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Live Report   

Wolves In The Throne Room a fait s’asseoir son public


On pourrait aller à un concert de l’Épicerie Moderne de Feyzin les yeux fermés tant la programmation est systématiquement de qualité. Une démarche de sélection d’artistes underground suscitant néanmoins une adhésion très forte lors de concerts aux apparences de communion, qui n’est pas sans rappeler celle du Grrrnd Zero et il n’est donc pas étonnant que nous en ayons croisé l’équipe sur les lieux.

Arrivés sur place, nous constatons que le matériel du groupe ainsi que celui de Neige Morte, le groupe français choisi pour ouvrir la soirée a été installé, non pas sur la scène, mais sur un tapis à même le sol, supprimant ainsi symboliquement la distance entre les artistes et les musiciens. Une soirée sous le signe de la sincérité la plus pure, les deux groupes s’étant exposés de la manière la plus dangereusement honnête, sans le moindre artifice sonore, visuel et délaissant par conséquent même l’inconscient rapport de supériorité que confère une scène, quelle qu’elle soit.

Artistes : Wolves In The Throne RoomNeige Morte
Date : 1er juin 2012
Salle : L’Épicerie Moderne
Lieu : Feyzin

Xavier Théret (Neige Morte) possédé

Au moment où Neige Morte prend possession des lieux, le public se rassemble autour du tapis en demi-cercle servant ce soir de scène, laissant tout de même une certaine distance entre eux et les musiciens. Certainement une prise de distance face à l’inconnu que représente ce qui les attend. Et à vrai dire bien leur en a pris car Xavier Théret, chanteur de Neige Morte et ex-Overmars, est véritablement possédé lorsqu’il débite ses textes. Sa transe le pousse à des gesticulations amples et violentes et à cracher ses glaires sur le parquet de la salle. Alors autant ne pas se trouver dans son espace d’expression pour éviter une quelconque mésaventure.

Une bonne partie du public se trouve médusée ou fascinée face à la démence du jeune homme pied-nu. Face à des mots, aussi, qu’il est parfois possible de distinguer en français, entre les hurlements, à la croisé de la poésie noire, du fiel haineux et… du ridicule, ajouterons certains.

L’ésotérisme dérangeant de Neige Morte

La musique de Neige Morte est tout aussi dérangée et composée de longs titres torturés, parfois dissonants. Les changements de rythmes et tempos font passer la musique du trio de sombres et poisseuses ambiances à des blast-beats intenses. Entre ces deux extrémités, le batteur, qui se donne véritablement derrière son kit, fait preuve d’une certaine maîtrise rythmique avec des plans intéressants, bien que sans fioriture, et même une approche que l’on pourrait presque qualifier de « jazzy ». Le guitariste, quant à lui, plus introverti, joue avec ses pédales d’effets pour construire ses ambiances, notamment une pédale de loop de manière à superposer des parties. On retiendra surtout de lui ce son massif et fuzzé, en définitive bien plus sludge/doom que black metal.

Le jeu de lumières épuré complète la performance avec, essentiellement, des contre-jours provenant de spots à à peine plus d’un mettre du sol. De temps à autre se dessinent ainsi entre les ombres des formes allongées sur le plancher, tels des spectres venant tendre la main aux membres de l’assistance pour les ramener dans leur royaume.

Les caractères distincts des trois musiciens font au final de Neige Morte un groupe pour lequel il est difficile de trouver un comparatif mais aussi lui confère une sensibilité quelque peu ésotérique, donc difficile d’accès. Pour autant, ce soir, ils n’ont pas manqué de surprendre une bonne partie du public.

La brume de Wolves In The Throne Room se répand

Afin de garantir à son public l’atmosphère de méditation correspondant à sa musique, les consignes de Wolves In The Throne Room sont précises. Le groupe a l’habitude de jouer en extérieur et quand ce n’est pas le cas, les photos avec flash sont interdites et il n’y a aucun jeu de lumière. La salle n’est éclairée qu’à l’aide de lampes à pétroles posées sur le sol et quelques très faibles lumières d’ambiance bleu nuit. Pour imiter la brume rampante d’une forêt humide, une machine fumigène envoie de la fumée au raz du sol.

Après une longue introduction où une bande répète un fond ambiant glacial, le trio arrive sans effusion et commence simplement à jouer. Les seuls mots que l’on entendra de la part du chanteur en dehors des chansons seront adressés à l’ingénieur du son afin de réaliser quelques ajustements. Pas un remerciement, ni un regard adressé au public. Et pourtant, l’échange est intense, bien que peu perceptible visuellement. C’est par la musique que Wolves In The Throne Room communique avec une audience certes restreinte mais des plus fédérées qui soit.

Wolves In The Throne Room

Aaron Weaver, guitariste et batteur (en studio, pas sur scène), déclarait dans Blistering, qu’il détestait les comportements violents dans les concerts et qu’il cherchait à provoquer la mélancolie et l’introspection : « Je préfère qu’ils s’asseyent sur le sol et qu’ils pleurent ». Et n’y voyez rien de contre-nature. En temps normal, face à un concert particulièrement puissant, le réflexe est de se lever et d’essayer de s’approcher afin de capter et partager cette énergie. Lors d’un concert de Wolves In The Throne Room, c’est ce même instinct, ce même besoin de profiter pleinement de l’expérience qui nous pousse à nous dire : « Mince, il faut que je m’asseye, sinon, je vais passer à côté de quelque chose ! ». Le premier rang est donc garni de spectateurs assis, dans une ambiance presque hippie, fermant les yeux ou se perdant dans les pensées que leur inspire la musique de Wolves In The Throne Room. Seule exception, un garçon particulièrement enthousiaste qui restera debout tout le long du concert, essayant désespérément de communiquer avec le groupe et de lui prouver par des gestes et des cris synchronisés avec la musique, qu’il connaît tous les titres par cœur. Par maladresse, il fait même tomber et s’éteindre l’une des lampes à pétrole. Chacun vit l’expérience d’un concert comme il l’entend et il est toujours plaisant pour un musicien d’avoir affaire à une telle excitation, sauf quand elle est exprimée de manière un peu trop égoïste. Wolves In The Throne Room cherche à célébrer l’introspection, à s’adresser à ceux qui refoulent des choses. Dans un tel contexte, un tel enthousiasme était donc indécent et avait même l’air, par moments, de gêner les musiciens qui semblaient vouloir éviter les échanges de regards.

Ambiance hippie/black metal

Le trio produit un black metal dépressif aux mélodies superbes et infiniment tristes, tellement qu’elles en donneraient presque le sourire. Un sourire de gratitude, comme pour remercier un groupe qui a su mettre en musique une souffrance que l’on aurait vécue mais jamais réussi à extérioriser véritablement. La notion de technique instrumentale, pourtant si chère à nous autres rockeurs, disparaît totalement dans un tel concert. Pas parce que le groupe n’en use pas, bien au contraire, mais parce qu’il la fait oublier totalement. L’essentiel se trouve ailleurs. Peut-être dans ces si belles mélodies. Ou peut-être même en dehors de la musique, mais dans ce qu’elle nous inspire, nous rappelle ou nous fait comprendre. Bref, en nous mêmes.

Soirée d’introspection

Setlist :

Thuja Magus Imperium
Dea Artio
Vastness and Sorrow
I Will Lay Down My Bones Among the Rocks and Roots
Prayer of Transformation

Compte-rendus : Spaceman (Neige Morte) & Metal’O Phil (Wolves In The Throne Room)
Photos : Nicolas ‘Spaceman’ Gricourt



Laisser un commentaire

  • Trés bon concert en fait grosse prestation de wolves in the throne room que je voyais pour la deuxieme fois !

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  • L’épicerie moderne est géniale pour celà, sa programmation et sa configutation particulière.
    Je n’ai malheureusement pas pu assister au show, mais ce rapport me rapelle en tout point l’exeptionnelle prestation dont nous avait gratifié Cult Of Luna quelques années plus tôt !

    [Reply]

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    Mass Hysteria @ Transbordeur
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