ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Zakk Sabbath – Vertigo


Tout le monde sait que Black Sabbath a marqué l’histoire de la musique il y a cinquante ans. Leur premier album changeait la donne et présentait une nouvelle manière d’écrire des riffs et de jouer du rock, tout simplement. Quelque part, tous les groupes de metal actuels existent parce que Black Sabbath a vécu. Certains voient même dans le premier acte Black Sabbath (1970) la naissance du heavy metal. Quoi qu’il en soit, l’hommage lui est dû. C’est ce que veut entreprendre Zakk Sabbath, le cover-band de Black Sabbath emmené par Zakk Wylde, le bassiste Blasko (Ozzy Osbourne, ex-Rob Zombie) et le batteur Joey Castillo (ex-Danzig, ex-Queens Of The Stone Age). L’album de reprises s’intitule Vertigo en référence à Vertigo Records qui a sorti le premier effort de Black Sabbath, enregistré en une journée en octobre 1969. Zakk Sabbath s’était déjà illustré par Live In Detroit (2017). Vertigo est leur premier enregistrement studio. Il faut de l’assurance pour investir temps et argent dans une reprise de Black Sabbath. Zakk Sabbath prouve qu’il a le pedigree et la considération nécessaires.

Le groupe a réutilisé la méthode employée il y a cinquante ans : un enregistrement live en studio. Le choix de reprendre le premier album de Black Sabbath s’explique par sa teneur plus expérimentale qu’un Paranoid (1970). Il laissait simplement plus d’espace créatif pour le groupe, si l’on reprend les dires de Blasko. Zakk Sabbath, qui a filmé tout le processus d’enregistrement, voulait respecter une manière différente de consommer la musique. Le vinyle régnait en maître et Zakk Sabbath veut présenter une musique taillée pour le médium. Les cloches et l’éclat des gouttes de pluie de « Black Sabbath » font toujours le même effet après un demi-siècle d’existence. Les premières secondes, après un glissé de manche estampillé Black Label Society, démontrent l’attention aux détails extrêmement scrupuleuse de la part de Zakk Sabbath. Le premier impératif était de respecter la dynamique du groupe. Sur ce point, Zakk Sabbath est irréprochable. Zakk Wylde émule le phrasé d’Ozzy avec une voix moins éraillée et plus caverneuse. C’est peut-être la différence la plus notable qui ne nuit jamais à l’écoute, pour peu qu’on ne se retrouve pas dans le camp des puristes. Et si on perd la reverb des toms qui participait grandement à l’atmosphère inquiétante de l’original, on saluera la clarté et l’authenticité immersive de l’enregistrement qui, par exemple, ne masque pas les grésillements de cordes. « The Wizard » laisse percevoir l’interprétation propre des musiciens. Le jeu d’harmonica de Zakk est plus gras et bavard, à l’instar de la frappe de Joey Castillo qui confère au titre une seconde jeunesse. « The Wizard » bénéficie grandement de cette production plus actuelle qui nous rappelle qu’il est un monument inébranlable à l’efficacité redoutable.

Là où Zakk Sabbath prend certaines libertés, c’est en agençant la tracklist à sa manière : Vertigo reprend paradoxalement celle de l’édition américaine de Warner Bros. Si « Bassically » est absente du tracklisting, le solo de basse a bien été conservé. Musicalement, Zakk Sabbath ne s’écarte presque jamais de la voie tracée par Tony Iommi et consorts. Le solo de « Wicked World » est toutefois légèrement plus démonstratif et intègre davantage de reverb, quitte à devenir plus exubérant (tout comme celui du final de « N.I.B. » qui se voit rallongé de presque une minute d’effusions guitaristiques). « Wicked World » gagne en lourdeur ce qu’il perd en subtilité. « A Bit Of Finger / Sleeping Village / Warning » suit une logique similaire : au-delà d’une rénovation de la production évidente, les compositions prennent du muscle et perdent très légèrement ce cachet lugubre et charmeur des originales. Un parti pris parfaitement acceptable tant l’interprétation est chirurgicale. Pour les plus jeunes, c’est l’occasion de comprendre pleinement pourquoi Black Sabbath se situe à la genèse du metal.

À quoi bon réenregistrer une musique qui se veut intemporelle ? L’original est inégalable parce qu’il est unique, soit. C’est pourtant cette absence d’obsolescence qui pousse à rejouer cette musique sans cesse. Zakk Sabbath permet à ceux qui sont frileux devant les productions d’antan de profiter de compositions historiques. Il les pratique à la perfection et ne leur cause jamais du tort. Une petite prouesse en soi. Surtout, c’est avant tout un choix qui est proposé. Les puristes retourneront aux premiers enregistrements en criant au sacrilège si le besoin s’en fait sentir, les autres pourront profiter d’une démarche qui n’a d’autre dessein que le respect et l’amour de l’œuvre originale. Quitte à ce qu’elle donne envie de se replonger dans les originaux, justement. C’est ce qui fonctionne avec Vertigo. Personne n’y perd et Black Sabbath y gagne.

Chanson « Black Sabbath » en écoute :

Album Vertigo, sortie le 4 septembre 2020 via Magnetic Eye Records. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Slipknot @ Lyon
    Slider
  • 1/3