ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Wintersun – The Forest Seasons


Approcher un album de Wintersun représente toujours une forme d’angoisse. D’une part parce que l’on sait que la tâche sera longue et ardue, d’autre part parce qu’on ne sait pas vraiment quelle direction les finlandais vont emprunter. Surtout, The Forest Seasons survient cinq années après le plebiscité Time I (2012), au terme d’une campagne de crowdfunding pour leur studio vivement critiquée, parfois moquée… The Forest Seasons court le risque de n’être perçu que comme un album tampon entre Time I et Time II. Ce serait l’approcher cruellement. Ce dernier est d’ailleurs plus proche de l’album éponyme (2004) sur de nombreux points. Quoi qu’il en soit, Wintersun n’a rien perdu de son orchestralité et de son sens de l’épique.

Pourtant le thème a de quoi inquiéter, tant le recours aux saisons est un procédé narratif éculé et convenu. Il est ici question d’une métaphore du cycle de la vie à travers l’évolution de la forêt, parsemée d’allusions à l’univers et l’espace propres à Wintersun. Le parallèle au sujet passe bien évidemment par le choix de quatre compositions (pour quatre saisons, tout est parfait) et l’on prévoit alors que le printemps et l’été soit respectivement enjoué et lumineux lorsque l’automne et l’hiver seront dépeints de manière plus mélancolique et sombre… C’est exactement le cas. Toutefois, il ne faut surtout pas s’arrêter à cette première lecture simpliste. Album concept, The Forest Seasons permet néanmoins d’écouter chaque titre indépendamment, ces derniers ayant suffisamment de variations en leur sein pour former un petit univers à part entière. Ainsi « Awaken From The Dark Slumber (Spring) » commence par un rythme soutenu et une mélodie bucolique agrémentée de bruits d’animaux de la forêt. Le chant de Jari Mäenpää oscille entre growls black/death et envolées plus mélodiques, toujours entrecoupé de chœurs. « Awaken From The Dark Slumber (Spring) » n’accuse pratiquement aucun temps de repos, illustrant le réveil de la nature comme un processus foisonnant, une sorte d’effervescence totale. De quoi plonger immédiatement l’auditeur dans l’orchestration très riche de Wintersun.

« The Forest That Weeps (Summer) » bénéficie d’une approche plus nuancée. Il est l’occasion de démontrer l’aisance qu’a le maestro Jari Mäenpää à composer des riffs acérés qui viennent soutenir un refrain en voix claire assisté de chœurs aux airs de majesté. Wintersun parvient à tempérer son propos par un pont utilisant des instruments traditionnels, avant de voir cette même mélodie reprise par le lead des guitares. The Forest Seasons n’a de cesse d’intervertir les interprétations différentes d’un même thème musical au sein d’une composition, sans nécessairement créer l’impression de répétition grâce à la pléthore d’arrangements. De ce point de vue, Wintersun est irréprochable. Mention spéciale à la conclusion de « The Forest That Weeps (Summer) », qui fait véritablement office de catharsis. « Eternal Darkness (Autumn) » délivre ce que le titre promet : une approche aux sonorités black metal, proche d’un Dimmu Borgir, qui bénéficie sans doute des meilleurs arrangements de l’album via les violons dissonants. Wintersun perçoit l’automne comme une véritable agonie, violente et inéluctable qui vient évidemment trancher avec l’allégresse de la première composition, malgré quelques points communs dans certains passages qui tendent à lier l’ensemble. L’album se conclut logiquement sur « Loneliness (Winter) », faisant la part belle au chant clair et à un tempo lourd et qui lui confère un air de complainte.

Mais The Forest Seasons est peut-être victime de sa thématique. À trop vouloir être grandiose, on a l’impression que les titres, malgré une justesse dans leurs arrangements, ont une durée de vie forcée. The Forest Seasons semble accuser une longueur superficielle qui, passé les premières écoutes, tend à nuire à l’expérience. En outre, la production des guitares semble en-deçà du soin apporté à la voix, sans parler de certains samples qui semblent issus d’une banque de sons au budget douteux… Surtout, Wintersun ne parvient pas à se débarrasser de l’aspect convenu de son entreprise. S’il l’exécute décemment, il ne surprend jamais et ne touche pas vraiment, une fois que l’émerveillement éphémère des premières heures qu’on lui alloue s’estompe.

Au final The Forest Seasons ne contentera peut-être pas ceux qui attendent éperdument Time II. Pour ceux qui ne connaissent pas Wintersun, il reste un album suffisamment bien écrit avec ce qu’il faut de moments galvanisants pour convaincre. Si la tâche est ambitieuse et correspond aux talents des musiciens de Wintersun, The Forest Seasons semble forcé. Ce que peut également devenir son écoute à terme.

Video guitar play-through de la chanson « Eternal Darkness (Autumn) » :

Video guitar play-through de la chanson « The Forest That Weeps (Summer) » :

Video guitar play-through de la chanson « Awaken From The Dark Slumber (Spring) » :

Album The Forest Seasons, sortie le 21 juillet 2017 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • J’écoute énormément d’albums pour quelqu’un dont ce n’est pas le métier et je trouve que dans le paysage médiocre du métal en ce moment(bon je n’ai peut-être pas eu de chance), cet album ressort au-dessus de beaucoup d’autres. Je trouve cette critique assez acerbe, alors que l’album reste très au-dessus de bons nombres de groupes du moment.

    [Reply]

    Otto Rail

    Tout à fait d’accord avec toi, si cet album ne tutoie pas les sommets, il est agréable à écouter ! et quand on voit les gros ratages de 2017 de grands groupes (Accept, Arch Enemy, Ensiferum etc), c’est déjà pas si mal … Ah si, en provenance de Finlande également, une tuerie à découvrir ==> Crimfall !

  • Arrow
    Arrow
    Slash @ Paris
    Slider
  • 1/3