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Interview   

Wolf Hoffmann : une symphonie au coeur de metal


Wolf Hoffmann 2016Qui peut résister au « Metal Heart » d’Accept et à se mettre à chanter à tue-tête la fameuse mélodie de « La Lettre à Elise » lorsque le guitariste Wolf Hoffmann s’élance dans son solo où il emprunte à Beethoven ? L’amour du heavy metal pour la musique classique ne date pas d’hier et en 1985, Accept a certainement été un des tous premiers à opérer cette fusion des genres. Ça n’a donc pas été une surprise lorsqu’en 1997 Hoffmann poussait le bouchon plus loin en proposant un album solo, le bien nommé Classical, uniquement constitué de reprises à la sauce heavy metal de morceaux de musique classique. Près de vingt ans plus tard, le guitariste revient avec un successeur, Headbangers Symphony, dans lequel il métallise, pèle-mêle, du Beethoven, Bach, Mussorgsky, Bizet, Vivaldi, etc. avec cette fois l’apport d’un prestigieux orchestre.

Dans l’entretien qui suit, Wolf Hoffmann nous explique comment il a procédé pour concevoir un tel album mais aussi nous parle de son rapport et du rapport du metal à la musique classique. L’occasion de mieux comprendre son propre parcours de musicien et comment il en est venu à marier ces deux mondes. En fin d’interview, le guitariste nous donne également quelques nouvelles d’Accept qui est actuellement en pleine composition de son quinzième album, successeur de Blind Rage sorti il y a deux ans.

Wolf Hoffmann 2016

« Ça m’éloigne de mes habitudes parce que ça fait tellement d’années que nous jouons du metal qu’une certaine routine s’installe et ça, ça permet de sortir de cette routine et, d’une certaine façon, de ma zone de confort, ce qui est super. »

Radio Metal : Headbangers Symphony sort presque vingt ans après Classical, ton premier album solo. Qu’est-ce qui t’as poussé à remettre ça aujourd’hui ?

Wolf Hoffmann (guitare) : J’ai toujours voulu le faire. C’est juste que je n’ai jamais trouvé le temps de le finir. Les premiers pas dans cette direction remontent à il y a dix ans, vraiment. J’ai rencontré mon ami Melo Mafali, qui est le contributeur principal depuis – Oh mon Dieu ! – peut-être 2006 pour la première fois et ensuite, à partir de là, ça a évolué, nous nous sommes rencontrés peut-être une fois par an pendant quelques semaines au cours des trois années suivantes et nous avons commencé à améliorer les musiques, à travailler de plus en plus dessus. Ca a lentement pris forme. Et ensuite Accept a commencé à reprendre de l’activité et tout d’un coup il n’y avait plus que ça qui comptait, Accept, Accept, Accept… Et il a fallu que j’attende. Mais j’ai toujours eu le désir de faire plus de ces trucs parce que c’est ce que j’aime. Je me rends compte que ce n’est encore qu’un projet parallèle et un projet qui n’est pas évident à enregistrer ou même à faire décoller mais j’ai toujours voulu le faire, simplement parce que je l’adore !

N’as-tu jamais été tenté d’utiliser certains de ces travaux avec Accept ?

Eh bien, nous avons utilisé un petit riff : ce riff sur la première chanson, le « Scherzo » de [Ludwig Van] Beethoven, est identique au riff qui s’est retrouvé dans la chanson « Teutonic Terror » avec Accept mais, à l’origine, c’était vraiment écrit pour cet album. Nous l’avons juste emprunté pour Accept.

Quelle a été ton approche pour choisir les morceaux de musiques classiques à transposer en chansons de metal ? Quels étaient les critères ?

L’approche est plus ou moins toujours la même. J’écoute plein de trucs en musique classique et si à un moment donné quelque chose retient mon attention, si je l’aime et que je pense pouvoir le transposer pour un groupe de metal ou de rock, alors je me le note et plus tard, j’essaie d’en faire une démo, j’essaie d’apprendre la chanson, j’essaie de faire les premiers pas pour le transposer dans mon monde. Car c’est évidemment un monde totalement différent. Tous les morceaux de classique ne peuvent pas être joués avec une batterie, une guitare électrique et tout ça. Tu dois donc d’abord trouver les bons morceaux et ça, en soi, ça peut représenter un grand défi. Et le critère, c’est ton imagination. Tu entends un morceau et tu penses : « Oh, ça pourrait sonner pas mal heavy joué avec mon instrumentation. » Et ça pourrait être tout et n’importe quoi, vraiment, d’une symphonie à un opéra à un simple morceau au piano. Tant qu’il y avait un genre de groove et une mélodie et que nous pensions que ça pouvait fonctionner, alors nous l’essayions. Et ces morceaux sont ceux avec lesquels nous avons fini. Les autres critères étaient qu’il fallait que j’aime vraiment et que ça n’ait pas été trop souvent fait par d’autres gens.

Tu ajoutes des riffs, des rythmes et des solos qui ne sont pas dans les morceaux originaux. Est-ce que ça veut dire que tu travailles autour des thèmes classiques comme tu travaillerais sur une mélodie pour une chanson de heavy metal ?

Ouais, c’est en gros ça. Lorsque j’ai une idée ou lorsque j’utilise la composition de quelqu’un d’autre, je vois vraiment ça comme si c’était mon idée. Je me dis : « D’accord, imagine pendant un instant que j’ai écrit cette magnifique mélodie de Puccini ou quelqu’un d’autre. Qu’est-ce que j’en ferais ? » Et pour certains morceaux, j’ai des idées où j’invente des riffs pour aller avec. Ouais, en gros, je me dis : « Qu’est-ce que j’aurais fait avec ça ? » Et ensuite je commence à inventer des trucs qui fonctionne avec, et du coup, d’une certaine façon, ça devient une aventure conjointe entre deux mondes différents. Une partie est d’origine, beaucoup ne l’est pas. Et il y a aussi certains morceaux sur l’album où je n’ai pas fait ça. Comme le morceau de [Johann Sebastian] Bach « Air On The G String » ou l’ « Adagio » de [Tomaso Giovanni] Albinoni, ils sont plus ou moins calqués sur les originaux et joués différemment mais il n’y a rien que je leur ai vraiment rajouté.

Comme tu l’as dit, le heavy metal et la musique classique sont deux mondes différents, surtout quand tu ajoutes des rythmes de batterie. Du coup, quel a été le plus grand challenge ?

Ouais, le plus grand challenge était vraiment ce qui se produit lorsque tu ajoutes de la batterie, comment ça sonne. De nombreuses compositions en musique classique ne sont pas écrites dans un rythme droit en quatre-quatre qui se reprend bien avec un son de batterie moderne. Nombre d’entre elles ont été écrites sous forme de valse ou d’autres formes qui ne sonnent pas très bien. Donc, au final, tu dois jouer avec ça et essayer des choses. Et ça élimine un sacré paquet de morceaux qu’autrement tu aurais fait. Genre, imagine une valse de Richard Strauss, ça sonnerait horrible, je pense, si tu la jouais avec un groupe de rock. Ça sonne magique lorsqu’un orchestre joue une valse mais, mon Dieu, lorsque un batteur de metal joue une valse, je ne pense pas que ça puisse marcher. Ça ne sonnerait pas bien.

Et quels morceaux de classique t’ont donné le plus de difficultés ?

Je ne sais pas. Je veux dire que j’ai choisi ces douze chansons et elles sont déjà bien assez dures pour moi ! En fait, tous ces trucs ne sont pas exactement faciles parce que, tu sais, aujourd’hui nous faisons tout avec des mesures de quatre et nous sommes habitués à compter d’une certaine façon. Comme je l’ai dit, en général ce sont des mesures de quatre – un, deux, trois, quatre et ensuite ça se répète – mais ces gars, ils faisaient des mesures de trois, cinq, sept ou neuf et soudainement ils changent de métrique. Pour certains trucs, souvent ça ne sonne pas compliqué mais lorsque tu commences à analyser, tu te rends compte que c’est un sacré challenge ! Mais c’est amusant ! J’aime les défis. Ça m’éloigne de mes habitudes parce que ça fait tellement d’années que nous jouons du metal qu’une certaine routine s’installe et ça, ça permet de sortir de cette routine et, d’une certaine façon, de ma zone de confort, ce qui est super. C’est ce que j’adore.

Est-ce difficile lorsque tu as une aussi longue carrière de sortir de la routine ?

Absolument ! Et je pense que c’est ce que tu dois faire en tant qu’artiste. Je pense que tu dois quitter ton territoire et sortir de ta zone de confort de temps en temps et te mettre des défis. Car c’est très facile de tomber dans la routine et faire encore et toujours la même chose, et c’est ce que j’aime avec ce projet. C’est un voyage en terrain inexploré, dans de nouveaux mondes, pour moi, musicalement.

Wolf Hoffmann 2016

« Yngwie Malmsteen, lui, est probablement à l’autre bout du spectre. C’est un virtuose de la guitare qui utilise vraiment ce genre de choses comme un vecteur pour montrer ses compétences, alors que moi, je me vois plus comme un compositeur. […] T’envoyer au visage des solos de guitare tape-à-l’œil tout le temps ne m’intéresse pas. »

Est-ce qu’il y a eu des morceaux que tu as vraiment voulu inclure mais n’a pas pu les transposer dans un contexte metal ?

Il y a quelques morceaux que nous avons essayé. Je ne me souviens plus lesquels mais il y avait des morceaux de [Wolfgang Amadeus] Mozart que nous voulions faire. Tu sais, mon critère était seulement que si ça ne sonne pas convainquant, nous ne le faisons pas. Je me souviens qu’il y en a eu un certain nombre que nous n’avons pas utilisé. Je veux dire qu’il y a des milliers de morceaux de classique et nous n’en avons utilisé que dix ou douze.

Comme tu l’as mentionné, tu as travaillé avec un ami à toi, Melo Mafali. Peux-tu nous parler de votre collaboration et son apport ?

Melo a en fait entendu le tout premier album que j’ai fait à l’époque et, à l’origine, il m’a approché et a dit : « Mec, c’est un super album, je l’adore, j’aimerais écrire quelques orchestrations dessus. » Et à l’époque, l’album était terminé, donc il n’y avait aucun intérêt pour moi à aller plus loin. Mais ensuite, lorsque j’ai voulu rajouté des cordes [sur ce nouvel album], j’ai pensé à lui. En fait, j’ai travaillé avec d’autres types aussi et je n’en avais pas été satisfait mais je me suis souvenu de Melo. Je l’ai rencontré il y a… je ne sais, il y a un moment, dans les années 90 je crois et ensuite je l’ai un peu perdu de vue. J’ai donc recherché sa trace et il avait depuis déménagé en Italie. C’est pourquoi j’ai été en Italie pour travailler avec lui quelques fois et qu’ensuite je l’ai fait venir en avion aux Etats-Unis. Dans ce projet, c’est lui qui a une formation classique. Moi je suis juste le musicien de metal, je fais les choses à l’instinct. J’entends des choses dans ma tête, je les chante et les joue à Melo et lui les transcrits dans le monde orchestral parce qu’il est capable d’écrire des orchestrations. Je peux lire la musique mais pas très bien. Il est clair, si tu veux, que c’est lui le maestro. C’est lui qui fait que tout cela soit possible. Mais à la fois, ce n’est pas non plus un mec purement classique, donc il y a une sensibilité rock et metal suffisante et nous travaillons très bien ensemble.

Penses-tu que son apport a fait une très grande différence sur cet album par rapport à ce que tu aurais fait tout seul, comme sur l’album Classical ?

Je le pense. Parce que je n’aurais rien pu faire de tout cela sans lui, surtout les orchestrations. Toutes ces parties d’orchestre, ce que chaque instrument joue vraiment, je n’aurais jamais pu le créer. Je l’entends dans ma tête mais je ne peux pas le concrétiser, alors que lui si. Ensemble, nous avons pris l’avion pour Prague et trouvé ce magnifique orchestre en République Tchèque, c’est l’Orchestre Symphonique National Tchèque. Nous étions tous les deux là-bas et avons pu être témoins de cet incroyable événement lorsqu’ils ont joué nos compositions ou les transcriptions de Melo. C’était donc génial lorsqu’ils ont enregistré les vraies cordes au final.

Etait-ce son idée de faire appel à un véritable orchestre ou était-ce plutôt un désir que tu avais ?

En fait, la première démarche était, comme ce que la plupart des gens font de nos jours, d’utiliser une bibliothèque de samples que nous jouions avec un clavier jusqu’à ce que nous en soyons satisfaits. Et nous avons essayé de faire en sorte que ça sonne aussi vrai que possible. Et d’ailleurs, nous avons refait toutes les parties lorsque j’ai acheté d’autres bibliothèques plus onéreuses, comme la bibliothèque Vienna Symphonic qui est censé être l’une des meilleures pour imiter un vrai orchestre. Et ça sonnait plus convaincant ; à certains endroits ça sonnait vraiment convaincant, ça sonnait super mais il y avait d’autres passages où je trouvais que ça pouvait être mieux. Donc lorsque un ami m’a suggéré cet orchestre et que j’ai eu l’opportunité de travailler avec ce dernier, j’ai rencontré les gars et j’ai pu constater comme ils sonnaient super, c’était ce que je recherchais. J’ai donc visé plus haut et tout réenregistré encore une fois avec un vrai orchestre. Donc, en substance, tout a été enregistré plusieurs fois encore et encore [petits rires].

Qu’est-ce que ça faisait de voir et entendre l’orchestre jouer ces chansons pour de vrai ?

C’était génial, mec ! Je n’avais aucune idée de comment ça allait sonner. D’une certaine façon, j’étais terrifié parce que j’avais investi beaucoup d’argent, j’ai pris l’avion depuis les Etats-Unis… J’étais très impliqué, tu vois. Donc avant d’y aller, je n’avais aucune idée de comment l’orchestre allait réellement sonner. Une fois que nous avons mis les choses en place et qu’ils ont commencé à jouer, oh mec, j’étais au paradis ! Car ça sonnait aussi bien que je l’espérais et même mieux ! J’étais vraiment sur un petit nuage ! Je n’avais aucune idée si ça allait fonctionner ou pas, c’était juste un grand… Tu sais, « hey, nous allons essayer ça et nous verrons ce que ça fait ! »

Qui joue sur cet album avec toi ? Je sais que Peter Baltes joue quelques lignes de basse mais il y a aussi d’autres invités…

Ouais, plein d’invités que j’ai connu avec les années. Il faut comprendre que ce projet, comme je l’ai dit, s’est fait sur plein d’années et parfois tel gars était disponible et une autre fois un autre gars était disponible, donc tout dépendait où j’étais dans le monde, qui était disponible et qui travaillait avec moi à cette époque. J’ai donc deux batteurs sur cet album. L’un d’eux s’appelle Pat MacDonald, il est de Nashville, et un autre gars qui s’appelle Jason Bowld qui vit au Royaume Uni, il a joué sur la majorité des morceaux, c’était un très bon ami d’Andy Sneap qui a aussi aidé à réaliser et produire cet album. Ensuite, il y a trois bassistes, l’un d’eux est Peter Baltes. Je me demandais toujours : « Qui serait bon pour ce genre de morceau ou cet autre genre de morceau ? » Et nous avons recruté Peter pour jouer quelques-uns des trucs les plus metal parce que c’est vraiment ce dans quoi il est bon. Et puis j’ai fait appel à d’autres bassistes pour jouer plutôt aux doigts ou des trucs fretless. L’un d’eux s’appelle John Billings, il est de Nashville, et il y a Matthias Rethmann, un Allemand. Matthias et moi nous sommes connus il y a dix ans lorsque j’ai démarré… A l’époque je vivais en Allemagne, nous avons joué ensemble sur quelques toutes premières démos, c’était donc sympa qu’il ait accepté de jouer quelques morceaux pour moi. Et bien sûr, les parties de piano et tous les trucs au clavier ont été joués par Melo Mafalo. Mais c’est à peu près tout. Vraiment, ce n’est qu’une poignée d’amis.

Wolf Hoffmann - Headbangers Symphony

« Il y a beaucoup de musique classique qui, à leur époque, était le heavy metal d’aujourd’hui. C’était peut-être considéré extravagant et rebelle lorsque c’est sorti parce que ça allait à l’encontre de la norme. »

Ta passion pour la musique classique n’est pas un secret mais peux-tu nous dire comment celle-ci t’es venue ? Et quel est ton background dans la musique classique ?

Je crois que j’y ai été exposé lorsque j’étais gamin, probablement plus que je ne le voulais parce qu’à l’époque, ça ne m’intéressait pas trop mais maintenant, avec le recul, je me rends compte que la musique classique était vraiment partout. C’était à l’école, où nos professeurs de musique ne nous apprenaient rien d’autre que la musique classique, et mon père n’écoutait rien d’autre que la musique classique, donc j’en étais toujours entouré. Mais je n’aimais pas vraiment, pour être honnête. Car j’aimais les Beatles et les Stones, Deep Purple et plus tard des trucs plus heavy, comme Black Sabbath et j’ai fini par commencer à jouer de la guitare électrique. En fait, je voulais me tenir aussi éloigné de ce monde que possible. Mais ensuite, lorsque j’ai eu peut-être dix-huit ou dix-neuf ans, quelque chose comme ça, j’ai découvert [Piotr Ilitch] Tchaïkovski. Il m’intriguait beaucoup parce qu’il avait des qualités que je trouvais très proches du metal, vraiment. Je veux dire que c’était très dramatique et tout l’orchestre, il peut être calme mais il faisait ressortir une grande énergie qui me parlait vraiment. J’ai vraiment commencé à découvrir Tchaïkovski et un peu plus tard, c’était [Georges] Bizet, [Antonín] Dvořák, Beethoven… En fait, je me souviens m’amuser à jouer ce morceau classique « La Lettre à Elise » que nous avons fini par intégrer dans « Metal Heart » des années plus tard. Même étant gamin, ça me fascinait. Je jouais toujours ça sur la guitare acoustique ou, plus tard, sur une guitare électrique. J’ai donc toujours eu cette idée en moi : « Ce ne serait pas cool de prendre ces deux mondes et faire en sorte de les combiner ? » C’est donc une idée de longue date.

Tu as toujours incorporé, de temps en temps, de la musique classique dans tes compositions avec Accept, c’est presque devenu une marque de fabrique. Et justement « Metal Heart » est devenu une de tes chansons les plus emblématiques, en partie grâce à ça…

Ouais, je trouvais que c’était une idée de dingue ou un truc quelque peu risqué à faire parce que je n’avais pas souvent entendu d’autres gens le faire. Mais à la fois, musicalement, je trouvais que : « Et puis zut ! J’aime tellement ça que peut-être d’autres gens adoreront. » Et elle s’est révélée être l’un des classiques les plus connus que nous jouons encore aujourd’hui. Et le public partout dans le monde adore chanter dessus. C’est en fait devenu une très… Ca a super bien marché ! J’ai toujours voulu faire plus de choses dans cette veine mais il faut que je sois respectueux de ce que fait Accept. Je ne veux pas en faire ce qu’il n’est pas. Je ne fais donc que quelques tentatives. Nous avons utilisé des influences classiques dans les solos de guitare ici et là avec les années. En l’occurrence, même sur le dernier album Blind Rage, nous l’avons fait dans une chanson qui s’appelle « Final Journey » avec un morceau d’[Edvard] Grieg (« Au Matin », NDLR). Donc quand ça fonctionne, je l’utilise mais je n’essaie pas de le faire rentrer par la force. Et faire ces albums complètement classiques, pour moi, c’est un peu une façon de mettre ces choses à part. Je n’ai pas à me soucier de savoir : « Est-ce une chanson de rock ? Est-ce que ça convient à Accept ? » Non, je peux faire ce que je veux. C’est ma façon d’être libre et de jouer avec ces trucs instrumentaux artistiques. C’est donc un travail passionné. Et même le premier album que j’ai fait à l’époque, je n’avais pas de grands projets ou plans de tournées pour ça. Je voulais juste me le sortir de la tête. Et c’était plus ou moins pareil pour cet album. Je pense qu’il y a plein de possibilités pour jouer ça en concert ou dans un autre contexte mais à ce stade, je voulais seulement le faire parce que j’en avais la possibilité et que c’est ma passion.

Je sais que tu as un amour pour les mélodies reconnaissables et c’est quelque chose que l’on peut entendre dans tes chansons. Est-ce donc quelque chose qui vient de ton background classique ?

Ouais, je le pense ! En fait, même dans des chansons où ça pourrait paraître étrange, comme « Fast As A Shark », qui est considéré comme étant la toute première chanson de speed metal, si tu écoutes le refrain, c’est un phrasé dans une veine plutôt classique, la façon dont la mélodie évolue et même le solo de guitare tu pourrais soutenir qu’il est influencé par le classique. Il y a donc plein d’influences dans nos riffs, même lorsque c’est assez subtil et pas proéminent.

La musique classique est l’un des genres musicaux qui a traversé les siècles et a résisté à l’épreuve du temps. Est-ce quelque chose en particulier qui t’inspire ? Je veux dire, est-ce que tu t’es demandé et a étudié ce qui rendait ces morceaux de musique aussi intemporels ?

Non. Je ne suis pas du genre à analyser. Je n’ai jamais rien analysé, vraiment. J’essaie de ne pas le faire. Je fais les choses à l’instinct. Mais tu as complètement raison. Ces mélodies sont à l’épreuve du temps. Elles ont été aimées et respectées par des gens pendant des siècles et rien que ça, ça te fait dire : « Wow ! » Il y a quelque chose dans ces morceaux que tu ne peux pas détruire. Donc j’essaie juste d’utiliser ces mélodies, les emprunter et les interpréter à ma façon. Mais je pense que tu as absolument raison, ces trucs sont intemporels. Et c’est pourquoi ça n’avait pas d’importance pour moi si cet album sortait cette année, l’année prochaine ou dans dix ans, c’est intemporel !

N’as-tu jamais songé à aller plus loin et écrire toute une symphonie pour guitare et orchestre comme Yngwie Malmsteen l’a fait ?

Non, jamais. Je n’ai jamais pensé à ça et je ne le ferai probablement jamais. Maintenant que tu mentionnes Yngwie Malmsteen, lui est probablement à l’autre bout du spectre. C’est un virtuose de la guitare qui utilise vraiment ce genre de choses comme un vecteur pour montrer ses compétences, alors que moi, je me vois plus comme un compositeur. Tout ce qui m’importe, c’est la chanson. T’envoyer au visage des solos de guitare tape-à-l’œil tout le temps ne m’intéresse pas. Et une symphonie… Je ne sais pas, je ne pense pas être assez doué pour écrire toute une symphonique. C’est quelque chose que je laisse aux grands maîtres.

Wolf Hoffmann 2014

« Des gens complètement normaux qui n’ont jamais eu les cheveux longs ou qui n’ont rien de rebelle ou autre aiment le heavy metal, […] c’est bien mieux accepté socialement que ça a pu l’être lorsque c’est apparu. Et d’une certaine façon, ça me plait. »

Mais aimes-tu ces guitaristes qui sont plus portés sur le côté classique, comme Yngwie Malmsteen mais aussi Richie Blackmore, par exemple ?

Richie Blackmore, oui. C’était d’ailleurs une énorme influence pour moi lorsque je grandissais. Je m’en inspirais énormément. Aussi Uli Roth, il a fait des trucs classiques également et c’est un incroyable guitariste. Yngwie Malmsteen, peut-être pas tellement. Ce n’est juste pas mon truc mais je reconnais que c’est un incroyable guitariste et il fait très, très bien certaines choses. Mais pour moi, ça devient très vite ennuyeux s’il n’y a que de la vitesse et des trucs tape-à-l’œil. Très peu pour moi. Si ça va trop loin, alors je m’ennuie un peu. Je préfère les musiciens plus émouvants comme David Gilmour. Je préfère les musiciens qui sont capables de n’utiliser que quelques notes et faire ressortir des émotions aux gars qui peuvent jouer un million de notes à la minute.

Alors je suppose qu’en musique classique ce doit être pareil, tu ne dois pas être fans de gens comme [Niccolò] Pganini qui est connu pour ses morceaux très rapides…

Exact. Je n’en suis pas très fan. Pas vraiment.

De nombreux metalleux affirment que le heavy metal a beaucoup en commun avec la musique classique. Quel est ton avis sur la question ?

Je pense que c’est vrai. Je pense qu’il y a beaucoup de musique classique qui, à leur époque, était le heavy metal d’aujourd’hui. C’était peut-être considéré extravagant et rebelle lorsque c’est sorti parce que ça allait à l’encontre de la norme. Evidemment, maintenant, avec le recul, tout ça c’est de la musique classique mais à l’époque, c’était de la musique contemporaine. C’était peut-être la pop et le metal de leur époque. Tu peux probablement remonter les siècles, prendre tous ces compositeurs et, dans un certain sens, ils étaient tous les rock stars de leur époque. En fait, j’ai souvent entendu ça à propos de Mozart, en l’occurrence, et assurément à propos de Beethoven aussi. Ces mecs ont généralement transgressé les règles lorsqu’ils ont eu du succès.

Dirais-tu qu’avec le metal, il est question de transgresser les règles ?

C’était le cas initialement lorsque c’est apparu. Je me souviens il y a trente ans, lorsque le heavy metal venait d’être inventé, nous étions au cœur de tout ça et je pense que nous avons transgressé certaines règles. C’était ça l’idée qu’il y avait derrière. C’était une forme de rébellion. Personne ne voulait être comme leurs parents. Nous voulions avoir de longs cheveux. Nous voulions voyager dans le monde et jouer la musique que nous aimions. Nous voulions être bruyants et rentre-dedans, plus forts, plus durs et plus rapides que n’importe qui. Et ça, ça faisait certainement partie d’une rébellion et d’une transgression des règles. Maintenant, ça a changé avec les années. Aujourd’hui c’est devenu plus grand public. Le metal est devenu une forme artistique respectée. C’est devenu un truc familial. Ce que j’ai remarqué, en l’occurrence, c’est que les gamins viennent avec leurs parents aux concerts de heavy metal. Si tu vas au Wacken ou n’importe quel concert de metal, vraiment, il y a des gosses de seize ans, des quarantenaires et des sexagénaires, c’est un truc multigénérationnel aujourd’hui et c’est très bien établi. Des gens complètement normaux qui n’ont jamais eu les cheveux longs ou qui n’ont rien de rebelle ou autre aiment le heavy metal, car ça existe depuis longtemps et c’est bien mieux accepté socialement que ça a pu l’être lorsque c’est apparu. Et d’une certaine façon, ça me plait. Comme nous avons parlé de professeurs à l’école, aujourd’hui, les professeurs apprennent aux enfants ce qu’est le heavy metal et leurs parlent d’Accept ! Ce qui est totalement bizarre à mes yeux parce que, comme je l’ai dit, lorsque je grandissais, il n’y avait rien d’autre que de la musique classique qu’on imposait aux enfants. Bordel, notre professeur à l’école mentionnait à peine les Beatles, par exemple ! Il ne considérait même pas ça comme étant de la vraie musique, ça ne valait pas la peine d’être mentionné [rires]. Les temps changent, mec !

Où vois-tu des professeurs apprendre ce qu’est la musique heavy metal ? Car en France, nous n’avons pas ça !

Oh, c’est clairement le cas en Allemagne ! J’ai vu des livres d’écoles. Un ami me l’a amené et il disait : « Regarde ! Mon fils apprend ce qu’est Accept avec son professeur de musique à l’école ! » Je n’arrivais pas à le croire ! Peut-être sont-ils plus ouverts d’esprit en Allemagne mais j’étais stupéfait, je me disais : « C’est carrément cool ! »

Quel serait le plus metal de tous les compositeurs de musique classique ? Par exemple, beaucoup de gens pensent que s’il avait vécu aujourd’hui, Richard Wagner serait un metalleux…

Ouais, probablement que Wagner serait tout là-haut sur le podium, je suis d’accord. Et c’est clair que j’ai souvent entendu ça. Pour moi, ça a toujours été Tchaïkovski, je le préférais mais il n’était pas aussi dramatique que Wagner. Beaucoup de choses chez Wagner sont très sombres, méchantes et dramatiques. Mais, mon Dieu ! Si tu écoutes “Night On Bald Mountain” de [Modest] Moussorgski sur mon album, c’est pas mal metal ! Même dans sa forme d’origine, c’est assez intense !

Il y a d’ailleurs un groupe allemand, Mekong Delta, qui a beaucoup repris Moussorgski, tu les connais ?

Non, je ne les connais pas !

Ils ont notamment repris l’intégralité des « Tableaux d’une exposition » sur un album…

Je sais qu’Emerson, Lake And Palmer l’a fait il y a de ça des années. Et il y avait un groupe dans les années soixante-dix, en Hollande, qui a fait beaucoup de musique classique. Ca s’appelait Ekseption. Ils ont fait plein de trucs. Evidemment, ce n’était pas vraiment heavy selon les standards d’aujourd’hui, c’était plus rock.

Accept 2016

« Nous ne voulons pas réinventer la roue, nous ne voulons pas faire quoi que ce soit que nous n’ayons fait auparavant. […] Nous voulons sonner comme Accept a toujours sonné, seulement en meilleur, et avoir de meilleures compositions. »

Que penses-tu de ces projets de rencontre entre metal et classique que l’on peut voir prospérer depuis quelques années ?

J’en aime certains, pas tout. Beaucoup de gens ne font qu’utiliser leur musique et ajouter un orchestre pour l’accompagner. C’est évidemment une façon bien plus facile d’aborder la chose si tu veux vraiment jouer avec un orchestre : tu te contentes de jouer tes propres chansons et quelqu’un écrit un arrangement pour qu’un orchestre t’accompagne. Mais moi, je voulais avoir une autre approche. Je voulais vraiment donner à l’orchestre plus d’espace. J’ai été très soucieux de ça lorsque j’ai orchestré ou arrangé cet album. Je ne voulais pas que l’orchestre soit juste des gens dans le fond. Je voulais qu’ils aient un rôle vital. Je voulais un genre de partenariat égalitaire : voilà le groupe de rock ou de metal et voilà l’orchestre, et les deux ont des rôles importants à jouer. C’est comme ça que je voulais faire. Et ce n’est pas tout le monde qui procède ainsi. La plupart des gens dégradent l’orchestre en le reléguant à l’arrière-plan.

Est-ce qu’on pourrait s’attendre à voir Accept faire appel à un orchestre à un moment donné ?

On ne sait jamais ! Ça se pourrait bien, en fait. Maintenant que j’y ai été davantage exposé et que j’ai pu de plus en plus y réfléchir, ouais, ça pourrait en fait fonctionner avec pas mal de nos chansons. Peut-être qu’un jour nous aurons le temps de faire des arrangements et voir comment ça marcherait. Mais ce n’est pas quelque chose qui est prévu dans l’immédiat. Mais ce serait marrant ! Je pense qu’il y a plein de possibilités avec les orchestres. C’est juste quelque chose de différent pour nous.

A ce propos, peux-tu nous donner des nouvelles d’Accept ?

Ouais, nous sommes en studio là tout de suite pour écrire des chansons, moi et Peter. En fait, Peter, c’était lui qui a fait sonner mon téléphone tout à l’heure [rires] (le téléphone a sonné un peu plus tôt en pleine interview, NDLR). Il vit maintenant à Nashville également, donc c’est presque un voisin et nous nous retrouvons plusieurs fois par semaine pour écrire des chansons. Dès que nous aurons assez d’idées à nous deux, nous appellerons Andy Sneap et commencerons à enregistrer des choses plus tard cette année. Ensuite, avec un peu de chance, il y aura un album terminé cette année, ou au début de l’année prochaine, et qui sortira l’année prochaine. Maintenant nous avons fini de tourner. Nous avons énormément tourné pour ce dernier album, Blind Rage. Ça a été un cycle qui a vraiment bien marché et l’album s’est hissé à la première place en Allemagne. Mais maintenant il est temps de faire un nouvel album.

Penses-tu que toutes ces tournées t’aurons inspirés ?

Tu es toujours inspiré, bien sûr ! Ouais. Car au bout du compte, un album n’est qu’un moyen pour toi de partir en tournée et c’est pareil pour nous. Le cycle commence toujours avec l’album mais le but final, c’est toujours de partir en tournée, rencontrer les fans et jouer les chansons à des fans dans le monde entier. Donc c’est très inspirant.

Comment sonnent les premières nouvelles compositions pour le moment ?

Elles sonnent exactement comme du Accept et c’est le but, toujours. Nous ne voulons pas réinventer la roue, nous ne voulons pas faire quoi que ce soit que nous n’ayons fait auparavant. Nous essayons juste de nous améliorer dans exactement ce que nous sommes censés faire ! Nous voulons sonner comme Accept a toujours sonné, seulement en meilleur, et avoir de meilleures compositions. C’est pourquoi nous allons faire appel au même producteur. Nous allons utiliser les mêmes ingrédients, si tu veux, les mêmes outils de composition de base. Nous allons juste essayer de trouver des chansons qui sont meilleures que jamais mais pas différentes.

D’ailleurs, il y a deux nouveaux membres dans le groupe. Comment ça se passe avec eux ?

Oh, super, mec ! Le batteur [Christopher Williams] est incroyable et Uwe [Lulis] est également super, mec. Nous avons vraiment trouvé les bonnes personnes pour faire le boulot, je peux te le dire ! Nous avons eu vraiment beaucoup de chance ! Avec les deux.

Est-ce qu’ils vont contribuer aux compositions ?

Bien sûr, c’est ce que nous espérons. Mais les premiers pas, c’est toujours Peter et moi qui les faisons parce, bon sang, nous jouons ensemble depuis près de quarante ans et nous savons exactement ce que nous recherchons. Nous savons exactement comment faire en sorte que ça sonne Accept. Donc nous rassemblons les premières idées et ensuite, à un moment donné, nous impliquons les autres.

Je posais cette question parce que c’était un problème pour Herman [Frank], il considère que ses talents n’étaient pas exploités dans Accept…

C’est pourquoi il a maintenant son propre projet. Donc il a tout son talent pour lui ! C’est génial ! C’est pourquoi nous aimons l’idée qu’il ait son propre projet et que maintenant il puisse être à cent pour cent Herman Frank dans son propre projet. Tu sais, ils ont pris la décision de passer à autre chose et, ouais, ça fait plus de pouvoir pour eux.

Est-ce quelque chose dont vous avez discuté par le passé ?

Bien sûr. Nous avons été ensemble pendant de nombreuses années. Nous connaissons Herman depuis toutes ces années. En fait, il a fait plusieurs fois des allers-retours dans le groupe avec les années. Donc nous nous connaissions très bien.

Interview réalisée par téléphone le 12 mai 2016 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Page Facebook officielle de Wolf Hoffmann : www.facebook.com/wolfhoffmannofficial
Site officiel d’Accept : www.acceptworldwide.com



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