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Interview   

Within Temptation : une ère nouvelle


Within Temptation entre dans une nouvelle ère. Resist est l’album d’un groupe qui a redéfini ses paramètres. D’abord pour sa survie : « J’étais presque certaine que nous ne ferions plus jamais d’autre album, » nous explique Sharon Den Aden ci-après, en raison de la période de doutes et de démotivation qu’elle a vécue avec le reste du groupe, et qu’elle évoquait plus en détail avec nous en avril dernier. Within Temptation est donc finalement de retour mais non sans quelques ajustements dans son organisation.

Mais Resist est aussi un album résolument moderne. Le groupe embrasse plus que jamais l’électronique et les techniques de production actuelles, assumant ses influences mainstream et mettant en partie de côté sa dimension symphonique, pour en parallèle dénoncer les dérives… de l’ère digitale. On peut y voir une contradiction ou au moins une ambivalence sur son traitement thématique, on peut aussi choisir de voir en cette démarche une mise en contexte, toujours est-il que Sharon a beaucoup à dire, s’emportant dans de longues tirades sur les dangers que peut représenter la technologie digitale entre des mains mal intentionnées. (A lire également : interview avec Ruud Jolie et Martijn Spierenburg).

« On est traçable à n’importe quelle heure du jour et de la nuit et c’est très préoccupant pour moi. On vit dans un monde démocratique, plus ou moins, mais si ça avait été à l’époque de la Seconde Guerre mondiale et qu’une dictature s’était emparée du pays, on ne saurait dire ce qu’ils auraient fait avec cette technologie. »

Radio Metal : Plus tôt cette année, tu nous as parlé de l’album de My Indigo et de tout le contexte qui l’entourait. Mais tu nous as aussi dit que, même si on n’entendrait pas tellement de My Indigo dans le nouvel album de Within Temptation, tu avais quand même emmené avec toi un peu de la façon d’aborder la composition de ce projet solo. Du coup, comment ton expérience à écrire pour My Indigo a-t-elle impacté ta façon d’aborder les chansons de Within Temptation pour Resist ?

Sharon Den Adel (chant) : Ce qu’il s’est passé est que j’ai beaucoup appris de My Indigo, et au final, on ne sait jamais ce qu’on va emporter avec soi pour l’album suivant, mais après coup, quand nous étions en train de composer pour Resist, j’ai vraiment compris que beaucoup de choses étaient inspirées par My Indigo. De nombreux éléments urbains ont été inspirés par My Indigo, et certains rythmes ainsi que certains types de sons que nous avions utilisés dans My Indigo, nous les avons également utilisés dans Resist. Je ne suis pas en train de dire que les chansons sont similaires à My Indigo, c’est plus au niveau de la production et de certains sons que l’album sonne plus moderne. Aussi, l’approche des rythmes a changé dans certaines chansons ; certaines chansons sont devenues plus groovy parce que nous avions des tempos différents, etc. Nous n’avons jamais été un groupe groovy, mais cette fois, pour la première fois, nous sommes un groupe groovy [rires] et j’adore ! En dehors de ça, il y a une chanson, « Firelight », qui était censée apparaître dans My Indigo, mais elle était trop sombre et plus dans la veine de Within Temptation. C’était donc la toute première chanson que j’ai écrite pour le nouvel album Resist. Je l’avais simplement mise de côté, sans savoir dans quelle direction irait Within Temptation, mais j’ai pensé que si ça collait… Au final, ça a collé, parce que nous avions toutes ces influences urbaines dans l’album. Mais c’est un peu le vilain petit canard de l’album, elle est à part.

Ce qu’on remarque tout de suite dans Resist, c’est la direction plus futuriste que vous prenez et qui est bien dépeinte par l’artwork, mais également, comme tu viens de le dire, très présente dans le son de l’album et les éléments électroniques plus présents. Comment cet aspect sonore a-t-il été élaboré ?

C’est une évolution qui nous semblait convenir vraiment très bien à la musique, et aussi, comme tu l’as dit, la direction futuriste que vous voulions prendre colle au son que nous avons choisi. C’est exactement ce que tu as dit, il y a plus d’éléments électroniques dans cet album. C’est beaucoup mêlé aux guitares, on ne les entend pas tant que ça, mais c’est fait différemment de ce que nous avions fait sur d’autres chansons dans le passé où nous avions des inspirations un peu similaires. Là, c’est combiné autrement dans la production. En l’occurrence, nous avons combiné ces sons avec les guitares et les sons se fondent entre eux en poussant les guitares vers des tonalités encore plus graves qu’auparavant. J’étais là : « Je me demande si on peut jouer ça… » Mais maintenant, avec l’attitude du synthé, ça confère une autre dimension. Mais tu as raison, nous avons délibérément essayé de rendre ça plus futuriste.

Resist est moins symphonique, globalement : même si ça reste présent dans des chansons telles que « Supernova » ou « Holy Ground », penses-tu que cette dimension symphonique ait été surexploitée dans le metal et qu’il est temps de développer et explorer d’autres aspects ?

Totalement. Qu’est-ce que je peux dire de plus ? C’est exactement comme je vois les choses. Vu que nous l’avons fait pendant si longtemps, à un moment donné, on en a marre. Ce n’est pas que nous voulons perdre cet aspect, mais nous voulons l’employer différemment, de façon plus minimaliste, et aussi là où c’est nécessaire, là où on se dit : « D’accord, là il faut que ça soit gros. » Alors on sort l’orchestre, mais pas sur toute la chanson. Nous aimons quand même les chansons que nous avons faites avant, mais c’est plus représentatif d’une époque et, maintenant, nous voulons faire quelque chose de plus… Et quand l’orchestre n’est pas partout, ça libère de l’espace dans la musique pour d’autres choses ; on monte les guitares, et aussi par rapport à mon chant, j’ai mieux chanté que jamais parce que je n’étais pas tout le temps obligée de me battre avec l’orchestre.

Tu as toi-même employé le terme « futuriste » pour décrire l’album et tu as affirmé avoir été très inspirée par l’ère digitale. Pourtant, la tendance aujourd’hui dans le rock et le metal est plutôt à revenir à des productions et sons plus organiques et même analogiques, à l’instar des groupes dans les années 70 et 80. As-tu l’impression que vous allez à contre-courant avec Resist ?

Non, pas du tout. Je pense que nous allons de l’avant, en fait. Je pense que les gens ont mal interprété ce que nous voulions dire. L’ère digitale est plus un genre de thème dans l’album, pour les visuels et les textes, mais pas tant pour la façon dont il sonne. Bien sûr, nous avons certaines choses là-dedans, des samples et autres, mais je pense que l’album sonne très organique et va également dans cette direction. Ce sont plus dans les sujets que nous voulions aborder dans certaines chansons, comme « Raise Your Banner » ou « The Reckoning », celles-ci sont plus futuristes – bon, pas futuristes, ça parle plus de l’ère digitale. Il faut que j’explique de quoi parle Resist. Resist parle du fait que, à un niveau personnel mais aussi politique… Plus que jamais auparavant, nous faisons preuve de franchise d’un point de vue politique et ça vient du fait que nous avons toujours été inspirés par la politique, mais nous n’étions jamais explicites parce que, par le passé, nous avions la plupart du temps des textes très métaphoriques. Maintenant, nous disons qu’il faut vraiment se positionner, il faut dire aux gens ce que l’on défend, de quel côté de la barrière on compte se situer, parce qu’il y a tant de mauvaises choses qui ont lieu en ce moment dans le monde et ça nous préoccupe vraiment. Pas que nous puissions changer quoi que ce soit, mais il s’agit plus de poser des questions pour faire réfléchir les gens.

« Nous avons été inspirés par plein de choses qui sont populaires actuellement, […]. Nous trouvons que la pop est trop légère, ce sont la plupart du temps des paroles cucul la praline, mais musicalement, ce qu’ils font avec les techniques et autre est parfois très intéressant. »

En l’occurrence, ce que nous voulons dire à propos de l’ère digitale… Quand je grandissais, j’avais une Commodor 64, je jouais à des jeux vidéo et ce genre de choses. J’étais innocente. Aujourd’hui, internet et les réseaux sociaux ont pris une telle importance avec les ordinateurs et tout. On est traçable à n’importe quelle heure du jour et de la nuit et c’est très préoccupant pour moi. On vit dans un monde démocratique, plus ou moins, mais si ça avait été à l’époque de la Seconde Guerre mondiale et qu’une dictature s’était emparée pays, on ne saurait dire ce qu’ils auraient fait avec cette technologie. On a toujours été francs et libres de dire tout ce qu’on voulait, et tout ce qu’on a posté, ça reste là sur internet, alors que les gens changent, et je trouve qu’il est dangereux que tout le monde sache tout, il n’y a parfois aucune loi sur la vie privée pour protéger les gens des grandes entreprises et des choses que font les gouvernements. Je crois fermement, surtout en France, que les gens ont besoin d’être protégés. Mais dans notre pays, plein de choses sont mises en avant, du style : « Faites attention aux attaques terroristes. » Eh bien, nous n’avons encore eu aucune attaque terroriste chez nous. Evidemment, ça pourrait venir n’importe quand, la menace est toujours là, mais aujourd’hui, si la moindre chose se produit et que tu viens d’une certaine ethnie, ils ont le droit aux Pays-Bas – ils ont fait une loi spéciale pour ça – de te tracer pour le reste de ta vie. Et je trouve que ça va trop loin, il faut un juste milieu.

Tu sais, parfois les gens sont jeunes et disent des trucs stupides parce qu’ils sont en colère, certaines personnes ne savent pas vraiment de quoi elles parlent ou ce qu’elles font. Bien sûr, il y a une menace, mais je pense qu’il y a une limite très fine entre ce contre quoi on est censé protéger les gens et le reste. J’ai remarqué que c’était un sujet très sensible dans votre pays parce que vous avez vécus des moments très durs, mais d’un autre côté, on doit aussi parfois se protéger du gouvernement. On ne sait pas ce qu’ils vont faire. Si ça avait été la Seconde Guerre mondiale et qu’Hitler était au pouvoir, chaque minorité serait récupérée et ils s’en débarrasseraient. C’est une idée effrayante ! D’accord, il n’y a pas d’Hitler aujourd’hui, mais il y a d’autres pays où c’est en train de mal tourner actuellement et ils utilisent également cette technologie. Donc des gens qui ont leur propre façon de penser ou qui veulent se battre pour leur liberté n’en ont plus l’occasion.

Donc le mot « résiste », c’est en fait à l’ère digitale qu’il renvoie…

Oui et aussi à cause de ça, si vous vous rendez simplement sur notre site web et que vous acceptez les cookies, ça vous montrera ce qu’on peut voir, ce que vous donnez gratuitement aux entreprises, les données, et qui possède les données ? Facebook croit posséder les données, tout ce que vous postez, c’est à eux. On remarque plein de choses qui ne vont pas dans ce monde en ce moment, comme Amazon qui ne paye toujours aucune taxe dans aucun pays et exploite les gens pour presque rien pour qu’ils fassent leur boulot, et il n’y a pas que ça, il y a tellement de choses. Nous ne voulons pas forcément tout mettre sur le dos de tout le monde, il s’agit plus de leur faire prendre conscience des choses. Et aussi les fils d’information… En l’occurrence, quand je vais sur un site d’information, je vais lire certaines choses et un algorithme décide de ce que je vais voir la prochaine fois, donc je ne vois plus un tableau d’ensemble. Quand je rouvre mon téléphone, je vois les mêmes sujets à propos desquels j’ai lu et j’obtiens plus d’informations venant du même site web, et non de différents sites, et ils décrètent à ma place que j’ai envie de lire ça, mais peut-être que j’ai envie d’avoir une vision plus large du monde, peut-être que j’ai envie de voir et entendre des choses de droite comme de gauche et tout ce qu’il y a au centre par rapport à ce que les gens pensent et disent, et c’est bien pour moi de savoir qu’il y a d’autres gens qui ne pensent pas comme moi. Car je n’ai pas envie de vivre dans une bulle où je crois tout savoir, or je ne sais pas tout. Ça aussi c’est effrayant. Il y a un groupe de gens qui pensent vraiment différemment de moi et j’ai envie de savoir pourquoi ils pensent ainsi et quelles informations ils ont. C’est donc très intéressant pour moi de lire des articles sur différents sites d’information, mais mon ordinateur me dit : « D’accord, voilà ce qui t’intéresse. » Je dois donc vraiment faire l’effort d’aller sur différents sites et trouver ces articles, parce que ce que je suis censée lire m’a été présélectionné [petits rires] et c’est effrayant. Il faut toujours avoir conscience de ce que l’on lit et être critique envers ce que l’on lit, car il y a toujours quelqu’un derrière ça, car certains journaux sont déjà orientés et les informations ne sont jamais objectives.

Vois-tu donc cet album comme un avertissement ?

Ça nous a inspirés d’écrire à ce sujet et j’espère que nous pourrons sensibiliser les gens. Car je pense que plein de gens dorment. Il se peut que la France soit légèrement différente du reste de l’Europe, je pense, parce que vous avez une histoire avec la protestation, vous le faites facilement. Quand vous êtes remontés contre quelque chose, vous descendez dans la rue et vous vous battez pour vos droits. Aux Pays-Bas, ils ne se sont battus contre rien depuis les années 80, car alors nous avions la menace des missiles de la Guerre froide, et tout le monde était dans la rue, en train de protester, mais c’était la dernière fois que le pays entier s’est réellement soulevé contre quelque chose qu’il n’aimait pas. Et je trouve ça inquiétant. Il y a plein de pays où les gens ne vont dans la rue que pour protester parce qu’ils ont moins d’argent, or je pense qu’ils devraient aller plus souvent dans la rue pour se battre pour avoir plus de droits, car ensemble on peut lever le poing, mais les gens sont là : « Ah non. Je me contente d’écrire sur internet ce que je pense des choses. » C’est facile et parfois on ne sait même pas de quoi on parle. Souvent, et c’est mon avis, les gens ne savent pas de quoi ils parlent [petits rires], car il faut faire beaucoup de recherches avant de pouvoir [parler de certains sujets]. C’est tellement facile de balancer quelque chose sur internet, alors que protester dans la rue est plus dur. Bon, je peux en parler pendant des heures, mais je ne veux pas vous ennuyer avec ça [petits rires]. Mais pour nous, ça a été une énorme inspiration, c’est une façon de sensibiliser les gens. Sans pour autant dire ce qu’ils devraient penser, car je déteste ça. Qui suis-je pour faire ça ? Mais c’est plus : « Voyez par vous-même. » Même en lisant ces lignes, les gens auront peut-être un fil d’information leur disant « vous devriez acheter ceci ». Et puis il y a Siri, qui écoute constamment : si j’ai une conversation et que le satané téléphone est allumé, je reçois des messages en lien avec une conversation que j’ai eue avec quelqu’un, qui était totalement innocente. C‘est fou ! Qui aurait cru que ça existerait ?

« J’espère que les gens qui sont des puristes lui donneront sa chance et peut-être qu’ils finiront par aimer, car parfois les gens parlent beaucoup alors qu’ils devraient plutôt écouter et juger par eux-mêmes. »

C’est Big Brother…

Ouais, Big Brother te surveille constamment. Et c’est aussi l’illustration de notre album, le gars tient quelque chose, et il y a plusieurs interprétations : est-ce un chasseur de trophée, ou est-ce le méchant, ou est-ce le héros ? Pour moi, c’est quelqu’un qui tient Big Brother entre ses mains, décidant qui sont en réalité le bon et le méchant : « Est-ce que je vais lâcher ce truc, pour qu’il tombe et se brise en mille morceaux, afin qu’il ne revienne jamais ? Ou bien vais-je le chérir et l’utiliser pour faire de bonnes choses ou peut-être le changer à ma façon ? »

Pour en revenir à la musique, penses-tu que le futur de la musique soit forcément dans plus d’électronique et de digital ? Ne penses-tu pas que la tendance actuelle dans le rock pour une musique plus brute et organique vient des gens qui sont saturés par la modernité ?

La façon dont je vois ça, et ce que je pense correspond à l’évolution, est qu’on voit plein de gens faire des trucs organiques, mais ils les combinent avec beaucoup de choses digitales parce qu’on a aujourd’hui l’opportunité de faire les deux. Dans le passé, on n’avait que l’acoustique et l’analogique, ce qui est magnifique, mais maintenant on peut superposer plein de choses et c’est ce que font les gens, même si ça continue de sonner organique. Même les gens qui font de la musique organique utilisent beaucoup les ordinateurs et les méthodes digitales, afin que ça sonne mieux ou parce qu’on peut vraiment expérimenter avec les sons, et c’est superbe à faire et c’est chacun qui décide. Si tu as envie que ça sonne moderne, ça ne peut pas être seulement de la musique organique parce que ça fait vieillot, donc si les gens veulent que ça sonne plus comme en 2018-2019, il faut combiner ça avec des parties électroniques. On peut même simuler le son organique, parce que ça se fait très bien. Il y a plein de plugins qu’on peut acheter pour rendre les choses organiques [petits rires]. On est facilement berné.

Tu as déclaré que « parfois on dirait que la pop actuelle manque d’un côté rebelle » et Resist est votre « façon de donner un nouveau souffle au côté rebelle de la musique moderne ». Mais qu’est-ce que tu entends par « côté rebelle » ?

Je pense que le metal a toujours été plus rebelle que la pop et le rock. Nous avons été inspirés par plein de choses qui sont populaires actuellement, comme des sons, au niveau production et technologie, comme on vient d’en parler, avec le digital combiné à l’analogique. Ce que nous avons essayé de faire est que… Nous trouvons que la pop est trop légère, ce sont la plupart du temps des paroles cucul la praline, mais musicalement, ce qu’ils font avec les techniques et autre est parfois très intéressant. Nous nous sommes donc inspirés de la technique, de leur façon d’enregistrer et de combiner les sons. Et ils sont très analogiques en ce moment aussi, très organiques, mais tout en utilisant la technologie. Ce que nous avons essayé de faire est de prendre les éléments que nous aimions là-dedans mais en leur donnant un son provenant de la scène metal. Donc, quand nous trouvions que c’est un peu trop cucul, nous essayions d’apporter ce côté heavy avec notre propre type de musique, avec les ingrédients de Within Temptation, c’est-à-dire les guitares et les riffs heavy, tout en conservant les éléments particuliers qui font que ça sonne 2018-2019.

Les fans de metal sont toujours très critiques envers la pop et la musique grand public. Ne craigniez-vous pas les réactions ?

Non. Cet album semble être vraiment ce qu’il fallait faire. Peut-être sommes-nous trop en avance avec cet album, je ne sais pas, mais je dois dire que nous avons déjà joué cinq chansons sur toute la tournée et les gens adorent. Donc je crois que les gens sont prêts pour ce son. Je suis très confiante pour l’avenir et j’espère que les gens qui sont des puristes lui donneront sa chance et peut-être qu’ils finiront par aimer, car parfois les gens parlent beaucoup alors qu’ils devraient plutôt écouter et juger par eux-mêmes.

Quels artistes d’autres genres dans la musique contemporaine ont inspiré Resist ?

En dehors des groupes cucul la praline, il y a aussi des groupes vraiment sympas que nous aimons beaucoup, comme Imagine Dragons et Twenty-One Pilots. Nous avons vraiment essayé de combiner plein de styles que normalement tout le monde aurait peur d’utiliser et nous étions là : « Oui, c’est vraiment cool ! » C’est peut-être plus du côté rock de cette scène musicale, mais ce sont de très bons compositeurs, et leur façon de combiner des trucs hip-hop et reggae est extraordinaire, j’adore leur production. C’est toujours un plaisir d’entendre ce qu’ils ont fait ensuite. Et ils ne veulent pas se répéter, or c’est une chose dans laquelle nous nous reconnaissons en tant que groupe, donc c’est très inspirant. Il y a donc des éléments chez eux qui nous ont inspirés.

D’un côté Resist est moins centré sur les guitares que Hydra – on n’entend presque aucune guitare dans une chanson telle que « Mercy Mirror » –, d’un autre côté, une chanson telle que « Trophy Hunter » a ce riffing vraiment sous-accordé, presque djent, et « Raise Your Banner » possède un riff qui se rapproche de Rammstein. Est-ce que cette direction moderne a ouvert le groupe à de nouvelles façons d’approcher la guitare ?

Oui, tout à fait. En fait, la musique de « Trophy Hunter » a été écrite par Stefan Helleblad et c’est la première fois qu’il a écrit une chanson pour nous. Il a trouvé cette idée et nous avons changé beaucoup de choses, vocalement et autre, mais les riffs qu’il avait trouvés étaient très sympas. Vu qu’on a des rythmes différents, on obtient aussi des types de riff de guitare différents. C’est donc vraiment venu de l’influence urbaine.

« J’avais vraiment perdu mon amour pour Within Temptation pendant un court moment […], car j’aime faire de la musique mais parfois tout le reste prend le dessus. […] Ma passion, à la base, est d’écrire et faire de la musique, et parfois le monde entier s’empare de quelque chose qui au début était tout petit et m’appartenait. »

Vous avez une nouvelle fois plusieurs invités dans l’album : Jacoby Shaddix, Anders Fridén et Jasper Steverlinck. C’est votre expérience avec Hydra, où vous n’aviez pas moins de quatre invités au chant, qui a éveillé en vous une soif de collaboration avec d’autres artistes ?

Il se trouve que pour la chanson « The Reckoning », j’avais déjà enregistré mon chant, et puis une semaine avant le tournage du clip, nous avons décidé que ce serait peut-être une bonne idée d’avoir quelqu’un d’autre et nous y réfléchissions : « A qui pourrait-on demander ? Qui conviendrait vraiment à cette chanson ? » C’est très difficile parce que nous avons déjà eu tellement de grands artistes, et alors nous nous sommes dit : « Ok, Jacob ! » Jacob de Papa Roach, parce que nous l’avons rencontré il y a trois ans et nous avons toujours aimé sa musique, et leur album précédent, je l’adore ! Je l’ai tellement souvent écouté, je l’aime tellement, surtout la chanson qui fait très Rage Against The Machine, c’est ma préférée. Je l’ai croisé par hasard il y a trois ans, nous étions en coulisses, je suis tombé sur lui et nous avons discuté. J’ai passé un super moment avec lui et depuis j’ai toujours pensé que si nous avions un jour une chanson qui conviendrait à sa voix, j’aimerais bien lui demander de la chanter, car c’est un mec tellement sympa et j’aime travailler avec des gens que j’apprécie, et qui apportent un plus. Ce n’est donc pas que nous pensons à telle personne, en composant spécifiquement pour elle puis en la contactant, car c’est fou de faire ça [petits rires], ça ne marche pas comme ça. Nous composons la musique qui ressort de notre aventure personnelle et ensuite nous décidons : « D’accord, est-ce qu’on va rester seulement sur mon chant ou bien on demande à quelqu’un d’autre d’ajouter une saveur supplémentaire ? » C’est pour ça que nous avons demandé à Jacob et nous nous sommes amusés avec lui. Nous ne nous sommes pas rencontrés physiquement parce qu’il était aux Etats-Unis en train d’enregistrer son propre album, mais nous avons eu beaucoup d’échanges sur Facetime et c’était très sympa de travailler avec lui. C’est quelqu’un de très enthousiaste [petits rires].

Papa Roach et In Flames sont deux groupes qui ont évolué, à la recherche de nouveaux sons et de modernité. Vous sentez-vous proches d’eux pour cette raison ?

Oui, effectivement, car il y a aussi le fait qu’Anders essaye vraiment de chanter de différentes façons aujourd’hui, il expérimente beaucoup. Nous avions vraiment besoin de cris sur une chanson, « Raise Your Banner », et nous pensions que ce serait parfait pour lui. Il a beaucoup apprécié de le faire et il aimait la chanson. Nous nous sommes rencontrés uniquement sur le plateau de tournage du clip, même si nous apparaissons à peine nous-mêmes dans le clip. C’est plus qu’il a fait une bonne impression sur tout le monde dans le groupe. C’était très sympa de le rencontrer, c’est un chouette type et il a aussi beaucoup donné à la chanson, car ses cris étaient vraiment essentiels pour celle-ci. Puis Stefan chante en live, car il est aussi capable de chanter, donc… Mais il nous fallait vraiment ce cri pour donner à la chanson ce côté poisseux.

Tu parlais de l’artwork tout à l’heure. Ce dernier ressemble à une capture d’écran d’un film de science-fiction ou d’une scène de jeu vidéo, et puis on peut entendre des côtés cinématographiques et épiques, surtout dans une chanson telle que « Firelight ». Avez-vous puisé de l’inspiration dans les films et même les jeux vidéo ?

Nous avons travaillé avec différents artistes pour cette pochette, et bien sûr, les vidéos et les livres sont toujours une inspiration pour nous, mais cette fois, nous n’avons trouvé aucune inspiration de ce côté, nous avons juste regardé sur internet, en essayant de trouver… Pinterest aussi est sympa, on peut obtenir des images très rapidement – c’est un truc très sympa que la technologie nous a donné [petits rires]. On peut dégoter toutes sortes d’œuvres provenant de partout dans le monde rien qu’en utilisant des mots clés, et nous avons trouvé un artiste qui avait déjà fait cette illustration, mais nous l’avons tellement aimée que nous la lui avons achetée ; c’était un projet en cours qui n’était pas encore vendu. Il s’appelle Emmanuel Shiu. Robert l’a trouvé sur internet et il était là : « C’est vraiment parfait, c’est exactement ce qu’il nous faut », c’était comme si ça avait été fait pour nous, et nous trouvions que ça permettait d’expliquer l’idée sur le digital et le côté « Big Brother vous surveille ». C’est comme si toutes les pièces du puzzle étaient dans cette illustration. Il était très surpris quand nous l’avons contacté parce qu’il était encore en train de travailler dessus, il était là : « Vous savez, ça fait si longtemps que je travaille sur ce projet… » mais nous voulions le lui acheter parce que ça nous allait parfaitement. Quand il verra tout ce que nous avons fait de notre côté, combiné à son œuvre, il verra que c’était censé être ainsi [rires]. Et il avait d’autres œuvres que nous aimions beaucoup, donc nous disions : « On veut acheter celle-ci, celle-ci colle vraiment à notre musique, et celle-ci… » Et puis, c’était genre : « Oh, ça c’est vraiment cool ! » C’est très sympa de travailler avec ce gars, car il est très talentueux. C’est sympa de trouver des gens et de ressentir : « Ça fonctionne pour nous, c’est exactement ce à quoi on veut que les choses ressemblent. » Et bien sûr, nous ajoutons nos propres visuels, combinés à son illustration, qui collent avec elle, mais qui proviennent d’un autre artiste, un photographe qui a conçu toute la mise en page autour de la séance photo normale, donnant l’impression que nous sommes dans un vaisseau spatial et tout. C’est pour ça que dans notre premier clip, pour « The Reckoning », on voit ces vaisseaux, tout est lié. Nous avions vraiment cette idée de clip et ensuite nous avons trouvé l’illustration. C’était assez étrange parce que même le vaisseau ressemblait à l’illustration [rires]. C’est donc le destin ! Ça colle parfaitement. Certaines choses sont comme… comment est-ce que ça peut arriver ? Tu parles de quelque chose et ça se réalise. C’est tout. C’est dingue !

Tu as déclaré que « sans Resist, Within Temptation ne serait pas là ». Veux-tu littéralement dire que cet album a sauvé le groupe ?

Oui. Mais peut-être aussi My Indigo ; grâce à My Indigo je suis revenue à Within Temptation et j’ai fait Resist. J’avais vraiment perdu mon amour pour Within Temptation pendant un court moment, car je ne voulais plus repartir en tournée, je ne voulais plus faire tous les trucs lourds autour de ça, car j’aime faire de la musique mais parfois tout le reste prend le dessus. Ça ne me dérange pas de donner des interviews, ça ne me dérange pas de faire des séances photos, mais ça prend tellement plus de temps que d’écrire les chansons, or ma passion, à la base, est d’écrire et faire de la musique, et parfois le monde entier s’empare de quelque chose qui au début était tout petit et m’appartenait. C’est parfois difficile. Et puis tous les trucs personnels que je traversais n’ont fait que rendre plus difficile le retour à Within Temptation, car il se passait trop de choses à la maison, je ne me sentais plus trop à ma place. A ce stade, j’étais presque certaine que nous ne ferions plus jamais d’autre album. Mais tout s’est finalement remis en ordre, bien sûr. Et maintenant nous faisons tout par étape et nous allons planifier la tournée, la rendre moins contraignante ; ce sera genre deux semaines, deux et demie, parfois trois si on ne peut pas faire autrement, mais ce sera vraiment le maximum. Et ce, pour que je puisse avoir une vie normale en dehors de Within Temptation, et pas seulement moi, mais tout le groupe, tout le monde a une famille aujourd’hui, donc c’est sympa d’être à la maison et d’être les deux à la fois. C’est un nouveau départ et je dois dire que le nouvel album me semble vraiment très bon, donc ça aussi ça aide.

Interview réalisée en face à face le 15 novembre 2018 par Claire Vienne.
Transcription : Lison Carlier.
Traduction & introduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Within Temptation : www.resist-temptation.com

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