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Interview   

Zakk Wylde : 30 ans et toujours pas de repos


Alors qu’il entame l’année de la plus belle des manières avec un nouvel album de Black Label Society, un Grimmest Hits sans surprise mais aux « airs de déclaration d’amour élégamment rédigée », notamment par son héritage sabbathien, ce n’est pas moins qu’un double anniversaire que Zakk Wylde fête en 2018. En effet, Jeffrey Phillip Wielandt, de son vrai nom, fondait il y a vingt ans Black Label Society et sortait un premier album, le testostéroné Sonic Brew, album entérinant son émancipation de son statut de guitariste d’Ozzy Osbourne. Plus important encore, il y a trente ans, le jeune Wylde sortait son tout premier album, No Rest For The Wicked, point de départ à la fois de son ascension et d’une nouvelle apogée dans la carrière d’Ozzy Osbourne, justement, qu’il a largement contribué à redynamiser.

Nous avons profité de la tournée actuelle du guitariste pour lui faire la causette entre midi et deux, évoquer tout d’abord ce nouveau disque, mais aussi faire un bond dans le passé, entre humour, nostalgie et authenticité, nous donnant quelques clefs pour comprendre comment il a forgé son style de jeu. L’occasion également de le faire réagir sur son retour dans le groupe d’Ozzy Osbourne après huit ans de « séparation ».

« Le Mont Riffmore, le Bach, le Beethoven et le Mozart du riff, c’est Seigneur Iommi, le Pape Page et le Sorcier Blackmore. Ces trois-là, ce sont les trois rois du riff rock. […] Tout est dans la simplicité du riff. »

Radio Metal : La dernière fois qu’on s’est parlé, à l’époque de Book Of Shadows II, tu nous as dit : « Je suis certain qu’une fois que nous aurons fini avec les trucs calmes […] ça nous démangera de refaire un album heavy avec Black Label ! » Du coup, c’est ce qui s’est passé ?

Zakk Wylde (guitare & chant) : Ouais, totalement. Et je suis sûr qu’après avoir fini de tourner pendant un moment pour ce nouvel album, peut-être que nous ferons un autre album heavy et après ça, je suis sûr que nous balancerons un autre Book Of Shadows, un autre album façon road trip, de façon à ce que ça ne devienne jamais éculé et ennuyeux. Parce que j’adore faire les deux !

Ton nouvel album avec Black Label Society s’intitule Grimmest Hits, et apparemment il a un peu embrouillé les gens qui pensaient que c’était un greatest hits. Tu as répondu à cela en disant que « pour que ce soit un greatest hits, il faut qu’il y ait des hits, mais nous n’en avons aucun. » Cet album serait-il donc un anti-greatest hits ?

[Rires] Ouais, exactement ! Lorsque les gens écoutent l’album, ils disent : « Je n’entends aucun hit sur cet album ! » Et c’est genre : « Je sais ! C’est bien pour ça qu’il s’appelle Grimmest Hits, et pas Greatest Hits ! » [Rires] Un hit, c’est une chanson qui se hisse dans le top dix du hit parade, ça passe à la radio tout le temps. Quand tu penses vraiment à tous les groupes qu’on adore, les Black Sabbath, Led Zeppelin, Deep Purple et ce genre de choses, tu ne penses pas à des hits, tu penses juste à de la super musique. Et combien de Grammys ces groupes ont-ils remportés ? Parce que tout le monde parle des Grammys, ouais, mais Zeppelin n’a jamais remporté de Grammy ! Alors qu’ils remplissaient des stades ! [Rires] Ca remet vraiment les choses en perspective. Et c’est vraiment la vérité, lorsque tu penses à ces groupes, c’est de la musique intemporelle.

Il y a toujours eu une influence de Black Sabbath dans Black Label Society mais plus encore avec Grimmest Hits et ses riffs typiques à la Tony Iommi dans « All That Once Shined » ou « Seasons Of Falter ». Or, quand tu as fait cet album, tu venais juste de finir ta série de dates avec Zakk Sabbath. Cette tournée aurait-elle déteint sur ces chansons ?

Tout le truc à propos d’être en tournée avec Zakk Sabbath, à jouer ces chansons tous les soirs, c’est que ça te rappelle tout l’art de la simplicité dans les riffs, avec la foule qui se met même à les chanter ! Ça met en évidence tout le pouvoir d’un super riff. La simplicité du riff, il y a de l’art là-dedans aussi. Si quelqu’un dit « oh, c’est tellement simple », t’es là « ouais, c’est super simple mais c’est justement là tout le génie ! » Je l’ai toujours dit : le Mont Riffmore, le Bach, le Beethoven et le Mozart du riff, c’est Seigneur Iommi, le Pape Page et le Sorcier Blackmore. Ces trois-là, ce sont les trois rois du riff rock, vraiment. Et tu prends leurs riffs, que ce soit « Smoke On The Water », « Iron Man » ou « Whole Lotta Love », tout est dans la simplicité du riff. Ça se résume à ça. Lorsque j’écris des riffs, je prends juste une ou deux cordes, et si tu peux jouer le riff sur ces deux cordes… Car c’est tout ce qu’il faut pour jouer leurs riffs généralement, tu peux les jouer sur une corde, et ça montre à quel point ils sont bons.

Sur chaque album de Black Label, ou même avec certains riffs de Pride & Glory, il y a Sabbath qui flotte constamment dans cette soupe. C’est un des ingrédients principaux, c’est toujours là quelque part dans la soupe parce que j’aime le goût que ça donne, et je trouve que ça créé une bonne soupe. Et puis tu rajoutes des trucs par-dessus, tes propres trucs évidemment. Mais si tu sens ce parfum dans ta soupe, alors c’est que c’est une bonne soupe. Tout comme avec les Stones, Sabbath, Cream, Deep Purple, Jimmy Page, et tous ces gars, leurs influences – et tu pouvais le sentir dans leur soupe – étaient les artistes de blues, que ce soit Howlin’ Wolf, Muddy Waters, etc. Ils prenaient leurs riffs blues et en faisaient leur propre interprétation, et ils y ajoutaient des trucs, mais la base de cette soupe était tous ces artistes de blues qui les inspiraient.

Tu as eu trois semaines en tout et pour tout pour faire cet album. Comment abordes-tu la conception d’un album quand tu sais que tu as si peu de temps ? Est-ce que tu gères facilement la pression des deadlines ?

Ce n’est pas ça, c’est juste que tu sais qu’il faut le faire, donc tu t’y appliques et tu le fais. Voilà comment je vois ça : on a trois semaines pour trouver un tas d’os de dinosaure. On sait qu’ils sont là quelque part, tout est une question de les trouver. Donc ça veut dire qu’il faut continuer à creuser, et si on trouve quelque chose, super, et si on ne trouve rien, pas grave. On sait qu’ils sont là, donc il faut juste continuer à creuser jusqu’à obtenir ce qu’on veut. C’est ça mon état d’esprit quand nous devons faire un album. Quand tu sais que tu as une deadline pour finir… Si j’étais ton agent, que je t’avais calé un rôle pour un film et que pour ça, il fallait que tu aies des abdos comme des tablettes de chocolats, et que le film allait être tourné dans six mois, tu saurais que tu as six mois pour faire ce qu’il faut pour avoir ces abdos. Donc tu sortirais aujourd’hui, on irait manger un donut ou un gâteau, ou on irait faire ce qu’on a à faire, mais ensuite, le lendemain, tu commencerais ton régime. Et tu serais là : « J’ai six mois, je peux le faire. » Mais non, je ne ressens pas de pression, parce que ça n’apporte rien du tout. Il faut juste être relax, tout le temps.

« On a trois semaines pour trouver un tas d’os de dinosaure. On sait qu’ils sont là quelque part […]. Si on trouve quelque chose, super, et si on ne trouve rien, pas grave. On sait qu’ils sont là, donc il faut juste continuer à creuser jusqu’à obtenir ce qu’on veut. C’est ça mon état d’esprit quand nous devons faire un album. »

Grimmest Hits représente les vingt ans de Black Label Society. A-t-il une valeur symbolique pour cette raison ?

Ouais, comme tu dis, ce sont les vingt ans de Black Label et la signification c’est : nous allons avoir un gâteau d’anniversaire et, dessus, ça sera marqué : « Joyeux vingtième anniversaire, plus que trente ans pour rattraper les Rolling Stones, alors mets-toi au boulot ! » [Rires] Et à ce rythme, les Rolling Stones ne vont cesser de faire grimper le chiffre ! Mais ces vingt ans ont été incroyables. Je me suis fait tellement d’amis extraordinaires et côtoyé tellement de belles personnes avec qui j’ai joué dans Black Label, car c’est comme une fraternité. Il n’y a eu que des mecs géniaux qui se sont embrigadés dans le groupe au fil des années. Je suis clairement béni.

Cette année marque un autre anniversaire important : ce sont les trente ans de No Rest For The Wicked, qui est non seulement ton premier album avec Ozzy Osbourne, mais aussi ton premier album tout court. Comment tu vois toute cette période aujourd’hui, avec le recul ?

Tu sais, j’ai fait cette cassette d’audition qu’on m’avait suggéré d’envoyer (le guitariste a été découvert par un certain Dave Feld lors d’un concert de son groupe Zyris, la cassette a ensuite été transmise à Ozzy Osbourne via le photographe, et ami de Feld, Mark Weiss, NDLR). J’y jouais un tas de nouveaux riffs et solos, des parties de guitare classique et quelques trucs de Randy Rhoads. Et puis j’ai passé l’audition, j’ai trouvé ça super ! Rien que le fait de rencontrer Ozz, c’était assez époustouflant, étant un énorme fan. C’est là qu’a démarré une blague récurrente, car Ozz s’est mis à dire : « Zakk, écoute, je veux que tu joues avec ton cœur, et je veux que tu ailles me faire un sandwich au jambon, et vas-y mollo sur la moutarde ! » Et ensuite il m’a donné un petit coup à l’œil et j’ai dit : « Pourquoi t’as fait ça ? » Il a dit : « Parce que la vie est dure, faut t’y habituer ! Maintenant va me faire mon putain de sandwich. » [Rires] Et c’est exactement ce qu’il a refait quand je suis revenu l’année dernière pour le premier jour des répétitions [rires]. Mais évidemment, j’étais surexcité de venir faire un album. L’expérience et ce que tu apprends quand tu es là-dedans, et le fait de se rendre compte comment les albums sont faits, le fait de doubler les guitares, voir comment ça se construit, c’était incroyable. Ce qui était cool avec Ozzy et tous les gars dans le groupe, c’est la manière dont ils m’ont accueillis et m’ont fait me sentir super à l’aise. Le fait qu’ils aient donné sa chance à un gamin de dix-neuf ans, c’est assez hallucinant. Qu’il ait pris la bonne décision ou pas, au moins je suis content qu’il m’ait donné une chance [rires]. Dès que je me remémore ces expériences, je me sens vraiment chanceux, c’est certain. Et tu sais, avant ça, j’ai eu une super enfance, de supers amis et tout, j’étais à fond dans la musique. Donc chaque jour je prie le bon dieu pour tout ce que j’ai eu !

Il fallait oser auditionner pour un tel monument à l’époque avec le peu d’expérience que tu avais. Dirais-tu qu’il faut justement être audacieux et intrépide pour se créer des opportunités et obtenir une carrière à succès comme la tienne ?

Mon opinion est la suivante : lorsque les gens disent « oh, il n’a pas d’expérience de studio » ou « il n’a jamais joué en live dans de grandes salles » ou peu importe, ma réponse à cela est : soit tu es capable de jouer, soit tu ne l’es pas. Rien de plus. Que tu joues face à cent-mille personnes ou cinq personnes, est-ce que tu peux jouer ou pas ? C’est tout ! « Est-ce qu’il a de l’expérience en studio ? » On s’en fiche ! Tout ce qui importe c’est est-ce qu’il peut jouer de son instrument, oui ou non ?

Lorsque Ozzy t’as vu pour la première fois il t’a pris pour un énième clone de Randy Rhoads, de par ton look. Mais est-ce que cette ressemblance était une coïncidence ou bien Randy était véritablement un modèle pour toi ?

Ouais, bien sûr ! Pour tous les gars de mon âge, Randy était un dieu. Encore aujourd’hui, Randy reste une énorme inspiration, c’est sûr, et il le restera. Randy était extrêmement important dans ma vie quand j’avais quinze ans. Avec Saint Rhoads, la raison pour laquelle cette soupe fonctionnait quand Randy et Ozzy travaillaient ensemble, c’est parce que Randy n’aimait même pas Black Sabbath ! Donc, musicalement, il venait d’un tout autre monde. Et les deux se sont mélangés et c’est ce qui a rendu leur musique si spéciale. Alors que moi, je suis un énorme fan de Sabbath, et c’est comme ça qu’on se retrouve avec des riffs très dans la veine de Sabbath, comme à la fin de « Breaking All The Rules », par exemple.

Tu es passé directement de concerts dans des bars aux grandes tournées internationales avec Ozzy Osbourne, et même Geezer Butler qui avait remplacé Bob Daisley. Comment t’es-tu adapté à ce changement drastique d’environnement ? N’étais-tu pas intimidé ?

Non. Je pense que tu t’adaptes. Les gens disent « oh, ça te change… » et ce genre de choses, mais non ! Tu es qui tu es. Que tu sois sans un sou ou que tu aies plein d’argent, et que tu sois totalement inconnu ou très connu, je ne crois pas que ça change grand chose, en tout cas pas pour moi. Tu restes qui tu es. Si tu es une personne sympa, tu resteras une personne sympa, peu importe ta popularité ou quoi que ce soit. Tu ne fais que t’adapter aux situations. Pour moi, ça ne faisait pas de différence. Que je joue dans un bar ou bien avec Ozzy, il faut quand même s’entraîner et travailler dur. Ça n’a pas d’importance, j’aborde tout de la même façon.

« Ozz s’est mis à dire : ‘Zakk, écoute, je veux que tu joues avec ton cœur, et je veux que tu ailles me faire un sandwich au jambon, et vas-y mollo sur la moutarde !’ Et ensuite il m’a donné un petit coup à l’œil et j’ai dit : ‘Pourquoi t’as fait ça ?’ Il a dit : ‘Parce que la vie est dure, faut t’y habituer ! Maintenant va me faire mon putain de sandwich.’ [Rires] »

Et aujourd’hui, que penses-tu de No Rest For The Wicked ?

Je suis totalement fier de cet album. Le résultat est super. Enfin, quand je repense à tous les albums, je n’ai que de bons souvenirs sur chacun, car ce sont évidemment des instantanés. Il est certain que No Rest For The Wicked est particulier parce que c’est évidemment là où tout a commencé. Et puis je n’ai aucun regret, pourquoi en aurais-je ? « Miracle Man » était la première chanson que j’ai écrite avec Ozz, donc c’est une chanson très importante pour moi. Et puis j’adore le solo de « Devil’s Daughter », « Demon Alcohol » possède un riff que je trouve vraiment cool, etc. Mais je suis fier de tout l’album en général. Le son de guitare… Keith Olsen a travaillé avec moi pour obtenir le son de guitare, car je lui ai fait écouter quelques trucs que je voulais vraiment. J’ai utilisé le son de guitare de Ronni Le Tekrø sur la chanson de TNT “10 000 Lovers (In One)”, j’étais là : « Je veux obtenir la profondeur et l’épaisseur de ce son de guitare ! » Pour moi, ce son avait tout. Il y avait les aigus, il y avait les graves, c’est vraiment un son de guitare génial. Donc nous l’avons utilisé comme référence pour régler mon matériel jusqu’à s’en rapprocher approximativement.

Une chose qui est frappante en écoutant No Rest For The Wicked, c’est à quel point à vingt-et-un ans tu avais déjà développé ton style tel qu’on le connaît aujourd’hui. Comment as-tu forgé ce style et ce caractère en tant que guitariste si jeune ?

Avec beaucoup d’entraînement, mec ! C’est comme tout, tu joues juste avec… tu es toi-même ! Tu apprends de tout le monde, c’est sûr. C’est la seule façon d’apprendre. Tu te réfères à tout ce que jouent les musiciens qui t’inspirent, que tu adores, qui t’émeuvent, que ce soit Jimmy Page, Tony Iommi, Al Di Meola, Frank Marino de Mahogany Rush, John Mclaughlin, évidemment Jimi Hendrix, Robin Trower, tous ces gars qui étaient énormes pour moi. J’adorais aussi Alvin Lee. Et bien sûr Saint Rhoads également. Tu te réfères à tous ces gars avec qui tu apprends. C’est comme apprendre à cuisiner, tu apprends de tous ces gars et tu dis : « J’essaye un peu de ci, j’essaye un peu de ça… » Tu forges ta connaissance. Et c’est toujours ce que je fais aujourd’hui ! Parce que c’est ça qui t’inspire et t’émeut, et tu ne veux jamais perdre ce sentiment datant de tes quatorze ou quinze ans quand la musique était plus vraie que nature. Quand j’écoute ces albums, je suis transporté dans le passé, à l’époque où tout paraissait tellement magique. Pour ce qui est de façonner mon vibrato et ce genre de choses qui font de la guitare un instrument si unique… Parce que tout le monde a son propre vibrato, que ce soit David Gilmour, Tony Iommi, Jimmy Page, Randy Rhoads, John Mclaughlin ou Frank Marino, tout le monde a son propre toucher et son propre feeling. C’est ce qui rend cet instrument si génial.

L’un des éléments caractéristiques de ton jeu, ce sont ces harmoniques agressives que tu as toujours mis partout dans tes riffs et solos, et en particulier à l’époque. D’où cela est venu, à l’origine ?

Mon professeur de guitare Leroy Right, c’est lui qui m’a montré comment faire. Car je n’arrêtais pas de lui poser des questions au sujet de Billy Gibbons, comme lorsqu’il jouait « La Grange » et ce genre de choses, j’étais là : « C’est quoi qu’il fait là ? Comment obtient-il ce son ? » Et il utilisait des harmoniques sifflantes, mais c’était juste sur les cordes aigues, genre les cordes de Ré et Sol. J’étais là « c’est quoi ça ? » Et il m’a montré comment faire, j’étais là : « Oh wow ! » Parce que ça sonnait vraiment cool, et finalement je trouvais que ça sonnait encore plus cool si on le faisait aussi sur les cordes graves. Et évidemment, en studio, quand tu doubles ça, c’est genre « wow ! » C’est vraiment là que ça prend vie, je me disais : « Elle est là la sauce secrète ! »

Après huit ans sans avoir collaboré musicalement, tu es aujourd’hui de retour dans le groupe d’Ozzy Osbourne. Penses-tu que ce break a été bénéfique, que parfois il est sain artistiquement de prendre un peu de distance ?

J’imagine. Mais pour nous, il n’y avait rien de dramatique. C’est simplement que Ozz a commencé à travailler sur d’autres trucs avec d’autres gens et tout, mais nous sommes quand même restés en contact pendant tout ce temps, pour la fête des mères, la fête des pères, les anniversaires et notamment ceux des enfants, et puis nous nous retrouvions autour d’une bouffe et ce genre de choses. Ce n’est pas parce que je ne travaillais pas ou ne jouais pas avec lui que nous ne nous voyions pas. Car ma relation avec Ozzy est plus grande que ça. C’est la famille pour moi. Je serai toujours là pour Ozz, que nous jouions ensemble ou pas. Si Ozz a besoin que je vienne à la maison pour faire la toilette au chien ou tondre la pelouse plutôt que d’appeler des spécialistes, je le ferais ! Et je ramènerais le lait et les œufs au passage ! Ça n’a pas d’importance. Et je suis pote avec Gus aussi, donc tout va bien ! Pour ma part, je n’attendais rien de particulier. Nous sommes tellement occupés à faire tourner Black Label et tout que nous sommes constamment au travail. C’est juste que dès qu’Ozz m’appelle, je suis là : « Ouais, qu’est-ce que tu veux faire Ozz ? » Et lui : « Zakk, ça te dit de faire ci, ça te dit de faire ça ? » Et moi : « Ouais, je viens te voir mardi ! » Et voilà comment ça s’est passé.

« Tu ne veux jamais perdre ce sentiment datant de tes quatorze ou quinze ans quand la musique était plus vraie que nature. »

Et du coup, comment était-ce de retravailler avec Ozzy après tout ce temps ?

C’était comme si je n’étais jamais parti, c’était hystérique. Il n’y avait encore une fois rien d’autre que des fous-rires. Parce qu’Ozzy est toujours en train de se moquer de lui-même, toujours à se moquer de tout ce qui se passe. Si nous regardons la télé, il se marrera de tout, c’est hystérique ! Comme toujours, de bons moments. Comme je l’ai toujours dit : c’est un miracle que nous parvenions à faire quoi que ce soit parce que nous sommes constamment en train de nous fendre la poire ! Il suffit d’être à côté d’Ozzy pendant cinq minutes pour se retrouver tordu de rire par terre !

Tu as toujours martelé que tu ne serais rien et que tu n’aurais pas la famille Black Label sans Ozzy. Mais ne crois-tu pas que ça marche dans les deux sens, que tu lui apportes autant qu’il t’apporte ? Je veux dire que tu as redynamisé sa carrière autant qu’il t’en a donné une…

Evidemment Ozz m’a offert l’opportunité, donc il faut assurer. La raison pour laquelle Ozz m’a embauché, c’est pour que je fasse ce que je fais. Mais tout le truc, c’est que c’est lui qui m’a donné cette opportunité et c’est lui qui m’a présenté au monde. Je serais toujours redevable envers Ozzy pour tout ce qu’il m’a donné, c’est sûr ; lui et Mom (Sharon Osbourne, NDLR). S’ils ne m’avaient pas donné l’opportunité, je ne serais pas là en train de te parler là tout de suite. C’est la pure vérité. Après la tournée de No More Tears, Ozz allait prendre sa retraite et c’était comme : « Zakk, maintenant tu peux prendre ton envol. Je t’ai donné ta chance, maintenant il faut que tu en profites. Vois ce que tu peux en faire. » C’est la vie. Tes parents te donnent les clefs de l’entreprise familiale, genre un stand de burger, et maintenant ça dépend de toi et tu peux l’amener à un autre niveau, et faire en sorte que ça réussisse. Rien n’est gratuit dans la vie. Il faut bosser, mec, ce qui est super ! Parce que c’est ainsi que ça doit être. C’est là que nous avons fait Pride & Glory (à l’origine Lynyrd Skynhead, NDLR) et nous nous sommes éclatés à faire cet album. Etant donné qu’il s’agissait d’un trio, c’était un peu comme Cream. Et à cet égard, il y avait plein d’impros, de jams, et nous rallongions les chansons, en prenant Cream comme modèle. Et ça aussi c’était très marrant, parce que c’était différent d’Ozzy. Avec Ozz, c’était plus structuré, plus orienté chanson, nous ne rallongions pas les morceaux, il n’y avait pas d’impro. J’adorais ça, ça ne fait aucun doute.

Tu t’es trouvé une nouvelle liberté…

Pas forcément. Je veux dire que j’ai toute la liberté du monde quand je roule pour Ozz aussi, parce qu’Ozzy est là : « Je veux juste que tu sois le meilleur que tu puisses être, donc vas-y, fonce ! Fait tout ce que tu veux ! Rallonge les solos… » C’est ce qui est magnifique avec Ozz. Il dit : « Plus grand tu es, plus grand je suis ! » Que ce fusse avec Saint Rhoads, avec Jake, peu importe, il est là : « Plus tu brilles, plus je brille. Donc fonce ! »

Ozzy a annoncé qu’il se retirerait des tournées après la prochaine qu’il a baptisé No More Tours II. Mais lorsque vous avez fait la tournée No More Tours en 92, déjà à l’époque c’était une tournée de retraite, mais l’histoire a montré qu’il a continué à tourner pendant encore vingt-cinq ans… Quelle crédibilité peut-on accorder à cette seconde tournée de retraite ?

Eh bien, on le découvrira après 2020. Si nous continuons, alors ça deviendra la tournée No More Tours III [rires]. Tout ce que veut Ozz ! Je veux dire que si nous arrivons en 2020 et Ozz est là : « Je veux faire un album, t’as envie de continuer ? » Je serais là : « Ouais, tout ce que tu veux faire ! Allons-y ! »

Interview réalisée par téléphone le 9 mars 2018 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Black Label Society : blacklabelsociety.net.

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