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Chronique   

Zeal & Ardor – Zeal & Ardor


L’histoire de Zeal & Ardor est désormais bien connue : entamé par le multi-instrumentiste américano-suisse Manuel Gagneux à la suite d’une discussion sur 4chan où on lui suggérait de mélanger black metal et chansons traditionnelles d’esclaves américains, le projet a rapidement enflé à des proportions qui ont surpris son créateur le premier. En effet, grâce à l’ingéniosité et au talent de Gagneux, non seulement la sauce prend, mais elle remporte tous les suffrages : le succès de l’album Devil Is Fine, qui sort en 2016, est fracassant, et dès que Gagneux met sur pied un line-up live, Zeal & Ardor joue dans des festivals variés et prestigieux, du Montreux Jazz Festival au Hellfest, et en première partie d’Opeth, Mastodon, et Meshuggah. Mieux encore : l’artiste prouve que ce n’était ni un coup de chance, ni un feu de paille avec Stranger Fruit en 2018. Il faut dire que Gagneux jongle entre les styles avec une virtuosité et un plaisir évidents, apportant un vent de fraîcheur apprécié dans le monde du metal extrême et au-delà. Après un double album live ainsi qu’un EP, Wake Of A Nation, Zeal & Ardor propose un troisième opus éponyme, qui s’annonce comme la quintessence de ce qu’a fait le projet jusqu’à maintenant…

Et en effet, dès les premières minutes de l’album, l’auditeur est en terrain connu, entre negro spirituals, metal abrasif, mélanges audacieux et ésotérisme détourné. Au premier titre, « Zeal & Ardor », qui, après une introduction inquiétante (référencée plus tard dans « Bow » dans un ingénieux effet de boucle), déroule les imprécations presque gospel de Gagneux, dont les talents de chanteur brillent une fois de plus tout au long du disque, succède le trépidant « Run », où les riffs rythmiques et anguleux font une entrée tonitruante. Le musicien y excelle à créer une tension initiale, puis à la faire monter jusqu’à l’explosion, comme le prouvent les chansons qui suivent sans faiblir – l’album est composé de 14 titres de trois ou quatre minutes maximum –, alignant les trouvailles et les grands écarts, du tremolo picking de « Death To The Holy » au solaire, presque dansant « J-M-B ». Si ce mélange ne surprendra pas les amateurs du groupe, Gagneux montre qu’il est passé maître dans sa manière de les agencer, de les fondre sans impression de collage ou de juxtaposition : l’allemand et l’anglais se mêlent sans accroc dans « Götterdämmerung », la dream pop d’« Emersion » ne disparaît pas dans la suite, beaucoup plus agressive, de la chanson, mais reste en fond, loin mais toujours perceptible, l’introduction toute en délicatesse d’« Erase » tranche de manière jouissive avec la fin de « Golden Liar », et « Hold Your Head Low » mêle avec une fluidité quasi surnaturelle une ballade mélancolique et un black metal épique et déchirant. Le metal est souvent utilisé de manière rythmique, percussive – Gagneux emprunte beaucoup au metalcore et « I Caught You » tient presque du nu metal – et la pop peut se montrer inquiétante. L’ensemble ne semble jamais disparate, une gageure, sans arrondir aucun angle.

Gagneux considère cet album comme ce que Zeal & Ardor a toujours aspiré à être, d’où sans doute le choix de ce titre qui porte le nom du groupe. Moins hétéroclite que ses prédécesseurs, ce troisième album a tout de la synthèse réussie, tout en conservant la fraîcheur des premières expérimentations du musicien. Zeal & Ardor a quelque chose de ludique, mélange du plaisir manifeste de Gagneux – seul compositeur du groupe, il joue de tous les instruments à l’exception de la batterie, et les a enregistrés lui-même avec l’aide de Marc Obrist au studio Hutch Sounds – et de la dimension presque ironique contenue dans son concept même, de son pitch accrocheur (« Imaginez ce qui serait arrivé si les esclaves américains avaient vénéré Satan plutôt que le Dieu chrétien ? ») à son ésotérisme désinvolte en passant par le nietzschéisme un peu carton-pâte (et très black metal) de « Götterdämmerung » (« Crépuscule des dieux »). Le contraste avec le très sincèrement furieux Wake Of A Nation, enregistré en réaction au meurtre de George Floyd par un policier en 2020, est manifeste, par ce jeu avec les formes et les symboles plus malicieux que fondamentalement subversif. Et c’est grâce à cette légèreté justement qu’avec Zeal & Ardor, le projet s’élève pour de bon au-dessus de son gimmick initial : iconoclaste, à rebours de l’esprit de chapelle et diablement talentueux, Gagneux rend l’aspiration à l’émancipation du blues comme du black metal dangereusement accrocheuse.

Chanson « Church Burns » :

Clip vidéo de la chanson « Golden Liar » :

Chanson « Götterdämmerung » :

Chanson « Bow » :

Clip vidéo de la chanson « Erase » :

Clip vidéo de la chanson « Run » :

Album Zeal & Ardor, sortie le 11 février 2022 via MVKA. Disponible à l’achat ici



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