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Chronique   

Whitesnake – The Purple Album


Whitesnake - The Purple AlbumDavid Coverdale est aujourd’hui une « superstar » du hard rock au sens large, une voix parmi les plus incroyables de ces quarante dernières années, un showman hors pair qui, encore aujourd’hui, à plus de soixante ans, donne la leçon aux plus jeunes (qui devraient pourtant avoir plus d’énergie à dépenser que lui)… Pourtant, quarante ans en arrière lorsque Deep Purple lui offre son micro à partager avec le bassiste Glenn Hughes, David Coverdale était un jeune chanteur totalement inconnu. Tout est parti de là, de ce trio d’album, Burn, Stormbringer et Come Taste The Band, qui recèlent des pépites parmi les plus mémorables du Pourpre Profond mais trop souvent oubliées. Notamment parce que cela fait depuis la fin du Deep Purple Mark IV en 1976 que plus rien de cette courte mais intense période n’a été joué, si ce n’est un petit « Burn » ou « Gettin’ Tighter » par Glenn Hughes en solo par-ci, un « Stormbringer » par Whitesnake par-là.

Sans entrer dans l’histoire de la genèse de l’opus (David Coverdale la raconte lui-même dans une interview à paraître bientôt), c’est donc en hommage à ces années où tout a débuté que Whitesnake délivre aujourd’hui The Purple Album. Et c’est certainement une bonne chose que ces chansons soient portées à l’attention d’un public qui les avait peut-être oubliées ou tout simplement pas connues. D’autant que David Coverdale, loin de se contenter d’offrir le minimum syndical et tomber dans la facilité, justifie amplement sa démarche par un véritable ravalement de façade des chansons à la sauce Whitesnake, par un fin travail d’équilibriste entre le respect des compositions originales et une certaine prise de liberté. Et cette prise de liberté vient avant tout de la générosité qui caractérise David Coverdale mais aussi de ses musiciens qui ont visiblement eu quartier libre pour se faire plaisir. Et du plaisir il en transpire à travers tout l’opus, dans ces breaks et leads rajoutés, ces parties remodelées, un déluge de solos remaniés au goût des guitaristes Reb Beach et Joel Hoekstra, sans pour autant manquer de respect envers l’œuvre de Ritchie Blackmore, Tommy Bolin et Jon Lord – oui, parce que même si Whitesnake a accueilli un orgue Hammond en son sein pour l’occasion, ce sont encore les guitares qui se taillent largement la part du lion – reprenant, quitte à les développer, les thèmes importants. Et à ce titre, les chansons se prennent, pour une bonne part, une à deux minutes supplémentaires dans le museau.

« You Fool No One » switch son swing léger pour une base foncièrement plus heavy. « Sail Away » délaisse les coassements funky pour se voir totalement revue et corrigée à la sauce folk mélancolique, remportant sous sa dentelle à la guitare classique une nouvelle profondeur émotionnelle. « The Gypsy » prend une envergure quasi-épique, notamment dans son final refait à neuf. La mythique et solennelle « Mistreated » prend une lourdeur quasi sabbathienne, appuyée par la frappe de plomb de Tommy Aldridge. « Might Just Take Your Life » prend une entournure hard sudiste avec une intro au dobro. « Soldier Of Fortune » gagne en harmonies fleuries ce qu’elle perd en sentiment de désolation (difficile d’égaler la version originale d’une des chansons les plus émouvantes du rock). Les riffs de « Stormbringer » se mettent à fouetter les tympans, même si les effets qui parcourent la chanson tendent à la rendre un peu confuse… Et puis il y a le changement que le temps a lui-même apporté, à savoir, dans la voix de David Coverdale dont les rugissements se font plus épais et avec un grain plus marqué qu’il y a quarante ans, et ses profondes respirations qui font aujourd’hui partie de son irrésistible charme. Des rugissements que l’on retrouve tout autant au niveau des guitares qui prennent ici tout l’espace pour un effet assurément décoiffant. The Purple Album est avant tout un album de Whitesnake, bien avant d’être une entreprise nostalgique. Et si l’on croirait presque discerner Glenn Gughes dans les chœurs de « Burn », comme à l’époque, ce n’est qu’une illusion démontrant les qualités vocales du groupe qui entoure le chanteur. Ce dernier va même jusqu’à délaisser la majeure partie de « You Fool No One » à ses musiciens, mais s’approprie par ailleurs « Holy Man », à l’origine entièrement chantée par Hughes.

Certains se plaindront sûrement que les chansons sont parfois dénaturées. Mais faire de la conservation dans le formol n’était pas vraiment le but de la manœuvre, tout le contraire. Alors ne boudons pas notre plaisir lorsque la musique est à la base si bonne, les musiciens si doués et la démarche si passionnée et généreuse. Qui sait ? Il se pourrait peut-être que ce soit le dernier album « rock » de Whitesnake, un peu comme pour boucler la boucle…

Ci-dessous les vidéos pour ‘Soldier Of Fortune’, ‘Burn’, ‘Stormbringer’ et ‘Lay Down Stay Down’ :

Album The Purple Album, sortie le 15 mai 2015 chez Frontiers Music.



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  • Cinema , musique : nous sommes vraiment dans l’ ére du Reboot, re-visited, re-loaded ou autre formule . Autrement dit , les artistes préfèrent maintenant faire du neuf(très moyen) avec du (très bon)vieux .
    Mais ici , s’ attaquer à des classiques de ce niveau est un casse-pipe garanti . ça sent à mort l’ appel du pied au Maître Ritchie .
    Quitte à « rebooter » , David , reforme le Whitesnake classique ou une formule avec Sykes/Murray/Aldridge ou Dunbar + Sherinian par exemple au Keys et pourquoi pas Aldritch en seconde guitare .
    Quant à cet album , aucun intérêt pour moi .

    [Reply]

    Spaceman

    Pour « l’ appel du pied au Maître Ritchie », tu as en partie la réponse ici :

    http://www.radiometal.com/article/ritchie-blackmore-pret-a-refaire-chauffer-sa-strat,178225

    Et la suite dans l’interview de Coverdale qui arrive très bientôt.

    Pat

    effectivement , j’ avais vu l’ info sur différents sites il y a quelques temps . Cela dit , ça aurait de la gueule .Quitte à le voir revenir à ses premiers amours , ce dont je doute fortement , je préfèrerai voir l’ homme en Noir retravailler avec Coverdale et non pas Turner . Coverdale prétend même accepter de partager le micro avec Ian Gillan en cas d’ évènement scénique exceptionnel du Poupre Profond. Pas sûr du tout que le grand Ian partage cet avis , ni Glover et Paice .
    Je suis un fan absolu de Coverdale mais il est clairement en manque de partenaire artistique à sa hauteur depuis le départ de Sykes . « Good to be bad » et « Forevermore » sont loin d’ être de mauvais albums , mais personnellement je reste sur ma faim . trop stéréotypé .
    Dommage que son invitation lancée à John Sykes n’ai pas aboutie au début des années 2000 … surtout après avoir entendu le live de 2004
    dans lequel il reprend magistralement ses compos de Thin Lizzy , Whitesnake et Blue Murder . Le gars assure au chant et à la guitare , accompagné de Marco Mendoza – bass/Tommy Aldridge – drums/Derek Sherinian – keyboards . Cryin’in the rain est une bombe .

    Spaceman

    C’est clair que pour « partager le micro avec Ian Gillan en cas d’ évènement scénique exceptionnel du Poupre Profond », c’est même pas la peine d’y compter. Gillan lui même avait totalement balayé cette possibilité lorsqu’on lui avait parlé il y a deux ans :

    « Pour quelle raison ? Ce serait pour de l’argent et pas pour la musique. On nous a déjà offert des millions et des millions pour faire exactement ça. Par exemple, le maire de Moscou nous a offert une fortune pour que tous les anciens membres du groupe jouent lors d’un concert sur la Place Rouge. Nous lui avons immédiatement répondu : « Non, merci. » Ce serait comme du cirque. Personne dans le groupe n’est intéressé. C’est une belle idée mais lorsque tu fais de la musique, tu dois être intègre. »

    http://www.radiometal.com/article/quoi-maintenant-linterview-de-ian-gillan-deep-purple-pardi,102544

  • DiamondDude dit :

    Moi aussi je suis déçu de ne pas avoir un « vrai » nouvel album. Mais ce serait dommage de passer à coté a mon avis. Les compos tuent (normal), les musiciens déboitent et David n’avait pas chanter aussi bien depuis… pfffff… 10 ans ? Bref : grosse tuerie.

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  • Merci pour cette chronique, mais je n’irais pas me procurer ce « nouvel » album. Cela fait maintenant 4 bonnes années que Forvermore est sorti, je pense que le groupe aurait pu se casser un peu le trognon pour nous présenter du matériel neuf. Les deux dernières livraisons étaient excellentes, et j’aurais aimé entendre de quoi sont capables les nouveaux venus au sein du Serpent Blanc.

    [Reply]

    Rififi

    Sans oublier les 2 lives inutiles et capitalistes entre Forevermore et celui-ci.

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