ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Xerath – III


Dans le metal, les temps sont clairement favorables à l’exubérance, à l’ajout de couches d’orchestrations, de voix, d’arrangements électroniques, aux productions ultra puissantes, à la technique musicale, etc. On pense évidemment à Devin Townsend qui se dit lui-même en être en partie revenu, sans, dans les faits, vraiment pouvoir s’en détacher. Mais le jeune groupe anglais Xerath, qui se qualifie lui-même de « groupe metal moderne orchestral de pointe », est certainement celui qui a cristallisé ces récentes années cette recherche de densité avec son premier album Xerath I qui en a fait son leitmotiv et avait créé la surprise : comment un aussi jeune groupe pouvais proposer une musique aussi touffue, avec des moyens qui semblaient si faramineux. Le second essai, Xerath II, n’avait malheureusement fait que dupliquer la formule, frisant la caricature et l’indigestion. Avec son nouveau gros bébé, Xerath troisième du nom, il semble avoir raffiné sa formule, mais pas question de faire dans la cure d’amaigrissement, bien au contraire.

On évoquait Devin Townsend un peu plus haut et, justement, dès le premier titre « I Hold Dominion », on se prend machinalement à vérifier ce que l’on est en train d’écouter, au cas où on aurait lancé un album du Canadien par erreur… Tant la similitude est frappante, voire confondante ! Cette approche grandiloquente, avec ces riffs noyés dans les arrangements, cette batterie qui aurait presque pu être l’œuvre de Gene Hoglan, ces chœurs massifs et, cerise sur le gâteau, cette voix criarde qui, tout comme la voix claire un peu plus loin, ressemble à s’y méprendre au père de Ziltoid. On ne peut pas dire que Xerath ait pris la peine de cacher ses références et on se rend vite compte qu’il ne s’est pas arrêté là. Ce sont en effet une multitude d’emprunts au metal de ces dernières années qui se croisent et s’entrechoquent tout au long de ce troisième opus : Devin Townsend, bien entendu (« I Hunt The Weak » ou la voix claire sur « Bleed This Body »), mais aussi Dimmu Borgir ou Septicflesh pour les orchestrations et chœurs cinématiques imposants, Fear Factory pour les effets électro-indus (« Autonomous ») et autres riffs à grands coups de double pédale en saccade, Dream Theater pour le tricotage guitaristique et certains plans, un peu de Machine Head ou de Soilwork dans certains riffs et la scène djent, de manière générale, pour certains passages où la basse et les guitares sous-accordées claquent à nos oreilles. Xerath a confectionné un grand melting-pot, un gloubiboulga de metal moderne d’où ressort de justesse et assez miraculeusement une identité propre.

Et c’est justement d’avoir élargi son spectre qui permet à ce troisième album de mieux respirer que son prédécesseur et proposer une musique un tantinet plus variée et dynamique (« Sentinels » et son passage aérien), y compris au niveau des arrangements plus profonds et diversifiés (les violons sur « Sentinel » ou de puissantes percussion sur « Ironclad »). A cet égard, Xerath impressionne par sa capacité à faire tenir ce riche ensemble, en particulier Richard Thomson qui, avec son chant, s’adapte à tous les contextes et prend un nombre incalculable de visages. Fondamentalement, Xerath ne change pas la donne mais élabore, explore et équilibre son concept. Il affine les dosages, notamment les mélodies et harmonies qui prennent de la force, tandis que la musique gagne en mesure en laissant les grooves se poser et éviter l’asphyxie. D’autant plus remarquable – à moins que ça en soit la conséquence – alors que le groupe entérine ici un changement au poste de guitariste, avec l’arrivée de Conor McGouran qui brille par son feeling et sa polyvalence. Pari réussi pour Xerath, donc, qui franchit avec cette imposante pièce d’orfèvrerie – qui, du haut de ses 70 minutes et 14 pistes, demandera plusieurs écoutes avant d’être un minimum domptée – une étape dans son développement artistique.

Écouter la chanson « I Hold Dominion » :

Album III, sortie le 15 septembre 2014 chez Candlelight Records.



Laisser un commentaire

  • RainEchoes dit :

    « Le second essai, Xerath II, n’avait malheureusement fait que dupliquer la formule, frisant la caricature et l’indigestion. »

    C’est marrant, je trouve que Xerath I n’est qu’une pale esquisse de la formule atteinte avec son successeur, nettement plus abouti. De plus les vocaux y sont très médiocres, voire insupportables.

    70 minutes, outch. Ça me paraît contre-productif pour un album de ce genre, déja 55 min c’était limite… En espérant y trouver assez de spontanéité et de grooves dévastateurs, ce qui m’avait accroché sur II.

    [Reply]

  • Nom de dieu ! Je l’attendais celui-là !

    [Reply]

  • Arrow
    Arrow
    Arch Enemy @ Lyon
    Slider
  • 1/3