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Chronique   

Witherfall – Curse Of Autumn


Witherfall ne s’est pas vraiment accordé de répit. Deux années environ séparent A Prelude To Sorrow (2018) de leur nouvel effort Curse Of Autumn – sans compter l’EP Vintage (2019). La formation de Jake Dreyer et Joseph Michael n’entend pas pour autant respecter un rythme de croisière. Curse Of Autumn doit se montrer davantage extravagant et au moins aussi inspiré. Le groupe s’en est donné les moyens en sollicitant les services du batteur Marco Minnemann (The Aristocrats, Steven Wilson) qui rejoint le bassiste Anthony Crawford pour constituer une section rythmique de luxe, supportée par la production de Jon Schaffer (Iced Earth, Demons & Wizards) et la légende de l’ingénierie sonore Jim Morris. Curse Of Autumn n’illustre pas de concept défini, mais il est l’expression de la colère des membres de Witherfall face aux difficultés rencontrées au cours de leur carrière, que ce soit l’incompétence ou la paresse d’anciens collaborateurs et acteurs de l’industrie, ou sur des choses parfois plus personnelles. Curse Of Autumn est un album motivé par la colère et la frustration avec l’ambition d’enterrer tous ceux qui ont entravé leur parcours.

La minute d’introduction « Deliver Us Into The Arms Of Eternal Silence » donne un aperçu immédiat de l’orientation musicale de Curse Of Autumn. Que ce soit pour les phrasés acoustiques ou le riffing pur, Witherfall s’est évertué à donner énormément de dynamique à ses sons de guitare. Si l’on ajoute le son organique caractéristique de Marco Minnemann loin des standards du genre, les articulations de basse fretless à l’inspiration jazz et l’aisance de Joseph Michael pour les timbres haut perchés, on obtient un mélange de power metal à la Iced Earth, de metal progressif à la Dream Theater et de death technique des années 90 à la dynamique extraordinaire. « The Last Scar » laisse entrevoir l’hubris des membres de Witherfall, toujours enclins à livrer des breaks impromptus et des soli complètement débridés émulant parfois le style d’Yngwie Malmsteen. « As I Lie Awake » repose davantage sur le contraste des atmosphères et la mélodie. Quoi qu’il en soit, Witherfall conserve son affect pour les refrains hauts en couleur issus d’une autre époque – une partie de son cachet. Le reste réside dans cette théâtralité que le groupe ne semble pas réfréner le moins du monde quitte à tutoyer l’excès. Le riffing complexe aux changements abrupts de « Tempest » est un véritable terrain de jeu pour Joseph Michael, prêt à jouer la comédie. Le progressif et la technique certes, mais grandeur nature et avec des sabots de compétition. Une décomplexion qui sied parfaitement à la section rythmique, le pont basse-batterie de « Tempest » fleure bon le Cynic des temps de Focus (1993).

Entre inspirations néoclassiques, heavy, death et la complexité de structures progressives volontairement accentuées, Witherfall pourrait provoquer l’indigestion. Il est sauvé par sa dynamique si on l’appréhende pour ce qu’il est, soit une succession de frasques désireuse de prouver une seule chose : Witherfall fait ce qu’il veut comme il l’entend. Que ce soit une power-ballade convenue aux immenses clichés via « The River », un interlude crépusculaire qu’ils finissent par bouleverser (« Curse Of Autumn »), une instrumentale démonstrative (« The Unyielding Grip Of Each Passing Day ») ou les seize minutes homériques de « …And They All Blew Away », un titre inspiré sur le pouvoir fantasmé de faire disparaître les gens nocifs pour soi-même. Le titre constitue logiquement le pilier de l’opus et exploite toute la technicité des musiciens, y compris le don de Marco Minnemann pour agencer les transitions les plus ambitieuses. On y retrouve la faculté du groupe pour entremêler riffing incisif et groovy ainsi que mélodies plus délicates. Évidemment, passé les neuf minutes, tout part en vrille pour le plus grand plaisir des férus de technique. Witherfall enfonce le clou, la planche et le mur. Il fallait bien la reprise délicatement revisitée en acoustique et en mode mineur de « Long Time » de Boston pour atterrir, même si c’est pour nous donner le bourdon.

Curse Of Autmn est à percevoir comme un album antagoniste. Witherfall a voulu régler ses comptes avec toutes les entraves et les personnes responsables d’un parcours semé d’embûches. Un motif parfaitement en phase avec la philosophie du groupe de toujours en faire davantage. Curse Of Autumn donne presque l’impression de ne pas se soucier de laisser l’auditeur sur le carreau. Presque, car Witherfall prend soin de ciseler ses refrains et ses mélodies pour ne pas nous perdre dans son labyrinthe structurel qui doit beaucoup à sa section rythmique et au jeu protéiforme de Jake Dreyer. Witherfall s’est défoulé, à l’auditeur de ne pas devenir un dommage collatéral.

Clip vidéo de la chanson « The River » :

Clip vidéo de la chanson « The Other Side Of Fear » :

Lyric vidéo de la chanson « Another Face » :

Clip vidéo de la chanson « As I Lie Awake » :

Chanson « The Last Scar » :

Album Curse Of Autmn, sortie le 5 mars 2021 via Century Media Records. Disponible à l’achat ici



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