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Chronique   

Zierler – ESC


Zierler - ESCDepuis neuf ans, c’est le silence radio du côté de Finn Zierler, le claviériste et cerveau fou des groupes Twilight puis Beyond Twilight, avec qui il a sorti son dernier album en 2006, l’incroyable For The Love Of Art And The Making constitué d’un seul morceau découpé en quarante-trois pistes, dont la « légende » voudrait qu’elles pourraient être écoutées de façon aléatoire. Voilà donc le génial compositeur danois enfin de retour avec un groupe solo, simplement baptisé Zierler, et la volonté de prendre encore un peu plus ses distances avec « la machine commerciale ». « J’avais besoin de sortir de certains motifs et cadres. Beyond Twilight était en train de devenir un monstre et d’intégrer le cirque médiatique, et ça ne me ressemble pas, » dit-il dans le communiqué de presse. Et poursuit : « Ma musique a toujours un peu été une rébellion contre la machine commerciale. Mon âme brûle pour l’underground, j’aime rester dans l’ombre, là où est ma place. » Un discours qui pourra surprendre ceux qui découvrent aujourd’hui l’existence même de Beyond Twilight et, de façon générale, l’œuvre de Finn Zierler, mais qui donne une bonne idée de l’état d’esprit du compositeur et de la musique qu’on pourra savourer sur ESC, premier album de cette nouvelle formation, dont la composition a débutée il y a déjà six ans.

Rester dans l’ombre c’est une chose, mais il s’agit quand même de bien s’entourer et Zierler, ça, sait le faire. Jugez plutôt : Bobby Jarzombek (Fates Warning, Spastic Ink, Sebastian Bach) à la batterie, Per Nilsson (Scar Symmetry, Kaipa) à la guitare et à la basse, Truls Haugen au chant et à la basse live (lui qui est habituellement batteur chez Circus Maximus, cherchez la logique) et, cerise sur le gâteau, le chanteur Kelly Sundown Carpenter qui avait déjà impressionné sur Section X (2005). Tous délivrent une performance de standing, techniquement époustouflante, tantôt subtile, tantôt musclée, mais tous sont là pour, avant tout, servir et sublimer la vision du maestro. Et tout ceux qui ont pu déjà y goûter par le passé seront immédiatement en terrain familier mais pas forcément conquis. Car, on pouvait s’y attendre, ESC est un album dense, très dense, peut-être plus accessible qu’un For The Love Of Art And The Making mais moins immédiat qu’un Section X ou le chef d’œuvre The Devil’s Hall Of Fame (2001).

ESC ce sont de douces vallées, des crêtes accidentées, des sommets dégagés, des gouffres lugubres (le cauchemardesque « Evil Spirit »). Le tout enrobé dans des titres labyrinthiques oscillant entre cinq et huit minutes, où la lumière est en tension permanente avec l’obscurité (« Aggrezzor » qui balance très naturellement entre les deux extrêmes), où à la lourdeur des riffs s’oppose parfois une ligne de clavier ou de guitare légère et virevoltante. Il y a aussi, et c’est en partie là qu’on reconnaît la patte de Zierler, une dimension très théâtrale et lyrique dans la présentation des chansons (les envolées néo-classiques de guitare, reprises ensuite par le piano, de « Married To The Cause » et, de façon générale, les arrangements orchestraux et pianistiques complexes qui jonchent l’opus) et, surtout, les performances schizophrènes du duo Carpenter / Haugren (pour savoir qui chante quoi, Zierler a publié les paroles avec un code couleur). On pense à « No Chorus » où les deux chanteurs donnent le sentiment de jouer de multiples personnages, « You Can’t Fix Me No More » où un rire sournois est lâché ou le jeu tribal en onomatopée, rappelant « Twist » de Korn, au cœur de « Water ». Les voix, qui s’entremêlent parfois dans des chœurs emphatiques pouvant évoquer Symphony X ou Devin Townsend, flirtent même ponctuellement avec le metal extrême pour des accès de rage qui prennent aux tripes (le démarrage de « No Chorus »). Zierler a toujours eu le chic, non seulement pour dénicher des chanteurs hors normes, mais aussi pour les pousser dans leurs derniers retranchements – c’est lui qui avait offert à Jorn Lande l’une de ses prestations les plus spectaculaires via l’album The Devil’s Hall Of Fame (avec le Burn The Sun de Ark sorti la même année), qui fait regretter que celui-ci se soit depuis à ce point assagi. Ici, autant Carpenter a un passif en termes d’interprétation possédée, autant Haugren est une vraie révélation !

ESC est un album résolument copieux et grandiloquent, dans sa manière d’envoyer quantité d’informations au visage de l’auditeur qui ne peut bien évidemment pas tout assimiler d’un coup – la première fois, il n’est pas surprenant que l’attention décroche passé la seconde moitié. Les chansons adoptent des structures souvent… déstructurées, comme « No Chorus », une pure déclaration contre le conformisme artistique (cf. les paroles dans la lyric video), qui revendique son absence de refrain en répétant « this song has no chorus » (« cette chanson n’a pas de refrain »), devenant comme un leitmotiv, et donc une sorte de… refrain ! Quand on vous disait que Zierler est fou… et donc génial. Certains – les plus hermétiques aux méandres des musiques vraiment progressives – trouveront ça prétentieux et indigeste, et jetteront l’éponge dès la première piste, « A New Beginning », qui est pourtant, peut-être, la plus accessible en raison de ses accroches mélodiques fortes. Mais ceux qui prendront le temps et feront l’effort de rentrer dans l’univers fantasque et hallucinant de Zierler, quitte à d’abord s’y perdre – et après tout, se perdre dans une œuvre est aussi un plaisir en soi – et ne rien en ressortir sur les premières écoutes, si ce n’est un sourire bêta, seront récompensés par tout un monde d’émotions. Un monde qui prendra un nouveau visage à chaque écoute successive, l’attention se focalisant sur des passages ou éléments différents. Comme le suggère son titre, contraction du mot « escape » que l’on trouve sur les claviers d’ordinateur, ESC est une échappatoire, autant pour le compositeur qui fait fi de toute règle, que pour l’auditeur qui est irrémédiablement poussé à se déconnecter des normes et de la réalité.

Lyric video de « No Chorus » :

Extrait « drum cam » d’ « Aggrezzor » :

Album ESC, sorti le 16 octobre 2015 via Vanity Music Group.



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