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Chronique   

Witchcraft – Nucleus


Witchcraft - NucleusWitchraft a réapparu sur les écrans de radar en 2015/2016 aussi vite qu’il avait disparu fin 2013, plongeant les fans dans une incertitude absolue quant à la possibilité de revoir un jour le groupe. Alors que la majeure partie de leur dernière tournée en 2013 avait été annulée, à l’exception d’un passage mémorable au Hellfest, et que la bande de Magnus Pelander venait de sortir l’album le plus abouti de sa carrière, l’inénarrable Legend, les Suédois ont bien failli nous jouer le coup d’ « un chef d’œuvre et puis s’en va ». Que nenni. Les voici bel et bien de retour, avec un nouveau line up pour la base rythmique (Rage Widerberg à la batterie et Tobias Anger à la basse rejoignent le groupe) et un trio de production composé de Magnus Pelander lui-même, Philip Gabriel Saxin, un apôtre du doom metal, et Anton Sundel qui avait produit l’héroïque Legend. Une rupture dans la continuité, accompagné d’un retour aux sources, caractérisé par le parti pris d’un retour au son brut : le programme de ce Nucleus s’annonce diablement chargé, mais prometteur.

De l’éponyme Witchcraft sorti en 2004 à The Alchemist en 2007, l’univers des Suédois était bien défini, presque délimité à un hard rock 70’s psychédélique, avec un son vintage et des voix Sabbathiennes. Mais Legend vint bouleverser les standards du groupe : aux riffs à la Sabbath, aux inspirations de Pentagram ou des Doors pour la voix, vint s’ajouter une dimension résolument moderne grâce à un son nouveau, plus metal et dynamique, mais toujours organique, une production exquise, des mélodies et des riffs terriblement accrocheurs, des vocalises et des structures évoquant parfois Tool, et un jeu de guitare aux allures d’un Led Zeppelin des années 2000.

Pour comprendre Nucleus, il faut évidemment tenir compte de cette mutation, opérée sur Legend, où deux guitaristes avaient œuvré, laissant Magnus Pelander se concentrer sur l’aspect vocal. Nucleus voyant Pelander reprendre les tâches guitaristiques en plus du chant, on peut donc s’attendre à voir l’univers du groupe encore sévèrement bousculé, et se recentrer sur celui de Pelander, de retour comme homme à tout faire. Witchcraft s’envisagerait presque donc à nouveau comme un one-man-band, tourné vers les envies musicales de son leader ?

La vérité de Nucleus ne tombe pas totalement d’un côté comme de l’autre. Oui, car en dehors de « The Outcast » où l’on retrouve presque l’accessibilité d’un « Not Because Of You » et la dimension accrocheuse ravageuse d’un « Aternative To Freedom », le monde de Nucleus est plus complexe, progressif, le son définitivement moins rock et « américain » que sur Legend, et on y retrouve bon nombre des artefacts des premiers albums. Et non, car l’influence doom, plutôt sous-jacente dans la première période du groupe, et absente de Legend, explose sur cette nouvelle version de Witchcraft, tandis que l’influence de la nouvelle base rythmique et des producteurs de Nucleus se fait véritablement entendre. Si Pelander a composé les guitares et les voix de l’album, il semble donc ne pas être resté tourné vers lui-même, mais de s’être également appuyé sur ceux qui l’ont entouré.

Dans le « Malstroem » du premier titre, on peut donc presque tout comprendre de Nucleus. La voix possédée de Pelander, l’aspect progressif, la présence surprenante d’un soutien de guitare acoustique pour la progression du titre, le psychédélisme mais aussi la lourdeur des guitares, une déstructuration rythmique totale… Bienvenue dans le monde merveilleux de Nucleus et de ses surprises. Comme chaque album à tiroirs, bien des écoutes seront nécessaires pour s’approprier les codes et grand nombre de subtilités de celui-ci, à l’image d’un Lateralus de Tool. Ici, pas de règles métriques, les morceaux passant sans vergogne de deux à seize minutes (!). Pas de limites stylistiques ou d’utilisations d’instruments, non plus : du doom, du hard rock 70’s (« Theory Of Consequence »), du blues (« An Exorcism Of Doubts »), des violons ou des bois (« The Outcast »)… Et surtout, de l’émotion, à n’en plus finir, véhiculée par la voix magistrale de Pelander et ses envolées saisissantes tout au long de l’album.

Qu’ils sont heureux, ceux qui vont se gorger de cet OVNI de quatorze minutes au centre, forcément, de l’opus, « Nucleus » ! L’éponyme, le bien-nommé, qui aurait fait un tabac dans les années 70, que Color Haze ne rechignerait pas une seconde à écrire, épique diatribe psychédélique progressive où toutes les couches s’ajoutent jusqu’au tableau final, démentiel, qu’il serait criminel de dévoiler ici ! Le voilà, le vrai esprit psychédélique, celui qui fait décoller du sol et donne des frissons, sans l’aide d’aucune substance psychotrope… Witchcraft ose, et tout en recréant cet univers vintage, réussit à apporter une fibre nouvelle, transmettant une émotion incroyable.

Nucleus balade l’auditeur dans de nombreuses contrées du rock avec ses différents titres, tout en gardant une cohérence fascinante dans le son : les guitares passent du lancinant au très dynamique (« The Obsessed »), le paysage musical peut devenir atmosphérique et aérien avant de gifler l’auditeur d’une claque doom (« Breakdown »). La base rythmique, quant à elle, s’adapte avec une facilité déconcertante à toutes les incartades de Pelander, impressionne par une technique digne de grands moments d’un progressif 70’s à la Yes ou King Crimson, où Rage Widerberg, le nouveau batteur, interpelle par sa maîtrise technique de chaque instant (l’effarant « To Transcend Bitterness »).

La complexité et la richesse de Nucleus pourra définitivement en perdre certains, comme la façade inquiétante et sombre de certains titres (« Helpless »), héritée directement du doom britannique des débuts. Mais Nucleus s’embrasse en fait dans l’intégralité de la discographie de Witchcraft. Si certains moments sont définitivement accrocheurs, si les mélodies de chant et les lignes de guitare pourront se retenir aisément, la perception de l’univers musical du groupe se rapprocherait peut-être plus de celle des albums Firewood ou The Alchemist. Le son, les saturations, et la dynamique générale des titres, se rapprochent quant à eux clairement de Legend, les fans du précédent opus ne seront donc pas perdus à ce niveau, grâce à l’apport d’Anton Sundel à la production qui assure donc la continuité.

Que ceux qui pensaient Witchcraft arrivé au sommet avec Legend se lèchent à nouveau les babines : Nucleus est une autre cime dans l’immense horizon de Magnus Pelander et ses compagnons de route, rassemblant de nombreux aspects du groupe en un même disque. Pas d’hésitation possible à se lancer dans l’aventure, la quête va se révéler incroyable en rebondissements jusqu’au dernier frémissement de cette offrande des Suédois, homérique de bout en bout.

Ecouter « Theory Of Consequence » et « The Outcast » :

Les extraits de l’album :

Album Nucleus, sortie le 15 janvier 2016 via Nuclear Blast.



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