ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Allegaeon : retrouvailles et progression


En 2022, quelques mois après la sortie de Damnum, c’est un nième changement de line-up qu’Allegaeon a dû gérer. Sauf que cette fois-ci, c’est un petit peu différent : suite au départ de Riley McShane, c’est un visage et une voix bien connues des fans du quintet qui sont revenus au bercail, en la personne d’Ezra Haynes, chanteur originel de la formation. Un remaniement à double tranchant : d’un côté, il était rassurant, d’un autre côté, il pouvait faire craindre un retour en arrière, une perte de l’avancée artistique qu’avait pu connaître Allegaeon ces dernières années. Craintes finalement infondées, tant The Ossuary Lens parvient à maintenir une certaine fraîcheur, le groupe s’adaptant notamment au niveau vocal pour conserver la composante claire – d’une part avec Haynes qui s’y est essayé pour la première fois et le guitariste Michael Stancel qui prend lui-même le micro.

The Ossuary Lens est un album jouant sur deux tableaux : plus brutal que jamais sur certaines chansons et très progressif sur d’autres. De quoi varier les plaisirs, à l’instar des textes qui retrouvent leur composante scientifique – marque de fabrique d’Allegaeon – mais aussi hérite de l’aspect introspectif de Damnum, avec même un lien thématique sur la mort. Nous en avons discuté en détail avec un Greg Burgess confiant en l’avenir et qui ne s’est jamais senti aussi bien dans son groupe.

« Je ne peux pas en vouloir à Riley McShane d’avoir voulu s’adapter un peu et aller vers un truc presque deathcore. Mais moi, ça ne m’intéresse pas du tout – c’est quelque chose qu’Allegaeon n’a jamais fait et ne fera jamais. Il y avait donc des conflits créatifs et je garde des souvenirs très négatifs de Damnum à cause de ça. »

Radio Metal : En août 2022, Riley a annoncé son départ du groupe, sans vraiment donner de raison. C’était plutôt inattendu, parce qu’il semblait très impliqué dans le groupe et avait mis beaucoup de lui-même dans Damnum, que ce soit dans le chant ou dans les textes. Comment as-tu vécu ce départ ? Tu t’y attendais ou ça a été une surprise pour toi aussi ?

Greg Burgess (guitare) : C’était vraiment une surprise. Je n’étais pas dans la conversation lorsque ça s’est passé. Booboo [Brandon Michael], notre bassiste, m’a appelé après coup pour me dire que Riley était parti. Nous avions une tournée en Europe qui arrivait ; nous venions juste d’acheter les billets d’avion ce jour-là pour venir faire la tournée Faces Of Death en Europe. J’ai donc dit : « D’accord. Je vais demander à Ezra [Haynes] de le faire. » En cinq minutes après avoir appris que Riley partait, j’avais déjà demandé à Ezra de venir assurer les dates. La relation entre Riley et moi à ce moment-là n’était pas super. Je n’étais donc pas vraiment bouleversé, mais oui, ça m’a pris par surprise. C’est sorti de nulle part. Cependant, il n’a pas fallu longtemps pour que les affaires reviennent à la normale.

Tu disais que ta relation avec lui n’était pas au top à ce moment-là. Était-ce musical, personnel, les deux ?

Tout. Je pense que c’est facile de diaboliser quelqu’un qui a une autre vision. Nous n’avions tout simplement pas les mêmes objectifs. Ça va faire bientôt vingt ans que je suis dans le groupe, et celui-ci a toujours suivi une direction musicale bien précise. Et lui [Riley] voulait partir dans une autre direction. Musicalement, nous avancions chacun de notre côté. Je ne dis pas que sa direction était mauvaise, c’est juste que ce n’était pas, pour moi, le but du groupe. Il n’y avait rien de mal dans ce qu’il voulait faire, mais c’était quelque chose qui ne m’a jamais intéressé. Ce serait facile pour moi de démolir son idée, mais je ne pense pas que ce soit une bonne manière de traiter ça. Il avait une raison légitime de vouloir faire ce qu’il voulait. Musicalement, nous étions divergents et je pense que ça pesait aussi sur nos personnalités. Disons simplement qu’il y avait une différence d’opinion qui empoisonnait un peu l’eau.

Que voulait-il faire ?

Je pense que dans la musique, lorsque tu vois ce qui devient populaire, tu peux soit essayer de t’adapter à ça, soit continuer ta route. Soit tu restes fidèle à qui tu es, soit tu t’adaptes. Il y a plein de groupes qui sont restés fidèles à leur son – comme Slayer ou Cannibal Corpse, ce genre de groupes qui ont toujours gardé leur cap. Et puis il y en a d’autres qui ont vu les tendances évoluer et qui ont changé, parfois avec succès. Je ne peux donc pas lui en vouloir d’avoir voulu s’adapter un peu et aller vers un truc presque deathcore. Mais moi, ça ne m’intéresse pas du tout – c’est quelque chose qu’Allegaeon n’a jamais fait et ne fera jamais. Il y avait donc des conflits créatifs et je garde des souvenirs très négatifs de Damnum à cause de ça. Malgré tout, c’est un chouette album qui a super bien marché pour nous, donc manifestement, ces prises de bec ont quand même amené de bonnes choses [petits rires].

Tu disais que tu as directement pensé à Ezra. Est-ce que ça veut dire que vous étiez restés en contact pendant tout ce temps ?

En fait, j’avais déjà lancé un side-project avec Ezra. Nous étions au tout début et nous n’avions que deux ou trois morceaux dans les tuyaux. L’un d’eux est devenu « Iridescent », qui sonne un peu comme du Allegaeon de 2014. Nous avions donc commencé à faire ça, mais nous balancions juste des idées sans avoir de véritable plan en tête.

Ce n’est qu’un an après la tournée européenne que vous avez officialisé Ezra comme chanteur permanent. Aviez-vous – lui et le groupe – besoin de temps pour prendre cette décision ?

Oui. Tu ne peux pas te contenter de dire : « J’ai déjà travaillé avec lui, on s’entend bien, alors reprenons directement où on s’était arrêtés. » Personnellement, ça ne me dérangeait pas, mais je ne suis pas tout seul dans le groupe. Allegaeon n’est pas une dictature. Tout le monde a son mot à dire. Je savais que ça allait marcher, mais il devait convaincre, il fallait que les autres voient aussi si ça allait marcher. Et puis, je pense que beaucoup de temps était passé. J’aurais pu me faire des idées en restant bloqué sur l’ancien Allegaeon où je savais comment nous fonctionnions, or le temps a passé et nous sommes plus vieux, donc il fallait être sûr qu’il avait toujours envie de faire ça. Mais je crois qu’au bout de deux jours sur la tournée européenne, nous nous sommes tous dit : « Ok, c’est bon, il veut être là. » Franchement, c’est un super frontman et c’est plaisant d’être dans le même groupe que ce mec.

« Ezra Haynes a compris qu’il était un musicien. Avant, j’avais l’impression qu’il pensait devoir juste crier dans un micro et basta. Désormais, depuis son retour, il a un tout autre regard sur sa place dans un groupe. »

Lorsqu’il a quitté le groupe en 2016, tu nous avais dit environ un an plus tard qu’il y avait « eu des soucis avec Ezra pendant de nombreuses années ». Est-ce que tout ça est aujourd’hui résolu ?

Oui. Maintenant qu’il est revenu, nous en parlons plus ouvertement. Ezra avait des problèmes avec l’alcool, mais ça fait maintenant huit ans qu’il est sobre. À l’époque, il fallait qu’il parte. Ce n’était pas ce que lui ou moi souhaitions, mais ça ne marchait plus. Il fallait qu’il prenne soin de lui. C’est pour ça que j’étais confiant lorsqu’il est revenu, parce qu’il est clean depuis longtemps. Ce n’était jamais un problème personnel ou musical, mais un problème d’addiction qu’il devait régler.

Dans toute la carrière d’Allegaeon, vous n’avez jamais eu le même line-up sur deux albums consécutifs. En 2016, tu nous avais dit : « C’est incroyablement déchirant, à certains égards, même pour nous dans le groupe. Nous n’aimons pas avoir à changer de membres. Et d’un autre côté, ça fait passer les membres restant pour des méchants, comme si nous étions des tyrans et qu’il était difficile de travailler avec nous. » Le fait qu’un ancien membre revienne a-t-il été rassurant pour vous et les fans ?

Ça l’a clairement été pour moi. Je me disais : « D’accord, on traverse un autre changement de line-up, mais il a déjà fait partie du groupe ! Il a déjà fait trois albums ! Ça va, ce n’est presque pas un changement de line-up. » Bon, ç’en était quand même un, mais oui, c’est rassurant. Franchement, je touche du bois parce que j’espère que ça va durer, mais tout le monde est super heureux dans le groupe en ce moment. En interne, nous sommes dans une période tellement saine, tout roule tellement bien que j’ai bon espoir que nous entrions dans une nouvelle phase plus stable. Je touche encore du bois, parce que j’ai déjà ressenti ça par le passé et ça n’a pas tenu. Mais par exemple, notre ingé son, Cole, a presque fait cent dates avec nous – c’est une première ! Nous n’avions jamais eu un ingé son qui reste plus d’une tournée. Tout se passe tellement bien aujourd’hui et nous nous amusons tellement ; j’espère vraiment que nous avons enfin trouvé notre équilibre !

Comme tu l’as dit, du temps est passé depuis la dernière fois que vous avez bossé avec Ezra. L’as-tu trouvé changé, comme chanteur ou même humainement ?

Oui, énormément. Pas en personnalité, c’est toujours le même mec. Mais j’ai vu quelque chose de super cool : sur la tournée Faces Of Death, il a regardé autour de lui et il a remarqué que tous les chanteurs s’échauffaient la voix, faisaient des vocalises, etc. Il s’est dit : « Ok, je devrais faire pareil. » Il a compris qu’il était un musicien. Avant, j’avais l’impression qu’il pensait devoir juste crier dans un micro et basta. Désormais, depuis son retour, il a un tout autre regard sur sa place dans un groupe. Déjà, nous sommes plus vieux, le groupe est plus pro et nous avons appris à faire ça correctement, mais il a lui-même mûri et il est disposé à essayer des choses. Par exemple, avant, il ne chantait jamais. Maintenant, nous étions là : « Riley chantait, tu veux tenter le coup pour voir ce que tu peux faire ? » Du coup, Mike [Stancel] et lui se sont partagé les parties. Lorsque nous avons enregistré « Driftwood », nous lui avons dit : « Prends le studio, on reste dehors, fais ton truc sans pression. » Il est revenu à midi, il nous a fait écouter, et nous étions tous là : « Il semblerait que tu es désormais officiellement chanteur ! » [Rires] C’est incroyable à voir. Je le connais depuis longtemps, nous avons été jeunes ensemble, et c’est génial de voir à quel point il a humainement grandi. Je dis souvent des choses positives sur Ezra parce que c’est un super pote, mais humainement, la progression est dingue. C’est impressionnant de le voir évoluer comme ça.

Jusqu’à présent, chaque nouveau membre amenait vraiment quelque chose de plus au groupe et le faisait avancer. Là, pour la première fois, vous faisiez un pas en arrière avec le line-up. On peut donc se demander s’il n’y avait pas une crainte de « régression » ou si tu étais confiant dès le début qu’il pourrait quand même faire avancer le groupe ?

Je ne considère pas ça comme un pas en arrière, parce que je pense que nous avons gagné quelque chose de différent. Riley était un chanteur incroyable — c’est un chanteur incroyable –, je ne pense pas qu’on puisse le nier. Il avait des tas d’armes vocales à sa disposition, c’était vraiment impressionnant. Mais ce qu’il n’avait pas vraiment, c’étaient les compétences de frontman que possède Ezra. C’est juste qu’ils ont une personnalité différente : Ezra est fait pour être sur scène, avec la manière dont il interagit avec le public, etc. Alors oui, Ezra n’a peut-être pas toutes les facultés dans la tessiture vocale que Riley avait, mais nous avons gagné un tout autre aspect en live, en termes de divertissement et de façon d’interagir avec nos fans. Je l’ai remarqué quand nous avions Riley, je me disais : « Il n’a pas vraiment le truc scéniquement, mais il assure musicalement. » C’est comme tant tout, il y a toujours des concessions à faire, mais je ne considère pas du tout que nous ayons régressé. Déjà, sur le plan personnel, nous sommes désormais plus sains en tant que groupe, et puis je pense sincèrement que les concerts sont meilleurs.

« Chacun a fait un pas en avant afin de combler le vide. En faisant ça, nous avons découvert des talents que nous ne soupçonnions même pas chez nous. »

Comme tu l’as dit, Michael est crédité sur les parties de chant clair. On dirait qu’il a pris de l’importance de ce point de vue, ce qui permet de compenser et finalement de conserver cette avancée…

Oui. Il y avait plein de choses qu’il voulait faire musicalement mais ne pouvait pas faire dans Allegaeon. Lorsque la pandémie a frappé, il a donc monté un groupe qui s’appelle Harboured, au sein duquel il est guitariste, compositeur et chanteur. C’est un projet qui est vraiment une sorte d’extension de l’identité musicale de Michael Stancel. Il a dû apprendre plein de compétences pour pouvoir faire ça. Michael est incroyable. J’ai énormément de chance de jouer avec les gens avec qui je joue. Michael Stancel est vraiment un héros de l’ombre. Rien qu’en coulisses, il s’occupe de tout notre matos, il fait office de tour manager… Il fait énormément de choses. Au-delà de ça, lorsque nous avons vu ce qu’il y avait à faire, il a dit : « Laissez-moi essayer d’en faire une partie. » Finalement, chacun a fait un pas en avant afin de combler le vide. En faisant ça, nous avons découvert des talents que nous ne soupçonnions même pas chez nous. Je suis bluffé et super reconnaissant pour les compétences que chacun apporte en ce moment.

La voix d’Ezra est vraiment brutale sur cet album : est-ce qu’en tant que compositeur, ça t’inspire ?

Oui. Lorsque tu es en studio depuis un mois et que tu arrives enfin à l’enregistrement des voix, c’est toujours le meilleur sentiment qui soit. Tu entends enfin ce à quoi la chanson va vraiment ressembler. Grâce à sa sobriété, Ezra sonne désormais mieux que jamais. C’est un peu comme avoir la meilleure version de son instrument. Il ne fait que s’améliorer grâce à son travail constant. Il enrichit son arsenal. Donc oui, c’est très inspirant.

Concernant le nouvel album, tu as déclaré que, cette fois, il n’y avait eu aucun psychodrame et que vous vous êtes juste concentrés sur la musique. J’ai l’impression que c’est la première fois depuis longtemps que ça se passe ainsi. Au-delà des problèmes de changement de line-up, Apoptosis avait été « un album très douloureux à écrire » – je te cite –, tandis que Damnum était émotionnellement très lourd. À quel point ce processus plus facile a fait la différence ?

J’ai repris plaisir à faire ça. C’est la plus grande différence : pas seulement en studio, mais dans le groupe aussi. C’est incroyable d’être dans ce groupe en ce moment. Tout le monde est super heureux, nous nous entendons tous très bien. C’était génial en studio. Personne ne disait : « Ça, on ne peut pas le faire » ou « Ça, ça ne devrait pas être comme ça ». C’était plutôt : « Tout le monde peut vraiment contribuer au maximum » et ça n’a pas toujours été le cas dans le passé.

Certains disent que la créativité naît des conflits et il existe des exemples de groupes qui ont produit de grands albums dans des contextes très conflictuels…

Je crois que lorsque tu as du talent, celui-ci va se manifester. « Talent » n’est probablement même pas le bon terme, c’est peut-être plus une question de compétences, parce que je pense que le talent est quelque chose d’inné, tandis que les compétences, tu peux les acquérir en bossant dur. Comme je l’ai dit, je ne garde pas un super souvenir de Damnum, car il y avait beaucoup de conflits, de prises de tête et de négativité. Est-ce que c’était purement créatif ou est-ce que c’était aussi à cause de tout ce que nous avions traversé émotionnellement ? Je ne sais pas. Je ne pense pas que ce soit juste de blâmer une seule personne parce qu’il y a toujours plein de points de vue différents. Mais je pense que lorsque tu travailles dur ton art, même si tout va mal, le résultat peut quand même être très bon ; ta contribution n’est peut-être pas aussi poussée qu’elle a pu l’être par le passé, ce sera quand même super. Donc oui, même dans le conflit, je pense que si t’es suffisamment dédié à ton art, tu peux surmonter une partie de la négativité générée par les prises de bec.

Je me souviens qu’à propos de Damnum, nous avions parlé du fait que vous aviez écrit l’album ensemble, ce que vous n’aviez jamais fait avant. J’ai l’impression que vous avez refait un peu la même chose cette fois…

Oui, nous avons opéré de la même manière. Je ne sais pas si la dernière fois j’avais mentionné le fait que j’avais vraiment du mal avec l’écriture en groupe [rires], mais c’est en forgeant que l’on devient forgeron et j’étais beaucoup plus ouvert à ça cette fois. Je pense que c’était juste parce que l’atmosphère était beaucoup plus amicale. Tu n’es pas sur la défensive, donc si quelqu’un a quelque chose de négatif à dire, tu es genre : « Ok, pas de souci. On va essayer à ta manière », car ça donnait vraiment l’impression que la chanson passait en premier, au lieu de cette sorte de réflexe de protection, comme si tu devais te protéger toi-même – et ta chanson par ricochet. Là, c’était beaucoup plus ouvert, tel un dialogue.

« Je ne pense pas que l’enregistrement et le live soient la même chose. Ils sont bien évidemment liés, mais ce n’est pas du tout la même expérience. J’en ai marre qu’on les traite comme si c’était pareil. »

Curieusement, sur The Ossuary Lens, il y a des morceaux vraiment brutaux, rapides et directs, mais également des morceaux très prog. Avez-vous délibérément voulu pousser les extrêmes sur cet album ?

Non. Sur cet album, il n’y avait que quelques trucs que nous avons vraiment effectués de manière délibérée. L’un d’eux était que nous souhaitions garder la durée plus courte que ce que nous avions réalisé par le passé. Nous essayons de faire attention aux habitudes d’écoute. Les gens n’ont plus la même capacité de concentration qu’avant pour la musique, que ce soit la génération TikTok ou autre, tout le monde veut une gratification immédiate. Nous avons donc essayé de faire des morceaux courts, juste pour que les gens puissent vraiment écouter notre musique au lieu de zapper si l’intro était trop longue ou que sais-je encore. C’était vraiment la seule chose que nous nous étions dite en amont : « On devrait essayer de faire des choses un peu plus courtes. » L’album était beaucoup plus court avant que nous entrions en studio avec Dave [Otero]. Nous n’avons pas changé les morceaux au moment de la composition, mais lorsque nous nous sommes retrouvés ensemble, nous les avons réduits en nous disant : « On peut probablement se passer de cette partie, ça semble un peu trop chargé », ou encore : « Dave Otero va détester ça, il va dire que c’est inutile, coupe-le. » Dave Otero nous prend toujours à contre-pied, parce que dès que nous sommes en studio, il est genre : « Cette partie-là, il faut la doubler », et nous sommes là : « Mais c’est comme ça que nous l’avions au début ! Nous l’avons coupée parce qu’on pensait que tu n’allais pas aimer. » Et lui : « Non, double-la. » Au final, les morceaux sont devenus un peu plus longs une fois en studio, ce qui n’est pas vraiment ce qui se passe habituellement – en général, ils raccourcissent. Nous essayons donc de lire dans les pensées de Dave avant de l’avoir en face, mais nous avons toujours tort [rires].

Dans la continuité de la question précédente, on dirait que l’album est divisé en deux moitiés, presque comme deux EP…

Ce n’était pas du tout voulu. Lorsque nous partons en retraite pour composer, nous essayons toujours de réfléchir à l’ordre des morceaux. Cet enchaînement des morceaux est juste ce qui nous semblait bien à ce moment-là. J’ai entendu ça plusieurs fois maintenant, donc je suppose que c’est un peu le cas. C’est un heureux accident.

Adrian Bellue joue de la guitare classique en invité sur « Dark Matter Dynamics ». Tu es toi-même connu pour ton talent sur cet instrument, l’ayant régulièrement utilisé par le passé. Pourquoi avoir fait appel à Adrian cette fois-ci ?

Lorsque j’étais à la fac, que j’étudiais la guitare classique, j’ai rencontré tout un tas de guitaristes acoustiques à cordes acier à l’époque. C’est là que j’ai découvert Michael Hedges, Phil Keaggy et d’autres types comme ça. J’ai toujours beaucoup aimé cet univers-là. Lorsque CandyRat Records a démarré, il y a eu Andy McKee, Antoine Dufour, des gars comme ça. J’adore ce genre de trucs ! Un jour, Adrian est apparu sur mon fil. Je me suis directement dit : « J’adore ce mec. » J’ai commencé à le suivre, et puis je ne sais pas trop comment c’est arrivé, mais nous nous sommes mis à nous envoyer des messages. Il s’est avéré que c’était un énorme fan de metal. Quelqu’un a par la suite dit que nous devrions faire une collab. Je ne me rappelle plus qui c’était, mais j’ai foncé direct, parce que moi aussi j’adore jouer ce genre de choses. Le début de « Dark Matter Dynamics » est vraiment un duo entre Adrian et moi. C’est ainsi que ça a commencé. Au départ, c’était censé être juste un duo de cordes en acier. Je me suis ensuite dit : « Je peux totalement développer ce truc et en faire un morceau avec le groupe complet. » Ça devait initialement être juste une sorte d’interlude avec seulement de la guitare acoustique, mais ça a évolué pour devenir ce que tu entends sur l’album, avec l’ensemble du groupe. Le morceau commence donc avec Adrian et moi qui jouons, puis lorsque je passe à l’électrique, je le laisse avoir sa propre place et moi la mienne. J’ai la possibilité de faire ma partie acoustique avec lui au début, mais je voulais vraiment que chaque membre du groupe ait aussi son moment pour briller. Il y a donc ce moment où il fait ses trucs percussifs acoustiques au milieu. J’ai ensuite dit à Booboo : « Pourquoi tu ne ferais pas un solo avec lui ? », nous avons donc ce solo de basse avec Adrian, et puis il y a plein de délires de guitare électrique dans ce morceau.

Les influences flamenco/latines ont quasiment toujours été présentes dans votre musique, mais j’ai l’impression que « Dark Matter Dynamics » est la première fois où il y a une telle symbiose entre cette couleur et le death metal.

Je ne dirais pas que c’est du flamenco, car c’est joué sur des cordes acier. Pour moi, le flamenco c’est vraiment le son espagnol des cordes nylon. Par exemple, le début de « Imperial » est clairement du flamenco. Mais comme nous allions avoir Adrian en guest, je voulais que la guitare à cordes acier soit là tout du long. J’ai donc écrit toute la chanson et j’ai laissé cet espace au milieu pour qu’Adrian le remplisse. Il a eu la gentillesse d’apprendre toutes mes parties – il est clairement bien plus doué pour composer dans ce registre, mais la guitare acoustique [que j’avais écrite] s’intégrait tellement bien avec le groupe que je pense qu’il l’a vraiment respectée en enregistrant. Toutes les pièces du puzzle s’imbriquaient bien, jusqu’au moment où nous l’avons laissé s’exprimer dans la section centrale : « Ok, écris ta partie. » J’avais la fin, donc nous devions juste intégrer son passage du milieu. Nous nous sommes ensuite demandé comment tout assembler. J’avais cette partie avec le double solo, mais une grande partie de l’ambiance, c’est un autre talent de Michael Stancel : il capte plein de trucs et trouve comment on peut unifier l’album avec du son et des ambiances sonores un peu new age. Il est vraiment à fond dans le shoegaze, avec plein d’effets sonores. Une fois terminé, il prend l’album et se dit : « Tiens, je vais mettre un peu d’ambiance sur chaque morceau », pour que tout ait une sorte de sonorité unifiée. Je pense qu’avec l’aspect shoegaze et les voix de Michael Stancel, nous pouvons vraiment avoir un album cohérent, alors que des morceaux comme « Driftwood » et « Dark Matter Dynamics » sont très différents.

« Le thème de la mort est venu par le biais des sujets scientifiques – la mort fait totalement partie de notre existence et simplement de l’univers. C’est vraiment un regard à distance, alors que sur Damnum, nous le vivions. »

Pourrez-vous jouer ce morceau en live ?

Oui, absolument. Nous en parlions justement, parce nous venons tout juste de voir Adrian. Il est venu à notre dernière tournée. Nous avons traîné ensemble et nous avons discuté de la manière dont nous allions faire ça. Nous ne pourrions probablement pas faire le duo du début tel quel, car je joue la sorte de partie lead dans l’intro et lui fait plutôt des sons d’ambiance. Mais nous pourrions trouver un moyen, genre faire une partie en backing track et lui jouerait le lead. Il jouerait ensuite le reste du morceau comme sur l’album. Nous aurions donc une version cohérente en live. Il faut juste que nous trouvions comment nous y prendre, mais nous allons le faire à un moment donné, c’est sûr.

Concernant l’enregistrement, tu as dit que vous aviez « fait les choses dans un ordre un peu inhabituel afin d’accommoder les emplois du temps de chacun ». Que veux-tu dire par là exactement et qu’est-ce que ça a changé pour vous ?

En général, nous construisons l’album en commençant par la batterie, puis guitares… Ça change souvent, mais ça peut être guitares, basse, puis solos ou alors voix puis solos. Les parties acoustiques passent toujours à la fin. C’est comme ça que ça se passe en général en fonction du planning. Les guitaristes doivent généralement rester le plus longtemps. Nous sommes donc là au début pour aider à la batterie, au cas où il y ait des questions d’arrangement à régler. Nous sommes également présents à la toute fin. Ensuite, tout dépend de quand les autres peuvent venir. Ezra ne pouvait venir que deux jours au studio car il bossait. Nous avons donc commencé les voix alors que nous venions à peine de finir les guitares. Je crois que nous avions fini toutes les rythmiques. Les voix ont démarré tout de suite après, avant la basse. Mais c’était genre deux jours de chant, puis basse, puis encore deux jours de chant. Les solos étaient éparpillés un peu partout là-dedans. Adrian a ensuite dû prendre l’avion, donc nous avons passé une journée pour qu’il enregistre toutes ses parties de guitare acoustique. Puis je crois que nous sommes revenus aux voix. J’ai fait toutes mes parties acoustiques à la toute fin. C’était un bordel niveau planning. Ce n’était vraiment pas le déroulé habituel. Pour réussir à suivre, il fallait écouter les morceaux en boucle. « Qu’est-ce qu’il reste à faire sur celui-là ? Ah, on a besoin des solos sur cette chanson » et nous revenions dessus.

Ça fait maintenant dix-sept ans que vous travaillez avec Dave Otero comme producteur. Tu as déclaré qu’il « offre toujours un environnement de travail confortable ». N’est-ce justement pas trop confortable ? Ne crois-tu pas à cette approche qui consiste à sortir de sa zone de confort, comme certains groupes le défendent ?

C’est marrant car j’y pense tout le temps [rires]. Mais non, pas pour moi. Évidemment, chacun bosse différemment. Mais si je ne suis pas à l’aise, je ne vais pas faire du bon boulot. Par exemple, je suis plus productif dans ma vie lorsque je suis heureux. Lorsque je vais enregistrer, je sais que je suis là pour une raison. Je dois le faire et je veux être le plus efficace possible parce que le temps, c’est de l’argent. Je ne veux pas avoir à découvrir la personnalité d’un nouveau type ou à me demander où je vais loger, ou ce genre de trucs. Ça ajoute juste tout un tas de tensions supplémentaires dans ma tête et ça me distrait de l’objectif pour lequel je suis là. Je sais comment ça se passe avec Dave, donc je peux mieux me préparer pour le studio. Comme je travaille avec Dave depuis très longtemps, je n’apprends même pas vraiment les morceaux avant d’entrer en studio. Je les lis à vue au fur et à mesure. Avant, j’apprenais vraiment tout par cœur, dans les moindres détails. Malgré ça, une fois en studio, il faut quand même repasser tout dans le détail. À la fin, j’étais complètement stressé. Maintenant, je me dis : « Je vais juste apprendre mes solos pour pouvoir les jouer en une seule prise et essayer de les rendre hyper naturels. » Mais pour le reste, comme nous enregistrons tout en toutes petites sections pour que ce soit parfait, je préfère ne pas encombrer mon cerveau à tout mémoriser. Je vais juste apprendre rapidement le riff – évidemment je le connais un peu, mais j’apprends vite le doigté et ce genre de choses. Ensuite, je me lance. J’y vais à fond pour que ce soit bon et qu’on puisse passer à la suite.

Je ne pense pas que l’enregistrement et le live soient la même chose. Ils sont bien évidemment liés, mais ce n’est pas du tout la même expérience. J’en ai marre qu’on les traite comme si c’était pareil. En live, tu vis tout en temps réel, c’est un environnement complètement différent. C’est juste être dans l’instant présent. Alors qu’en studio, tout est passé à la loupe. Tu peux jouer parfaitement, mais ta corde fait un bruit parasite ou ta main glisse un peu trop et ça crée un artefact sonore. Tu peux jouer parfaitement et ce ne sera quand même pas assez bien. J’en ai eu marre de cette pression mentale. Je veux juste venir, rester concentré et boucler le truc. Parce que je l’ai déjà vécu : je joue un truc mieux que jamais, parfait… et la prise est jetée à la poubelle à cause de je ne sais quoi. Franchement, c’est trop de torture mentale. Je me dis : « Laissez-moi juste faire le boulot, c’est tout. »

« Ma façon de digérer la musique est très intellectuelle, alors que la plupart des gens la ressentent de manière plus viscérale, plus introspective. Personnellement, je trouve ma satisfaction émotionnelle dans l’émerveillement – par exemple, dans le côté ‘puzzle’ d’un morceau de Bach. »

Préfères-tu le live ou le studio ?

Bonne question. J’adore le studio parce que j’adore le processus créatif et entendre quelque chose naître pendant qu’on le crée. Mais ces derniers temps, je crois que je préfère la scène. Ça n’a pas toujours été le cas. Avant, j’adorais vraiment le studio. C’était là que je pensais le plus m’épanouir, parce qu’on pouvait expérimenter. J’apprenais un passage à l’envers, je l’enregistrais, puis on le retournait pour que ce soit à l’endroit, mais avec les sons inversés. J’adorais ce genre de conneries – d’ailleurs, j’aime toujours ça. Mais je pense qu’en live maintenant, c’est juste un peu plus divertissant parce que c’est un peu comme un sport. Tu fais une activité physique.

Ce n’est pas un album concept au sens traditionnel, mais il y a un thème général. Il représente plusieurs points de vue différents sur la mort. Vois-tu un lien entre ça et le thème de la perte qui était au cœur du précédent album Damnum ?

Oui, rétrospectivement, absolument. Damnum était très poignant parce que nous étions tous en train de le vivre. Il y avait plein de choses horribles auxquelles nous faisions face à ce moment-là. Cet album nous représentait vraiment en train de traverser tout ça. Il a été écrit pendant que nous le vivions. Par conséquent, il y a beaucoup de ces chansons que je n’aime pas écouter. Je serais content de ne plus jamais avoir à rejouer « Called Home ». Avec ce nouvel album, c’était plutôt du genre : « Nous avons expulsé ça de notre système. Je veux revenir à un état mental un peu plus sain. » Au niveau des paroles, c’était important pour moi de dire : « Je veux revenir à certains sujets scientifiques, mais je sais que beaucoup de gens veulent rester dans le côté plus introspectif, donc faisons les deux. » Nombre de mes apports étaient donc en lien avec des sujets scientifiques, tandis que le style de Mike s’oriente un peu plus vers l’introspection. Nous pouvions faire les deux et ils pouvaient coexister.

Le thème de la mort est venu par le biais des sujets scientifiques – la mort fait totalement partie de notre existence et simplement de l’univers. C’est vraiment un regard à distance, alors que sur Damnum, nous le vivions. C’était un espace émotionnel très négatif, alors que là, c’est davantage à distance, c’est derrière nous, nous ne le vivons plus, nous pouvons nous contenter de l’observer. Pour certains morceaux plus introspectifs, il faudrait demander à Ezra. Je pense que beaucoup traitent de la mort de son ancien lui, de son parcours à travers ses luttes, tout le temps où il était absent, et de certaines des choses qu’il a vécues. De nombreuses chansons sur cet album parlent de son chemin vers la sobriété, de la façon dont il a affronté ses démons, de la mort de l’ancienne personnalité, des anciennes habitudes, de ce qu’il s’infligeait, de certaines personnes qu’il a dû laisser derrière lui parce qu’elles étaient restées bloquées là-dedans – il ne pouvait plus y être associé – ou encore de la mort de certaines relations. Donc oui, une partie parle de la mort pure et simple, tandis qu’une autre est plus métaphorique. Puis, lorsque nous cherchions un titre, nous en parlions avec Ezra et je lui ai demandé : « Mec, est-ce qu’il y a un thème général ? » Il a fini par réaliser que tout tournait autour de la mort. Est alors venue l’idée de visite d’ossuaires et de ce type de sanctuaires consacrés à la mort, puis la « lentille » représente simplement une manière de regarder ça.

On a l’impression que Damnum a ouvert une porte pour qu’Allegaeon gagne une autre dimension dans ses textes.

Absolument. Riley et moi avons eu une discussion après Apoptosis où nous parlions du chant et de la façon de le livrer. C’est venu de cette idée que s’il ressentait une connexion émotionnelle avec les paroles, il pouvait dès lors les interpréter avec plus de puissance – c’est important pour un chanteur, car il ne fait pas juste un exposé [rires]. Nous avons donc décidé à la fin du cycle d’Apoptosis que nous devrions peut-être nous éloigner quelque peu des seuls thèmes scientifiques afin d’améliorer les prestations de chacun. Manifestement, ça a marché. Ça a donc un peu ouvert une porte. Ezra était très enthousiaste à ce sujet, mais en même temps, la maison a été construite sur autre chose, donc nous ne pouvons pas juste abandonner ça. C’est un peu notre marque de fabrique. Selon moi, c’est très important de maintenir la dimension scientifique, mais ce n’est pas tout ce que le groupe a à offrir.

« J’aide Nuclear Power Trio lorsqu’on me le demande. Je ne sais pas trop. Le monde est un peu sens dessus dessous en ce moment. Donc soit c’est plus nécessaire que jamais, soit ce n’est pas nécessaire [rires]. »

C’est donc plutôt toi qui as apporté les thématiques scientifiques ?

Oui, mais je crois qu’il n’y a que trois morceaux sur tout l’album qui sont vraiment axés science. Il y a « Chaos Theory », que j’avais sur ma liste de sujets à aborder depuis un moment. Je crois que ça remonte à quinze ans. Il y avait un épisode de la série britannique Red Dwarf où ils parlaient de la théorie du chaos et de son usage pour prédire les cycles météo. J’ai creusé le sujet et j’ai trouvé ça génial. J’ai donc toujours voulu écrire une chanson là-dessus. Ezra était partant, donc c’était super. Il y a également « Dark Matter Dynamics ». La matière noire, c’est juste l’inconnu : on sait que ça existe, mais on ne sait pas ce que c’est. Pour finir, « Imperial », qui parle de conditionnement génétique. L’idée vient de puces dans une boîte de Petri : on met un couvercle, elles ne sautent plus qu’à une certaine hauteur, et même lorsqu’on enlève le couvercle, leur descendance ne saute pas plus haut non plus. Il y a cette espèce de mémoire génétique apprise. Mais le reste de l’album est très introspectif. Ma façon de digérer la musique est très intellectuelle, alors que la plupart des gens la ressentent de manière plus viscérale, plus introspective. Personnellement, je trouve ma satisfaction émotionnelle dans l’émerveillement – par exemple, dans le côté « puzzle » d’un morceau de Bach. C’est là que se trouve mon lien émotionnel avec la musique. C’est vraiment un casse-tête mental. Je suis clairement minoritaire sur ce point. Dans le groupe, tout le monde me regarde, du style : « Mais de quoi parles-tu ? » Et moi : « Mec, c’est trop cool ! » Mais c’est important de représenter tout le monde et ils sont assez sympas pour me faire plaisir.

Tu as déclaré que The Ossuary Lens était ton album préféré d’Allegaeon depuis Proponent For Sentience, sorti en 2016. Chacun de ces albums a connu un changement vocal ; penses-tu que ça les relie d’une certaine manière ?

Pas vraiment. Enfin, oui, c’est un point commun évident. Mais pour moi, si c’est mon préféré, c’est parce que je n’avais aucune contrainte créative. Je pouvais écrire la musique que je voulais écrire. Bien sûr, il y avait le groupe et l’aspect analytique, des gens voulaient modifier certaines choses, mais ce n’était jamais des changements radicaux. C’étaient de petits ajustements, pas des arguments du style : « Je déteste ce morceau, il faut tout réécrire. » C’était une expérience bien plus heureuse pour moi. Lorsque je dis que Proponent était mon préféré, c’est parce que nous avions écrit une bonne partie de ces chansons alors qu’Ezra était encore dans le groupe. Lorsque nous avons dû lui demander de partir et que nous avons eu Riley, ce dernier a dû s’adapter au plan déjà en place. Musicalement parlant, Proponent est selon moi une extension naturelle d’Elements Of The Infinite. Nous avions ce grand thème, je ne sais même pas de quelle manière cette idée de concept album est venue ce jour-là, mais j’avais la main sur de nombreux aspects du disque et j’ai écrit beaucoup de paroles sur Proponent. En parlant avec Ezra, il m’a dit : « Mec, c’est exactement comme ça que je l’aurais fait. » Je lui ai répondu : « Je me demande bien pourquoi… Je me demande d’où j’ai appris tout ça… » Même lorsque j’écris des motifs vocaux, c’est un peu dans le style d’Ezra, parce que c’est ainsi que j’ai appris à écrire des motifs vocaux et tout le reste. Donc je ne sais pas, c’est peut-être juste parce que j’ai été tellement impliqué dans cet album et que j’en suis super fier. J’ai passé des heures à travailler avec mon pote Joe [Ferris] sur les arrangements orchestraux, à faire en sorte que les petits éléments musicaux thématiques soient disséminés dans chaque chanson, à écrire les paroles, les lignes de chant, et ainsi de suite. J’étais totalement investi là-dedans. C’est pour ça que, lorsque c’était terminé, ça a été un énorme accomplissement pour moi. Puis avance rapide vers The Ossuary Lens : j’ai senti que j’avais à nouveau une liberté créative.

Pour conclure, peux-tu nous donner des nouvelles de tes projets parallèles ?

J’aide Nuclear Power Trio lorsqu’on me le demande. Je ne sais pas trop. Le monde est un peu sens dessus dessous en ce moment. Donc soit c’est plus nécessaire que jamais, soit ce n’est pas nécessaire [rires]. Il y a de la musique en cours pour ce projet. Je vais ensuite faire un album solo, acoustique et classique. Voilà un peu ce qui se passe dans mon univers en ce moment, ces deux trucs-là. La musique d’Allegaeon va continuer à sortir petit à petit et nous verrons. Je crois que Michael sera en tournée. Il remplace de nouveau pour Entheos et il sera en Europe. Lorsqu’il reviendra d’Europe, nous allons commencer à écrire ensemble, ce que nous n’avons jamais fait jusqu’ici. Nous allons vraiment commencer à écrire à deux, dès le début. J’ai plein de morceaux, je vais les lui envoyer et nous commencerons à assembler tout ça, pour voir. Vu qu’en ce moment, nous écrivons plutôt en groupe dans Allegaeon – dans le sens où quelqu’un termine un morceau, puis nous nous y mettons tous afin de travailler les arrangements. Là, nous voulons essayer une autre approche : « Hey, j’ai écrit ce riff, qu’en penses-tu ? Vois-tu ce qui pourrait venir ensuite ? », et construire les chansons à partir de zéro ensemble. Nous allons tenter ça.

Interview réalisée en visio le 18 avril 2025 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Louhane Pellizzaro.
Photos : Matthewknowsphotos (1) & Stephanie Cabral (2, 4, 8).

Facebook officiel d’Allegaeon : www.facebook.com/Allegaeon

Acheter l’album The Ossuary LEns.



Laisser un commentaire

  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
    previous arrow
    next arrow
     
  • 1/3