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Interview   

Winger vole vers des jours meilleurs


Arrivé à la fin des années 80 avec un joli succès, c’est de manière précipitée que Winger a été mis à terre peu avant le milieu des années 90, moqué par le célèbre show de Beavis And Butt-Head et voyant son leader Kip Winger pris pour cible des fléchettes de Lars Ulrich dans le clip vidéo du « Nothing Else Matters » (à 2,55 minutes) de Metallica. « Je pense que le groupe est un groupe particulièrement incompris et que nous avons beaucoup à offrir aux gens » nous dit Kip, expliquant ensuite que le combo n’avait pas grand rapport avec les ersatz de Bon Jovi avec lesquels il a été associé. Avoir Kip Winger au téléphone était l’occasion de revenir sur tout ça, sur une époque qui a été vécue difficilement par le groupe, sur les fausses idées que les gens ont pu se faire sur lui, sur la dualité de sa musique, à la fois progressive et pop.

Winger se retrouve aujourd’hui à nouveau sur une pente ascendante, les préjugés se perdant dans le passé pour laisser parler la musique. On pourrait parler de renaissance depuis 2006 avec l’album IV, mais surtout 2009 avec Karma qui voit aujourd’hui son successeur Better Days Comin’ débarquer. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Kip Winger n’est pas peu fier de la musique qu’il produit, lui consacrant beaucoup d’attention. Car pour Kip, seule la musique compte.

« Je ne suis vraiment qu’un étudiant de la musique. […] Je n’ai pas besoin de limousine, j’ai simplement besoin d’un stylo et quelques feuilles de papier à partitions pour pouvoir écrire de la musique. »

Radio Metal : Better Days Comin’ sort 5 ans après Karma, pourquoi est-ce que cela a pris autant de temps ?

Kip Winger (chant/basse) : Tu sais quoi ? Je n’arrive pas à croire que ça fait 5 ans. C’est juste étrange, je ne comprends pas vraiment. Nous sommes tous très occupés : Reb (Beach) est dans Whitesnake, Rod (Morgenstein) donne des cours et John (Roth) est dans Starship. Nous essayons donc de nous retrouver lorsque nous le pouvons et il se trouve que ça a pris 5 ans, je suppose. C’est étrange ; je ne comprends pas vraiment pourquoi tant de temps est passé. J’espère donc ne pas laisser passer autant de temps entre les prochains albums !

Et penses-tu que vous avez réalisé plus d’efforts dans cet album du fait que vous ayez eu plus de temps pour le réaliser ?

Non, ils prennent tous autant de temps. Ça prend à peu près huit mois pour les réaliser. Le processus est toujours le même ; c’est juste que les chansons sont différentes suivant le temps que nous prenons pour les écrire. C’est toujours pareil, depuis le tout premier jour où nous avons écrit le premier album : Reb et moi nous nous asseyons avec une boite à rythme et ensuite écrivons des riffs rock, les arrangeons, trouvons des paroles… On assemble tout ça ainsi. La formule a donc été la même et Reb et moi nous connaissons très bien. Nous n’avons jamais eu de problèmes avec les chansons.

Better Days Comin’ est un titre très positif, plein d’espoir. Penses-tu que les gens aujourd’hui ont besoin de trouver à nouveau de l’espoir, de voir le futur sous un meilleur jour ?

Je suppose. Je veux dire que nous n’avons pas eu l’intention d’en faire un titre à message. C’était simplement le titre d’une chanson que nous avons écrit et nous avons pensé que c’était un bon titre d’album. Mais on dirait que c’est un bon message, si tant est qu’il y en ait un. Nous ne nous prétendons pas un groupe à message. Je garde les messages pour mes albums solos. Mais je trouve que c’est une chanson joyeuse, elle a une bonne énergie, c’est donc une bonne chose pour les gens. Succédant à Karma, je trouve que c’est l’album parfait en fait.

Ne pourrait-on pas voir ça aussi comme une manière de dire que le meilleur est encore à venir pour le groupe ?

Ouais, ça serait super. Je veux dire que ce n’est pas ma manière de penser mais je trouve que ce serait génial. Ouais, absolument !

L’illustration de l’album est très similaire à celle de Karma, seulement elle est blanche, et le titre d’ouverture débute avec le refrain de « Deal With The Devil » issu de Karma à travers un autoradio. Les albums seraient-ils donc liés ?

Tu pourrais dire ça. Karma et Better Days Comin’ ouvrent vraiment une nouvelle ère pour le groupe, où nous avons grandi et mûri, et où nous savons exactement qui nous sommes en tant que groupe. Particulièrement sur Better Days Comin’, il y a une face musicale pour représenter tout ce que le groupe à fait par le passé. C’est donc un bon album pour ce qui est d’inclure tout ce que le groupe à fait jusqu’à présent.

D’ailleurs, lorsque Karma était sorti, il a été considéré comme l’un des meilleurs albums de Winger, si ce n’est le meilleur. As-tu été surpris de cet accueil ?

Non. Mon intention est de m’améliorer, pas d’empirer [Rires]. Je prends donc un soin tout particulier à faire ces albums. Je ne le sors pas simplement pour faire de l’argent. Je passe beaucoup de temps à essayer de les rendre vraiment bon. Je suis heureux que les gens l’aiment et ont trouvé qu’il était cool. Je suis heureux de sortir le nouveau et de continuer sur cette lancée. Je pense que le groupe est un groupe particulièrement incompris et que nous avons beaucoup à offrir au gens. Je trouve que c’est amusant d’afficher notre sens musical avec le combo. Nous avons certains ingrédients que je ne vois pas ailleurs, je ne pourrais pas citer un autre groupe qui possède les mêmes ingrédients que nous. Je pense donc que nous sommes uniques en ce sens.

« Les meilleures idées viennent par accident. »

Votre musique avec Winger, et particulièrement avec ce nouvel album, contient un sens musical poussé et des éléments progressifs mais toujours en se concentrant sur les chansons et l’accroche. La chanson « Tin Soldier » en est un bon exemple. Comment équilibrez-vous ces deux aspects : le côté progressif et l’accroche ?

Eh bien, ce n’est clairement pas une formule toute faite que je pourrais te donner. C’est simplement quelque chose qui se produit en travaillant avec ce groupe de gens. J’ai toujours été très fort lorsqu’il s’agissait d’essayer de trouver les meilleures mélodies que je puisse trouver et je fais ça depuis à peu près 30 ans maintenant. J’essaye donc de rendre ça naturel en essayant de rendre les choses mémorables. Et, en toute franchise, les meilleures idées viennent par accident. Il y a donc beaucoup d’accidents qui se produisent où tu chantes une mélodie qui se trouve être accrocheuse. Ecoute, c’est exactement ce que nous avons fait sur « Seventeen » : c’est une musique très progressive avec une mélodie très pop. La musique sur « Seventeen » n’est pas une musique facile. A ce jour, je n’ai jamais vu un groupe capable de jouer cette musique correctement, c’est très difficile. Donc, honnêtement, « Seventeen » est véritablement une chanson progressive avec une mélodie pop. C’est plus ou moins ce que nous avons fait pendant tout ce temps et personne n’y a vraiment prêté attention car nous nous sommes perdu dans le brassage des années 80, lorsque les gens pensaient que nous étions une sorte de Poison ou quelque chose comme ça. Mais, tu sais, la vérité est que nous avons un penchant progressif pour la musique et nous sommes plus pop sur l’aspect mélodique.

D’autres groupes on fait du rock avec un grand sens musical comme Mr. Big, Van Halen, Toto ou plus récemment Chickenfoot ou Black Country Communion. Te sens-tu proche de ces groupes, de leur approche de la musique ?

Je ne sais rien sur aucun d’eux, mais ce que je peux te dire, c’est que nous et tous les gens que tu viens de mentionner venons tous des années 70. Et nos influences venant des années 70 sont Jethro Tull, Yes, Gentle Giant, Rush, Grand Funk Railroad, tout ce genre de groupes… Donc, je pense que ça vient simplement du fait que nous venons de la même époque. Tu sais, Winery Dogs est un autre de ces groupes qui offre un grand sens musical avec des chansons cool. Il y a un cercle très fermé de groupes qui font ça. L’autre chose que je dirais, c’est que de tous les groupes que tu viens de mentionner, nous sommes le seul qui soit étiqueté comme un groupe des années 80, un groupe de hair metal. Et nous ne sommes vraiment pas ce genre de groupe. Nous sommes davantage un groupe progressif.

Et pourquoi penses-tu que vous soyez encore étiqueté comme un groupe des années 80 ? Comme tu l’as dit plus tôt, tu considères Winger comme un des groupes les plus incompris. Donc, qu’est-ce que selon toi les gens ne comprennent pas dans ta musique et pourquoi ?

Eh bien, on ne dirait pas que ce soit ton cas car tu sembles bien comprendre ce que nous faisons. Mais beaucoup de fans de heavy metal croient en quelque sorte Beavis And Butt-head lorsqu’ils pensent que nous sommes un groupe de hair metal merdique qui craint. Ils n’écoutaient pas vraiment. Nous avons été mis dans le même sac de toute cette période parce que nous avons percé à cette époque et c’était d’ailleurs juste à la fin de cette époque, tu sais, avec les trucs à la Bon Jovi. Et c’était parce qu’on avait des mélodies pop et qu’on tournait avec tous ces groupes. Le fait que ce soit passé ainsi n’est la faute de personne, je veux dire que ce sont simplement les circonstances qui ont voulu ça, en quelque sorte. Et des gens ne comprennent simplement pas que nous sommes plus portés sur un certain sens musical. Mais, écoute, ça me va. Ce groupe, Winger, n’est pas pour tout le monde : certaines personnes accrochent vraiment et d’autres n’accrochent pas. C’est grosso-modo comme : certaines personnes aiment la bière et certaines personnes aiment le vin, si tu vois ce que je veux dire.

Tu as étudié la musique et la composition classique et as écrit une pièce symphonique de trente minutes baptisée « Ghost ». Comment ce background classique se traduit aujourd’hui dans la musique de Winger ?

Eh bien, ça la nourrie, car plus je peux étudier et amener des idées compliquées dans la musique rock, plus j’ai de facilités à produire de la musique fraîche et trouver des idées qui ne seraient normalement pas des trucs de rock standards. « Tin Soldier » est un bel exemple de ça : tu as une double signature rythmique, des gammes particulières, une structure musicale qui tourne… Il y a de nombreux éléments dans les choses que j’étudie dont je saupoudre le rock pour le rendre un peu plus rafraîchissant.

(A propos de Lars Ulrich) « Ce n’est simplement pas cool de casser du sucre sur le dos d’autres musiciens, tout particulièrement lorsque Rod Morgenstein est notre batteur. Je veux dire qu’il s’est en gros simplement embarrassé lui-même. »

A quel moment t’es-tu dit que tu devais étudier la musique et la composition classique ?

J’ai toujours voulu écrire de la musique orchestrale depuis que je suis très jeune. Je suis en fait un tardif, ça ma pris longtemps pour y arriver. Je n’ai même pas commencé à étudier pour de vrai avant d’avoir à peu près 35 ans. Je m’y suis donc mis vraiment sérieusement les seize dernières années. C’est simplement quelque chose que j’ai toujours voulu faire et je ne voulais pas mourir sans le faire, grosso-modo.

Winger a été en pause entre 1994 et 2001. Avec du recul, qu’est-ce que tu te dis lorsque tu repenses au début des années 90, avec le groupe qui n’était plus dans les standards attendus du rock et qui était moqué dans les programmes du genre Beavis And Butt-Head ?

Nous avons fait une pause jusqu’à 2002 lorsque nous sommes partis en tournée avec Poison, ça faisait donc à peu près 7 ans où j’ai fait des albums solo et où j’ai étudié la musique, etc. Je veux dire, il n’y avait rien que nous pouvions faire, mec. Lorsque l’histoire avec Beavis And Butt-Head s’est produite, nous ne pouvions même plus nous trouver un concert, personne ne voulait nous prendre. Il n’y avait donc pas grand-chose à faire. Tout le monde est parti de son côté pour faire ses propres trucs jusqu’à ce que l’intérêt pour le groupe revienne. C’était l’époque qui voulait ça.

Est-ce que ça t’a blessé à l’époque ?

Bien sûr que ça m’a blessé. Nous vendions des tonnes d’albums et faisions des concerts énormes et tout d’un coup nous ne pouvions plus vendre nos albums et ne pouvions plus faire de concerts. Pour moi, dire « non, non, ça allait », ça ne serait tout simplement pas vrai. C’était des moments difficiles. Mais le fait est que je ne suis vraiment qu’un étudiant de la musique. Je n’allais pas me trouver un boulot en tant que menuiser ; je suis un musicien avant toute chose. Je n’ai pas besoin de limousine, j’ai simplement besoin d’un stylo et quelques feuilles de papier à partitions pour pouvoir écrire de la musique. Lorsque tu te débarrasses des bibelots et des paillettes, des T-Shirts, des portes-clefs, des chapeaux, des logos et tous ces trucs et que tu te concentres sur la musique… La musique contre la musique, c’est là qu’est la compétition pour moi. Bon, ce n’est pas vraiment une compétition, c’est simplement de l’art. Mais c’est une compétition avec moi-même. Je suis en compétition avec moi-même pour toujours sortir quelque chose de meilleur que le précédent ou au moins du même niveau. Je n’ai jamais voulu publier quelque chose de mauvais.

Pourquoi aujourd’hui serait un meilleur jour pour un groupe comme Winger en comparaison des années 90 ? Qu’est-ce qui a changé ?

Eh bien, il y a nettement plus d’intérêt pour le groupe. Musicalement, rien n’a changé pour moi, je fais toujours la même chose que j’ai toujours fait. Mais il y a bien plus de réceptivité pour le groupe maintenant qu’il n’y en avait dans les années 90.

Nous connaissons tous l’histoire entre Winger et Lars Ulrich. Ressens-tu le fait de voir tant de gens se plaindre aujourd’hui de son jeu de batterie comme une sorte de revanche ?

Je ne m’en préoccupe pas vraiment. Je ne le connais pas, je ne l’ai jamais rencontré et je ne comprends pas pourquoi il a choisi de faire ça. C’est très immature. Je ne comprends pas, ce n’est simplement pas cool de casser du sucre sur le dos d’autres musiciens, tout particulièrement lorsque Rod Morgenstein est notre batteur. Je veux dire qu’il s’est en gros simplement embarrassé lui-même. En parlant franchement, j’aime sa manière de penser la batterie. Je trouvais que certaines parties de batterie sur les chansons de Metallica était vraiment bonnes. Je n’ai jamais vu le groupe en concert donc je ne peux pas juger là-dessus. Je ne sais pas s’il est un bon batteur live ou pas car je n’ai jamais été à l’un de leur concert. Mais, même s’il était le pire batteur sur la planète, tu ne m’entendras pas le dire car je ne pense pas que ce soit très classe de parler d’autres musiciens de cette façon.

En août dernier le groupe a joué son premier album en intégralité sur scène. Comment était-ce de revenir sur ces vieilles chansons et est-ce que cela a influencé d’une manière ou d’une autre la conception de Better Days Comin’ ?

Non, pas du tout. C’était amusant de chanter ces chansons ; je ne l’avais pas fait depuis une éternité. C’était une tâche difficile, c’était difficile de les chanter mais c’était fun à faire, c’était super d’avoir à nouveau Paul (Taylor) dans le groupe. C’était bien mais ça n’a eu aucune influence sur les nouvelles musiques. Ecoute : rien n’a d’influence sur moi lorsque j’écris de la nouvelle musique. Je me concentre simplement dans une zone totalement libre d’influence et j’écris exactement ce que j’entends sur le moment. Pour l’anniversaire des vingt ans c’était donc très amusant, le fait de se retrouver et jouer pour les gens qui espéraient voir ça. Ça sonnait super et nous avons pris énormément de plaisir.

Y aura-t-il un album live de cet événement ?

Nous n’avons jamais réussi à obtenir un bon enregistrement. Mais nous avons réussi à récupérer une très bonne prise de la table de mixage au Japon. Je vais donc peut-être sortir ça. Je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé mais pour quelque raison que ce soit, cet enregistrement était vraiment bon.

Est-ce que tu as d’autres choses de prévues pour le futur ou un nouvel album solo ?

J’espère faire un autre album solo bientôt. Je suis en train de réorganiser un paquet de nouvelles idées pour ça et c’est un tout autre processus. Avec Winger, je m’assoie avec Reb avec des idées fraîches ; nous n’utilisons pas de vieilles idées. Mais pour mes trucs solos, je collectionne les idées que j’ai écrit à travers les années.

Interview réalisée le 7 avril 2014 par Spaceman.
Question et Introduction : Spaceman.
Retranscription et Traduction : Spaceman.

Album Better Days Comin’, sortie le 18 avril 2014 chez Frontiers Records.



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  • Rien n’est pire que l’indifférence, on ne remerciera donc jamais assez cet abruti de Lars – et les créateurs de « Beavis & Buthead » – d’avoir étalé au grand jour leur haine de Winger, car ça avait braqué les projecteurs sur eux à l’époque, et permis à certains de les découvrir.

    L’intelligence même en somme… lol

    [Reply]

  • Il me semble n’avoir jamais lu aucun interview de Winger.
    Cool, il fait sa zik et ne se prend pas la tête. S’il était comme ça à l’époque, c’est un bon gars.

    Les choses qui fâchent maintenant, enfin la chose 😀
    Reb Beach très occupé avec Whitesnake ? LOULE. A faire des tournées dans ce cas (et pas grandes non plus). Côté album studio « Forevermore » (2011), et des live en pagaille.

    R.A.S. pour Kip en solo. Après, il était sûrement accaparé ailleurs.

    C’est une fausse excuse, mais c’est toujours mieux que MOTLEY CRUE depuis sa reformation.

    Il n’a pas visiblement pour projet de tournées ? Trop tôt. Juste une date en France (mais pas à Vauréal).

    [Reply]

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