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Interview   

Wintersun est venu à bout de son ambition


Il est toujours injuste et terriblement frustrant que des artistes ne puissent jamais aller au bout de leur œuvre pour des raisons techniques ou financières. Qu’une série ne puisse pas clôturer son histoire faute d’audience ; on pense notamment aux amateurs de la série Carnivale qui pleurent encore l’arrêt de la série au bout de sa seconde saison alors que six étaient prévues. Ou encore que la malchance s’acharne sur un réalisateur de film, tel le tristement célèbre histoire de Terry Gilliam qui, suite à d’invraisemblables coups du sort (allant tout de même jusqu’à l’irruption de F-16 de l’armée de l’air américaine sur les lieux de tournage), dut renoncer à son film « L’Homme qui a tué Don Quichotte ».

L’histoire de Wintersun a heureusement connu une fin heureuse, au bout de huit longues années. C’est tout ce temps qu’il leur aura fallu pour donner une suite à un premier album qui avait convaincu et généré une attente auprès du public. Et pour ce deuxième album, Jari Mäenpää a voulu faire les choses en grand et a bien failli se laisser dépasser par son ambition, de son propre aveu, par inexpérience et naïveté. Une quasi décennie de stress pour le groupe, d’impatience pour le public qui accroît le risque d’une déception ou au contraire d’un enthousiasme démesurés à l’écoute de ce Time I qui verra le jour le 12 octobre prochain.

Jari nous a raconté ces huit années, entre les problèmes techniques, le stress et un label impatient mais compréhensif. Soulagé, Jari n’est pas traumatisé par l’expérience et pense déjà à l’avenir et à plus gros encore.

Et, pour la petite histoire, Jari déteste l’hiver. Un détail qui, vous en conviendrez, aurait pu passer inaperçu si le groupe ne s’était pas appelé Wintersun…

« Je n’ai jamais abandonné. »

Radio Metal : Votre premier album est sorti il y a huit ans. Time I doit enfin sortir ce mois-ci, après des années de problèmes techniques. Ma première question est toute simple : comment vas-tu ? Comment te sens-tu ?

Jari Mäenpää (chant, guitare) : Je me sens très bien. C’est un grand soulagement de pouvoir enfin sortir quelque chose. C’est très excitant de voir comment le public réagira au nouvel album.

Au cours de ces huit ans, t’es-tu jamais senti découragé ?

Il y a eu des jours et des années très difficiles sur le chemin. Mais quand ça arrivait, je respirais à fond et je continuais à avancer. Les membres du groupe et la maison de disques m’ont soutenu, alors j’ai continué. Je n’ai jamais abandonné.

Quand on regarde la réaction des fans à l’annonce de la sortie du nouvel album, c’est incroyable de constater à quel point votre public est fidèle, malgré le fait que vous n’ayez qu’un seul disque à votre actif. Comment expliques-tu ce succès ? Penses-tu que ce soit ce qui t’a permis de continuer toutes ces années ?

Tout à fait. C’est vraiment génial de voir que nous avons tellement de fans dévoués. Ils nous ont vraiment soutenus et encouragés pendant toutes ces années. Le public a beaucoup aimé le premier album et, par la suite, à l’occasion d’interviews, j’ai déclaré que je voulais lui donner un successeur qui soit énorme. Je pense que ça a créé une certaine attente. Et comme nous ne cessions de retarder la sortie, les gens ont dû se dire que ça allait être vraiment exceptionnel ! (rires) La majeure partie du retard était due à des problèmes techniques, mais j’avais dans l’idée dès le départ de faire un album carrément épique. Je ne voulais pas abandonner avant d’avoir atteint cet objectif.

Vous avez apparemment rencontré des problèmes au niveau de l’enregistrement et du mixage, car il s’agit d’un album très complexe et très orchestré. Ton ambition était-elle trop importante pour vos moyens techniques et financiers ?

Totalement. Au début, j’étais un peu naïf. Je n’avais pas réalisé que ces orchestrations exigeraient tellement de puissance informatique. En fait, je n’avais pas beaucoup d’expérience, voire pas d’expérience du tout, sur la façon d’enregistrer de la musique avec des ordinateurs. Après le premier album, je me suis plongé dans mon premier programme informatique et dans ma première bibliothèque de samples, et j’ai appris sur le tas. J’ai appris vite mais j’ai aussi rapidement compris que ces trucs-là exigeaient une puissance énorme ! Ce type d’orchestration est généralement réalisé sur des ordinateurs beaucoup plus gros, comme ceux qu’utilisent les compositeurs de musique de films. C’est souvent dix ordinateurs reliés les uns aux autres. Je ne pouvais m’offrir qu’un seul ordinateur et j’ai dû faire avec. Le processus était extrêmement lent, ça a pris beaucoup de temps.

A propos du premier album de Wintersun : « Je voulais lui donner un successeur qui soit énorme. […] Et comme nous ne cessions d’en retarder la sortie, les gens ont dû se dire que ça allait être vraiment exceptionnel ! (rires) »

Comment votre label a-t-il réagi à cette situation et au fait que l’album était sans cesse retardé ?

Ils n’ont pas toujours été tendres, c’est clair ! (rires) Mais ça partait d’une bonne intention. Ils avaient confiance en moi et dans le groupe, et ils nous ont soutenus autant que possible. Bien sûr, ils ne pouvaient pas nous donner un budget de 100 000 €, parce que nous ne sommes qu’un tout petit groupe de metal. C’était impossible d’obtenir des millions ! (rires) Mais ils nous ont aidés autant qu’ils le pouvaient pendant toutes ces années. Ils m’ont toujours aidé à obtenir le nouvel équipement et les ordinateurs dont j’avais besoin.

Cette situation, avec son lot de stress, a-t-elle eu un impact sur l’écriture de l’album ?

Quelquefois. Mais pas sur les mélodies ou ce genre de choses. Tout ce stress rendait seulement les choses plus lentes. J’avais une vision très claire dès le départ et j’ai travaillé aussi vite que je pouvais. Je pense que je me suis approché très près de cette vision. Je suis très satisfait du résultat.

Quand on regarde les titres des chansons, le nom de l’album et celui du groupe, il semble que le temps et les saisons, et plus particulièrement l’hiver, soient tes préoccupations principales. Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce que le temps représente pour toi ?

Au niveau des paroles, Time traite des expériences et des interrogations humaines. Pourquoi sommes-nous là ? Qui sommes-nous ? D’où venons-nous et où allons-nous ? L’album parle des émotions que l’on ressent dans nos courtes vies, plus particulièrement lorsque le temps s’écoule. « When Time Fades Away » est d’ailleurs le premier titre du disque. Il parle de la peine et du chagrin qu’on ressent quand on perd des êtres aimés. On perd aussi certains sentiments, comme ceux qu’on ressentait quand on était enfant. Mais l’album parle aussi de choses plus positives, comme l’énergie, la force et la puissance, le bonheur d’être en vie. Cela dit, il est vrai que le sujet le plus présent sur cet album est la mélancolie qu’on ressent quand le temps passe. On ne se sent plus jamais pareil, comme le disent les paroles.

A propos de Nuclear Blast : « Ils n’ont pas toujours été tendres, c’est clair ! (rires) Mais ça partait d’une bonne intention. Ils avaient confiance en moi et dans le groupe, et ils nous ont soutenus autant que possible. »

La seule saison dont tu parles est l’hiver, avec des chansons comme « Land Of Snow And Sorrow » ou « Darkness And Frost ». L’hiver est donc la saison qui t’inspire le plus ?

Tout à fait. En Finlande, l’hiver est très long. Certains jours sont très sombres, le soleil ne brille pas pendant une grande partie de la journée. En fait, c’est un peu déprimant, mais ça reste une période magique et superbe. Personnellement, je n’aime pas le froid, je préfère l’été ! (rires) L’hiver inspire car c’est une période pendant laquelle on ne peut pas sortir. Enfin, si, on peut, mais ce n’est pas marrant ! (rires) On ne peut pas aller passer un bon moment à la plage, alors on reste chez soi et on écrit. C’est beaucoup plus inspirant.

Avez-vous l’intention de donner des concerts aussi ambitieux que l’album ? Avec un orchestre, par exemple ?

En fait, notre management a suggéré que ça pouvait être une possibilité pour plus tard. Tout dépendra de la façon dont Time fonctionne. Il nous faudra un gros budget pour faire quelque chose comme ça, ainsi que beaucoup de préparation. Mais c’est une possibilité. Je trouve qu’il est encore un peu tôt pour en parler, mais ça pourrait se faire.

Time II est-il très différent de Time I ou y a-t-il une continuité ?

Je le trouve assez différent. Les deux albums sont comme des frères : on y retrouve les mêmes sons de guitares, les mêmes orchestrations épiques et massives, ce genre de choses. Mais j’ai fait en sorte que chaque riff sur ces deux albums ait sa propre forme et soit différent des autres en termes d’orchestration. C’est comme s’il y avait un orchestre différent pour chaque riff, pour ainsi dire : les samples sont différents, les effets de synthétiseur aussi… J’ai même utilisé différentes librairies de cordes. Je pense que Time II sera plus diversifié, plus varié en termes de chansons. Il y aura plus de contraste entre les titres. Je pense qu’il sera aussi bon, voire meilleur, que Time I.

« J’ai des ambitions encore plus grandes pour les albums à venir. »

Comment as-tu sélectionné les chansons qui figurent sur le premier et sur le deuxième album ?

En fait, ce n’était pas du tout un choix. Depuis le début, j’avais en tête l’ordre des titres pour les 80 minutes de musique. Il y avait une coupure très nette au milieu. C’était naturel de couper à cet endroit.

Que réserve la suite ? Ne ressens-tu pas le besoin de faire une pause dans l’écriture ?

Je ne fais jamais vraiment de pause. Écrire des mélodies et des riffs, ça me vient très facilement et naturellement. Il suffit que je prenne une guitare pour écrire quelque chose immédiatement. Ce n’est pas nécessairement bon, mais je peux toujours écrire quelque chose. Le meilleur vient toujours par surprise, de nulle part. Le plus difficile quand on fait de la musique, c’est d’assembler les chansons, de les produire et d’obtenir le bon son. Je suis un peu maniaque quand il s’agit du son que je veux entendre.

Peux-tu garantir à vos fans que le successeur de Time I et Time II, qui sortira l’an prochain, verra le jour avant 2020 ?

(rires) Oui, je peux le garantir. L’objectif est de sortir Time II l’an prochain, mais nous sommes toujours en train d’organiser le mixage et le calendrier de la tournée.

Penses-tu que les prochains albums seront aussi ambitieux ?

Je le crois. Mais je ne veux pas refaire avec les prochains ce que j’ai fait avec les deux Time ! J’espère que ces albums marcheront et que nous pourrons tourner, pour avoir plus de ressources et de meilleures conditions, ce qui nous permettra de travailler plus vite et plus facilement. J’ai des ambitions encore plus grandes pour les albums à venir.

Interview réalisée le 30 août 2012 par téléphone
Retranscription et Traduction : Saff’

Site internet officiel de Wintersun
Album : Time I, sortie le 12 octobre 2012 via Nuclear Blast Records



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