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Live Report   

Within Temptation : une pointe d’amertume dans le gâteau d’anniversaire


« Le Concert ». C’est comme ça que tout le monde en parle. Et on peut presque entendre la majuscule. « Vous allez au Concert ? » demande la gérante de l’hôtel. « Vous êtes là pour le Concert ? » veulent savoir les gens dans le train. Vous en connaissez beaucoup, vous, des villes où tout le monde ne parle que d’un concert metal, même si la publicité dans les rues est étrangement absente ?

La ville en question, c’est Anvers, et le Concert, celui avec la majuscule, c’est Elements, qui célèbre les quinze ans d’existence de Within Temptation. On peut s’étonner que le groupe néerlandais ait choisi la Belgique pour fêter son anniversaire, mais Anvers occupe une position plus « centrale » qu’Amsterdam, par exemple. Et la ville possède une salle conséquente, le Sportpaleis, d’une capacité de 17 000 places. Et il n’en faut pas moins pour accueillir les représentants de cinquante nationalités différentes qui ont fait le déplacement ce soir.

Artistes : Within Temptation
Date : 13 novembre 2012
Salle : Sportpaleis
Ville : Anvers (Belgique)

Concert anniversaire oblige, le Sportpaleis (une salle dont la configuration est quasi-identique à celle de Bercy) est plein à craquer. Les derniers billets ont été vendus la veille, mais ce qui compte, c’est le résultat, pas le temps qu’il aura fallu pour l’obtenir. Le groupe aura maintenu le suspense jusqu’au bout mais il était difficile d’imaginer que l’événement ne soit pas filmé en vue d’un DVD. L’intuition est confirmée dès l’entrée dans la salle : les caméras sont partout et les spectateurs pourront revivre le concert dans leur salon dans quelques mois.

Pour patienter, plutôt que de se voir infliger une première partie, le public a droit à un documentaire de près d’une heure montrant Within Temptation sur la route, backstage, en concert, en studio, en séance photos… Bref, tous ces moments qui font la vie d’un groupe de renommée internationale. Des images intéressantes, mais malheureusement privées de son. On espère que le DVD permettra de rattraper ce manque.

Les choses sérieuses commencent à 20h30 lorsque l’orchestre et les chœurs qui accompagneront le groupe ce soir prennent position sur scène. À 20h45, les lumières s’éteignent et le documentaire est remplacé par un film aux relents très S-F, un peu hermétique mais particulièrement bien réalisé. L’ambiance Prometheus/Alien peut surprendre, mais il s’agit apparemment d’expliquer la genèse du fameux triangle « Elements » qui illustre les affiches du concert. On ne vous le cache pas, la symbolique reste assez floue mais le film est particulièrement léché. Et quand l’intro de l’album The Silent Force résonne dans la salle, on se dit le groupe n’a pas lésiné sur les moyens.

Si le concert s’ouvre sur un titre vieux de huit ans (déjà…), les premières chansons font la part belle au tout dernier album du groupe, The Unforgiving. Un choix curieux sachant que celui-ci est sans doute le moins fédérateur du groupe… Le public n’a d’ailleurs pas l’air d’adhérer malgré l’énergie et la bonne humeur que les musiciens déploient sur scène. Pour ces titres moins symphoniques et plus calibrés rock FM, les chœurs et l’orchestre font un peu de la figuration. Ce n’est bien sûr plus le cas lorsqu’on passe à des chansons plus anciennes, comme « Our Solemn Hour », introduit par un célèbre discours de Winston Churchill, ou « Angels », sur laquelle Sharon den Adel déploie de grandes ailes blanches.

En ce qui concerne la mise en scène, le groupe s’est donné les moyens de ses ambitions. Un écran géant derrière les chœurs diffuse pour chaque chanson des courts-métrages (ou des clips, le cas échéant) assez impressionnants et fort bien réalisés. Au sommet de la scène, le triangle géant d’Elements est doté de deux écrans plus petits qui montrent au pauvre spectateur caché au fond ce qui se passe sur scène. À noter que le très attendu Robert Westerholt, guitariste d’origine du groupe, fait son entrée sur cet élément de décor – il faut être un brin fou, ou vraiment pas sujet au vertige, car la chose est monstrueusement haute !

Mention spéciale aux ingénieurs lumière, qui assurent un spectacle extraordinaire tout au long du show. Bonne idée, également, l’intervention de danseuses en costumes japonisants armées d’éventails géants sur « The Last Dance », ou des fillettes sur « Never-Ending Story ». « Mother Earth » fait appel à des arbres (cactus ?) gonflables et « Ice Queen » à une pluie de confettis. Quant aux effets pyrotechniques, on aurait aimé qu’ils soient davantage présents ; pas façon Rammstein, s’entend, mais l’utilisation des flammes et de la fumée se fait bien trop rare.

Parce que Within Temptation reste un groupe de metal « à chanteuse », les tenues de Sharon sont à peu près aussi importantes que la musique elle-même. De ce côté-là, malheureusement, la frontwoman a eu la main un peu lourde… ou pas assez, d’ailleurs. Il n’y a qu’à voir l’armature métallique dont elle est affublée au début du concert et qui la fait ressembler à Wonder Woman qui aurait oublié d’enfiler ses collants (ndlr : oui, on sait, les geeks, Wonder Woman ne porte pas de collants). Cette faute de goût est cependant compensée un peu plus tard par la célèbre robe blanche que l’on peut voir sur la pochette de l’album Mother Earth. C’est d’ailleurs à se demander si l’enthousiasme du public concerne la chanson elle-même ou la robe…

Côté invités, malgré les annonces, ça ne se bouscule pas au portillon. On note bien évidemment en premier lieu la présence de Robert Westerholt, déchargé de ses responsabilités de père au foyer le temps d’un concert. L’indéboulonnable George Oosthoek est également présent sur « Candles » ; et sur « Our Farewell », c’est Isabella Scholten, totalement inconnue au bataillon, qui vient donner la réplique à Sharon. Comme il fallait s’y attendre, pas de Keith Caputo pour « What Have You Done » : il faut se contenter de sa présence sur écran géant. On peut arguer que l’orchestre, les chœurs et les danseuses font exploser le nombre d’invités, mais pour un événement pareil, on s’attendait à mieux.

Au niveau de la performance, en revanche, difficile de trouver quoi que ce soit à critiquer. Les musiciens sont tous parfaitement à leur place et savent ce qu’ils font. L’orchestre est irréprochable, de même que les chœurs, même si leurs interventions sont limitées par le curieux choix de setlist. Quant à Sharon, très en voix, impossible de la prendre en défaut : la dame est irréprochable, surtout sur ces notes suraigües qui sont sa marque de fabrique. Allez, pour trouver quelque chose à redire, pointons du doigt le premier couplet de « Our Solemn Hour », où la chanteuse oublie complètement les paroles et finit en yaourt. Mais l’erreur est humaine, après tout.

Le gros point noir du concert réside dans la setlist. Pour un anniversaire, on s’attend à voir toute la discographie du groupe représentée de façon à peu près équilibrée. Ce n’est pas le cas ce soir : le dernier album, The Unforgiving, est surreprésenté, avec pas moins de quatre titres de suite en ouverture du concert. On a également droit à trois reprises récentes, réalisées pour une station de radio belge, pour lesquelles l’ambiance change radicalement : exit les grandes envolées lyriques, bonjour les boules à facettes et les danseuses peroxydées court vêtues. L’ouverture dans le metal, d’accord, mais il y a des limites : ces demoiselles-là auraient été bien plus à leur place dans une boîte de nuit ou à un concert de David Guetta. Parallèlement, l’absence d’un « Deceiver Of Fools » ou d’un « It’s The Fear », beaucoup plus représentatifs du groupe, se fait cruellement sentir.

Le public, d’ailleurs, ne s’y trompe pas. Étonnamment passifs et peu réceptifs depuis le début du concert, les spectateurs sortent de leur léthargie dès les premières notes de « Mother Earth ». Les vieux classiques ont la vie dure et c’est manifestement ce que toutes les personnes présentes ce soir auraient préféré entendre. « Ice Queen » aura droit au même accueil chaleureux, mais c’est à peu près tout. Le groupe aurait sans doute gagné à chauffer le public par quelques interventions, mais ce soir, c’est motus et bouche cousue : Sharon, habituellement bavarde, ne s’adresse pas une seule fois à la salle. La faute à l’enregistrement du DVD, sans doute. Malheureusement, l’ambiance s’en ressent.

Le show qui s’égrène pendant deux heures est réglé comme du papier à musique (c’est le cas de le dire) et, au final, c’est peut-être justement son plus gros défaut. La machine est bien huilée, bien calibrée, tous les participants sont très pros, mais tout cela manque de spontanéité. Il semble bien loin, le Within Temptation de Mother Earth ou de The Silent Force.

Le groupe ne cache quand même pas sa fierté.

Au terme des rappels, Sharon et Robert prennent la parole (enfin !) pour remercier les fans pour quinze ans de fidélité et font monter sur scène toutes les personnes impliquées dans l’organisation du concert. C’est l’occasion de prendre « la meilleure photo de tous les temps », dixit Robert. Certes, le gâteau d’anniversaire est extrêmement joli, mais les invités, au fond, gardent un goût amer dans la bouche. Pour avoir apprécié le show de ce soir, il fallait ne pas être un habitué des performances de Within Temptation et, surtout, ne pas avoir nourri trop d’attentes suite aux déclarations du groupe, qui promettait pourtant une fête grandiose, jamais vue, extraordinaire, avec des invités totalement inattendus.

Pour les fans de la première heure, la déception est cruelle. Pour les autres, les amateurs en dilettante, la soirée était plaisante. Mais pour que le concert des 30 ans que Robert appelle de ses vœux puisse avoir lieu, il va sans doute falloir que le groupe s’interroge sur les raisons de ce semi-échec.

Note : un souci de dernière minute nous a malheureusement empêché de revenir avec nos propres photos et nous en sommes les premiers désolés. Pour voir des photos de ce concert, nous vous conseillons la galerie photos du site Imadia.nl.

Setlist :

Intro The Silent Force
Iron
In The Middle Of The Night
Faster
Fire And Ice
Our Solemn Hour
Stand My Ground
Angels
The Last Dance
Never-Ending Story
Say My Name
Candles (avec George Oosthoek)
Sinéad (avec court-métrage)
Titanium (reprise de David Guetta)
Summertime Sadness (reprise de Lana Del Rey)
Grenade (reprise de Bruno Mars)
The Promise
Memories
Mother Earth

Rappels :

What Have You Done
Our Farewell (avec Isabella Scholten)
Ice Queen
Stairway To The Skies



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  • Parfait résumé d’une soirée qui a laissé nombre d’entre nous… perplexes et quelque peu déçus.

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  • Merci Selkeä, j’allais le préciser car c’est un oubli impardonnable :p
    De plus pour l’absence de Keith Caputo je pense que c’est normal, ce-tte dernier-e ayant changé de sexe !
    Il y a eu aussi Ivar de Graaf, ancien batteur de WT, qui a été en guest à la guitare sur Neverending story.

    [Reply]

  • Martijn Westerholt, frère de Robert et ex-claviériste du groupe, était là aussi sur « Candles »…

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