un autre être humain. C’est époustouflant pour moi. La plupart de mes chansons au cours de la dernière décennie voire plus, je crois à commencer par l’album de Coverdale/Page, ont été inspirées par ma femme, Cindy. Après presque trente ans, nous vivons toujours une expérience extraordinairement comblée ensemble. Donc je suis très content de ne pas avoir laissé tomber la valse horizontale [rires], ou si on se réfère à l’origine du nom rock n’ roll : c’est une expression afro-américaine pour désigner le sexe à l’époque du jazz et du blues. Dieu merci ! Je ne sais pas ce que je ferais sans ça !

Interview réalisée par téléphone le 8 mars 2019 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Katarina Benzova.

Site officiel de Whitesnake : www.whitesnake.com

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