ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Within Temptation : ce que l’Hydre a en têtes


Within Temptation est-il pop ou metal ? Après avoir sorti l’année dernière un album de reprises de chansons pop, The Q-Music Sessions, le groupe offre une réponse avec son nouvel album, le bien nommé Hydra, quant à savoir de quel côté son cœur balance : les deux, mon général ! Pour la chanteuse Sharon Den Adel, le groupe trouve dans le mélange des genres les contrastes qui sauront pimenter sa musique. C’est d’ailleurs pour ça que parmi les différents invités venus posés leur voix sur des chansons de l’album, le rappeur XZibit permet désormais aux Hollandais de mettre aussi un pied dans le monde du hip-hop. Within Temptation prône l’ouverture parce que c’est dans ses gènes : « Nous n’écoutons pas seulement du metal, mais aussi de la musique alternative, du rock, de la musique classique, du reggae, de la dance, du hip hop… » déclare la frontwoman. Mais c’est aussi, en toute logique, cette optique de contraste qui a poussé le groupe à faire revenir et renforcer certains éléments typiquement metal, comme les guitares ou le retour du chant écorché.

Finalement, à tous ceux qui imaginent (ou accusent) Within Temptation (de) vouloir faire du pied au monde de la pop pour servir ses intérêts commerciaux, Sharon Den Adel leur répond dans l’interview qui suit en explicitant la démarche artistique sincère du groupe, en opposition avec les « traditionalistes qui ne sont pas du tout ouverts à d’autres types de musique. »

On parle de tout ceci, de l’album Hydra, des invités, etc. ci-après…

« Pour nous, le critère n’est pas le type de musique, mais la qualité. »

Radio Metal : Votre goût pour la pop n’a jamais été un secret, mais vous avez récemment insisté sur cet aspect en sortant plusieurs reprises de chansons pop. Pourquoi avez-vous pensé que c’était le bon moment et comment avez-vous choisi les chansons ?

Sharon Den Adel (chant) : Je ne sais pas si je suis vraiment fan de pop. Je pense que tout, dans la musique, est une question d’équilibre et de contraste. Si toute la musique heavy ressemblait à Slayer, avec du gros chant et des gros sons, tout deviendrait heavy. Quand on associe quelque chose de plus mélodique à un son heavy, ça ajoute un joli contraste. J’ai toujours particulièrement aimé ce type de concept. Dans notre musique, nous avons toujours essayé de trouver de nouvelles directions et d’évoluer, en nous inspirant d’autres genres, et pas seulement des scènes rock et metal. Nous avons été contactés par une station de radio belge. Nous connaissions l’émission, parce que quelqu’un avait déjà repris une de nos chansons à la guitare acoustique. Ils nous ont demandé si nous voulions participer en reprenant quinze chansons. Comme il s’agit d’une station de radio, nous ne pouvions jouer que des chansons qui passent à la radio à la manière de Within Temptation, des chansons que les auditeurs connaissent. Nous avons donc transformé ces chansons pop en titres plus rock ou metal – la plupart d’entre elles. Certaines sont restées des ballades, mais nous les avons modifiées à notre sauce. Il y a toujours un contraste entre le côté heavy et le côté mélodique. Les chansons que nous avons choisies sont celles avec lesquelles nous pensions pouvoir créer le plus grand contraste, celles où le public ne nous attendait pas. Si on fait une reprise d’une chanson rock, on ne peut pas y ajouter beaucoup d’éléments, parce que c’est déjà du rock. En revanche, on peut ajouter des éléments metal ou rock à une chanson pop ou dance, et on obtient un plus grand contraste. C’est plus intéressant pour nous que de reprendre un titre d’Iron Maiden. Ça n’aurait aucun sens. Je pense que c’était sympa d’essayer de transformer ces chansons en quelque chose plus metal ou rock.

Les fans de metal se montrent généralement hostiles envers la musique pop. En réinterprétant ces chansons de façon plus rock ou metal, vouliez-vous encourager les fans de metal à leur donner une deuxième chance ?

Non, nous avons simplement eu l’occasion de participer à ce projet. C’était sympa, nous avons pris ça comme un défi consistant à tourner ces chansons commerciales en titres plus heavy. Comme Alien Ant Farm l’a fait avec une chanson de Michael Jackson, je crois que c’était « Dirty Diana » (NDLR : en fait il s’agit de « Smooth Criminal »). Ce qu’ils ont fait était très cool, ils en ont fait une super chanson heavy. Je pense que nous avons réussi notre pari pour la plupart des titres. J’aime beaucoup la chanson de Lana Del Rey, on aimerait l’avoir écrite nous-mêmes ! Nous avons beaucoup appris, surtout de cette chanson. Elle a été écrite en mid-tempo, et nous en avons fait du double tempo. Quand nous avons commencé à écrire pour cet album, qui est le plus heavy que nous ayons sorti à présent, une chanson qui commençait comme une ballade pouvait parfois se transformer en chanson double tempo. À l’origine, « Silver Moonlight » était une ballade, mais si on double le tempo, ça devient une chanson vraiment heavy.

Avez-vous fait l’objet de critiques de la part de fans de metal extrémistes concernant cette évolution ?

Non. Évidemment, il y a toujours des gens pour ne pas apprécier les reprises, mais comme nous n’en avions encore jamais fait, à l’exception de « Running Up That Hill », nous avons vu ça comme un défi. On nous demande beaucoup si nous recevons des critiques négatives. Bien sûr, il existe des gens plus traditionalistes qui ne sont pas du tout ouverts à d’autres types de musique. Mais nous avons toujours été un groupe qui aime la musique mélodique. Cela est dû au fait que nous n’écoutons pas seulement du metal, mais aussi de la musique alternative, du rock, de la musique classique, du reggae, de la dance, du hip hop… Nous écoutons plein de choses. Pour nous, le critère n’est pas le type de musique, mais la qualité. Je ne suis pas une grande fan d’Eminem, mais j’aime certaines de ses chansons. C’est la même chose avec d’autres scènes, comme la dance. Je n’aime pas tout, mais j’apprécie certaines choses que propose David Guetta, par exemple. Du moment que le groupe est bon, le type de musique n’a pas d’importance. J’aime aussi la musique espagnole. J’aime tous les styles.

« Je pense que les metalleux peuvent apprécier la musique hip-hop car, d’une certaine façon, les deux genres sont assez proches. »

Le travail sur ces reprises a-t-il influencé directement l’écriture du nouvel album ?

Comme je l’ai dit, ça nous a appris à transformer une chanson en titre plus heavy. Ça nous a vraiment ouvert les yeux.

Après The Unforgiving, qui était un concept-album ambitieux, quel était votre état d’esprit lors de l’écriture de Hydra ?

Quand on écrit un album, on a vraiment la tête dans le guidon. On pense que le prochain sera un The Unforgiving 2, et au final, deux ans plus tard, quand on commence effectivement à écrire pour le nouvel album, on réalise que les temps ont changé, la musique aussi, et que nos goûts musicaux ont pris une direction différente. On est toujours fier de ce qu’on a réalisé, mais ça paraît un peu daté. Ça ne peut pas servir d’inspiration, donc on passe à l’étape suivante. C’est un peu une version évoluée de ce qui a servi de base.

Robert [Westerholt, guitariste] a déclaré : « Hydra est un titre parfait pour notre nouvel album. Comme la créature mythique, ce disque représente tous les différents aspects de notre musique. » Était-ce le point de départ du processus d’écriture ou cette variété est-elle venue naturellement ?

C’est venu naturellement. Pour l’album précédent, nous avions décidé de ne nous poser aucune limite. Nous avons commencé à écrire ce que nous voulions et nous nous sommes inspirés de tous les types de musiques. Au final, nous avons obtenu une superposition de tout ce que nous avons fait en 17 ans de carrière. Des éléments reviennent continuellement, comme les growls, mais aussi les guitares heavy sont plus présentes que jamais. Elles étaient aussi très présentes sur Enter. Avec les années, nous avons ajouté des orchestrations ; Mother Earth et The Silent Force sont des albums plus orchestraux. Cette fois, les guitares sont vraiment heavy. Nous avons même des harmonies à deux guitares sur « Tell Me Why ». Nous avons résumé les dix-sept années qui nous ont menés jusqu’ici, je dirais. Nous n’aurions pas pu faire cet album sans avoir fait tous les précédents. Nous avons beaucoup appris de ça. Nous avons ramené quelques éléments avec nous, mais pas tout, et nous les avons combinés différemment. Les growls ne sont pas associés à la voix classique, mais avec un chant féminin plus traditionnel. Les éléments reviennent de façon différente, ce n’est pas une simple copie du passé. D’un autre côté, nous avons des éléments nouveaux, comme la présence du rappeur XZibit. Je trouve que ça fonctionne bien, car la chanson est très orchestrale, très Within Temptation. Nous avons essayé de trouver le juste milieu avec ce type de musique.

Cela m’amène à une autre de mes questions. Il y a plusieurs invités sur cet album, et le plus inattendu est sans aucun doute XZibit. De qui est venue l’idée de ce duo ?

De Robert. Nous étions en train d’écouter plein de musiques, et il a dit : « Ce serait cool si nous pouvions trouver des idées pour combiner différents styles. » Nous avons essayé, mais c’était très difficile – sauf pour cette chanson, qui a fini par très bien fonctionner. Les éléments se mélangent très bien. Mais nous avons vraiment dû travailler dessus pour obtenir la bonne combinaison. Nous pensons que le résultat serait très cool d’un point de vue artistique. Je pense que c’est dû à ce que représente le hip-hop : c’est très sombre, comme l’est notre propre musique. Le metal est sombre en règle générale. Il y a un côté très masculin là-dedans, si tu vois ce que je veux dire. Les gens ne le voient peut-être pas comme ça, mais il y a des similitudes ici et là. Je pense que les metalleux peuvent apprécier la musique hip-hop car, d’une certaine façon, les deux genres sont assez proches. L’autre raison, c’est que nous apprécions beaucoup la voix de XZibit. Elle n’est pas exactement aiguë et légère. Avec tout le respect que je lui dois, ce n’est pas 50 Cent, c’est un autre style de rappeur. Robert a toujours apprécié le rap. C’est pour ça que nous l’avons choisi, nous l’apprécions beaucoup.

« Enregistrer un duo avec XZibit et réutiliser les growls peut être un risque parce qu’une partie de notre public appréciera, et pas l’autre. »

Robert a également déclaré que vous vouliez que cet album représente « davantage un challenge musicalement, en repoussant les limites avec de nouveaux éléments et de nouvelles influences. » C’est une déclaration forte. Selon toi, comment cet album repousse-t-il les limites – en dehors de ce mélange entre metal et rap, par exemple ?

Notre public est très diversifié. Une partie écoute la radio et nous a connus par cette voie-là, mais nous avons également des fans qui nous suivent depuis le début et qui nous connaissent de la scène metal. Une partie de notre public voudrait assister au retour des growls, mais une plus grande partie encore ne veut pas en entendre parler, parce que ce n’est pas avec ça qu’ils nous ont connus. L’album repousse les limites parce qu’il montre différents aspects du groupe. Nous avons un autre duo avec Dave Pirner, qui n’est pas non plus un choix évident. D’une certaine façon, enregistrer un duo avec XZibit et réutiliser les growls peut être un risque parce qu’une partie de notre public appréciera, et pas l’autre. Il y aura toujours débat. Le côté hip-hop surprendra beaucoup. Je pense que ça, ça repousse les limites. Nous avons fait ce que nous aimions et nous espérons que le public appréciera.

Robert ne tourne plus avec le groupe. Étant donné qu’il est déconnecté de l’environnement live, n’a-t-il pas peur de perdre de vue l’impact scénique des chansons ?

Oh, non, il vient nous voir. Il voit comment les choses se passent et il apprécie autant les concerts depuis le public que depuis la scène.

Tarja Turunen et toi êtes deux des chanteuses de metal les plus populaires (voire les deux plus populaires). Sa présence sur « Paradise (What About Us) » est-elle due en partie au symbole que cela représente ?

Il y a toujours eu beaucoup de tensions entre les fans des deux côtés, entre des gens qui voulaient défendre leur groupe préféré. D’une certaine façon, ça se comprend, les gens ont des sentiments très forts pour leur groupe. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, je pensais qu’elle se comporterait peut-être comme une diva. Mais c’est sans doute la personne la plus gentille que j’ai rencontrée dans le métier ! Du côté des femmes, en tous cas. Il n’y a pas eu le moindre problème, elle était très chaleureuse et ouverte. C’était une collaboration vraiment sympa. C’était génial pour nous, parce que nous avons écrit une chanson très épique, et je me suis dit : « OK, je peux revenir à la voix classique, mais ce serait bien de l’inviter aussi. Ça pourrait l’intéresser. » Nous n’y avions pas pensé plus tôt. Comme c’était la chanson la plus épique de l’album, nous avons pensé lui demander si elle était intéressée. Nous y avons aussi vu une belle occasion pour les fans. Peu de chanteuses de metal s’associent pour enregistrer des chansons. Ça n’arrive vraiment pas souvent. J’ai travaillé avec Anneke [Van Giersbergen] dans le passé, mais c’était une vieille chanson que nous avions écrite et elle n’avait pas participé aux enregistrements d’origine.

Quand vous avez écrit la chanson, vous ne saviez donc pas que Tarja y participerait ?

Non, ça s’est présenté après. Après avoir écrit l’album, nous nous sommes demandé ce que nous pouvions faire pour le rendre encore plus spécial. Nous avons alors pensé à inviter tous ces artistes. Ça semblait naturel.

« Il y a toujours eu beaucoup de tensions entre les fans. […] Peu de chanteuses de metal s’associent pour enregistrer des chansons. »

Pour être honnête, quand j’ai entendu parler du duo avec Tarja, je me suis dit que ça ne marcherait jamais : elle avec sa voix si puissante, si bombastique, et toi avec ta voix légère, aérienne… Je pensais que ça ne pouvait pas marcher, mais le résultat est formidable !

(Rires) Sur les parties où elle a des difficultés, je l’aide, et là où elle est meilleure, c’est elle qui me soutient. C’est vraiment la collaboration idéale, en fait.

Le disque compte quatre invités, ce qui est énorme pour un album de Within Temptation. Était-ce une tentative consciente de votre part d’aller vers les duos plutôt que de choisir d’autres éléments pour rendre les chansons spéciales ? Vous auriez pu ajouter un chœur, par exemple…

Non, trop ennuyeux ! (rires) C’est du réchauffé ! Les invités ont leur propre personnalité, et leurs voix également. Je pense que c’est plus intéressant pour le public d’entendre un autre chanteur sur un titre, plutôt qu’un invité qui serait là pour faire un solo de guitare. Les garçons du groupe font ça très bien. Un chœur n’ajoute pas grand-chose non plus. Il faut aussi voir ça comme une expérience supplémentaire parce qu’on apprend à connaître ces gens, à connaître la personnalité derrière le visage et la voix. C’est aussi très intéressant pour nous. À notre niveau, on se moque de savoir ce que les gens pensent de certaines choses. Nous faisons ces choses parce qu’elles nous plaisent d’un point de vue artistique et parce que nous nous intéressons à d’autres personnes. Nous voulons connaître leur histoire, tu vois.

Ne sera-t-il pas compliqué de jouer ces titres sur scène sans la participation des autres chanteurs ? Ou allez-vous faire ce que vous aviez déjà fait pour le duo avec Keith Caputo ?

Ce sera peut-être différent à chaque fois. Je ne peux pas encore te répondre parce que nous en sommes en train de développer le show. Mais il y a plusieurs options. Nous pourrons demander l’aide du groupe de première partie si quelqu’un chez eux peut s’en charger. Il faudra voir comment s’organiser. Les options ne manquent pas : hologramme, écrans, je peux chanter moi-même… Ça dépend de la chanson.

Peut-on s’attendre à te voir apparaître sur les prochains albums de Xzibit ou de Tarja ?

Pourquoi pas ? Je dois reconnaître qu’il y avait une bon feeling avec chacun d’eux, donc oui !

Il y a un an, vous avez donné un grand concert anniversaire à Anvers, en Belgique. Quand le DVD de ce concert verra-t-il le jour ?

Nous allons peut-être le sortir par petits bouts, sous forme de bonus, par exemple. Nous ne sommes pas encore sûrs. Nous devons trouver le bon moment et la bonne personne pour s’occuper de ce DVD.

Quel aspect du concert Elements as-tu préféré ?

J’ai aimé le mélange que nous avons présenté. Robert est arrivé sur scène juché sur cet énorme cube et nous avions beaucoup d’anciens membres du groupe. J’ai beaucoup aimé ce concert. C’était une superposition de quinze années de carrière. J’ai aussi aimé tous les décors de scène, comme ces trucs gonflables. Nous avons fait appel à beaucoup d’anciens éléments, c’était très sympa.

Interview réalisée le 30 novembre 2013 par Saff.
Fiche de questions : Spaceman et Metal’O Phil.
Retranscritpion et traduction : Saff.
Introduction : Spaceman.

Site internet officiel de Within Temptation : www.within-temptation.com

Album Hydra, sortie le 31 janvier 2014 chez BMG



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Dana Fuchs @ Massy
    Slider
  • 1/3