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Chronique   

William DuVall – One Alone


William DuVall apparaît aujourd’hui comme le digne successeur de Layne Staley, ancien frontman charismatique d’Alice In Chains. Depuis la première réunion du groupe en 2005, la formation originaire de Seattle a récupéré son lustre d’antan, que ce soit par la qualité de ses albums ou en affirmant son statut de tête d’affiche sur les scènes rock et metal de toute la planète. Indéniablement, l’arrivée de William DuVall au sein d’Alice In Chains n’y est pas étrangère. Ce dernier s’est parfaitement intégré à l’orientation musicale retravaillée du groupe, dans laquelle il partage chant et guitare avec l’historique Jerry Cantrell. Pourtant, William Duvall n’a rien d’une copie de son prédécesseur et vient d’un horizon différent : issu de la scène punk-hardcore des années 80 à Atlanta, c’est Jimi Hendrix qui lui a donné envie de jouer de la guitare, pour ne devenir chanteur que des années plus tard, notamment avec son groupe de rock Comes With The Fall. Alice In Chains n’est donc qu’une facette, la plus connue évidemment, de l’étendue de sa culture musicale et de sa carrière. One Alone a pour mission de présenter ce musicien atypique de manière plus intime : une guitare acoustique et une voix, soit une véritable mise à nu.

L’idée de One Alone est née de l’enregistrement initial de la chanson « ‘Til The Light Guides Me Home » qui avait été originellement composée pour un autre artiste. Bluffés par la qualité du rendu acoustique, William DuVall et son ingénieur sonore ont finalement décidé de ne pas confier la composition : c’est bel et bien le frontman d’Alice In Chains qui devait l’interpréter. Dans son élan, DuVall a enregistré une poignée d’autres chansons en très peu de temps. One Alone est un album plus spontané que réfléchi, fait de créations instinctives et d’une revisite de la discographie de Comes With The Fall. Les amateurs du son massif d’Alice In Chains y trouveront bien entendu une tout autre approche de la musique, plus proche d’une folk dépouillée comme le prouvent les premiers arpèges bruts de « ‘Til The Light Guides Me Home », une chanson marquée par une fraîcheur, une élégance et un sens mélodique et harmonique à la fois simple et très juste. William DuVall emprunte un timbre parfois plus aigu, plus suave et moins lancinant qu’avec Alice In Chains, bien qu’on retrouve quelques phrasés typiques, à l’instar de « The 3 Wishes » qui, en dépit de sa forme épurée et douce, radicalement différente de l’original (premier album de Comes With The Fall, en 2000), conserve une partie de sa parenté grunge. Dans l’ensemble, malgré une approche on ne peut plus limitée, William DuVall parvient à ne pas répéter trop souvent la même formule vocale, capable de s’adapter à des variations de registre et surtout de transmettre des émotions avec presque rien. Le ton plus léger et suave qu’il emprunte sur « Chains Around My Heart » est un exemple parmi d’autres, le rapprochant davantage d’un Jack Johnson mélancolique.

C’est justement par sa relative diversité que One Alone finit par imprimer sa marque. Si la formule aboutit irrémédiablement à quelques redites, William DuVall tire son épingle du jeu par un jeu de guitare inspiré. Le groove appuyé de « White Hot » – qui gagne en force émotionnelle par rapport à sa version de 2007 et dévoile une étonnante ressemblance avec « Spanish Rain » de Saigon Kick – contraste avec le défilement de notes de « ‘Til The Light Guides Me Home ». « The 3 Wishes » gratifie l’auditeur d’un break blues typique au sein d’une composition qui remémore l’unplugged d’Alice In Chains sur MTV de 1996. Les multiples mouvements de « The 3 Wishes » soulignent l’importance de la dynamique que DuVall parvient à insuffler à des compositions dépouillées tout au long de One Alone. Les arrangements de guitare de « So Cruel » sont, à cet égard, un exemple de fluidité, tout comme son solo à l’unisson avec la voix du chanteur. Au-delà de la folk et du jeu rythmique blues, William DuVall arrive à livrer et insuffler de la vie à des chansons en apparence très simples, portées parfois par seulement quelques enchaînements d’accords, telle « The Veil Of All My Fears » dont la sensibilité et la finesse n’ont aucun mal à nous envoûter.

One Alone impose un constat : William DuVall est un excellent guitariste et un chanteur bien plus polyvalent qu’on pourrait croire, surtout compte tenu du format qui pardonne peu les imperfections. One Alone conserve une griffe aisément identifiable tout en s’aventurant du côté de Bjorn Berge, Devendra Banhart, Jack Johnson… La puissance de One Alone tient à son caractère extrêmement personnel, que ce soit dans ses thématiques ou son approche minimaliste, qui contraste avec la notoriété de la machine Alice In Chains. Au final, One Alone témoigne d’une chose : peu importe la manière de jouer la chanson tant qu’elle est définitivement bien écrite et interprétée avec le cœur, sans tricher.

Chanson « White Hot » :

Clip vidéo de la chanson « ‘Til The Light Guides Me Home » :

Album One Alone, sorti le 4 octobre 2019 via DVL Recordings. Disponible à l’achat ici



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