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Interview   

Amaranthe catalyse le positif


Trois ans et demi après la sortie de leur dernier album Manifest, les Suédois d’Amaranthe reviennent avec The Catalyst, une œuvre sortie tout droit d’une période d’introspection personnelle, sociétale et créative. En effet, suite au départ du growler Henrik Englund en 2022 qui a pu faire peur aussi bien aux fans qu’aux musiciens, le groupe a su retomber sur ses pattes en trouvant un remplaçant de taille en la personne de Mikael Sehlin, ami de longue date de la formation. Son trio de chanteurs renouvelé, Amaranthe a su tirer profit de ce nouvel élan pour élargir ses frontières, tout en respectant les codes qui lui sont reconnaissables.

The Catalyst s’inscrit bien dans la société moderne actuelle, via une philosophie à la fois dénonciatrice et positive. Le groupe dévoile un de leurs albums les plus complets et diversifiés à ce jour, usant d’inspirations et d’influences issues de diverses cultures et genres musicaux. Pour The Catalyst, Amaranthe a osé tenter de nouvelles choses et ne plus se cacher derrière des métaphores. Nous en avons discuté avec Olof Mörck, guitariste, membre fondateur et co-compositeur du groupe, qui n’a aucun mal à évoquer des souvenirs depuis le début de sa carrière jusqu’à ceux de son enfance et n’hésite pas à rentrer plus en détail dans l’aspect psychique de la vie d’un artiste, qu’elle soit quotidienne ou lors d’une tournée.

« Lorsque nous avons sorti notre premier single, ‘Hunger’, des gens dans la scène metal ont commencé à être très conservateurs voire protecteurs, ils disaient : ‘Ok, c’est la fin du metal. Le metal est mort maintenant, Amaranthe l’a tué avec cette chanson’ [rires]. Nous en rigolions et ne prenions pas ça très au sérieux à l’époque. »

Radio Metal : Tu as déclaré qu’après avoir enregistré Manifest – entre mars et mai 2020 –, tu as eu beaucoup de temps – vous n’avez vraiment repris la tournée qu’au milieu de l’année 2022. L’une des choses que tu as faites pendant ce temps, c’est beaucoup d’« introspection ». Penses-tu en avoir eu besoin à ce moment-là ? As-tu obtenu des réponses sur toi-même dans ces moments-là ?

Olof Mörck (guitare) : Très intéressant ! Je pense que oui, absolument. Après la toute première sortie d’Amaranthe, qui était le single « Hunger », nous sommes vite partis en tournée et nous n’avons pratiquement jamais arrêté, puis un nouvel album est sorti et nous sommes repartis en tournée, et ainsi de suite. C’était très excitant, car j’étais enfin dans un groupe qui commençait à prendre de l’ampleur et à avoir du succès, c’en est même devenu mon travail. J’ai rencontré des milliers de personnes géniales et j’ai pu faire des concerts que je n’aurais jamais imaginé faire. Tout ceci était évidemment extraordinaire, mais dès que la pandémie a frappé, nous avons terminé l’enregistrement de Manifest et nous en avons assuré la promotion via des interviews, comme maintenant, puis à la fin de l’année 2020, soudainement, nous nous sommes retrouvés complètement sans travail. Pour être tout à fait honnête, grâce à Spotify, nous n’avons pas eu à nous inquiéter pour nos finances personnelles ou quoi que ce soit du genre, ce qui a été un grand soulagement. Mais voici la réponse à cette question très intéressante : quand tu as été distrait pendant aussi longtemps et que tu es devenu en quelque sorte accro au fait de jouer de gros concerts, d’avoir un travail pour lequel les gens t’applaudissent tous les jours, ce qui est fantastique, c’est facile de prendre tout ça pour acquis. Je pense que la question intéressante est : comment ça affecte-t-il ta psyché ? Comment vas-tu maintenant gérer la solitude ?

La première chose que j’ai réalisée est que j’avais désormais beaucoup de temps à ma disposition et que je ne devais pas commencer directement à travailler sur un nouvel album, mais alors qu’est-ce que je ferais à la place ? Ce que j’ai fait est que je me suis lancé dans plein d’autres activités créatives. J’ai peint des tableaux – ce que je n’avais pas fait en vingt ans. J’ai construit et peint des petits modèles en plastique de Star Wars. A tout ça s’ajoutait le fait de passer du temps avec ma femme. Nous avons même pris un chien en pleine pandémie, bien que ce soit déjà prévu avant celle-ci, donc j’ai pu passer beaucoup de temps avec eux. C’était le plus important, mais évidemment on ne pouvait pas voyager, ni aller au restaurant et faire toutes ces choses normales. Je ne vais pas trop me plaindre parce que, comparé à d’autres personnes, j’étais bien loti durant la pandémie. Ce que j’ai réalisé après six, sept ou huit mois est que j’aimais bien ça aussi. C’était une forme d’introspection très simple, mais je pense qu’en fin de compte, la question – sans vouloir être trop philosophique – est de savoir si tu te sens bien à l’idée de passer une grande partie de ton temps avec toi-même comme seule compagnie. Je pense que ma réponse était oui, car j’aime bien être un nerd, lire mes livres, cuisiner à la maison, etc. Après, évidemment, après sept ou huit mois, nous avons commencé à devenir agités et c’est là que nous nous sommes mis à faire des ébauches de petites idées pour The Catalyst.

A propos d’introspection, l’une des conséquences de la pandémie est qu’Henrik [Englund] a quitté le groupe. Il a déclaré qu’« après deux ans à la maison à cause du corona », il a « commencé à rêver de quelque chose de différent, quelque chose de plus important, et aussi de ne pas passer plus de temps loin de [ses] enfants. Pour plusieurs raisons [il a] aussi doucement arrêté d’apprécier la vie sur la route avec Amaranthe. » As-tu personnellement déjà eu ce genre d’inquiétude ? N’as-tu jamais été lassé par la vie sur la route ? Ton mode de vie a-t-il même déjà été remis en question en étant membre d’un groupe de grande renommée qui part régulièrement en tournée ?

Je dirais que c’est toujours un peu un challenge. Par exemple, nous étions récemment en tournée aux US. Tu es dans un fuseau horaire différent de celui de ta famille et de tes amis à la maison, et tu travailles beaucoup, vu que je gère pas mal tout l’administratif, à discuter avec l’équipe, à organiser beaucoup de choses, etc. Je deviens très occupé et je n’ai que peu d’heures durant lesquelles je suis éveillé en même temps que ma famille. Dans mon cas, ma femme joue dans un groupe allemand nommé Haggard qui est assez gros, donc elle comprend ce que c’est que d’être en tournée. Je pense qu’il n’est pas nécessaire que ça fonctionne ainsi dans une relation quand quelqu’un part en tournée, mais ça aide beaucoup. Maintenant, elle est très concentrée sur ses études et son monde universitaire, donc elle ne voyage plus autant, mais elle est quand même très occupée. Disons, par exemple, que je n’ai pas plus de quelques minutes par jour pour lui parler – de temps en temps, pas toujours –, elle comprend que ce n’est pas parce que je suis contrarié ou que je suis en train de courir à faire des trucs stupides, de faire la fête ou quoi que ce soit de ce genre. C’est juste la nature même de ce boulot quand on est sur la route, parfois on est extrêmement occupé, et parfois on a huit heures d’affilée durant lesquelles on ne fait rien.

Ceci dit, je ne crois pas que ç’ait jamais été une préoccupation majeure pour moi. C’est juste que tous les jobs ont leurs défis spécifiques. Quand je compare les hauts et les bas, pour moi ça ressemble à ça [il montre un grand écart entre ses deux mains, l’une est très haute et l’autre basse] : les hauts sont vraiment énormes, mais je sais que ce n’est pas pareil pour tout le monde et ce mode de vie, le fait d’être en tournée, de beaucoup voyager, de prendre l’avion tous les deux jours, ce n’est pas pour tout le monde. Je pense que beaucoup de gens pensent qu’ils adoreraient, mais au final, tous n’apprécieraient pas.

« Nous gardons un esprit ouvert. A la fois, il faut aussi s’imposer des limites très sévères, car, même si ça ne sonne pas très bien quand on le dit, c’est ce que font tous les grands groupes. »

Le remplacement d’Henrik, Mikael Sehlin, avait tourné avec vous en 2015. Était-ce une évidence de lui demander de rejoindre le groupe ou avez-vous envisagé d’autres chanteurs ?

Nous avions plusieurs idées différentes, mais nous nous sommes rendu compte que, pour trouver quelqu’un qui a à peu près le même âge que nous, qui a l’expérience professionnelle des grandes scènes comme celle du Wacken, qui n’est pas actuellement engagé dans un gros groupe, qui est un super growler et, surtout, qui est une bonne personne qui s’intègrerait bien au groupe… Il n’y a que très peu de personnes dans le monde qui pourront répondre à tous ces critères au niveau que nous souhaitions. Ce qui s’est passé en 2016 – ou peut-être était-ce en 2017 – est que Mikael a eu un enfant, donc il s’est un peu éloigné de l’industrie de la musique pendant quelques années. Au moment où nous devions entrer en studio pour enregistrer The Catalyst, nous n’avions toujours pas de chanteur attitré. Nous avions quelques idées de secours qui étaient vraiment très bonnes et que je garderai probablement secrètes pour toujours [petits rires], mais quand Mikael est réapparu sur Facebook et qu’il a commencé à y écrire – de manière complètement déconnectée du fait que nous étions en train d’enregistrer un album – qu’il voulait revenir dans l’industrie de la musique et travailler comme ingénieur de mixage pour des groupes, nous nous sommes dit que s’il avait le temps pour ça et qu’il voulait faire toutes ces choses, alors c’était le gars idéal pour nous, car nous savions comment ses growls sonnaient et nous le connaissions en tant que personne, car nous avions déjà passé un mois dans un tour bus ensemble – certes, il y a longtemps, mais on apprend beaucoup d’une personne quand on passe un mois entier dans un tour bus avec elle. Je lui ai donc écrit : « Mec, appelle-moi demain, parce que j’aimerais discuter de quelque chose avec toi. » Il m’a appelé le lendemain. Il était très excité car il savait exactement ce que j’allais lui demander [rires]. Il était là : « D’accord, Amaranthe n’a pas encore trouvé de chanteur, j’en suis un et Olof veut me parler. » Dès la première phrase que j’ai prononcée, il était très enthousiaste.

Comment le trio de chanteurs du groupe fonctionne-t-il maintenant ? Je veux dire, d’un côté ça fait six ans que Nils [Molin] est avec vous, donc je suppose que lui et Elize [Ryd] ont eu le temps d’être habitués l’un à l’autre. D’un autre côté, Mikael est tout frais, même s’il a chanté avec le groupe il y a quelques années… Comment se sont déroulées les interactions avec les trois cette fois-ci et comment s’est déroulée l’intégration de Mikael ?

Ça a été une courte et très intéressante aventure. Mikael n’est dans le groupe et n’a commencé à enregistrer l’album qu’il y a neuf ou huit mois, il a commencé à faire des concerts et à tourner avec le groupe il y a peut-être sept mois. Evidemment, c’est tout nouveau et tout frais pour nous. Lorsqu’il a fait son premier concert en Espagne, il avait regardé beaucoup de vidéos YouTube et avait déjà vu plusieurs fois le groupe en concert, il avait donc une bonne idée de ce qu’il était censé faire, mais il est clair qu’Henrik proposait plein de détails dont les deux autres chanteurs avaient l’habitude. Tout d’un coup, il y a une nouvelle personne qui bouge différemment et se tient dans des positions différentes, et lorsque tu as trois chanteurs, il y a une grande part de chorégraphie à prendre en compte, parce que si tu les jettes comme ça sur scène en leur disant de prendre les positions qu’ils veulent, ils vont se rentrer dedans à un moment ou un autre ! Mais il a rapidement attrapé le coup. Elize et Nils ont été très nets sur ce qu’ils voulaient, pas de manière dure mais de manière hyper claire. Au lieu de lui dire qu’il était le meilleur de tous les temps, ils lui disaient : « Nous avons besoin que tu fasses ci et ça » et il répondait qu’il allait y réfléchir. Je pense que c’est seulement après deux shows durant la saison des festivals estivaux qu’il a maîtrisé ça, car il apprend vite et n’a pas un gros ego. Il a juste besoin parfois de prendre un peu de recul pour comprendre ce qu’il doit faire et comment il doit le faire. Jusqu’à présent, tout s’est passé sans heurt. Evidemment, lorsque tu travailles avec trois aussi bons chanteurs, ils vont toujours avoir leurs opinions, ils vont toujours avoir cette… Ils sont un peu en compétition pour la même chose, mais la façon dont ce trio fonctionne est qu’ils visent tous un objectif commun, au lieu de viser leur propre objectif.

Le communiqué de presse indique qu’après avoir eu beaucoup de temps pour réfléchir mais aussi pour composer de la musique, tu as « adopté un nouvel état d’esprit créatif libéré ». Penses-tu que vous vous imposiez auparavant des limites créatives ? Je veux dire que je n’ai pas eu l’impression que le groupe se restreignait autant sur les albums précédents, alors quelles sont les barrières que vous avez fait tomber avec The Catalyst ?

Nous avons toujours été un groupe ayant un tas d’influences différentes. Nous avions déjà introduit plein d’éléments quand nous avons écrit les premières chansons en 2008, nous avions mis plein d’éléments qui ne vont pas normalement dans le metal et que certaines personnes pensaient ne vraiment pas devoir aller dans le metal, mais nous étions vraiment excités à l’idée de garder un esprit ouvert. Lorsque nous avons sorti notre premier single, « Hunger », des gens dans la scène metal ont commencé à être très conservateurs voire protecteurs, ils disaient : « Ok, c’est la fin du metal. Le metal est mort maintenant, Amaranthe l’a tué avec cette chanson » [rires]. Nous en rigolions et ne prenions pas ça très au sérieux à l’époque. Après les deux premiers albums, Elize et moi avons passé beaucoup de temps à essayer de réinventer le concept du groupe avec l’album Massive Addictive il y a dix ans – c’est un autre exemple de cette idée consistant à garder constamment un esprit ouvert.

A la fois, ce qu’il faut aussi faire, c’est s’imposer des limites très sévères, car, même si ça ne sonne pas très bien quand on le dit, c’est ce que font tous les grands groupes. Prenons l’exemple de Within Temptation ou de Nightwish, ils se développent et réinventent leur son constamment, mais sans partir dans une direction complètement différente, ils ne se détournent pas radicalement du chemin qu’ils sont censés emprunter, et ils le font très bien et avec succès. Nous travaillons un peu de la même manière. Amaranthe est connu pour ses trois chanteurs, des claviers électroniques, des chansons courtes, rapides et intenses, des refrains très accrocheurs, etc. Amaranthe est connu pour tous ces éléments et pour être un groupe très moderne. Ça implique de s’imposer des limites positives avec lesquelles on est à l’aise et on aime travailler, mais comme avec toutes les limites, c’est toujours amusant de les repousser un peu, de relâcher les contraintes et d’essayer de redéfinir ce qui pourrait entrer dans une chanson d’Amaranthe.

« Le plus difficile, au bout du compte, est de s’imposer des limites pour ne pas devenir complètement fou. C’est toujours plus facile de mettre plus d’influences, plus de longueurs, plus de détails, etc. La vraie difficulté est toujours de décider ce qui doit rester et ce qui ne doit pas rester. »

C’est arrivé assez tôt lorsque nous étions en train de travailler sur le premier single « Damnation Flame ». Nous n’avions jamais vraiment fait de chansons de metal symphonique à tempo élevé, car nous ne pensions pas être un groupe de metal symphonique et nous essayions de nous distinguer clairement de Nightwish, Within Temptation et ce genre de groupes – vu que nous avions une chanteuse, les gens pouvaient très souvent faire le lien, en se disant : « D’accord, c’est un groupe de metal symphonique. » Mais après six albums, en travaillant sur le septième, nous nous sommes dit que nous pouvions introduire certains de ces éléments et voir comment nous pouvions le faire de manière totalement différente d’un groupe comme Nightwish, par exemple. C’est venu spontanément. J’avais cette idée de riff d’ouverture pour « Damnation Flame », Elize a chanté un peu sur le morceau et je me suis dit : « Ouah, il faut que ça aille dans une direction symphonique. Ça va être vraiment intéressant. Voyons où ça nous mène. » Au lieu de dire : « Non, on ne devrait pas faire ça », nous nous sommes dit : « On a le temps maintenant d’essayer, donc voyons comment ça marche. » Ça a abouti à un album très varié et très honnête, parce qu’il présente une bonne partie de nos idées initiales.

Justement, comment avez-vous abordé cette couche orchestrale en plus du groupe de metal et des sons électroniques ? Je veux dire que ça fait beaucoup d’éléments avec lesquels jongler…

J’imagine qu’il s’agit de travailler avec l’inspiration que tu reçois et ensuite de prendre la décision : « Est-ce que ça a sa place ? » Je pense que pour Elize et moi, qui aimons plein de genres et de styles de musique – et c’est pareil pour tout le groupe –, il est facile d’être excité par quelque chose et de penser : « Ok, je devrais mettre ça aussi dans la chanson. » Mais heureusement, comme je l’ai mentionné plus tôt, nous avons une base très reconnaissable dans notre façon d’écrire nos chansons, donc si on arrange ça à la manière d’Amaranthe, ce sera toujours assez reconnaissable. A savoir si c’est difficile de jongler avec tous ces éléments, je pense que c’est plutôt l’inverse. Le plus difficile, au bout du compte, est de s’imposer des limites pour ne pas devenir complètement fou. Par exemple, j’adore écrire des chansons très longues, et avec mon autre groupe, Dragonland, nous avons écrit des chansons de quatorze minutes et j’ai eu beaucoup de plaisir à le faire, car ça laisse le temps de développer les thèmes et d’aller plus en profondeur dans la chanson, mais à chaque fois que j’ai essayé d’écrire une chanson plus longue avec Amaranthe, elle perdait un peu de son identité et de son intensité. Pour être honnête, je trouve que c’est toujours plus facile de mettre plus d’influences, plus de longueurs, plus de détails, etc. La vraie difficulté est toujours de décider ce qui doit rester et ce qui ne doit pas rester. Je pense aussi qu’au final, nous faisons toujours confiance à nos intuitions. Elize et moi avons l’habitude de dire que notre subconscient est presque comme un être extérieur qui nous dit où nous devons aller, et si nous faisons confiance à cette voix intérieure, elle nous mène généralement dans la bonne direction.

Le mélange de sons électroniques et de refrains pop hyper accrocheurs n’était pas très populaire dans la musique heavy lorsque vous avez formé le groupe et même avant. Considères-tu Amaranthe comme un précurseur et un pionnier ?

Peut-être, mais c’est très difficile pour moi de le dire, parce que j’ai toujours été à l’intérieur du système et, en tant que co-compositeur avec Elize, ce serait assez présomptueux si je disais que personne ne le faisait quand nous sommes arrivés avec ça et qu’il y a maintenant plein de groupes qui le font. Il peut y avoir – et il y a – un certain nombre de raisons qui l’expliquent. Je pense qu’on pouvait voir dès la fin des années 2000 que le genre se dirigeait un peu dans cette direction et nous n’étions pas les seuls à introduire des éléments pop dans nos chansons. C’était quelque chose qui se faisait déjà et nous avons rendu hommage à ces groupes. Je pourrais mentionner Sonic Syndicate, ils ont sorti des albums environ deux ans avant notre formation et même si les deux groupes ne sont pas vraiment semblables, il est facile de relever certaines similarités. Je n’écoutais pas vraiment Sonic Syndicate à l’époque, c’était plus une indication que le genre s’ouvrait l’esprit collectivement et qu’il s’orientait dans un tas de directions en même temps. Il y avait aussi beaucoup de nouveaux groupes qui étaient vraiment brutaux pour l’époque – Behemoth commençait à prendre de l’ampleur et Arch Enemy commençait vraiment à décoller, même si ça faisait un moment que le groupe existait.

Beaucoup de choses se passaient en même temps et nous nous rendions compte que nous étions vraiment à l’aise avec cette musique mélodique aux refrains très accrocheurs. Nous avions la sensation que c’était quelque chose de nécessaire pour la vitalité de la scène metal. Ensuite, quand nous avons pris de l’ampleur et rencontré un certain niveau de succès, d’autres groupes sont arrivés et, sans chercher à sonner comme Amaranthe, se sont dit : « D’accord, Amaranthe a des mélodies et de gros refrains, ça semble plutôt bien fonctionner pour eux, donc apparemment, on peut faire pareil. » C’est probablement la façon dont j’aborderais la question : je pense que nous faisions partie d’un mouvement qui a montré que la musique mélodique, accrocheuse et exaltante était possible dans la scène metal.

« La plupart des processus de changement sont une longue chaîne et séquence d’évènements, mais ce que j’aime à propos de ce concept de catalyseur, c’est qu’il y a généralement un déclencheur quelque part. Par exemple, le fait d’écouter Metallica à environ six ans en a été un pour moi. »

L’une des évolutions notables de cet album est l’accent mis sur le rôle de la guitare lead : cela fait-il partie du processus de « libération » que vous avez vécu avec The Catalyst ?

C’est une question très intéressante, je n’y avais même pas pensé. Oui, peut-être ! Ça fait partie de ces choses auxquelles j’essaie de ne pas trop réfléchir. On en revient au subconscient : la chanson va en quelque sorte me dire si, premièrement, elle veut ou a besoin d’un solo de guitare et, si c’est le cas, quel type de solo ce doit être et comment je devrais aborder sa composition. Plus que d’être une part d’un processus de libération, vu que ces chansons sont peut-être parmi les plus ouvertes d’esprit que nous avons jamais écrites – en tout cas, c’est le sentiment que j’en ai –, ça aura forcément une influence sur le type de solo de guitare qui ira dessus. L’exemple parfait est la chanson « Liberated ». Ce solo de guitare n’a pas mis longtemps à être composé et n’a pas nécessité beaucoup de réflexion. J’ai simplement fait défiler le morceau, lancé l’enregistrement, joué quelques prises et j’étais content du rendu. Il est assez technique, mais il est aussi un petit peu sale. Oui, il y a ce côté libérateur et c’est exactement ce dont la chanson m’a dit avoir besoin, et ça vaut pour tout l’album.

Tu as déclaré que l’album contenait de la musique folklorique irlandaise. Je ne suis pas sûre de les avoir entendues. Dans quelle chanson ça se trouve et comment en êtes-vous arrivés à avoir ce type d’influence inhabituel pour Amaranthe ?

La chanson dont je parle est « Breaking The Waves » et il n’est absolument pas évident qu’elle ait ce genre de… Malgré ce que j’ai pu dire auparavant, c’est probablement plus proche de la musique folklorique écossaise. Ceci dit, quand on pense à la musique folklorique écossaise, on pense à de la cornemuse, à des violons et à des mandolines, mais en fait, tout dépend de la façon dont on arrange les choses. Ce que nous avons fait sur « Breaking The Waves », c’est qu’Elize a trouvé une ligne de chant pour le couplet, et la façon dont elle le chantait – sans vouloir être trop technique – il m’a paru évident que je devais garder la même note de basse tout au long du couplet. Ce n’est pas quelque chose que l’on fait très souvent en musique, en général on veut changer les accords pour construire la chanson, à moins d’écrire une chanson de hip-hop ou quelque chose comme ça. La façon dont je l’ai abordée avec nos claviers très modernes, nos guitares électriques et tout le reste, a été de l’arranger exactement comme on l’aurait fait pour une chanson folk écossaise. C’était une inspiration majeure pour l’ensemble de la chanson, mais nous n’avons pas utilisé le moindre instrument écossais, donc ce n’est pas facile à entendre.

Ce que nous avons fait, pour rendre un petit hommage à ce style, c’est deux versions acoustiques de deux chansons de l’album, pour des bonus sur l’édition spéciale. L’une est « Insatiable » et l’autre « Breaking The Waves », et cette dernière a été arrangée comme si c’était une chanson folklorique écossaise. C’est pour montrer aux gens d’où vient l’inspiration et à quoi ça aurait ressemblé si nous avions écrit une chanson folklorique écossaise, parce que toutes les notes, tous les accords, tout est presque exactement comme dans la version de l’album, sauf qu’arrangé avec d’autres instruments de musique, ça sonne comme un tout autre genre musical. Nous avons fait la même chose avec « Insatiable » en version soft jazz latino, parce qu’il y a aussi un peu de ça ; c’est encore plus difficile à expliquer. Il faut écouter ces versions pour comprendre ce que nous essayons de dire avec. Nous avons travaillé avec un vrai joueur de cornemuse, ma femme a joué du flûtiau irlandais et des flûtes écossaises, j’ai joué de la guitare acoustique et des tambours. C’était très excitant de travailler là-dessus !

Sur le plan thématique, tu as déclaré que « parfois, il y a des moments décisifs dans sa vie, et ils peuvent tout changer. Il s’agit d’une prise de conscience. […] C’est un catalyseur qui nous réveille vraiment et nous fait dire : ‘Merde, qu’ai-je fait pendant tout ce temps ?’ » Te souviens-tu d’un tel moment catalyseur dans ta vie personnelle ou artistique ?

Tout à fait. Je pense que, si on y réfléchit un instant, tout le monde peut se souvenir quand il est entré dans un moment décisif de sa vie. Evidemment, la plupart des processus de changement sont une longue chaîne et séquence d’évènements, mais ce que j’aime à propos de ce concept de catalyseur, c’est qu’il y a généralement un déclencheur quelque part. Par exemple, le fait d’écouter Metallica à environ six ans en a été un pour moi. J’ai trouvé incroyable ce style de musique heavy que je n’avais jamais entendu avant. Dans ma tête, je me disais déjà qu’il fallait un jour que je monte un groupe. C’était la première étape. Par la suite, j’ai effectivement monté un groupe, ou plutôt j’en ai rejoint un, Dragonland, mais on connaît tous une période dans sa vie durant laquelle on doit choisir une direction. Je venais de terminer le lycée et je voulais vraiment faire de la musique, c’était sûr à cent pour cent, mais je me demandais si je devais aussi faire des études pour quelque chose de totalement différent ou si je devais juste me lancer à fond, tête baissée dans la musique.

« Nous sommes un groupe qui joue constamment sur les contrastes, entre ombre et lumière, heavy et pop, les growls et le chant d’Elize, etc., donc en creusant des sujets plus graves, ce que nous avons trouvé très intéressant était que nous pouvions quand même chanter et en parler d’une manière positive. »

Ce que j’ai fait, c’est que j’ai postulé pour une école de droit où j’ai été accepté. J’étais convaincu que j’allais jongler entre les deux, que j’allais écrire des chansons de heavy metal et aller en école de droit, j’étais sûr d’en être capable. C’était un grand projet, bien sûr, mais quelques semaines plus tard, nous sommes allés au Japon avec Dragonland. J’avais vingt ans à l’époque, c’était la première fois que j’allais à l’étranger et que je faisais un grand concert en tête d’affiche devant trois mille personnes. Je suis rentré à la maison et j’ai dit : « Au diable les études de droit ! Ce n’est pas ce que vais faire. Ceci est la chose la plus extraordinaire que j’ai jamais faite, c’est ma véritable vocation. Je vais définitivement m’engager à cent pour cent dans cette direction. » Je pourrais évidemment continuer en disant que le moment catalyseur suivant était ma rencontre avec Elize et le fait de commencer à écrire de la musique avec elle, puis la musique est sortie… Il y a tous ces moments durant lesquels une relativement petite chose se produit et conduit à un changement dans sa vie.

Le titre de l’album s’appuie aussi sur des thèmes tels que le changement climatique et la surconsommation. Le groupe semble avoir mûri et vouloir parler de sujets qui sont importants pour ses membres, en utilisant moins de métaphores. S’agit-il d’un changement radical dans la philosophie du groupe ou peut-être d’une suite logique de ce qui a été commencé avec Manifest il y a trois ans ?

C’est clairement une continuation de ce que nous avions amené avec Manifest. Nous sommes un groupe qui joue constamment sur les contrastes, entre ombre et lumière, heavy et pop, les growls et le chant d’Elize, etc., donc en creusant des sujets plus graves, ce que nous avons trouvé très intéressant était que nous pouvions quand même chanter et en parler d’une manière positive. Il est évident que le changement climatique n’a rien de positif, mais si tu y réfléchis plus d’une minute, il y a toutes ces réunions sur le sujet qui ne débouchent pas toujours sur de grandes choses, mais elles font réfléchir beaucoup de gens. On voit un tas de produits écologiques dans les magasins, et même si je suis tout à fait conscient que c’est loin d’être suffisant, on prend rarement le temps de se dire que ça a éveillé des pensées chez des milliards d’êtres humains. Tout le monde n’a pas la possibilité ou, disons, le luxe d’y penser parce qu’ils se battent pour survivre au quotidien, mais dans le monde occidental, avec le reste du monde, on s’est rallié à cette cause. Si tu ne trouves pas que c’est une belle chose, c’est que tu n’y penses probablement pas de la bonne façon, parce qu’on est confronté à quelque chose de vraiment terrible, mais ça a rassemblé les humains. Sans vouloir être trop philosophique, lorsqu’on est face à l’adversité, collectivement en tant qu’espèce, on a tendance à relever les défis d’une manière assez impressionnante.

Je pense que, même si tu prends le sujet le plus sombre, il peut toujours être transformé en contraste, appelons ça la lumière au bout du tunnel, et c’est un peu la façon dont nous abordons les paroles. C’est-à-dire qu’il n’y a rien de bon dans ces mauvaises choses qui arrivent, mais elles ont de bonnes conséquences, ce qui n’est pas pareil. Pour prendre un exemple concret, tu as « Insatiable » qui est une chanson qui parle littéralement de surconsommation et des conséquences qui en découlent. En même temps, si on n’écoute pas les paroles, on peut penser que c’est une chanson festive, qui parle de sortir le samedi soir et de s’amuser. C’est exactement le genre de truc cool que nous avons réalisé avec Manifest : on peut toujours faire ces chansons festives en leur donnant une thématique plus grave. Ça a toujours beaucoup de sens et ça apporte cette part intéressante de contraste et une nouvelle dimension.

Ce contraste, on le retrouve en effet dans les paroles, dans la musique et même dans les clips qui ont récemment été révélés, à la fois dans l’histoire et dans l’aspect visuel…

C’est sûr. L’une des raisons pour lesquelles nous adorons aborder ce genre de sujets est que, en tant que musicien, artiste et compositeur, ta vie est remplie du plus gros contraste imaginable. Ça vaut évidemment pour n’importe quel être humain, mais particulièrement pour nous, car ça peut aller de très intense – tu es en tournée, tu es constamment entouré de gens, c’est très bruyant, tu fais toi-même beaucoup de bruit quand tu es sur scène, etc. – à très calme quand tu rentres chez toi. Même si tu es avec ta famille, c’est le retour à la vie normale, tu n’obtiens aucun applaudissement lorsque tu fais des choses simples comme quand tu es sur scène ; ça peut te perturber un peu, quand personne n’est là pour t’applaudir parce que tu as fait la vaisselle – malheureusement, car ce serait sympa ! [Rires] Évidemment, nous sommes souvent confrontés à des contrastes dans notre vie quotidienne, ce qui est probablement l’une des raisons pour lesquelles nous trouvons qu’il est très intéressant d’aborder ces sujets ainsi.

« En tant que musicien, artiste et compositeur, ta vie est remplie du plus gros contraste imaginable. Ça peut aller de très intense à très calme quand tu rentres chez toi, où tu n’obtiens aucun applaudissement lorsque tu fais des choses simples comme quand tu es sur scène ; ça peut te perturber un peu, quand personne n’est là pour t’applaudir parce que tu as fait la vaisselle [rires]. »

A titre personnel, j’adore ces contrastes ; je trouve aussi que c’est très sain pour son cerveau. D’un point de vue professionnel, j’ai deux vies différentes. D’une part, je me pose souvent dans ce studio pour écrire de la musique, jouer des claviers et créer des choses, je m’occupe également beaucoup de l’administration du groupe et de l’envoi d’e-mails, ce genre de choses ennuyeuses. D’autre part, je pars en tournée, je monte sur scène et j’interprète la musique que j’ai passé beaucoup de temps à écrire. J’aime ces deux aspects. Peut-être que, d’une certaine manière, je me considère plus comme un compositeur que comme un artiste et un musicien, mais j’ai toujours voulu être un artiste et un musicien sur scène, j’adore ça, c’est vraiment un sentiment incroyable, mais ce qui est cool, c’est qu’il y a toujours ce va-et-vient entre les deux styles de travail, ce qui maintient l’intérêt. Je pense que ça se reflète aussi dans notre musique.

Chaque chanson parle du changement sous un angle différent. En fait, beaucoup de gens ont peur du changement, ça les stresse. Qu’en est-il pour toi ? Es-tu du genre à accepter le changement ou à être optimiste à son sujet ?

Je dirais que dans quatre-vingt-dix-neuf pour cent des cas, le changement fait peur. Même si tu le vois totalement comme étant positif, la conséquence de ce changement va quand même t’effrayer. C’est comme ça qu’on fonctionne en tant qu’êtres humains et en tant qu’espèce : quand il y a un quelconque changement, on se méfie. Quand quelqu’un avec une couleur de peau différente arrive dans le quartier et que ça provoque un changement, les gens se méfient. C’est vraiment stupide, mais au bout du compte, on est programmés pour penser ainsi, car durant les dix ou cent mille dernières années, il a été très difficile de survivre en tant qu’être humain et quand tu atteignais l’âge de trente ans, tu faisais partie de la minorité qui a bien vécu. Ton cerveau te dit donc : « Peu importe ce que tu fais, ne le change pas parce que ça semble fonctionner ! » Il s’agit essentiellement d’une stratégie de survie du cerveau primaire, maintenant qu’on essaye de s’adapter à cette société infiniment complexe, avec des villes de millions de personnes. Il nous sera toujours difficile de faire face à ce genre de choses, car on faisait également partie d’une tribu. Disons que tu vas au bureau pour travailler, que vous êtes trente personnes dans ce bureau et qu’un jour tu décides de démissionner, parce que tu peux avoir un meilleur salaire ailleurs ou un travail plus sympa. Tout d’un coup ta tribu entière change et bien que ça peut t’enthousiasmer et te rendre optimiste, ton cerveau pensera toujours que c’est effrayant.

Je suis à cent pour cent pareil. A chaque fois que quelque chose change dans le groupe… Juste pour prendre un exemple concret, quand Henrik est parti, ce genre de choses n’est pas facile à gérer ; pour être tout à fait honnête, c’est même très difficile à gérer. Je pense que ça vaut pour tout être humain. C’est aussi le fait que lorsque tu as construit quelque chose comme Amaranthe, par exemple, comme nous l’avons fait pendant les quinze dernières années, tu as toujours peur qu’un changement puisse l’emmener dans une direction que tu n’aimes plus, que ça détruise le groupe, que quelque chose parte à vau-l’eau… Ça peut être vraiment effrayant. A la fois, pour citer Yoda, tu devrais entraîner ton esprit à lâcher prise. Ce n’est pas simple et je ne dis pas du tout que je suis doué pour ça, parce que je ne le suis probablement pas, mais c’est quelque chose dont j’essaie d’être conscient, auquel j’essaie de souvent penser : « D’accord, il y a ce grand changement qui arrive, mais jusqu’à présent, chaque changement que nous avons eu s’est transformé en quelque chose de très bon. » C’est pareil dans ma vie personnelle : des relations se sont terminées, mais ma femme est arrivée à la place, ce qui a été un changement fantastique pour le meilleur, puis nous nous sommes mariés et tout le reste. C’est pourquoi j’ai trouvé que le changement et les moments décisifs où celui-ci se déclenche étaient un sujet si intéressant à traiter dans The Catalyst.

L’album se termine par la reprise de « Fading Like A Flower » de Roxette. Qu’est-ce que ce groupe, et peut-être cette chanson en particulier, représente pour toi et qu’est-ce qui t’a donné envie de la reprendre ?

Tout d’abord, Roxette est évidemment un groupe que tous les Suédois ont beaucoup entendu dans les années 80. Cette chanson en particulier passait sur toutes les radios et ma sœur l’écoutait sur cassette à l’époque, tout comme ABBA, Ace Of Base ou E-Type ; ça fait partie de l’ADN suédois d’être exposé à toute cette musique suédoise ayant ce type de sensibilité. Elize et moi, en tant que compositeurs, avons toujours été inspirés par Roxette. Nous ne nous disons pas forcément : « Inspirons-nous de telle chanson », mais ça fait partie de notre colonne vertébrale, de notre ADN. A l’époque où nous voyagions pour tourner les vidéos de Manifest, comme nous ne pouvions pas prendre l’avion, nous avons passé beaucoup de temps à rouler en van. A ce moment-là, le groupe discutait beaucoup du fait qu’il serait intéressant d’aller en studio, non pas pour enregistrer un nouvel album, mais pour enregistrer quelques reprises ici et là. Nous avons donc commencé à lancer des idées de chansons. Finalement, nous ne l’avons pas fait, car à la place, nous avons commencé à travailler sur le nouvel album. L’une des suggestions de plusieurs membres du groupe était « Fading Like A Flower ». Ce n’était même pas ma propre suggestion, mais j’ai tout de suite été enthousiaste, car je trouve que c’est vraiment une super chanson.

« Dans quatre-vingt-dix-neuf pour cent des cas, le changement fait peur. Même si tu le vois totalement comme étant positif, la conséquence de ce changement va quand même t’effrayer. Ton cerveau te dit : ‘Peu importe ce que tu fais, ne le change pas parce que ça semble fonctionner !’ Il s’agit essentiellement d’une stratégie de survie du cerveau primaire. »

Elle rappelle aussi l’approche d’écriture d’Amaranthe parce qu’elle a des parties plus sombres dans sa première moitié et ensuite, on arrive sur un refrain très exaltant. Au moment où j’ai écrit l’album avec Elize, nous n’avions même pas décidé que nous allions y mettre « Fading Like A Flower », mais si l’on compare cette chanson et « The Catalyst », je peux voir qu’il y a beaucoup de similitudes dans la façon de penser, même si c’est assez différent en termes de composition. C’est aussi sympa de rendre hommage à un groupe qui vient de la petite Suède ; ils viennent de trois kilomètres au sud d’ici, à Halmstad, une toute petite ville que personne ne connaît. Ils sont allés jusqu’à New York, leur musique est présente dans le film Pretty Woman… Dès cette époque, ils nous ont montré que c’était possible de chanter en anglais, de faire des chansons qui déchirent et de devenir une popstar ! C’est cool de leur rendre hommage pour ça.

La sortie de l’album coïncide avec le début de votre tournée en double tête d’affiche avec Dragonforce en Europe. Est-ce compliqué de gérer la promotion et l’organisation d’une grande tournée comme celle-ci en même temps ? Qu’est-ce qui est différent à propos d’une tournée en double tête d’affiche ?

Évidemment, il y a beaucoup de travail, comme faire de la promotion et parler à des gens sympas comme toi. Dans le même temps, demain, je vais me poser pour faire une intro pour le show. Il y a donc un peu de va-et-vient entre différentes choses, mais comme je l’ai dit plus tôt, c’est ainsi que j’aime que ça se passe. Je dois aussi souligner que nous travaillons avec des gens fantastiques, comme Nuclear Blast, qui organisent le planning de la promotion. Je trouve qu’ils font du super boulot en organisant tout pour que ce soit le bon type d’interviews et qu’elles aient lieu quand elles doivent avoir lieu. Je leur donne plusieurs heures de disponibilité et je n’ai pas besoin de planifier les choses pour penser à parler aux journalistes. Pour la tournée, c’est pareil, nous avons un super management et un tour manager qui s’occupe de tout le travail préparatoire. C’est un peu un travail ennuyeux, mais ça peut être intéressant de parler de ce qui se passe en coulisses, parce que pour qu’une tournée comme celle avec Amaranthe et Dragonforce ait lieu, c’est évidemment beaucoup de travail et si les choses tournent mal, il y aura toujours quelqu’un à blâmer et c’est vraiment bien d’être à l’abri des reproches, de savoir que ce n’est pas soi qui a organisé tout ça.

Pour faire court, nous travaillons avec des gens vraiment fantastiques et ça va être très excitant de faire cette tournée. Nous l’avons en quelque sorte déjà faite aux Etats-Unis, sauf que, comme tu l’as mentionné, c’est une tournée en co-tête d’affiche, ce qui veut dire que nous jouons des setlists égales et que nous passons derniers sur des soirées différentes dans diverses parties de l’Europe, un peu en fonction du succès du groupe [à un endroit donné], c’est un peu difficile à dire. Dragonforce est légendaire grâce à Guitar Hero et il a sorti six albums depuis cette époque, mais il y a quand même des régions en Europe où nous sommes très populaires, donc nous allons clore les concerts là-bas par exemple. En ce qui concerne l’ambition générale de cette tournée en double tête d’affiche, lorsque nous étions partis en tournée avec Dragonforce, ils mettaient leur matériel sur scène et nous devions nous contenter de l’espace restant, ce qui est tout à fait normal car ils étaient la tête d’affiche, mais maintenant que nous sommes en co-tête d’affiche, nous nous laissons mutuellement des scènes vides et nous faisons nos productions respective, la nôtre étant de loin la plus ambitieuse que nous ayons jamais faite pour un concert d’Amaranthe, donc ce sera vraiment excitant aussi !

Tu as mentionné plusieurs fois Dragonland, le groupe dans lequel tu joues également de la guitare. Dragonland a sorti un album en octobre 2022 – le premier en onze ans – et est parti en tournée pour quelques dates en 2023, mais avec Stuart Docherty comme remplaçant ; dirais-tu que ça s’est produit pour des raisons pratiques et à cause de l’énorme quantité de travail qu’exige Amaranthe ? Dirais-tu que tu dois donner la priorité à Amaranthe, qui prend de plus en plus d’ampleur au fil des ans ?

Oui, c’est la conséquence malheureuse et c’est aussi une conversation que nous avons eue avec les gars de Dragonland à l’époque, il y a déjà quinze ans, parce qu’ils avaient d’autres boulots à côté. Par exemple, Elias [Holmlid], mon partenaire de composition et claviériste, travaille chez EA, la société de jeux vidéo, et il fait un travail formidable pour eux, donc c’est un super boulot et je comprends tout à fait que c’est la direction qu’il veut prendre, parce que c’est ce que son cœur lui dicte. Personnellement, je ne voulais pas avoir un groupe à côté et un autre travail principal, je voulais faire de la musique à plein temps, alors j’ai continué à essayer de voir comment franchir cette étape, parce que ce n’est bien sûr pas la plus facile à franchir. Tu dois écrire de la bonne musique et les gens doivent l’aimer, ce qui est la partie difficile [rires]. Nous avons donc commencé Amaranthe en 2008 et relativement tôt, dès les deux premières années, nous pouvions voir que le groupe allait dans la bonne direction. Il prenait déjà de l’ampleur avant même la sortie du premier album.

« J’ai commencé à prendre des cours de violon à l’âge de douze ou treize ans, ce qui est malheureusement un peu trop tard si on veut devenir violoniste professionnel. J’ai investi beaucoup de temps pour essayer de compenser le fait que j’avais commencé si tard. »

Nous avons eu une autre discussion [avec Dragonland] et j’ai dit que si tout se passait bien, je n’aurais probablement plus beaucoup de temps pour jouer et travailler eux. J’ai aussi été très clair sur le fait que, quelle que soit la durée pendant laquelle je serais autorisé à rester dans le groupe, [je resterais]. Après toutes ces années, nous sommes tous de très bons amis et ils ont dit : « Non, mec, ne t’inquiète pas pour ça, quelle que soit la forme sous laquelle tu pourras contribuer au groupe, nous serons ravis que tu joues sur les albums – ce qui est ce qui me prend le moins de temps – et si tu veux écrire de la musique, tu es le bienvenu. » Il leur a fallu un peu de temps pour trouver un remplaçant plus permanent. Comme j’étais pas mal impliqué dans Amaranthe, j’ai fait mon dernier concert avec eux peut-être en 2016 ou 2017 ; ça collait bien avec mon emploi du temps, donc j’ai pu aller jouer au Prog Power aux États-Unis (en 2015, NDLR), et c’était très amusant. En ce qui me concerne, pour les concerts, Doc est le guitariste principal par rapport à moi, mais je lui ai aussi parlé du fait que si je voulais faire un concert à un moment donné, je serais autorisé à le faire. Il s’agit juste de voir ce qui se passera.

Dragonland est un groupe de power metal, qui est un genre de metal différent d’Amaranthe ; en tant que guitariste et claviériste, est-ce stimulant de jouer des styles aussi divers ? Tu as parlé de chansons de quatorze minutes, qu’est-ce que ça t’apporte de jouer des styles aussi différents ?

Ça rend les choses très intéressantes, car il y a évidemment des similitudes dans le sens où la musique de Dragonland est très mélodique, accrocheuse et à la fois heavy, contrastée, etc. En même temps, on me demande parfois s’il y a des idées que j’ai initialement écrites pour Dragonland et qui ont fini plus tard dans Amaranthe, et ce n’est absolument pas le cas. Quand je commence à travailler sur un projet, que ce soit un album d’Amarante ou de Dragonland, si j’écris quelque chose, ce sera écrit pour une formation de musiciens très spécifique, pour un objectif très spécifique et pour un type de dynamique très spécifique lié au groupe. Un bon exemple est que la même année où nous avons sorti le premier album d’Amaranthe, nous avons aussi sorti l’avant-dernier album de Dragonland ; il s’agissait d’un concept fantastique, j’ai donc écrit une histoire qui m’enthousiasmait beaucoup, plus du point de vue d’un auteur que d’un musicien, puis nous avons pris toutes ces idées narratives et Elias et moi les avons progressivement transformées en chansons. Plus tard, j’ai travaillé sur le livret du disque et sur de petites parties de la pochette. Nous avons aussi eu des invités extraordinaires qui se sont joints à nous sur l’album. J’écoute encore cet album de temps en temps et je le considère toujours comme l’un des moments dont je suis le plus fier dans ma carrière, parce qu’il a nécessité énormément de travail, et même s’il n’a pas eu la même exposition qu’un album d’Amaranthe, ça n’a pas vraiment d’importance pour moi, parce que je peux toujours revenir à cet album et en être très fier. Assez souvent, lorsque je donnais des concerts avec Amaranthe, des gens venaient me dire : « Cet album a beaucoup compté pour moi et j’aime beaucoup l’écouter. » Il remplit donc parfaitement son rôle. C’est ce que je fais pour tous mes projets, je me demande : « En quoi ceci est différent des autres choses que je fais et comment veux-je transmettre ces émotions et ces idées en musique ? »

Tu as également joué du violon dans Dragonland. Quelle est ton histoire avec cet instrument ?

Peu de personnes le savent, en fait ! [Rires] Pour faire court, ma sœur a commencé à jouer du violon à l’âge de cinq ou six ans et je voulais faire exactement pareil parce que j’aimais vraiment l’idée de cet instrument, il est très beau. Ma sœur a galéré avec le violon parce que ce n’est pas comme au piano où on peut avoir six ans, s’asseoir devant, appuyer sur différentes touches et ça va bien sonner. Le violon va sonner horriblement mal pendant les premières années de pratique jusqu’à ce que ça commence à sonner un petit peu mieux. Ma sœur pleurait, elle détestait ça. Je demandais à mes parents : « Puis-je jouer du violon ? » Et ils disaient : « Non, regarde ta sœur, c’est la pire chose qu’elle ait jamais faite ! » [Rires] Je n’ai pas vraiment pu jouer du violon, ce qui était triste. Quand je me suis mis à jouer de la guitare plus sérieusement, disons à l’âge de douze ans, quelque chose comme ça, je m’entraînais beaucoup et je pense que ça a montré à mes parents que j’étais très sérieux vis-à-vis de la musique. Je lisais beaucoup de théorie musicale, ce n’était pas juste un truc amusant pour un adolescent ou un enfant, c’était quelque chose que je voulais vraiment faire. J’ai donc pu commencer à prendre des cours de violon à l’âge de douze ou treize ans, ce qui est malheureusement un peu trop tard si on veut devenir violoniste professionnel, mais on peut quand même devenir très bon – et je ne dis pas que je le suis, mais j’ai investi beaucoup de temps pour essayer de compenser le fait que j’avais commencé si tard. Sans entrer dans les détails, c’est lié au fait que le corps doit grandir avec l’instrument, il faut y consacrer de très nombreuses heures de pratique. J’ai continué à m’entraîner. Je ne joue plus autant, mais c’est quelque chose que j’aime toujours faire. J’ai mentionné le concert au Prog Power : c’était la première et la seule fois où joué du violon sur scène. C’était une sensation incroyable. Mais c’est surtout quelque chose que je fais pour mon propre plaisir. Je sors des partitions de Mozart ou de Vivaldi et je joue comme on lirait un livre.

Interview réalisée par téléphone le 17 janvier 2024 par Mathilde Beylacq.
Retranscription & traduction : Mathilde Beylacq.

Site officiel d’Amaranthe : www.amaranthe.se

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