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Ce qu'ils en pensent    Interview    Tribune   

Zaz raconte sa collaboration avec Till Lindemann… et plus


Zaz est actuellement en tournée et lorsque nous avons reçu par e-mail une proposition d’entretien avec l’artiste, nous avons sauté sur l’occasion pour refaire le monde avec elle ! Car, vous ne le savez peut-être pas, mais Zaz (de son vrai nom Isabelle Geffroy) a récemment fait une collaboration avec quelqu’un que vous connaissez bien, à savoir Till Lindemann, le chanteur de Rammstein. Ce titre s’appelle « Le Jardin Des Larmes » et vous pouvez l’écouter sur le dernier album en date de Zaz, Isa, sorti l’année dernière.

Nous avons évidemment discuté de cette collaboration avec Zaz tout en revenant avec elle entre autres sur sa vision du metal, de Rammstein et son regard sur Till Lindemann, avant d’embrayer sur des sujets plus larges, à savoir la comparaison des publics français et étranger, l’éducation et le fait d’être un artiste dans l’industrie musicale. Retrouvez le compte rendu, ci-après, avec une première partie en mode tribune, puis une seconde en format question-réponse.

« Mon équipe de techniciens voulait aller voir un concert de Rammstein, donc j’ai été le voir avec eux. C’était rigolo de voir ça, avec une bite géante qui éjaculait sur le public ! C’était complètement dingue [rires]. »

« Lorsque j’entends le terme ‘metal’, ce qui me vient avant tout à l’esprit, c’est la gentillesse du public metal. Ce sont des gentils les métalleux ! C’est ce qui me vient automatiquement. Ils ont beaucoup d’énergie, une envie de tout expulser, de la transformer, un peu comme des magiciens. Avant ma collaboration avec Till Lindemann, je n’écoutais pas de metal mais plutôt du rock. Après, je vis avec des techniciens qui sont souvent des metalleux et souvent, ce qu’ils écoutent tabasse ! D’ailleurs, nous faisons beaucoup de concerts à l’étranger, et à un moment, mon équipe de techniciens voulait aller voir un concert de Rammstein, donc j’ai été le voir avec eux. Je ne sais plus dans quel pays c’était, peut-être en République tchèque. C’était rigolo de voir ça, avec une bite géante qui éjaculait sur le public ! C’était complètement dingue [rires]. Rammstein sur scène, c’est un vrai spectacle. Chaque groupe est différent, mais c’est vrai qu’avec celui-ci, il y a une esthétique. C’est gros, chiadé et tout est bien travaillé. J’aime bien aussi leur mélange de sons, entre le metal et l’électro. Je trouve ça hyper original, j’aime beaucoup.

En ce qui concerne ma collaboration avec Till, c’est quelqu’un qui aime vraiment les choses belles et bien faites. Je pense qu’il est très exigeant. Par exemple, lors du clip que nous avons fait ensemble, à un moment le matériel du gars chargé du feu ne marchait pas, donc Till a pris les choses en main et il est allé chercher un autre mec. Tout de suite ça y va, il n’y a pas de perte de temps. C’est hyper agréable. Ce sont des passionnés et, quand tu les regardes travailler, tu sens qu’ils savent ce qu’ils font. C’est le cas de Zoran Bihać, qui est le réalisateur du clip, mais aussi de la personne qui travaillait avec le drone. Il y avait toute une équipe et ils ont de quoi travailler avec eux, donc ça roule bien. Et puis il y a plein de poésie, de subtilité, de références.

Son envie pour le morceau était vraiment de chanter en français. Mon ancien pianiste – maintenant, nous ne travaillons plus ensemble – et sa femme de l’époque – maintenant, ils ne sont plus ensemble non plus [petits rires] – avaient fait la composition de la chanson. Till a dit ce dont il avait envie, ce qu’il voyait. Il voulait vraiment un duo, un peu à la manière de Nick Cave et Kylie Minogue, il voulait chanter en français. Nous avons fait la traduction du texte, car c’est lui qui l’a écrit, puis nous avons enregistré. Cela a bien mis deux ou trois ans pour être finalisé parce que nous étions très occupés tous les deux. Il avait insisté, ça lui tenait vraiment à cœur de faire cette chanson.

« C’était génial de voir tous les commentaires, parce qu’il y a des gens qui ont adoré et puis il y a des fans de Rammstein qui disaient : ‘C’est un scandale ! Qu’est-ce qu’il fout ?! C’est le bordel !' »

Il avait fait une maquette que nous avons essayé de peaufiner pour que ce soit le plus joli possible, mais l’esprit était déjà là. A partir du moment où Till avait insufflé le truc, nous avons exécuté ce qu’il voulait. Nous avons trouvé et validé une atmosphère et il a fait les arrangements – ce n’est pas moi qui les ai faits. Je chante d’une manière différente de mes albums, je prends une voix très douce pour qu’il y ait un contraste et un côté un peu obsédant dans le chant, quelque chose de presque désincarné. C’était agréable pour moi de faire quelque chose d’un peu à contre-courant de ce que j’ai l’habitude de faire. C’était prévu que nous jouions la chanson ensemble en live, j’avais proposé de le faire à Pleyel et au Royal Albert Hall. Exceptionnellement, pour ces grosses dates, nous avions mis des cordes, alors que sur la tournée actuelle, nous ne les avons pas, donc nous voulions en profiter pour le faire avec lui, mais il y a eu un cas de Covid-19 dans sa famille, donc ça n’a pas pu se faire. J’espère que ça se fera un jour !

Nous avons réalisé le clip du morceau pendant trois jours en Ouzbékistan. Il faisait cinquante-cinq degrés à l’ombre ! Il faisait très chaud dans le désert, avec les capes ; nous étions habillés avec des vêtements assez chauds [rires]. Je ne dormais plus, je ne mangeais plus, je ne sais pas combien de kilos j’ai perdus pendant le tournage. Un clip de ce type, ça demande beaucoup d’énergie, il faut patienter, il faut attendre… C’est vrai que les gens qui regardent ne se rendent pas forcément compte à quel point c’est éprouvant. Après, quand tu vis quelque chose comme ça, c’est dur, mais à la fois, tu es vraiment content d’être là et de vivre une expérience surréaliste : tu es en Ouzbékistan, tu as toutes les équipes, ça brasse dans tous les sens, il y a du feu, les costumières avaient fait un travail de fou, on m’avait fait des choses sur mesure, j’avais le choix entre plusieurs tissus, c’était hyper cool ! C’était dingue de se retrouver là.

C’était génial de voir tous les commentaires, parce qu’il y a des gens qui ont adoré et puis il y a des fans de Rammstein qui disaient : « C’est un scandale ! Qu’est-ce qu’il fout ?! C’est le bordel ! » Après, pour moi, Till n’est pas Rammstein. Till c’est Till. Il a ses projets personnels aussi et j’arrive à le dissocier de Rammstein. C’était cool de voir ceux qui trouvaient le morceau super bien et qui ne s’attendaient pas à ça, de les voir agréablement surpris. Il y avait beaucoup de commentaires où les gens étaient très contents, c’était chouette. Après, il y a eu des gens qui n’ont pas du tout aimé, notamment vis-à-vis du sang présent dans le clip. J’avais pourtant prévenu en disant : ‘Attention aux âmes sensibles !’ Mais j’ai toujours fait des choses comme ça. Il y a très longtemps, par exemple, j’avais fait un clip avec des têtes de cochons – bon, je ne le referais pas aujourd’hui parce je suis devenue végétarienne [rires]. Même si maintenant, dans mes clips à moi, sur Zaz, ça l’est moins, j’ai toujours fait des trucs un peu fous. »

« A l’étranger, ce qu’ils aiment, c’est qu’ils retrouvent de la vieille chanson française, mais en même temps avec ce côté jazz/swing et ce côté rock. Alors qu’en France, je pense qu’on m’a catégorisée dans une case un peu ‘chanson’, et si tu ne viens pas me voir en concert, tu ne peux pas savoir. »

Tu disais faire beaucoup de concerts à l’étranger. Comment comparerais-tu ton public en France et à l’étranger ?

A l’étranger, par exemple, j’ai fait plein de festivals de jazz avec des grosses têtes d’affiche. Il y a beaucoup mon côté jazz qui ressort et puis dans mon set, j’ai même des chansons très rock, il y a un mélange de plein de styles, et à l’étranger, c’est ce qu’ils aiment : ils retrouvent de la vieille chanson française, mais en même temps avec ce côté jazz/swing et ce côté rock. Il y a là-dedans un mélange qu’ils aiment beaucoup. Alors qu’en France, je pense qu’on m’a catégorisée dans une case un peu « chanson », et si tu ne viens pas me voir en concert, tu ne peux pas savoir. Il n’y a que les gens qui viennent me voir en concert ou en festival qui voient le mélange.

On dirait qu’il y a une ouverture d’esprit qu’on retrouve un peu plus à l’étranger qu’en France…

Complètement ! Déjà, l’écoute n’est pas du tout la même. Ils ont beaucoup plus l’oreille musicale, ou en tout cas, j’ai l’impression que leurs oreilles sont beaucoup plus ouvertes. Par exemple, le swing, ce n’est pas tu fais « A La Pêche Aux Moules » avec l’accentuation du temps sur le un et le trois, c’est sur le deux et le quatre. Quand je fais le swing en France, tout de suite les gens vont taper sur le un et le trois, alors qu’en Allemagne… Tu sens qu’il y a une qualité d’écoute qui est complètement différente, c’est hyper agréable.

Comment expliques-tu cela ? Est-ce une question d’éducation ?

Déjà, il y a beaucoup de choses à changer dans le système éducatif en France. Ce n’est pas adapté à tout un tas de caractères. Soit tu rentres dans le moule, soit tu suis. Il n’y a pas de développement, même sur l’artistique. Après, je ne peux pas parler pour tout le monde, parce que mon vécu personnel a été chaotique. Je vois bien avec ma belle-fille : les profs leur font apprendre des trucs à l’école qui ne sont pas stimulants. Au collège, ils te font apprendre des trucs gnangnan, les gamins n’ont pas envie d’apprendre ce truc. Tu dois aussi t’adapter à ce qu’il se passe, donner aux enfants envie et aller dans leur sens. Tu ne dois pas dire bêtement aux enfants : « Tu dois apprendre ça, parce que tu dois l’apprendre. » Il faut les intéresser et aller chercher quel est leur intérêt. Les enfants marchent à l’affect. Au collège, c’est encore pire, ils sont dans les codes sociaux, donc ils sont beaucoup dans l’apparence, ils essayent de trouver leur place, donc il faut aller chercher leur intérêt et arriver à trouver une passerelle avec le tien pour qu’ils aient envie à travers des textes d’apprendre le français, à travers des mélodies et des textes d’apprendre des chansons, etc. Des fois, j’ai l’impression qu’il n’y a pas du tout d’adaptation à l’enfant. Il y a un système et c’est un peu bourrin, donc les gamins n’ont pas envie, à moins d’avoir un prof super.

Tu penses qu’il y a un manque aussi en matière de professeurs ?

Des profs passionnés qui arrivent à sortir du système pour trouver une pédagogie… Il faudrait qu’ils soient formés ou qu’ils se forment par eux-mêmes et qu’ils le fassent sur leur temps libre. Ces gens-là se comptent sur les doigts de la main. Souvent, déjà, les profs sont dépressifs parce qu’ils ont des classes surchargées, ils ne sont pas écoutés, etc. Le problème de l’éducation est un gros sujet !

« Toutes les épreuves, tous les murs qu’on se prend dans la gueule, c’est pour finalement savoir si on abandonne ou pas. Des fois, tu te bats, encore et encore, et j’ai remarqué qu’au moment où tu abandonnes, d’un coup il y a une ouverture qui apparaît. »

Et l’artistique en fait partie…

Oui, quand tu écoutes Macron qui parle et qui dit qu’il faut plus de français et de mathématique, et qu’on ne parle pas de culture… C’est hyper important. Après, dans le français, il y a la littérature et tout plein de choses, c’est génial, mais la musique, l’art, c’est-à-dire les choses non intellectuelles, les choses avec le corps… Le corps est complètement mis de côté dans l’éducation ! Parce que même l’éducation au niveau du sport et tout, c’est un peu toujours la même chose depuis très longtemps, j’ai l’impression. Pourquoi on n’apprend pas les arts martiaux à l’école ? Les arts martiaux, ce n’est pas qu’un sport de combat, c’est avant tout une philosophie. Ce serait hyper stimulant de faire ça à l’école, on apprendrait des valeurs de respect, d’être ensemble, de groupe. Mais comme je disais, ce n’est pas non plus noir ou blanc, mais il y a quand même des choses à changer. En France, il y a quelque chose de très intellectuel. Du coup, on fait beaucoup travailler une partie du cerveau, mais pas vraiment l’autre et c’est dommage.

Il y a un formatage, mais pour en sortir, il faut avoir un peu l’esprit rebelle et il faut être un peu courageux.

Oui, il faut avoir la niaque ! Si tu es déjà en dépression, que tu n’as pas fait de travail sur toi, que tu n’es pas en recherche personnelle, tu ne peux pas. Il faut être courageux, déjà, pour faire une recherche personnelle, pour aller trifouiller à l’intérieur de ton histoire. On y vient de plus en plus, parce que quand tu tombes en dépression, par la force des choses il va falloir que tu ailles décortiquer, et si tu ne veux pas, la finalité c’est que tu vas encore plus dans le mur.

Tu parles de courage. Nous sommes là pour promouvoir les artistes et on voit à quel point sur le metal, c’est difficile pour un artiste émergent de tirer son épingle du jeu…

C’est pareil, on met les metalleux dans des boîtes. On met toutes les catégories dans des boîtes. On identifie et on met dans des boîtes, on ne veut pas les laisser… C’est assez chiant. Après, je pense que c’est aussi à nous-mêmes en tant qu’artistes de trouver des stratagèmes et des stratégies pour ne pas rentrer en réaction avec ça et avoir des actions pour les bonnes raisons, mais pas en réaction, sinon tu deviens prisonnier.

Il faut quand même un certain degré d’acharnement dans l’industrie de la musique. Tout amène au découragement, alors comment faire pour préserver ce côté acharné contre vents et marées ?

Il faut continuer à prendre du plaisir pour toi-même et pas pour un rendu, même si c’est sûr que si on fait des choses, on a envie d’avoir un résultat et on a envie qu’il y ait une reconnaissance, c’est sûr que c’est toujours agréable. Mais je pense qu’à partir du moment où tu prends du plaisir et que tu le fais pour toi, tu ne peux pas lâcher, parce que ça te fait tellement du bien et tu en as tellement besoin… Car c’est une recherche personnelle aussi, c’est un chemin. A la rigueur, ces choses-là te permettent aussi de savoir si tu as vraiment envie de continuer à faire ça, si c’est vraiment le bon chemin. Toutes les épreuves, tous les murs qu’on se prend dans la gueule, c’est pour finalement savoir si on abandonne ou pas. Des fois, tu te bats, encore et encore, et j’ai remarqué qu’au moment où tu abandonnes, d’un coup il y a une ouverture qui apparaît. Des fois, on met tellement d’énergie, on veut tellement qu’on bloque ce qui nous ferait du bien. Et des fois, en disant : « Tiens, peut-être que je vais arrêter ce boulot », d’un coup des trucs s’ouvrent. Après, il n’y a pas de règle, mais je pense que le principal est de prendre du plaisir à faire ce que tu fais, peu importe le résultat. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire [rires].

Vidéos :

Interview réalisée par téléphone le 10 mai par Amaury Blanc.
Transcription : Maxime Tabuteau & Nicolas Gricourt.
Photos : Yann Orhan.

Site officiel de Zaz : www.zaz.com

Acheter l’album Isa.



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  • Il faut aussi dire, plus le temps passe, plus la quantité de musique qu’on peut écouter augmente mais nous n’ecoutons pas plus de choses pourtant. Tous mes amis qui sont fan de « classic rock » n’ont que peu de temps d’écoute pour ce qui est nouveau, ils sont bloqués dans les années 80. Moi-même, j’ai presque mis une decenie d’écoutes du metal a ecouter les sorties recentes ! Il a fallaut que j’écoute les annes 70 a 2010 entre temps !

    Les nouveaux artistes sont en concurence avec les dinosores qui eux n’ont parfois plus rien a faire pour renouveler leurs public !

    Se faire une place dans un domaine établi c’est pas facile non !

    [Reply]

  • En gros, que ce soit dans l’écriture de la chanson ou dans le tournage du clip, elle n’a pas fait grand chose ! 😝

    [Reply]

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