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Chronique   

Converge – Love Is Not Enough


Avec Love Is Not Enough, Converge ne cherche pas à frapper plus fort, mais plus juste. Et c’est là que le disque se démarque. Le propos est clair : l’amour, sans acte, sans responsabilité, sans présence réelle, ne suffit pas. Ce n’est pas un slogan. C’est une fissure morale. Et toute la forme musicale découle de cette idée. Les morceaux ne sont pas là pour exploser puis disparaître. Ils insistent. Ils martèlent. Ils laissent des traces. L’ouverture n’est pas frontale, elle installe une gravité intentionnelle. Puis la machine accélère. Des riffs courts, une batterie qui claque, une tension compacte. Mais très vite, quelque chose change. La vitesse ne sert plus d’échappatoire. Les structures ralentissent, s’alourdissent, laissent respirer des silences inconfortables. C’est dans ces espaces que l’album devient viscéral. Pas dans la brutalité pure mais bien dans une certaine retenue. A l’image de « To Feel Something » où les passages de voix plus « posés » sont plus intenses. La singularité du disque tient d’ailleurs à cette manière de faire durer l’émotion. La première moitié attaque. La seconde pèse. On passe de la colère extérieure à une introspection plus trouble. Ainsi sur « Bad Faith », les attaques sont répétitives, obsédantes. Au contraire, « Amon Amok » a des riffs plus épais, presque doom par moments.

La production de Kurt Ballou refuse toute brillance artificielle, elle repose sur un son dense, granuleux. On entend les frottements, la tension, la fatigue. Ce n’est pas propre, c’est humain. Converge semble refuser la résolution facile. Les morceaux ne « libèrent » pas la pression, ils la déplacent. Ils la transmettent. Chaque titre ajoute une couche de frustration, de désillusion, de besoin de sens ou de peur du vide. Et puis il y a cette fin, « We Were Never The Same ». Écrite autour du deuil, elle change tout. Là, le fond et la forme fusionnent totalement. La musique et la voix se font plus lourdes comme si elles acceptaient enfin de regarder la douleur sans la masquer derrière le chaos. La ligne de guitare est entêtante avec une touche de malaisance. La rage devient question. Pourquoi savons-nous nous rassembler dans la perte, mais si rarement dans la joie ? Ce qui rend Love Is Not Enough si prenant, c’est la lucidité. À près de trente-cinq ans de carrière, Converge continue d’essayer de comprendre notre nature imparfaite, c’est ce qui rend le disque profondément viscéral.

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Sylosis – The New Flesh


Sylosis a opéré une renaissance progressive à l’issue de sa période d’hibernation. Un temps concentré sur Architects, dont il fut membre permanent, le guitariste-chanteur Josh Middleton a réactivé son groupe avec l’idée d’en refaçonner légèrement les contours. Bien que fidèle à l’essence de sa musique, le frontman aborde depuis quelques années l’écriture en affichant le souhait de pousser en avant les éléments essentiels sans se contraindre à une profusion de technicité. Avec The New Flesh, Sylosis achève sa mue.

Sylosis n’a plus grand-chose à prouver. On sait le groupe capable de tricotages complexes et de superpositions rythmiques comme mélodiques ébouriffantes. Middleton a progressivement changé d’optique, et il affirme sans complexe sa volonté de dégrossir la formule pour laisser exploser la puissance d’un riffing affûté. L’album se profile à ce titre comme l’œuvre la plus accessible d’une discographie désormais importante. Il tire occasionnellement mais prudemment vers des enluminures core, sans jamais sombrer dans la facilité. La formation reste d’une rigueur extrême dans ses constructions, autant teintées d’un profond respect aux monuments du thrash que d’une modernité clinquante dans sa mise en valeur des mélodies. Il n’y a chez Sylosis aucune véritable velléité popisante, aucun compromis. The New Flesh est un disque exigeant, redoutable, massif. Ses accents accrocheurs (le single « Erased », « Adorn My Throne » et ses claviers synthwave) n’entachent en rien l’intensité sombre de l’ensemble. Il est ici davantage question de « lisibilité » que de « simplification » de son art. Si les émotions percent plus aisément, la musique de Sylosis n’est en effet pas foncièrement moins riche que par le passé. Bien au contraire. Les leads virtuoses s’invitent lorsqu’ils peuvent servir le morceau et Middleton témoigne d’une versatilité vocale habile, maîtrisée et totalement imprévisible, qui passe d’un chant saturé vibrant au registre clair en conservant une authenticité précieuse. The New Flesh est un disque décomplexé. Il est surtout d’une profonde justesse.

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Mayhem – Liturgy Of Death


Depuis une dizaine d’années, cette entité pour le moins agitée qu’est Mayhem semble s’être stabilisée. Fort d’un line-up solide et de décennies d’expérience, Daemon, sorti en 2019, était l’album d’un groupe en pleine possession de ses moyens, avec l’aplomb nécessaire pour prendre à bras-le-corps son écrasante – et désormais hollywoodienne – histoire. Moins obscur que ses prédécesseurs, lorgnant plus explicitement du côté de ses indépassables classiques, il proposait une version à la fois moderne et patrimoniale de Mayhem, porte d’entrée hiératique et ténébreuse pour toute une nouvelle génération de fans. Sept ans plus tard, Liturgy Of Death enfonce le clou. Intense et peaufiné, il aborde de front la source de l’aura du groupe, et accessoirement de toute vie sur terre : la mort.

De son ouverture ambient inquiétante aux rythmes tribaux qui le referment, ce septième opus prend en effet son titre très au sérieux, et c’est bien une liturgie que l’on entend se dérouler au fil des chansons. Des prières aux derniers sacrements en passant par la célébration des défunts, elle est servie par une production impeccable qui apporte à la cérémonie l’atmosphère et la clarté nécessaires. Et c’est par ce qu’il a d’atmosphérique, justement, que Liturgy Of Death se distingue. Méticuleusement composée, tantôt agressive (« Despair »), tantôt inquiétante (« Weep For Nothing »), relevée de touches thrashisantes (« Funeral Of Existence ») ou opératiques, dense même dans les morceaux les plus courts (« Aeon’s End »), soutenue par la batterie toujours impeccable d’Hellhammer, sa musique est une leçon de black norvégien au classicisme parfois un peu figé. C’est la mort qui lui apporte son supplément d’âme, que l’on entend dans le chant plus habité que jamais d’Attila et dans les échos du Mayhem du début des années 1990 qui résonnent ici et là, dans les motifs des guitares, les paroles, voire la pochette et son animal crucifié. Avec ce Liturgy Of Death hanté, Mayhem se réapproprie sa propre mythologie en offrant son hommage le plus explicite aux figures controversées et tutélaires qu’étaient Dead et Euronymous, et en élargissant leurs obsessions et leurs ambitions aux dimensions qu’elles exigeaient : cosmiques.

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Kanonenfieber – Soldatenschicksale


Kanonenfieber opte pour une compilation hybride avec nouvelles compositions et titres revisités pour raconter la bataille du Skagerrak (Jutland, 1916). La plus grande bataille navale de la Première Guerre mondiale, née de l’escalade maritime entre l’Empire allemand et la Grande-Bretagne. Le groupe raconte l’expérience humaine, en suivant des soldats pris au piège du fracas des canons, des machines et d’un affrontement dont aucun ne réchappe. Soldatenschicksale franchit un cap discret mais réel dans sa manière de construire et de produire sa musique. Le black/death martial, monolithique et répétitif des Allemands s’offre un travail de production et de réécriture fructueux. D’emblée, le son frappe par sa densité et sa lisibilité. La production, plus massive mais mieux équilibrée, permet aux riffs de respirer tout en conservant cette sensation d’écrasement permanent. Les guitares gagnent en épaisseur, la batterie sonne plus organique et plus martiale. Le rendu est intéressant car il sort (un peu) de la logique de « mitraillette » permanente. De leur côté, les voix s’inscrivent davantage dans l’ensemble. Elles sont moins frontales mais plus oppressantes. Il y a une vraie recherche pour accentuer l’impression de mécanisme implacable.

Cette progression se ressent particulièrement sur les morceaux revisités. « The Yankee Division » ou « Der Füsilier » ne sont pas de simples redites. Leur réécriture apporte une meilleure progression dramatique. Tout converge pour mettre le narratif au centre de l’attention. Les transitions sont plus marquées et la tension plus continue. Les structures paraissent moins abruptes, plus cohérentes dans le cadre de l’album, comme si ces titres trouvaient enfin leur place définitive dans un récit plus vaste. Les deux morceaux inédits, « Z-Vor! » et « Heizer Tenner », viennent cristalliser cette évolution. Kanonenfieber y exploite pleinement la répétition pour matérialiser l’obsession. Les montées en puissance évoquent l’approche du combat, les ralentissements traduisent l’attente et la peur, et les déferlements sonores deviennent presque sensoriels. On n’assiste pas à une bataille, on la subit. Soldatenschicksale gagne en impact émotionnel et les nouveaux titres s’imposent comme des piliers narratifs. Une logique de récit théâtrale qui souligne le tragique et le malaise de l’histoire.

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Karnivool – In Verses


Inspiré depuis ses débuts par Tool, Karnivool suit une voie similaire en matière de « retour attendu après une longue absence ». Presque treize ans nous séparent d’Asymmetry ! La formation, jamais bien éloignée du cœur des amateurs, ne s’est cependant pas fait prier pour tourner. Si l’influence de Tool subsiste, notamment lorsque la basse affleure, Karnivool ne retient pas ses coups lorsqu’il s’agit de partir en d’autres directions. On pensera parfois à Soen, ou encore – via ce chant assez perché – à Haken. Tantôt charmeur, tantôt rebelle ou appelant à l’aide, le vocaliste serpente sur une large palette d’émotions, digne d’interprètes multiples. « Conversations » doit également une partie de sa profondeur à un flux verbal savamment maîtrisé.

Des mélodies accrocheuses sortent de nulle part et repartent tout aussi rapidement, autorisant le groupe à explorer diverses contrées et à étonner. « Aozora », bombe d’énergie et d’entrain, dispose de plusieurs niveaux de lecture. Les signatures rythmiques insolites sont difficilement dissociables de Karnivool ; en témoigne l’entame d’album feutrée mais pêchue. On en vient à se demander : « Est-ce super accessible ou super tordu ? » Il y a assurément plusieurs écoles dans le prog ; il ne faut pas s’attendre à trouver ici la pompe d’un Dream Theater : ce n’est tout simplement pas le créneau de Karnivool. « Reanimation » ou « Opal » s’apparentent en premier lieu à des ballades, mais font monter la tension comme le négocierait Leprous. « Salva » n’est pas la moindre des surprises, développant davantage le caractère du morceau introductif, avec pour apothéose un refrain procurant une profonde sensation d’apaisement. On y déniche en bonus un petit côté Pain Of Salvation, sans oublier la singulière sortie d’album aux allures de cornemuse. In Verses est une galette de jouvence, loin d’un radotage de vieux briscards. Il procure le plaisir des mélodies sans la culpabilité de se délecter de quelque chose de sommaire. Une fois n’est pas coutume, on a vaincu sans péril et pourtant triomphé avec gloire.

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Ant Nebulä – Stars Aligned Machine


Sleeppers s’est éteint discrètement. Cet acteur majeur de la scène rock française tanguait dangereusement, mais portait la promesse d’un septième disque qui ne restera qu’un projet chimérique. Du moins sous l’étiquette Sleeppers, puisque le guitariste-chanteur Emmanuel Bonnaud s’offre avec Ant Nebulä une forme de renaissance dans la continuité. Le musicien poursuit son aventure en affichant une approche de l’écriture qui ne trompe pas. Le premier album de son nouveau projet, Stars Aligned Machine, synthétise en onze morceaux tout un pan du patrimoine indé / noise hexagonal.

Stars Aligned Machine exhale un parfum rugueux, authentique, purement 90’s. Il transporte entre les murs suintants d’un bar rock mal éclairé, le temps d’un voyage puissamment hypnotique. A l’instar des Burning Heads, le frontman Mammouth – et par extension son groupe – affiche une philosophie d’ouverture. Qu’importe l’étiquette, tant que l’ensemble transpire, racle et percute. Ant Nebulä rappelle inévitablement le côté nerveux d’un Helmet, s’aventure occasionnellement vers les terrains stridents d’un Sonic Youth, peut s’épancher dans l’aridité des sonorités propres à Queens Of The Stone Age. Des velléités rock qui s’expriment à travers une première moitié d’album construite autour de morceaux directs et efficaces (« White Noise », le mélancolique « Ghostlike »). Mais Ant Nebulä voit plus loin. Il est la résultante de plusieurs décennies de culture alternative au sens large, et mue sans jamais trembler ni hésiter vers les horizons les plus aventureux. Le groupe fait preuve d’audace et d’inventivité, bidouille, expérimente. Les sonorités dub, steppas et électroniques s’invitent ci et là, sans jamais prendre le dessus. « Ninth Life », superbe étendue planante qui évoque inévitablement Tool, ose laisser un champ libre total aux lignes vocales éthérées de Deborah du groupe Herein. L’album est autant riche de mélodies soignées que d’aspérités. Il est le manifeste d’un musicien dont la créativité ne semble jamais se tarir.

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Puscifer – Normal Isn’t


Puscifer est en constante réinvention. Né de l’imaginaire délirant de Maynard James Keenan, le projet s’est structuré autour de Mat Mitchell et Carina Round. Le trio expérimente et redéfinit à chaque album les contours de sa propre musique, désireux d’amener une expérience transcendante. Normal Isn’t est une œuvre d’art précieuse, dont l’univers devrait progressivement se dévoiler au fil des écoutes ainsi que des compléments visuels – dont un roman graphique – envisagés dans le cadre de cette nouvelle ère.

Le Puscifer d’Existential Reckoning s’est partiellement éteint, pour renaître de ses cendres sous une forme nouvelle. Une mue habituelle et nécessaire, qui s’articule autour d’alter ego inédits et d’une orientation musicale voulue en miroir aux troubles, incertitudes et violences de la société actuelle. Puscifer matérialise, avec cette petite poignée de nouveaux morceaux, un espace alternatif hors du temps, une bulle d’évasion aussi sombre qu’enivrante. L’approche musicale s’y veut teintée de post-punk et d’enluminures gothiques 80’s, références qui invitent à une transe hypnotique guidée par les lignes de guitare de Mitchell. Si l’album reste le fruit d’expérimentations multiples et audacieuses, il installe des structures rock plus concrètes que son prédécesseur. Mitchell pose souvent les guitares en fondations solides (« Public Stoning » , « Normal Isn’t ») avant de s’amuser malicieusement avec l’électronique autour. La règle n’est pas pour autant immuable. Rien n’est jamais clair ni défini chez Puscifer, qui s’autorise à multiplier les couches de lecture voire à effacer les repères au profit de machines vrombissantes ou d’étendues suspendues (le fabuleux « Pendulum »). La musique de Puscifer se ressent plus qu’elle ne s’analyse. Le travail vocal de Keenan et Round relève, à ce titre, davantage d’une symbiose que de calculs. Les deux artistes se complètent pleinement, virevoltent, se superposent harmonieusement. Normal Isn’t est un disque touché par la grâce, un diamant étincelant d’une créativité décomplexée et résolument maîtrisée.

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Elwood Stray – Descending


Elwood Stray s’est fait son trou avec son premier album Gone With The Flow. Un titre évocateur, le combo ayant profité de l’essor massif du metalcore et de la vigueur de la scène allemande pour se plonger dans le courant. Reste à rejoindre la flotte de tête afin d’intégrer les quelques formations qui parviennent à imposer la cadence. Descending, son deuxième album, devrait consolider sans difficulté la position du groupe. Il lui manque cependant encore la petite étincelle qui pourrait faire la différence.

Il est parfois préférable de connaître une évolution constante qu’un démarrage en trombe. Les Allemands sont en phase ascensionnelle, et couchent sur bandes une série de morceaux aux contrastes soignés. Porté par l’alternance des registres clair / screamé des chants de Fabian Petz – également guitariste – et Maik Nerkorn, Elwood Stray joue la carte d’un metalcore assez traditionnel, académique dans son approche mais non dénué d’assurance. Il matérialise surtout à travers sa musique une catharsis sincère. Un point certes commun voire indispensable à bon nombre de formations étiquetées « metal moderne », mais qui permet aux morceaux de Descending de toucher, à défaut de véritablement chambouler. Elwood Stray a peut-être perdu avec ce second disque un soupçon de fougue hardcore, de juvénilité explosive. Il contrebalance avec un équilibrage particulièrement juste entre mélodies accrocheuses et furie explosive. Dans la droite lignée des cadors du genre, il déroule un enchaînement de refrains qui virevoltent et marquent à plusieurs reprises (le bondissant « Shattered », « Genesis », hit évident qui aurait gagné à être positionné plus tôt dans le tracklisting). Elwood Stray a toutes les cartes en main. Dans l’état actuel des choses, il associe harmonieusement ses envies et influences pour s’offrir un album solide, quelque part entre post-hardcore, metalcore et metal alternatif. La puissance et le cœur y sont assurément, et Elwood Stray prouve avec Descending qu’il dispose du potentiel pour taper plus haut.

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Ov Sulfur – Endless


Le deathcore peut rapidement sombrer vers la surenchère. Logo illisible, brutalité exacerbée, technicité démonstrative voire imagerie outrageusement macabre, la frontière entre impératifs et poncifs s’avère parfois poreuse. Ov Sulfur n’a à ce titre pas toujours su jouer avec subtilité des codes du genre. Endless, son second album, tend à fluidifier la formule sans abandonner en intensité.

L’écriture du disque part d’une impasse. Un syndrome de la page blanche rencontré par le frontman Ricky Hoover, difficulté qui semble l’avoir amené à une profonde remise en question de son approche de la musique d’Ov Sulfur. Car si Endless n’opère pas un virage brut, il propose une série de morceaux équilibrés et accrocheurs, expurgés de certains clichés ou redondances que l’on pouvait reprocher au groupe. Une orientation qui nécessite une ouverture franche aux nouvelles ambitions mélodiques du quintet. L’évolution est cohérente – le précédent album déroulait son chapelet de refrains en clean vocals – mais marquée. Ov Sulfur s’aligne de fait sur la thématique de son album, qui explore l’impact des émotions perpétuelles, l’impossibilité de s’extirper du noir. Endless est un disque sur l’aliénation par la négativité, folie qui donne naissance à un jeu vocal d’une ambivalence nouvelle entre le guitariste Chase Wilson, extrêmement présent au chant clair, et Hoover. Les deux hommes se répondent, usent de dédoublements et de superpositions qui apportent une épaisseur intéressante à des compositions parfois à fleur de peau (« Wither » ou « Endless//Loveless »). Ov Sulfur a muté. Il laisse plus volontiers de côté sa haine des religions pour laisser s’exprimer sa sensibilité, mais n’en oublie pas pour autant l’aspect décapant et techniquement affûté de son deathcore originel. Le disque déborde d’une violence lourde et décomplexée, d’enluminures symphoniques typées black ainsi que de growl incandescent. Avec Endless, Ov Sulfur gagne en ampleur et en accessibilité. Un choix qui pourra séduire de nouveaux adeptes tout comme rebuter les aficionados des débuts.

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Textures – Genotype


Lorsque Textures annonce sa séparation en 2017, ça avait tout de l’explosion en plein vol. Phenotype, premier album d’un diptyque, venait de sortir un an auparavant et sa suite, l’ambitieux Genotype, était en peine gestation. Les raisons du split, on les découvrira plus tard : insatisfaction vis-à-vis de la musique produite doublée d’un sentiment d’obsolescence. Cinq ans plus tard, le temps a fait son œuvre d’apaisement et Textures revient avec… Genotype. Mais attention, pas celui originellement prévu, qui devait être constitué d’une unique chanson d’une quarantaine de minutes avec de multiples références aux œuvres passées, mais un disque bien plus conventionnel. Il présente le nouvel ADN d’un groupe qui a fait son autocritique et a réajusté son approche.

L’objectif était simple : faire des chansons. Moins d’expérimentation et de technique, plus d’accroche et d’impact. Sans perdre son caractère progressif, Textures se contient et réoriente son attention, à la fois sur le chant comme pièce maîtresse et sur un certain travail sonore. « Measuring The Heavens » plonge l’auditeur dans un enchevêtrement de strates entre tension et relâchement, tandis que « Nautical Dusk » voit son refrain – qui pourtant ne prend pas deux fois la même forme – facilement s’incruster en tête. On pense parfois à Devin Townsend, à l’image de ces superpositions de claviers sur l’intro « Void », dans un esprit très Ocean Machine, ou de l’expressivité de Daniël de Jongh sur l’amorce de « A Seat For The Like-Minded ». Ce dernier s’offre même un duo avec Charlotte Wessels dans le single « At The Edge Of Winter », pour un titre à la structure finalement pas si évidente, mais dans laquelle on se laisse facilement porter par les flots vocaux qui se croisent et s’épousent jusqu’aux arabesques finales. Si les guitares n’ont pas perdu de leur puissance ni de leurs prouesses mélodiques, si de Jongh sait encore rugir aux moments opportuns (« Closer To The Unknown »), la batterie s’est, elle, assagie pour offrir plus de respiration, la virtuosité s’exprimant davantage dans la subtilité. C’est ainsi que Stef Broks porte à bout de baguettes « Walls Of The Soul », grosse cerise sur un gâteau déjà bien dodu : près de huit épiques minutes de montée en intensité, puis d’accalmie, qui parachèvent la démonstration. Certains déploreront une perte d’audace, d’autres loueront un gain en lisibilité. On s’accordera quand même pour dire que Textures a bien fait de revenir.

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  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
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