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Chronique   

Yngwie Malmsteen – Parabellum


On ne présente plus Yngwie Malmsteen, l’un des guitar-heroes aussi prolifique que clivant. Si l’on omet l’exubérance qui va de pair avec son talent, Yngwie Malmsteen a réussi la prouesse de marier deux univers à une ère où l’opposition était vivace et leur perméabilité moindre : le rock et la musique classique (Ritchie Blackmore avait tout de même commencé à déblayer le terrain). Malmsteen a toujours su se présenter en virtuose à l’instar des musiciens classiques légendaires, quitte à ne jamais vouloir dévier de sa trajectoire. Son dernier opus intitulé Parabellum n’y changera rien : Yngwie Malmsteen suit la même voie et s’efforce d’aller toujours plus loin. Pour le meilleur et le reste.

Yngwie Malmsteen a tout réalisé lui-même dans son propre studio, seulement assisté de l’ingénieur du son Emilio Martinez, sans réelle contrainte de temps. Un cadre de travail propice au perfectionnisme, renforcé par les restrictions sanitaires. Yngwie a ainsi pu prendre du recul avec ses compositions et les retravailler autant qu’il le fallait – tout en continuant à revendiquer son penchant pour la spontanéité et l’improvisation, surtout lors de ses solos – pour obtenir le résultat qu’il souhaitait et aboutir à un album « qui doit se parcourir d’une traite ». Évidemment la guitare s’adjoint la part belle du spectre sonore, trop heureuse de reléguer au second plan (voire troisième) une programmation rythmique générique – il faut l’avouer – aux relents d’amateurisme. Yngwie s’en moque, la prouesse est ailleurs : la rythmique n’est qu’un prétexte, un support lointain, l’affaire des basses œuvres. Les parties de guitare-basse ont heureusement davantage de cachet et font parfois émerger quelques phrasés chaloupés, histoire de rappeler que la dextérité est synonyme de doigts déliés. « Wolves At The Door » ouvre les débats laissant apprécier le sweeping légendaire du maître. Si l’on croit déceler du piano ou des nappes de clavier, il s’agit en réalité de sonorités de guitare retravaillées. Très vite Yngwie nous indique la direction du fauteuil : rythmique power-metal et phrasés de soliste à donner le tournis. Malgré tout, quatre titres bénéficient de la présence du chant sur Parabellum. Sans briller, Yngwie fait preuve d’une certaine qualité de songwriting qui offre quelques balises à ceux qui peuvent se noyer dans le florilège de notes ; ce qu’est Parabellum à pratiquement tous les instants, surtout lorsque Yngwie s’amuse à honorer des artistes classiques tels que Paganini (« Wolves At The Door »). « Presto Vivace in C# Minor » ne trompe pas sur la marchandise : il sublime la formule « rythmiques pauvres et manche autoroutier ». Yngwie impressionne autant qu’il essouffle.

Les moments de respiration surviennent justement lorsque le guitariste a recours à ces titres chantés, à l’image de « Relentless Fury » qui prend des allures de heavy eighties (de quoi presque rendre nostalgique) trop heureux de briller davantage par son riffing mélodique que les élancées fougueuses de son géniteur. « Eternal Bliss » prend le parti de la ballade power-rock aux « Ah » en chœur sur le refrain et à l’amorce de solo humide à souhait. Pas question pour Yngwie de faire preuve de retenue pour autant : il s’agit d’en mettre partout et les quelques subtilités de phrasés (Yngwie reste un orfèvre en matière de respirations dans ses solos) nécessitent une concentration de tous les instants pour prendre conscience de l’ampleur du travail réalisé sur ce plan. « (Fight) The Good Fight » est plus dispensable, sorte de power-rock écrasé par une rythmique monolithique qui l’empêche de parvenir à un quelconque degré de puissance. Ce qui importe réellement reste de toute manière l’étalage des compétences techniques de l’artiste. « Toccata » peut jouer le rôle de carte d’identité du guitariste, tandis que « God Particle » a le mérite d’incorporer des mélodies classiques gracieuses et chantantes, notamment en guitare acoustique en intro et outro, et bénéficie d’une structure plus progressive. Un paroxysme atteint avec les huit minutes de « Sea Of Tranquillity » qui varie les dynamiques et permet à Yngwie de terminer en apothéose : une soif intarissable de notes jusqu’à s’en faire saigner les doigts. Quant à la musique, il faudra se contenter de l’éloquence du guitariste qui tend souvent à impressionner plutôt qu’à émouvoir. Parabellum doit s’aborder en respectant la démarche du guitariste : lier la musique à une forme de performance physique. Condition impérative, au risque de trouver Parabellum tout bonnement imbuvable.

Yngwie reste maître en sa demeure. Il est le seul à se complaire autant dans des tirades guitaristiques qui n’appartiennent qu’à lui. Il ne ressent nullement le besoin de changer. C’est l’affaire d’un tutoiement de ses limites auquel il nous convie. Parabellum ne peut que forcer le respect pour ce fanatisme de l’instrument. C’est là son véritable argument. Ceux qui ont suivi Yngwie ces dernières années en ont conscience : le plaisir vient de l’effort, pas forcément du résultat.

Chanson « Relentless Fury » :

Lyric vidéo de la chanson « Wolves At The Door » :

Album Parabellum, sortie le 23 juillet 2021 via Music Theories Recordings / Mascot Label Group. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Trop fort mais son inertie me questionne. Que la pochette est laide…

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  • Malmsteen j’ai décroché il y a des années… Putain de guitariste mais c’est toujours la même chose avec le même son de guitare et global. Aucune évolution ou changement sur le chant non plus.
    Mr Malmsteen il faut arrêter de se regarder le nombril 😉

    Le seul groupe qui arrive à peu près à faire ça est Def Leppard, mais pas Malmsteen.

    [Reply]

    Pat du 12

    Autant je suis d’accord sur le style »Malmsteen » invariable depuis plus de 3 décennies et un peu rébarbatif, autant je vois pas le rapport avec Def Lep ? À ce sujet,on attend toujours qu’ils sortent un album avec des inédits depuis au moins 7 ans ( si mes souvenirs sont bons ?)…

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