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Interview   

Whitesnake : quand le serpent blanc revêt son manteau pourpre


David Coverdale - Whitesnake by Mark Weiss« Non, rien de rien, non, je ne regrette rien » chantait Édith Piaf, et chante aujourd’hui David Coverdale après s’être replongé dans son passé lointain pour assembler The Purple Album, le nouvel album de Whitesnake constitué de chansons de Deep Purple, de l’époque où il y officiait, revisitées par son talentueux groupe. C’est donc avec un plaisir non feint qu’on l’écoute nous parler de la genèse étonnante de ce disque mais aussi de ses souvenirs de l’époque 1973-1976, de ses relations avec Ritchie Blackmore et feu Jon Lord, de ce que tout ceci lui a apporté, de sa sincère et éternelle reconnaissance… Quarante ans après, Coverdale reste passionné comme au premier jour par la musique et l’idée de créer. Ce même s’il a conscience que le temps file et qu’on devine qu’il se pose aujourd’hui des questions par rapport à ce dont son avenir devra être fait. Il est probable que ce Purple Album soit son dernier album rock, nous avoue-t-il, sans toutefois se montrer bien sûr de lui.

En tout cas, c’est là son premier opus depuis le départ du guitariste Doug Aldrich qui avait ré-embrasé le feu dans la musique de Whitesnake le temps de deux albums, le premier avec son nouveau guitariste Joel Hoekstra dont il s’émerveille des talents de musicien classique, y voyant, peut-être, une ouverture vers une musique plus acoustique et intimiste. De tout ça, il nous en parle aussi.

Avec David Coverdale, les questions sont superflues ou presque, elles ne sont que prétextes pour le relancer pendant qu’il nous conte son histoire, faite de détours et déviations, avec une bonne tranche de franchise, d’élégance envers ceux dont il parle et d’humour, et faisant ressortir de temps à autre son côté Columbo en nous parlant de sa femme qui semble beaucoup compter pour lui. Et pour amorcer le récit, le poète ne nous parle cette fois-ci pas d’Häägen-Dazs mais de petits oiseaux bleus…

Whitesnake by Ash Newell

« La vie est trop courte et trop précieuse pour retenir de l’animosité, de la colère, du ressentiment, de l’amertume… C’est ce qui donne une sale gueule aux gens lorsqu’ils vieillissent [rires] ! »

Radio Metal : Comment vas-tu ?

David Coverdale (chant) : Tu sais quoi ? Je suis si excité que j’ai des oiseaux bleus qui s’envolent de chaque orifice ! On devrait donc s’amuser ! Je viens de passer deux jours à la maison avec ma magnifique femme qui a dû subir une petite intervention chirurgicale et autant je l’aime énormément, autant je suis content de ne plus jouer les infirmiers [rires].

Tu as un nouvel album qui sort avec Whitesnake qui s’intitule The Purple Album. Il est constitué de chansons de Deep Purple revisitées. Apparemment tout a commencé avec le désir de Jon Lord de lancer une sorte de reformation du Deep Purple Mark III, mais il est malheureusement décédé avant que ça ne puisse se faire. Penses-tu que c’est parce qu’il avait un amour particulier pour cette période de Deep Purple ou même qu’il regrettait que ça n’ait duré que si peu de temps ?

N’oublie pas que Jon et moi, et Ian Paice, nous avons eu le plaisir de travailler ensemble significativement plus longtemps dans Whitesnake. Crois-moi, trois ans dans Deep Purple équivalent à trente ans dans l’armée [rires] ! Donc, ouais, la graine a été effectivement semée par Jon, par un représentant de Jon qui m’a appelé en 2012 et m’a parlé du diagnostic de Jon, le fait qu’il avait un cancer – ce qui est terrifiant d’apprendre ça pour quelqu’un que tu aimes et bien trop fréquent, bien sûr. Il m’a demandé si, lorsqu’il s’en remettrait, je serais prêt à faire une sorte de reformation de Deep Purple. Je ne suis pas sûr que c’était spécifiquement Mark III mais j’ai dit : « Oui ! Absolument, je serai là pour toi. » Et malheureusement ensuite, évidemment, la nouvelle de son décès est tombée. Tristement, en même temps, l’un des frères de ma femme est aussi décédé, de même que ma tante Sylvia, qui m’avait fait découvrir Elvis Presley et Little Richard quand j’étais enfant et qui m’avait immédiatement marqué, et c’est toujours le cas… Tu sais, tout ces gens que nous aimions et chérissions dans la famille sont partis en très peu de temps. C’était donc très, très triste chez les Coverdale. Et ma femme et moi parlions un soir, nous demandant : « Qu’est-ce qu’on est censé apprendre de ça ? C’est tellement extrême d’être balancé dans un tel chagrin ! » Et la grande révélation pour moi, Nicolas, c’est de se dire que la vie est trop courte et trop précieuse pour retenir de l’animosité, de la colère, du ressentiment, de l’amertume… C’est ce qui donne une sale gueule aux gens lorsqu’ils vieillissent [rires] ! C’est uniquement à chacun de décider s’il souhaite porter cet excédant émotionnel. Et moi, je ne voulais pas. Je me suis donc mis en tête de faire de la réconciliation, et j’ai commencé à appeler et reprendre contact avec des gens que je n’avais pas vu depuis quarante ans ou avec lesquels j’avais travaillé ou simplement connu en tant qu’amis ou membres de la famille, juste pour dire : « Écoute, je suis désolé si je t’ai blessé. Sache simplement que je t’aime. Peut-on faire table rase du passé ? » Presque tout ceux à qui j’ai parlé ont été très positifs et très contents qu’on se serre la main et qu’on avance. Pour certains ça a marché, ce qui évidemment n’est pas un problème parce que j’ai fait l’effort de faire ça, ce n’est donc pas moi qui vais porter le fardeau merdique, tu vois ? Mais l’une des personnes que je voulais joindre était évidemment Ritchie Blackmore, et il y a deux raisons à ça : l’un, c’était que je voulais partager la peine et compatir à la perte de notre ami mutuel et collègue Jon Lord, et l’autre chose était en fait de personnellement remercier Ritchie, plutôt qu’il le lise dans une interview, pour dire : « Un énorme putain de merci d’avoir eu le courage de donner à un chanteur inconnu une telle opportunité en or, et cette opportunité m’a permis d’embarquer dans un voyage que je poursuis encore aujourd’hui ! » Ces choses étaient donc importantes pour moi, et c’était mon seul ordre du jour.

Après avoir communiqué avec Ritchie pendant un moment, il m’a demandé si je pouvais parler à son manager. Vers fin 2012, début 2013, et pendant la première moitié de ma tournée mondiale Year Of The Snake, je communiquais avec Ritchie, sa femme et son manager Carole [Stevens]. Et Carole m’a demandé si je serais intéressé pour faire une sorte de projet avec Ritchie. Et j’ai dit : « Quoi ? Un truc sous la bannière Deep Purple ou bien un projet Blackmore/Coverdale, comme je l’ai fait avec Jimmy Page ? » Pour moi, un projet Blackmore/Coverdale aurait été vraiment intéressant parce que nous aurions pu jouer du Whitesnake, du Rainbow et du Deep Purple ; ça aurait pu être une expérience musicale vraiment intéressante. Ensuite elle a dit : « Ritchie veut savoir avec qui tu aimerais travailler : Roger [Glover] ou Glenn [Hughes] ? » J’ai dit : « Glenn, évidemment ! » Parce que c’est mon âme sœur, pour autant je respecte et j’aime Roger avec qui j’ai travaillé sur deux albums solo. Et j’ai suggéré Keith Emerson en tant que claviériste parce qu’il y avait une rivalité amicale entre Jon Lord et Keith Emerson à l’époque, et je pense que les fans de Deep Purple de cette période auraient accepté le génie de Keith Emerson en tant que membre de Deep Purple, tu ne penses pas ? Tu sais, c’est un musicien extrêmement doué ! Mais plus nous avancions dans la conversation et dans les discussions, plus nous nous éloignions de ma vision. Ça allait être un projet très ponctuel, et pour que j’arrête ce que je fais avec Whitesnake, il fallait que ce soit important, que ce soit quelque chose de conséquent. Donc après avoir bien réfléchi, j’ai dit : « Écoutez, je me retire respectueusement de ce projet. »

A cette époque je n’avais pas prévu de faire cet album hommage mais, dans le même temps, pendant que Ritchie et moi communiquions, je faisais des recherches dans nos travaux, parce que je ne suis pas quelqu’un de nostalgique, Nicolas. Donc pour ma part, il a fallu que je revienne quarante ans en arrière pour écouter les albums Burn, Stormbringer et Come Taste The Band, pensant : « Oh mon Dieu ! J’étais tellement putain de jeune et naïf ! J’espère que Ritchie est prêt à donner un coup de peinture fraiche à ces chansons ! » [Petits rires] Et bien sûr, j’ai travaillé sur l’arrangement d’une de ces chansons que nous avions écrite ensemble et qui s’appelle « Sail Away », et j’ai pensé que ce serait une merveilleuse chanson acoustique, presque un continuo de ce que Ritchie fait aujourd’hui avec la musique de la Renaissance. Parce qu’une bonne part de la musique que Ritchie et moi avons écrit était basée sur la musique folk anglaise, avec ce genre de structure musicale. Tout ce que nous faisions était juste de la jouer putain de forte ! [Rires] « Soldier Of Fortune » est l’une des raisons pour lesquelles Ritchie fait ce qu’il fait, il adore ce style de musique, tout comme moi. Donc, lorsque je me suis retiré du projet, ma femme et moi parlions et j’ai dit : « C’est tellement dommage que ces arrangements ne voient pas le jour ! » Et elle a dit : « Eh bien, pourquoi ne fais-tu pas ceci comme un projet de Whitesnake ? » Et j’étais là : « Oh… » J’y ai un peu réfléchi, j’ai parlé à mes musiciens… Je communiquais avec Doug Aldrich à l’époque, il faisait encore partie de Whitesnake et nous étions très proches, et il était complètement partant pour le projet, tout comme tous mes musiciens parce que chacun d’entre eux a été influencé et inspiré par la contribution de Deep Purple au rock. C’était donc passionnant pour eux. J’ai parlé à la maison de disque, Frontiers, qui sont, comme tu le sais, d’énormes fans de rock, et particulièrement de Deep Purple. Il n’y avait donc que du positif. Ensuite j’ai dit : « Ok mais si nous en venions à faire ça, je veux que ça reste secret. » Ce qui est très difficile à l’âge d’internet, comme tu peux le savoir. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, on a maintenu le secret [rires] ! Mais ça m’a aidé à me reconnecter à une partie de ma vie dont je m’étais déconnecté. C’était incroyable d’être assis à côté de Joel [Hoaekstra] ou Reb [Beach] en train de faire un solo sur Burn et avoir des flash-back de la période où j’étais assis à côté de Ritchie Blackmore dans le camion des Rolling Stones en Suisse pendant qu’il jouait le solo ! Tu sais, être là pour les solos de Jon Lord, être là avec Tommy Bolin pour travailler sur « Love Child »… Et c’était vraiment merveilleux de se reconnecter à ça. Il n’y avait aucun souvenir négatif, rien n’a refait surface, ce n’était que du positif ! Comme le disait Edith Piaf : je ne regrette rien.

Whitesnake - The Purple Album

« Il y a une part de moi qui est putain d’incroyablement fainéante mais pas lorsqu’il s’agit de créativité. C’est vraiment ce qui nourrit mon cœur, mon corps. »

Tu viens de dire que tu avais en fait commencé à travailler sans même être sûr que cette reformation ou ce projet serait possible. Es-tu toujours comme ça, à plonger la tête la première dans le travail avant même savoir si les choses seront ne serait-ce que possibles ?

Oh ouais, lorsque j’ai travaillé avec Jimmy Page, il s’est retourné et a dit : « Putain ! Tu te charges de tout ce que j’avais l’habitude de faire dans Zeppelin ! » Il a dit : «Est-ce que je peux te laisser ce bordel ? » J’ai dit : « Ouais, je suis du signe de la Vierge ! Il faut que ce soit organisé ! » [Rires] Pour quelqu’un qui adore improviser avec la musique, tu sais, comme le blues ou le jazz, c’était… Tu sais, c’est ce que je fais ! C’est juste naturel pour moi de me lever, de prendre une guitare et travailler ! Tu sais, je médite tous les jours et ensuite, en général, à partir de là, j’aime prendre un instrument, aller travailler, aller faire de la gym… Tu sais, ma femme est en ce moment en train de se remettre d’une petite opération et elle devient folle parce qu’elle aussi c’est une personne très active ! Je ne peux pas imaginer… Parce que, vraiment, il y a une part de moi qui est putain d’incroyablement fainéante mais pas lorsqu’il s’agit de créativité. C’est vraiment ce qui nourrit mon cœur, mon corps, tu sais, le fait de créer quelque chose qui n’existait pas un instant auparavant, et ensuite que des millions de personnes me chantent cette chanson est une stupéfiante récompense, très gratifiante. Mais ouais, c’est ce que je fais, c’est tout ! Lorsque j’ai travaillé avec Page, j’ai passé en revue les trucs de Zeppelin et j’ai pensé : « Ok, bon, si nous faisons ça, je préfèrerais les trucs basés sur le blues. » Parce que c’était un grand dénominateur commun pour Jimmy et moi.

Tu sais, Ritchie et moi travaillons super bien, et la bonne nouvelle, c’est que je crois effectivement, et je l’espère sincèrement, que Ritchie pourrait bien faire ce qu’on pourrait appeler un album électrique. Je l’espère parce que j’ai parlé, il y a peut-être six semaines ou deux mois, à son manager qui m’a demandé si j’écrirais une nouvelle chanson avec Ritchie. J’ai dit que je serais enchanté ! D’abord ils m’ont demandé d’en faire une ancienne, ce à quoi j’ai répondu : ‘Non, nous avons passé des moments tellement incroyablement créatifs…’ C’est l’une des choses qui m’a ouverte les yeux, le fait d’entendre à quel point Ritchie et moi composions si bien et si rapidement. En passant en revue ces choses et recherchant les ingrédients nécessaires pour refaire ces chansons – tu sais, « qu’est-ce qui est important ? Qu’est-ce que je peux changer ? Qu’est-ce que je peux rehausser et à quoi est-ce que je peux apporter un peu plus de clarté ? » – ou effectivement en restructurant, comme je l’ai fait avec « Sail Away », ces choses sont absolument naturelles pour moi, mais le vrai bonus était d’entendre les incroyables putains d’idées que Ritchie et moi avions ! Nous avons écrit en une après-midi et le soir même nous enregistrions ! Et ensuite j’étais debout toute la nuit à écrire les putains de paroles dans le studio. C’était une période intensément et follement créative. Donc, tu sais, quarante ans plus tard, j’ai dit que je serais putain d’enchanté ! Mais j’ai dit : ‘Ne tardez pas trop, parce que suis en train de devenir sacrément occupé !’ Et bien sûr, jusqu’ici, je n’ai rien reçu, donc je ne sais pas quels sont leurs plans.

Toutes ces chansons que l’on retrouve dans The Purple Album n’ont pas été jouées par Deep Purple depuis que tu as quitté le groupe il y a presque quarante ans…

Eh bien, d’après le Deep Purple actuel, Mark III et IV n’existent pas [rires] ! Ce qui n’est absolument pas un problème…

Est-ce que tu as eu le sentiment d’avoir pour mission de porter à l’attention de la jeune génération ces super chansons, pour qu’elles ne se perdent pas dans l’histoire, d’une certaine manière ?

Je ne sais pas ! On vend toujours beaucoup d’albums ! Glenn Hughes et moi nous parlons beaucoup et en général, lorsque les royalties tombent, nous nous appelons et disons : « Combien est-ce que tu as eu eu ? Blah, blah, blah… Oh ! J’ai eu ça… » Quelque chose comme ça. Donc, on vend encore des albums de cette période. L’une des raisons était la qualité de la musique et de la performance. Lorsque mes musiciens ont commencé à vraiment creuser dans ces chansons, ils disaient : « Bordel, Blackmore était incroyable ! Oh mon Dieu, Ian Paice était fabuleux ! » Tu sais, j’ai pris très tôt la décision de me concentrer sur les guitares jumelles de Whitesnake. Jon Lord est irremplaçable à mes yeux, en tant qu’homme et en tant que musicien, j’ai donc amené un ami à moi qui est un grand fan de Jon Lord et j’ai dit que ce serait plus des textures plutôt que des choses spécifiques. Evidemment, la chanson « Burn » a un solo si éblouissant qu’on se doit de l’avoir, et j’ai offert à cet ami un solo sur « You Keep On Moving », mais la plupart du temps, on reste… Tu sais, l’un des éléments sonores les plus importants dans Deep Purple, c’était l’orgue de Jon Lord, surtout sa main droite qui était l’une des fondations les plus solides qui soit sur laquelle nous construisions notre musique ; c’était un son à faire trembler la terre. Il était très important que nous ne nous contentions pas de recréer ces chansons ; on devait se les approprier comme des chansons de Whitesnake. Il fallait qu’il y ait une raison pour faire ça. Et pour moi, sans même m’en rendre compte, c’était comme boucler la boucle ! Je ne sais pas si c’est le dernier grand album de rock que je ferais et ma dernière grande tournée des grandes salles… C’est très probable. Tu sais, je suis très conscient de mon âge, ce qui n’a pas diminué ma passion, mais j’ai tout de même soixante-trois ans et j’aurais soixante-quatre ans lorsque je commencerais une putain de nouvelle tournée mondiale qui sera très exigeante physiquement ! Je suis très confiant sur le fait que je serais capable de la faire mais ce qui importe le plus est que j’entretienne mon bien-être. Mais en ce qui concerne les projets futurs, j’ai un tas d’idée dans les tiroirs. L’une d’entre elle est un best of acoustique. Je peux entrevoir une part de mon futur en continuant à raconter mes histoires aux gens dans un environnement plus intime. Toutes les chansons rock dans lesquelles je me suis impliquées ont pris naissance sur des guitares acoustiques, toutes, et dans mon esprit, j’entends ce que je souhaite que la batterie fasse, ce que les guitares doivent faire. Si c’est une bonne chanson, tu devrais pouvoir la dénuder et la réduire au strict minimum. C’est quelque chose que je peux envisager, ce qui ne sera pas aussi exigeant. Jouer Tarzan sur scène peut avoir ses inconvénients [rires] !

David Coverdale - Whitesnake by Ash Newell

« J’aurais soixante-quatre ans lorsque je commencerais une putain de nouvelle tournée mondiale qui sera très exigeante physiquement ! […] Jouer Tarzan sur scène peut avoir ses inconvénients [rires] ! »

Comment as-tu choisi les chansons qui apparaîtraient sur cet album ? Tous les classiques sont là mais il y a aussi quelques chansons moins connues, comme « Holy Man », « Love Child » ou « Might Just Take Your Life »…

C’était très facile, Nicolas. J’ai juste regardé une liste de chansons et j’ai vu les choses qui de mon point de vue pourraient être jouées joliment par mes musiciens et que j’aimerais revisiter. La plupart du temps, à cette époque, Glenn Hughes était un chanteur incroyablement talentueux, et lui et moi partagions les chansons, et j’ai pris la décision très tôt que nous resterions entre nous parce que, autant j’adore Glenn, autant il n’est pas un membre de Whitesnake, et je ne voulais pas coller l’étiquette « Whitesnake featuring Glenn Hughes » ou « featuring tartempion ». Tous mes gars sont de supers chanteurs. Reb Beach et moi sommes magnifiquement complémentaires. Joel Hoekstra, Michael Devin, le nouveau clavieriste [Michele Luppi], ils sont tous potentiellement des chanteurs leads, je suis donc en putain de bonne compagnie ! Mais ouais, choisir les chansons était facile, mais initialement, je me suis dit : « Ah, Ritchie ne voudra rien jouer de Come Taste The Band parce que c’était Tommy Bolin, paix à son âme ! » Je pensais que ce serait un compromis que je devrais faire parce que cet album contient quelques-unes de mes chansons préférées parmi celles dans lesquelles j’ai été impliqué au cours de ma carrière de quarante et quelques années. Donc bien sûr, à partir du moment où je me suis retiré de la reformation Blackmore-Coverdale-Deep Purple-Mark-je ne sais pas quoi, j’étais libre de choisir tout ce que je voulais. Et il y a d’ailleurs plus de chansons de Come Taste The Band sur l’édition spéciale, je ne pense pas que tu les as encore entendues. Nous avons fait une chanson qui s’appelle « Lady Luck » et « Comin’ Home » qui sont uniquement sur l’édition spéciale avec le DVD et tout. Nous avons donc en fait enregistré quinze chansons et je suis ravi de comment elles sont ressorties.

Tu sais, rien de tout ça n’a vocation à être comparé. Lorsque nous avons annoncé ça, parce qu’il y avait un tel laps de temps entre l’annonce et la sortie effective de l’album, les gens sont sortis acheter les albums de Deep Purple pour les jouer dans l’ordre du Purple Album, juste pour voir comment c’était [petits rires] ! Mais, tu sais, je n’arrête pas de dire sur les réseaux sociaux que ça ne doit pas être comparé ! Deep Purple est incomparable à mes yeux. Ce sont de nouvelles versions. C’est la même maison pourpre mais avec un bon coup de peinture fraiche. C’est Whitesnake qui joue ces chansons et je n’ai plus vingt-deux ans, J’ai soixante putain de trois ans ! Alors ne vous attendez pas à entendre le jeune lion du rock ! Je botte des culs autant que je peux et je suis très content de ce que nous avons accompli ! Et je suis incroyablement fier de mes musiciens et je dois saluer Tommy Aldridge, mon batteur, qui est littéralement arrivé extrêmement préparé – tous les gars était préparés pour ça -, c’était très respectueux par rapport à la musique. Ils sont tous arrivés totalement préparés, et avec de nouvelles idées toutes fraîches à discuter et avec lesquelles expérimenter, tous. Reb s’est montré tellement passionné que Michael [McIntyre], a qui tu viens de parler il y a seulement quelques minutes, mon co-producteur – il a été mon bras droit pendant presque trente ans -, lui et moi avons invité Reb à co-produire l’album avec nous. Il était tellement engagé, tellement impliqué, c’était merveilleux. Mais Tommy Aldridge, dès que nous avons commencé à enregistrer, dès que nous avons répété un paquet d’arrangements avec les gars, Tommy a apporté une énergie aux sessions, qui étaient, comme je le décris, l’énergie d’un punk de vingt ans qui est effectivement capable de jouer ! Et tout le monde était là : « Oh mon Dieu ! » Et ça a boosté l’énergie et la performance. C’est comme si tu jouais au tennis avec un adversaire fainéant, tu ne jouerais pas à ton top niveau. Mais si quelqu’un débarque et t’envoie un boulet de canon, il faut que tu sois au taquet ! Et Tommy a apporté cette énergie et je suis éternellement reconnaissant envers lui pour ça. Ca a mis la barre très haute pour nous tous !

Quelles sont les plus grandes choses que tu as apprises ou retenues de tes années avec Deep Purple ?

Oh, ça alors !

[Rires]

Ouais, c’est très difficile. La manière la plus simple de répondre à ça c’est : j’ai eu le plaisir de pourvoir dire à Jon Lord et Ian Paice et bien sûr mon âme sœur Glenn Hughes à quel point je les aimais et appréciais. Malheureusement, il y a plus de trente ans, la dernière fois que nous nous sommes retrouvés dans une pièce ensemble, Ritchie et moi nous sommes affrontés physiquement et étions négatifs l’un envers l’autre. Il y avait juste une rivalité et une compétition négatives entre Whitesnake et Rainbow. Mais véritablement, Jon Lord et Ritchie Blackmore m’ont tellement appris en un si court laps de temps et des leçons si précieuses que j’utilise encore ces choses-là aujourd’hui. Nous jouions beaucoup dans des clubs à cette époque et l’une des choses que Ritchie me disait était : « Regarde sur quels rythmes les gens sautes et répondent. » Je n’aurais jamais pensé regarder ça. Et tu voyais les gens sauter sur une chanson en particulier et tu te disais : « Ok, structurons une chanson avec ce type de tempo. » Et Jon, évidemment, l’un des plus merveilleux conteurs bon-vivants que j’ai jamais connu, m’a appris le charme et la grâce, et nous étions tous les deux instruits, nous nous prêtions sans arrêt des livres, nous adorions tous les deux les arts, la poésie, il était un homme incroyable que je suis honoré d’avoir connu. Ritchie est plus intérieur, plus borné, ce qui n’est pas un souci parce que j’ai tendance aussi à être comme ça : je vis dans un village de montagne paisible, pas une [ville] démentielle… Tu sais, je parlais avec Slash récemment et il me disait : « Putain, pourquoi est-ce que je vis à Los Angeles ? » Il donnait un concert à Lake Tahoe où je vis et il me disait que lui et sa femme parlaient de déménager de LA, et j’ai dit : « Eh bien, je te recommande Lake Tahoe ! C’est chouette ! » Tu peux trouver le bruit et l’action lorsque tu pars en tournée à Londres, New York, Berlin, Paris, mais trouver le silence et la quiétude, c’est un vrai défi, et j’ai besoin de ça.

Whitesnake by Ash Newell

« Avoir des regrets, ça craint ! Je n’en ai aucun ! Même certaines des mauvaises décisions que j’ai prises dans ma vie ont été nécessaires pour m’amener au putain de palier suivant. »

Tu as un nouveau guitariste dans Whitesnake qui s’appelle Joel Hoekstra…

Oh, oh, ouais !

Mais, en fait, le départ de Doug Aldrich a été une sacré surprise, dans la mesure où vous sembliez tous les deux avoir une super alchimie…

Oh, je suis absolument d’accord ! Absolument d’accord ! Mais les gens devraient se rendre compte que les relations dans les groupes sont exactement comme les relations dans la vie ! Parfois une relation arrive en bout de course. Personne dans mon groupe ne savait à propos des choses dont je parlais avec Ritchie, en dehors de Doug, et ma femme. C’était tout ! Ce sont les seules personnes qui savaient. Tu sais, il y a eu des changements dans la vie privée de Doug, et discuter de ça n’est pas mes oignons, mais ça nuisait directement à notre emploi du temps pour que nous puissions nous réunir. C’est donc devenu évident pour nous deux que l’énergie avait changée. Nous avons passé dix ou onze incroyables années. Il faut que je te le dise : j’adore Doug Aldrich. La musique que j’ai écrite avec Doug Aldrich est parmi mes préférées de toute ma vie ! Je trouve que nous avons écrit des chansons magnifiques ensemble, des classiques de Whitesnake à tomber par terre, comme « Forevermore », « Steal Your Heart Away », « Love Will Set You Free », « Best Years », « Can You Hear The Wind Blow »… Putain de fabuleux ! Quelques une de mes chansons préférées dans ma carrière ! Et je lui souhaite du succès ! Mais il était temps pour nous, c’était le moment de changer. Et ça m’a donné l’opportunité… Joel était sûrement dans Whitesnake à peine une semaine après que Doug Aldrich a fait l’annonce de son départ. Nous avons juste gardé ça sous silence par respect pour le groupe de Joel, Night Ranger. Mais ouais, tu as absolument raison ! Et c’est pareil avec Adrian Vandenberg, j’entretenais une relation sensationnelle avec lui ! L’autre jour, je parlais avec quelqu’un qui était très surpris qu’Adrian n’ai pas rejoint le groupe et j’ai dit, pour être franc, que je n’y ai même pas pensé ! J’ai déjà enregistré une chanson pour le groupe d’Adrian, Moonkings. Tu sais, Adrian et moi allons très certainement retravailler ensemble mais sûrement dans quelque chose de plus acoustique. Nous sommes de très, très bons amis. Si tu peux ressortir d’une relation en restant amis, alors c’est le pied ! Parce que, très souvent, les fins de relations sont douloureuses, mais là ce n’était pas le cas. Il fallait que ça arrive. Doug est désormais libre de faire toute sorte de projets, ce qui est super ! Tu sais, quand tu es dans Whitesnake, c’est un engagement important.

The Purple Album sera en fait le premier album de Whitesnale sur lequel Joel jouera. N’est-ce pas donc aussi une bonne manière d’offrir un nouvel album aux fans de Whitesnale, tout en vous accordant un peu de temps à toi et Joel pour que vous puissiez vous construire une bonne relation de travail ?

Oh ouais, absolument ! Je veux dire qu’il n’y pas d’erreur. Il n’y a que des opportunités [petits rires]. Et si tu restes assis là à te dire : « Oh non, non, non, j’ai fait une erreur, j’ai fait une erreur… » Tu sais, cette magnifique chanson que je cite sans arrêt : « Je Ne Regrette Rien » d’Edith Piaf. Avoir des regrets, ça craint ! Je n’en ai aucun ! Même certaines des mauvaises décisions que j’ai prises dans ma vie ont été nécessaires pour m’amener au putain de palier suivant et aller plus loin. Je ne mène pas une vie prudente. Il y a un facteur risque dans tout ce qu’on fait. Mes musiciens sont parfaitement conscients que je ne suis pas certain de faire un autre album de rock, mais l’une des choses qui a été un vrai bonheur en travaillant avec Joel, c’est son immense talent en tant que musicien classique. J’avais mes idées de base pour « Sail Away » et j’ai dit : « Joel, viens voir ! Mets tes parties là-dessus ! » Et il a fait un boulot époustouflant ! Toutes les guitares acoustiques sur The Purple Album sont de Joel Hoekstra. Quel putain de musicien ! En fait, Michael et moi sommes en train de travailler sur des mix alternatifs. Tu sais, on a laissé tous les gars jouer les solos et ensuite nous avons décidé de s’assurer qu’il y avait un bon équilibre. Reb joue le solo sur « Love Child » sur le Purple Album et Joel le joue sur ce remix que nous sortons dans un EP de quatre chansons alternatives. Tu vois, tout le monde est content ! Je veux dire, bon sang, qu’est-ce qu’on pourrait trouver de mieux à jouer comme musique à base de guitare qu’un mix de Whitesnake et Deep Purple [rires] ? Tu aurais été tellement étonné, tout comme je l’ai été, par les musiciens qui voulaient venir rejoindre et jouer avec Whitesnake ! Lorsqu’il a été annoncé que Doug n’était plus dans le groupe, je te jure, des gens que je n’aurais jamais imaginé être intéressé par cet environnement sont soudainement sortis du bois. C’était fantastique, absolument fantastique. Mais Joel est largement sorti du lot… C’est un gars incroyablement talentueux. Il y a de la camaraderie à tous les niveaux avec ces gars, c’est pourquoi il était intéressant que nous ayons décidé de rechercher un autre claviériste. Lorsque tu voyages sur une tournée mondiale, c’est un environnement incroyablement intime et Tommy, Michael, Joel et Reb sont vraiment profondément liés, au niveau de l’âme, je trouve. Lorsque nous avons tourné les clips ensemble, tout le monde s’entraidait, empruntant les habits des uns et des autres, à se soutenir… C’était une expérience magnifique à tous les niveaux. Tu sais, généralement, les gens sont plus en compétition les uns avec les autres. Ceci dit, je pense qu’il y aura une compétition très saine sur scène entre Joel et Reb, pas une compétition négative. Je pense que ce sera vraiment positif, et les fans et le reste du groupe vont vraiment apprécier ça.

Et sais-tu quand nous pouvons nous attendre à un nouvel album de Whitesnake de chansons originales ?

Je ne sais pas. Ce qui est intéressant à mes yeux, je parlais à ma femme, à qui manifestement je parle beaucoup, elle est ma meilleure amie, et elle a demandé : « Qu’est-ce que tu as prévu pour la suite ? » J’ai répondu : « Eh bien, vraiment, pour être honnête, je prévois de faire un genre de best of de Whitesnake en acoustique. » Je pense que ce sera formidable pour moi. Il est certain que travailler sur des chansons comme « Soldier Of Fortune » et « Sail Away » sur ce récent projet, où je ne crie pas comme un malade, où je chante et raconte mes histoires de manière décontractée, est très attrayant pour moi. Et il faut avoir en tête que j’ai été très exigent avec moi-même durant toute ma vie, Nicolas, exigent avec moi-même pour composer de meilleures chansons, écrire de meilleures histoires, être un meilleur performeur, un meilleur chanteur, toutes ces choses que je fais depuis plus longtemps que l’expérience Deep Purple, et j’ai soixante-trois ou soixante-quatre ans ! Bordel, quel défi pourrais-je bien me lancer maintenant [rires] ? Je pense que survivre et vivre ma vie avec succès est plus intéressant à mes yeux. Donc, qui sait ? Tu sais, je n’ai jamais pensé que je finirais par faire Good To Be Bad ! Et après Good To Be Bad, je n’ai jamais pensé que je ferais Forevermore ! Donc vraiment, putain, je ne sais pas [rires] !

Interview réalisée par téléphone le 15 avril 2015 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.
Photos promo : Ash Newell & Mark Weiss.

Site officiel de Whitesnake : www.whitesnake.com.



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  • Antoine Nathalie dit :

    Superbe interview, vraiment très intéressante …. Par contre moins de fautes d’orthographe serait un grand plus ….

    [Reply]

  • Quelle tristesse d’apprendre le décès de sa « tente » Sylvia. Les risques du camping…

    [Reply]

  • superbe interview .
    Un best of acoustique où il inviterait tous les guitaristes qui ont fait partie du Snake serait géant .Un « Starkers in Tokyo » puissance 10 .

    [Reply]

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