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Interview   

Angra : la douleur et le bonheur


Finalement, les douleurs, physiques comme émotionnelles, ne nous rendent-elles pas plus vivants ? En posant cette question, on est en effet au cœur du nouvel album d’Angra, Cycles Of Pain, qui dans ses textes, comme son titre le laisse entendre, parle de la douleur et, surtout, de sa cyclicité, de son caractère intrinsèque à la condition humaine, et dans sa musique, n’a jamais sonné aussi riche et vivant. Rafael Bittencourt, dernier rescapé du line-up d’origine, l’avoue : avec la pandémie, il a eu des doutes sur Angra. C’est finalement quelque chose d’essentiel qui a fini par le porter, et qui rapproche l’Angra d’aujourd’hui à celui d’Angels Cry trente ans en arrière : l’amitié avec les membres de son groupe. « Il y a la joie d’être dans un groupe et d’être vivant en tant que tel », reconnaît-il dans l’entretien qui suit.

Toujours aussi introspectif, commençant par s’émerveiller du t-shirt estampillé Rush de son interlocuteur – « C’est probablement mon groupe préféré de tous les temps ! J’ai commencé à aimer quand j’étais jeune et le premier album que j’ai entendu d’eux était justement Fly By Night » –, Rafael nous parle de ce nouvel opus, aboutissement selon lui des dix dernières années de maturation du line-up actuel d’Angra et fruit d’une vision créative qui n’a cessé de s’enrichir avec les années. Il n’en oublie pas pour autant le regretté Andre Matos et son compère six-cordiste Kiko Loureiro avec qui il est toujours en lien, et opère avec nous une plongée dans ce qui a construit l’essence d’Angra.

« J’ai beaucoup appris d’Andre Matos, de sa façon d’écrire des chansons, de son comportement sur scène, de la personne qu’il était, de sa façon d’observer les choses et de les transformer en idées… J’ai donc ressenti un énorme vide, une part de moi était partie. »

Radio Metal : Tu as déclaré que « lors des cinq dernières années, [vous] av[ez] vécu beaucoup de douleurs, de défis, de frustrations, de gloires et de succès sur des montagnes russes d’émotions qui se sont transformées en un immense chaudron de thèmes et d’inspiration ». La musique est-elle devenue une nécessité à un moment donné pour traiter toutes ces émotions ?

Rafael Bittencourt (guitare) : Oui. D’ailleurs, il y a un contrepoids très important dans l’album, car malgré le fait que nous avions très envie d’exprimer des thèmes, des pensées et des émotions négatifs liés à la pandémie et à ces dernières années, à des douleurs personnelles, etc., nous étions tellement contents d’être là en train d’écrire des chansons, d’avoir la chance d’être ensemble, d’être de nouveau un groupe que nous étions extrêmement excités, et je trouve que la musique fait ressortir toute cette excitation. Ensuite, nous pouvions davantage exprimer ces émotions dans les textes. Souvent, tout ceci se fait inconsciemment, ce n’est pas quelque chose que nous préconcevons ; avant l’album, nous ne nous mettons pas à réfléchir à ce qu’il sera. C’est généralement quelque chose de très naturel et c’est après coup qu’on voit quelles sont les conséquences de cette énorme mixture de sons et de mots. C’est donc une fois l’album terminé que nous avons réalisé qu’il y avait un fil rouge dans les textes, que la douleur était très présente, mais aussi l’idée d’un nouveau cycle qui démarre pour les gens après une longue et douloureuse période. Ça parle bien plus des cycles et de la cyclicité de la douleur dans la vie que de la douleur elle-même.

Durant cette période, tu as perdu ton père et Andre Matos, qui était l’un des membres fondateurs d’Angra, et puis la mort était partout autour de nous durant la pandémie. Tu as déclaré avoir été « isolé, tourmenté, à devoir affronter au quotidien l’ombre de la maladie et de la mort ». Comment est-ce que ce contexte où la mort était omniprésente t’a affecté personnellement ?

C’est seulement au travers de la mort d’une personne qu’on peut mesurer l’espace qu’elle prenait dans sa vie, dans ses émotions, dans son esprit, dans son âme. C’est donc très dur de mesurer la profondeur d’une relation avant la disparition de la personne. Il y avait donc un énorme vide. J’étais en train de faire le deuil de mon père quand Andre est décédé, donc j’étais à fleur de peau. J’ai pris conscience qu’il prenait plus de place dans ma vie que je ne le pensais. Il a été très important pour ma carrière, en l’occurrence. Nous avons fondé Angra ensemble. Il était en contact avec JVC au Japon et des gens en Europe, des partenaires et des contacts que j’ai encore aujourd’hui. Il était donc extrêmement important pour moi. J’ai beaucoup appris de lui, de sa façon d’écrire des chansons, de son comportement sur scène, de la personne qu’il était, de sa façon d’observer les choses et de les transformer en idées… J’ai donc ressenti un énorme vide, une part de moi était partie.

Je sais que dans la culture brésilienne, la spiritualité est très importante. Est-ce que ça t’a aidé d’une façon ou d’une autre ?

Oui, certainement. Surtout durant le deuil, la spiritualité apparaît comme un besoin très important. Je n’ai pas de religion spécifique, mais j’ai une grande admiration pour le mystère de la vie. La mort est difficile à comprendre. C’est tellement étrange de se réveiller dans la réalité, et celle-ci semble tellement vraie et tellement… réelle ! Si bien que la mort apporte un énorme doute sur celle-ci. Comment peut-on mettre son esprit en sommeil pour l’éternité et comment notre corps peut-il pourrir juste comme ça ? Donc oui, la spiritualité a toujours été quelque chose de très présent chez moi.

« J’ai une grande admiration pour le mystère de la vie. La mort est difficile à comprendre. C’est tellement étrange de se réveiller dans la réalité, et celle-ci semble tellement vraie et tellement… réelle ! Si bien que la mort apporte un énorme doute sur celle-ci. »

Le dossier de presse mentionne le fait que « l’avenir du groupe semblait une nouvelle fois loin d’être acquis ». Y a-t-il eu des moments où vous avez vraiment pensé que la pandémie et les conséquences qu’elle a eues sur l’industrie musicale impliqueraient la fin d’Angra ?

Oui, j’y ai souvent pensé, car je ne savais pas ce qui allait se passer avec les concerts et tout ce qui est lié au divertissement. Tout le monde était plongé dans un grand doute. Je ne voulais pas qu’Angra s’arrête, donc j’ai pris un peu de temps durant la pandémie pour que nous nous organisions côté business. Ce n’est pas encore terminé, nous devons nous organiser encore mieux. C’était difficile d’être créatif, car généralement, nous créons quand nous sommes physiquement ensemble. Nous faisions des réunions via Google Meet ou Zoom, mais ce n’est pas pareil, car quand tu as une réunion d’une heure, tu ne perds pas de temps. Il y a des sujets importants à traiter et c’est tout. Nous n’avions pas ces conversations aléatoires qui se produisent quand on est proches les uns des autres et qui font souvent émerger des idées et des éclairages. C’était plus : « On a une heure à ce moment-là, parlons de ci et de ça, organisons ceci et cela. » C’était plus direct, et ensuite, nous retournions à notre solitude. Je me suis dit que l’industrie allait mettre du temps à s’en remettre, mais beaucoup de gens parlaient du métavers et d’autres choses se passaient durant la pandémie ; beaucoup de gens parlaient de prestations live sur internet. Il fallait s’organiser pour pouvoir faire des concerts. Nous avons donc essayé de nous adapter, mais pour le groupe, ça n’a été bon que pour l’organisation de la partie business. Sur le plan créatif, ça été un frein.

Cycles Of Pain est donc né de tout ceci. Certains artistes nous disent qu’ils ne sont pas capables d’écrire quand ils sont tristes et déprimés. Est-ce, au contraire, un carburant pour toi ou bien te concentrais-tu sur le positif, le contrepoids dont tu parlais plus tôt ?

Personnellement, j’aime écrire de la musique quand je suis triste, quand je suis content. J’aime m’exprimer à tout moment. Je n’ai pas de problème créatif à cet égard. Mais quand nous en venons à créer quelque chose collectivement, dans un groupe, j’ai besoin d’une bonne atmosphère, d’un bon feeling, de liens, de l’humeur de tous, etc. C’est important pour moi. Je crée en fonction de mes émotions. Si je suis triste, j’écris une chanson triste ou alors une chanson joyeuse pour me rendre joyeux. Si je suis trop joyeux et excité, parfois je peux écrire une chanson mélancolique pour trouver une forme d’équilibre quand je me trouve trop hystérique. Mais collectivement, la musique doit créer en lien entre nous tous, et pour que ça se produise, il faut une bonne chaîne de relations entre tous, ce qui implique respect, admiration et amitié, il faut se sentir bien, ne pas être trop fatigué, etc. Tout ceci fait une bien plus grande différence quand vous travaillez collectivement que ton état d’esprit ou tes émotions. Quand on crée au sein d’un groupe, on a tous une humeur différente, l’un est préoccupé par ce qui se passe chez lui, un autre est content et excité pour des raisons personnelles, un autre est un peu triste… C’est normal d’avoir différentes humeurs au sein d’un groupe, et ça ne fera aucune différence car la créativité que l’on mettra dans la musique et dans les idées sera le résultat du tout. Créer des liens est le plus important.

Tu dis que parfois, quand tu es triste, tu écris une chanson joyeuse pour te rendre joyeux. Est-ce que ça fonctionne vraiment ?

Oh oui ! La musique transforme. Je crois que la musique et l’art en général fonctionnent comme un tour de magie. Le magicien doit mettre le public dans une certaine humeur ou attente, ou susciter la curiosité chez lui, puis il le surprend. La musique, c’est un peu pareil. Je veux transformer une humeur particulière, donc j’ai besoin d’un point A et d’un point B. Si je suis triste et que je veux écrire une chanson pour me rendre heureux, ça veut dire que je sais comment l’auditeur se sentira, car c’est ce que je ressens, donc j’essaye de me connecter à ce sentiment et ensuite, j’essaye de le transformer en autre chose. Il faut que je guide l’auditeur dans la transformation de cette humeur. Ce n’est donc pas un problème, et ce n’est pas forcément ce qui me rendra heureux pile à cet instant, mais je me dis que ça peut aider quelqu’un à se sentir heureux. Et si l’idée est belle, évidement, je serai plus heureux, car la musique me sauve constamment. Quand je trouve une belle idée, je suis tout de suite content, car la musique et le fait de dominer le son, les accords, la puissance et leur combinaison sont ce qu’il y a de plus important dans ma vie. Je suis toujours enchanté par l’univers majestueux et infini de la musique.

« La douleur elle-même fait partie de la condition humaine. On naît et la première fois que l’air rentre dans nos poumons, ça fait mal et on pleure. La respiration est notre premier traumatisme. Notre mère est déchirée par la douleur à cause de notre naissance. Et malgré tout, ça reste le moment le plus magique dans la vie. C’est un miracle qui commence par la douleur. »

Tu as évoqué l’idée du cycle de la douleur : dirais-tu qu’à la manière de l’histoire qui se répète, le cycle de la douleur fait partie de la condition humaine ?

Oui, c’est sûr. La douleur elle-même fait partie de la condition humaine. On naît et la première fois que l’air rentre dans nos poumons, ça fait mal et on pleure. La respiration est notre premier traumatisme. Notre mère est déchirée par la douleur à cause de notre naissance. Et malgré tout, ça reste le moment le plus magique dans la vie. C’est un miracle qui commence par la douleur. Et ça ne s’arrête jamais. On a un cerveau qui évite la douleur, on recherche le confort, le plaisir et la joie, mais au final, on affronte la douleur, qui est une chose naturelle, et on est façonné par celle-ci. Après de nombreuses années, on devient une conséquence de nos épreuves, de nos frustrations, de la façon dont on a géré la douleur et la souffrance émotionnelle. Nous sommes une conséquence de la douleur, pas du plaisir.

D’un autre côté, n’est-ce pas la douleur qui nous fait chérir encore plus la vie ?

Oui, aussi ! Surtout la douleur émotionnelle, elle nous fait chérir la vie en général, elle change nos points de vue, elle nous rend plus matures, etc. Et l’autre chose est que je vois de nos jours de nombreux jeunes avoir beaucoup de mal à gérer la douleur émotionnelle. Ils sont souvent angoissés ou anxieux, et ils cherchent des médicaments, comme si c’était nouveau. C’est donc aussi un message pour les jeunes générations : la douleur est quelque chose de naturel. Ce n’est pas quelque chose qu’on évite, on doit s’y préparer. Ce n’est pas qu’on recherche la douleur, mais il faut y être préparé parce que ça va arriver. C’est comme la chanson d’ouverture « Ride Into The Storm » : la tempête va arriver, quelque chose qui échappe à notre contrôle, qu’on ne peut pas à cent pour cent prévoir et qui va probablement bousiller nos plans. Donc il faut être prêt pour la frustration, la réalité qui va à l’encontre de ses attentes, etc. parce que ceux qui ne le sont pas sont ceux qui souffriront.

Tu dis que la douleur nous façonne et qu’elle fait partie intégrante de notre processus de croissance. Les douleurs t’ont-elles aussi façonné en tant que musicien ?

Oui, elles me façonnent constamment. Quand j’étais adolescent et que j’ai commencé à écrire de la musique, je souffrais de tout ! J’étais très mélancolique, mais je n’ai jamais eu de tendance à la dépression. Evidemment, j’ai connu quelques moments de dépression à cause de la vie qui a essayé de m’en faire baver, mais j’étais toujours très mélancolique à cause d’une peine de cœur, parce qu’une fille ne m’aimait pas, etc. Ce genre de choses me touchait toujours énormément. Puis, avec l’âge, je me suis rendu compte que ces trucs aléatoires étaient normaux, donc tu t’y habitues, tu apprends à les gérer, etc. Et ça vaut pour tout. Mais il y a toujours la perte de quelqu’un qu’on aime. Tu deviens de plus en plus fort au fil de la vie, tu apprends à gérer la douleur, mais quand tu perds une personne qui t’est très chère, comme un membre de ta famille – je ne peux pas imaginer la perte d’un enfant, je ne veux même pas y penser… Quand il s’agit de la mort, la douleur échappe à notre contrôle. Courir après une personne qu’on aime mais qui ne nous aime pas, c’est un choix. Essayer de trouver quelqu’un qui a un minimum d’affinités avec soi et d’avoir plus de chances d’être aimé en retour, c’est un choix. Il s’agit d’apprendre ou d’être vigilant. Alors qu’avec la mort, ce n’est pas un choix et on n’apprend pas. On n’a aucun contrôle là-dessus. Quand la douleur vient du destin, là il faut y être préparé, car ça va arriver aussi.

« Je veux que les gens nous voient comme un groupe. Je ne veux pas qu’ils me voient comme étant le centre. Je ne suis le centre de rien. Je ne fais que rendre les choses possibles. »

Cycles Of Pain est un album assez varié, très riche et plein de couleurs. J’imagine que c’est parce que de nombreuses émotions sont allées dedans et que chacun y a contribué, comme tu l’as dit tout à l’heure, mais penses-tu aussi qu’en réaction à la mort et à ce que tu as vécu, tu as créé – consciemment ou pas – une musique encore plus vivante, qui vit et respire ?

C’est bien possible. Il y a ça et le fait que nous nous sentions vraiment vivants en tant que groupe. Nous nous sentions très en phase. Une chose qui s’est produite durant la pandémie était que j’ai commencé à filtrer les gens dans ma vie. Après presque deux années de solitude, à rester chez soi, les gens se sont retrouvés et je me suis rendu compte qu’ils commençaient à mieux choisir leurs fréquentations. « Qui me manque ? » « De qui ai-je vraiment envie d’être proche ? » Et j’ai eu un doute par rapport à Angra. Non seulement je n’avais pas ressenti de manque, mais en plus, juste avant la pandémie, nous avions terminé la tournée et nous avions vécu plein de situations stressantes. Je ne savais pas si tout ce stress allait revenir et je ne voulais plus le revivre. Puis quand nous avons recommencé à tourner ensemble, nous étions tous en phase pour dire que nous voulions une relation plus légère entre tous et nous chérissions le fait d’être ensemble. Ce sentiment de bonheur d’être ensemble est apparu et je crois que c’était le secret. Le fait de se sentir bien ensemble et de prendre sincèrement son collègue dans ses bras, ça a fait une énorme différence. Il n’y a donc pas eu que la douleur, il y avait aussi du bonheur. C’est pourquoi je dis que l’album est un contrepoids, car il y a le sujet des cycles de la douleur qui est profond et grave, et la douleur elle-même est quelque chose de sombre, mais il y a aussi la joie d’être dans un groupe et d’être vivant en tant que tel. Voilà pourquoi, je pense, il sonne aussi vivant.

Evidemment, Felipe Andreoli a toujours été un bassiste très talentueux et impressionnant, et il avait déjà participé à l’écriture par le passé, mais on dirait qu’il est monté en puissance sur cet album et qu’il a pris une place plus importante dans les compositions. L’album a été principalement composé par vous deux. Il a fait son premier album solo, Resonance, en 2021 : est-ce que ça lui a donné confiance pour s’impliquer davantage dans la composition, ou est-ce toi qui l’as poussé ?

Non. Dans bien des cas, c’est même l’inverse : il me pousse parce que c’est une tornade en tant que bosseur ! Il est inarrêtable, il ne se fatigue jamais, donc il a énormément d’énergie et de créativité. J’ai toujours aimé écrire des chansons avec des gens, être ensemble, parler des idées que j’ai en tête, etc. Je ne veux pas utiliser ces idées avant d’en discuter avec quelqu’un, car je ne sais pas si elles sont bien ou pas. C’était donc sympa de l’avoir à mes côtés. Il s’est beaucoup développé en tant que compositeur, y compris après son album solo Resonance. Je pense que c’était le moment idéal pour nous associer. La manière dont nous pensons la musique est complètement différente. Personnellement, je pense toujours en termes de structures, de mélodies et d’harmonies, alors que Felipe est très porté sur le riff ; il se fiche des harmonies, il veut trouver un son dans un riff, et un impact. Il recherche toujours un impact. Moi, je rêve toujours de la mélodie parfaite avec les accords parfaits. En conséquence, l’association de nous deux est plutôt bonne !

On dirait que son jeu de basse est encore plus mis en avant dans cet album, devenant parfois même une des parties principales des chansons. Trouves-tu que la place de la basse a un peu évolué avec ça ?

C’est un super bassiste. Il était très à l’aise et proposait des idées. Je voulais qu’il se sente très à l’aise. Je veux que les gens nous voient comme un groupe. Je ne veux pas qu’ils me voient comme étant le centre. Je ne suis le centre de rien. Je ne fais que rendre les choses possibles, rendre des moments possibles, genre : « Réunissons-nous ! Louons une maison pour y loger une semaine. » Ça, c’est ce que je fais. Ensuite, je veux que tout le monde participe à ce qui s’y passe, je veux qu’ils soient tous motivés par le groupe. C’est ma préoccupation principale, que tous les membres du groupe finissent l’album avec une grande motivation pour pouvoir continuer. Felipe essayait différentes techniques et tout, et je disais : « Vas-y, fais-toi plaisir ! » J’avais prévu de jouer plus de guitare acoustique dans l’album, mais je n’ai pas trouvé le temps. Je m’occupe beaucoup de l’organisation pour que les choses aient lieu, si bien que, souvent, je ne trouve pas le temps pour jouer de la guitare, tandis qu’eux jouent et créent leur superbe musique, et ça me va. Je suis très fier d’avoir aujourd’hui de très bons partenaires de composition. Il m’a fallu du temps pour apprendre qu’il avait une approche très différente de l’écriture par rapport à Andre et Kiko [Loureiro], qui étaient mes partenaires principaux par le passé et des musiciens extraordinaires. Felipe est plus intuitif. Ce n’est pas le gars qui sera là : « J’ai élaboré un truc dans ma tête et maintenant je vais en faire de la musique. » Non, il est très spontané et je voulais que ça transparaisse dans l’album, car je voulais que les gens le voient lui et qu’il en soit fier de façon à pouvoir avancer ensemble pendant encore des années.

« L’objectif principal est de toucher notre public au plus profond d’eux-mêmes, de briser leurs défenses et de faire en sorte que notre musique signifie vraiment quelque chose d’intime pour eux. Or ceci implique de creuser dans notre expérience, dans ce que nous sommes réellement, dans le vrai nous, pas dans la posture ou l’image metal qu’ont les gens de nous. »

Tu dis qu’il est plus porté sur le riff et toi les mélodies et l’harmonie. D’un autre côté « Tide Of Changes – Part I » est basé sur de beaux arpèges de basse et il joue beaucoup de mélodies dans « Cycles Of Pains »…

Je crois que, de toute évidence, nous nous inspirons mutuellement. Quand je dis qu’il est plus intuitif, ça ne veut pas dire qu’il ne pense pas aussi à l’harmonie. Et bien sûr, l’inverse est vrai aussi avec moi. Nous apprenons beaucoup l’un de l’autre. Je crois qu’Angra est également un laboratoire pour essayer des choses. C’est pourquoi ce groupe sonne si varié. Nous sommes inspirés autant par Metallica que Toto. Nous sommes inspirés autant par des artistes brésiliens que par Slayer. Nous essayons de combiner tout ça et d’être honnêtes avec les gens. Ce sont les différentes strates de nos personnalités. Une chose au sujet du groupe et de nos albums est que notre objectif principal doit avoir de la profondeur. Nous voulons écrire des œuvres éloquentes. Donc l’objectif principal est de toucher notre public au plus profond de lui-même, de briser ses défenses et de faire en sorte que notre musique signifie vraiment quelque chose d’intime pour lui. Pour que ceci se produise, il faut que je creuse profondément en moi – nous devons tous, dans le groupe, creuser profondément en nous. Or ceci implique de creuser dans notre expérience, dans ce que nous sommes réellement, dans le vrai nous, pas dans la posture ou l’image metal qu’ont les gens de nous. Quand on fait vraiment ça, ça ne veut pas dire qu’on donnera forcément de la profondeur à sa musique, mais c’est plus facile d’y arriver.

Tu as déclaré vouloir « toujours sonner moderne, mais [vous êtes] un groupe traditionnel et la musique n’est pas très moderne ». Du coup, comment résous-tu cette équation ?

C’est très dur. C’est pourquoi je dis qu’Angra est aussi un laboratoire : nous essayons des choses, nous en jetons beaucoup, etc. Toutes les idées que nous avons ne finissent pas dans l’album. Il s’agit d’équilibrer l’ensemble. Je sais que les gens ont certaines attentes nous concernant, ce qui nous donne une bonne ligne directrice, car ainsi on sait dans quelle direction aller, mais ils veulent aussi être surpris. Donc trouver cet équilibre en étant innovant et surprenant tout en restant connecté au concept originel, ça nécessite un laboratoire et du temps. Cycles Of Pain est le troisième album de la troisième génération. Il nous a fallu près de dix ans pour vraiment faire mûrir ce que ce line-up propose aux gens. Techniquement, nous existons depuis trente-deux ans, mais en vérité, nous sommes ensemble depuis à peine dix ans. C’est donc à la fois un vieux groupe et un nouveau groupe. Donc nous nous disons que, ok, les gens s’attendent à ce qu’il y ait une forme de ressemblance avec Angels Cry, mais je suis le seul à avoir été dans le groupe à cette époque et ce n’est pas suffisant de répondre aux attentes des gens, car souvent, celles-ci sont très étroites et nous sonnons tous différents aujourd’hui, les guitares sonnent différentes, la batterie sonne différente, le chant sonne très différent… Alors comment ressembler au concept originel avec un spectre sonore complètement différent ? Ce n’est pas simple, il faut du temps, il faut un laboratoire, il faut essayer des choses, etc.

Il y a une chose qui nous aide. Nous savons que les gens veulent des refrains épiques, des chansons rapides, une double grosse caisse qui aille aussi vite que possible, du chant haut perché, des guitares qui shreddent, etc. Nous savons qu’ils veulent tout ça. Nous savons qu’ils veulent quelques trucs brésiliens, quelques trucs progressifs, quelques trucs classiques. C’est une ligne directrice. Mais ce que les gens veulent vraiment, c’est être touchés et de la bonne musique. Ils ont des attentes, mais ils n’ont pas vraiment conscience de ce qui les surprendra et comment ça les surprendra, car le principe même de la surprise est de n’en avoir aucune idée. Donc c’est aussi une ligne directrice. C’est le tour de magie : « Ok, donnons-leur ceci car ils s’y attendent, mais surprenons-les ici avec cela. » Appliquer cette recette ne signifie pas que ça fonctionnera, c’est juste une recette, une direction à suivre. Enfin, ça fonctionne, mais pour cela, il faut prendre le temps.

« Quand j’écoutais Iron Maiden, j’y voyais la culture britannique, et ça m’a fasciné. Cette fascination nous pousse à brandir nous-mêmes le drapeau du Royaume-Uni. Je me suis dit que le pouvoir résidait dans la culture. C’est pourquoi j’ai tant voulu exprimer ma culture. Je voulais que les gens brandissent notre drapeau brésilien. »

L’artiste brésilien Lenine chante sur « Vida Seca », qui est clairement la chanson la plus brésilienne que vous ayez faite depuis des années. Malgré sa culture latine, en tant qu’Italien, y a-t-il une limite dans ce que Fabio peut incarner de la culture brésilienne qui a toujours fait partie de l’identité d’Angra ?

Je ne sais pas. Je pense que, du fait qu’il soit latin, qu’il vienne d’Italie, il y a des liens. Et puis il a voyagé avec nous et a résidé au Brésil sur de longues périodes, donc il comprend et il apporte une sorte de combinaison. Le type de mélodies qu’il apporte, ce n’est pas les mélodies mélancoliques que nous avons ici au Brésil, ni les mélodies power metal venues d’Allemagne, mais d’une certaine façon, c’est entre les deux. La musique italienne est très riche. Les chanteurs italiens sont très talentueux aussi. Au final, il mélange beaucoup le hard rock, le power metal, les éléments brésiliens avec lesquels il est désormais plus familier et tout son background avec l’opéra italien, la musique italienne, la pop italienne, etc. Les mélodies italiennes sont très riches. Si tu regardes le festival pop de Sanremo, il n’y a que des artistes italiens, c’est très riche en mélodies dramatiques. La musique italienne dans le background de Fabio est très mélodramatique. Il apporte donc cet aspect. Par exemple, quand il a amené la ligne du refrain [chante le refrain de « Tide Of Changes – Part II »], ce n’est pas le genre de mélodie auquel je penserais. Généralement, je dessine une belle ligne de notes et, souvent, je pense aux mélodies de façon visuelle. Je conçois les mélodies pour qu’elles aient l’air belles sur la partition. Alors que lui, c’est différent, et j’ai beaucoup appris de lui. Il veut que la mélodie ait un côté dramatique, donc il fait ces grands sauts périlleux d’une note à l’autre de façon à ce que ce soit percutant. Il n’y a donc pas que l’aspect latin, et il apporte beaucoup parce qu’il puise dans son background.

Et du coup, comment vous êtes-vous retrouvés à faire participer Lenine sur cette chanson ?

Dans le groupe, nous l’admirons tous. C’est un artiste très célèbre ici au Brésil. Il a remporté de multiples Grammys en Amérique latine. Nous aimons tous beaucoup ce qu’il fait. C’est très brésilien, il y a quelques éléments acoustiques et folk rock dans sa musique, et à la fois c’est très universel. Ce n’est pas la musique brésilienne typique. Il utilise la musique brésilienne mais en essayant de la rendre universelle. Evidemment, c’est en portugais, donc tout le monde ne connaît pas, mais on y trouve de la guitare acoustique avec de l’électroniques, des percussions, des éléments de jazz et de rock. Nous l’admirons donc beaucoup, sa musique est très riche. Je lui ai parlé il y a quelques années et il a dit qu’il aimerait que nous fassions quelque chose ensemble. Puis Felipe a apporté l’idée de la chanson « Vida Seca » – avec tout le début et plein de parties différentes – qui ressemble beaucoup à certaines musiques de Lenine, c’est son genre de mélodies, d’atmosphère, etc. Nous avons donc décidé de l’inviter : « Voyons s’il accepterait, ce serait amusant ! » Il a tout de suite accepté, ce qui nous a surpris. Evidemment, il a fallu un peu de temps pour arranger les emplois du temps, car il est très occupé, mais ça a bien fonctionné et nous sommes très contents de l’avoir sur la chanson.

On peut entendre du chant opératique masculin sur « Tears Of Blood ». C’est Fabio ?

Oui, c’est Fabio ! J’ai toujours voulu écrire une chanson pour qu’il puisse chanter en opératique. Nous avons essayé de le faire chanter avec cette technique sur certaines de nos chansons power metal, mais ça ne marchait jamais, ça sonnait ringard et bizarre. J’ai écrit « Tears Of Blood » au tout début de la pandémie. C’est un duo entre lui et la soprano Amanda Somerville – c’était prévu dès le départ pour être un duo – où il est le tueur de sa bien-aimée, et l’esprit de la bien-aimée revient en tant qu’incarnation de sa culpabilité. Donc il se retrouve à discuter dans sa tête avec sa culpabilité – ou avec l’esprit, suivant l’interprétation que l’auditeur en fait. J’ai été très inspiré par le Fantôme De L’Opéra, mais évidemment, de façon plus simple. C’est sympa d’entendre Fabio chanter comme ça.

« Au sein du groupe, j’ai toujours été le plus fou, dans le sens où je n’ai jamais eu de limites créatives. J’avais les idées les plus bizarres. Mes idées sont celles qui sont le plus souvent rejetées. Ils sont là : ‘Non, les fans n’aimeront jamais ça. Ils nous détesteront pour ça ! Si tu veux faire ce genre d’idée, fais un album solo et détruis ta carrière’ [rires]. »

Cet album est plein de rythmes, de percussions, de parties orchestrales, de chœurs, d’instruments acoustiques, etc. On a aussi du chant féminin dans « Here In The Now » et « Tears Of Blood », un chanteur brésilien dans « Vida Seca », Fabio qui chante opératique dans « Tears Of Blood ». L’idée d’un simple groupe heavy metal devient-elle parfois trop restrictive pour toi et ta vision musicale ?

C’est certain ! J’ai toujours été un fan de metal ; j’ai toujours rêvé, quand j’étais jeune, d’être un musicien de metal. Mais en tant que musicien, je ne me suis jamais considéré comme enfermé dans ce style comme dans une cage. J’ai toujours pensé devoir combiner des choses, et j’ai aussi très rapidement réalisé que, par exemple, quand j’écoutais Iron Maiden, j’y voyais la culture britannique, et ça m’a fasciné. Cette fascination nous pousse à brandir nous-mêmes le drapeau du Royaume-Uni. C’est là que j’ai réalisé la puissance d’une culture. Je me suis ensuite mis à étudier la composition musicale à l’université et lors de ce cours, quand on étudiait l’histoire de la musique, on étudiait aussi l’histoire de certaines sociétés et la façon dont la musique était un reflet de celles-ci. Je me suis dit que le pouvoir résidait dans la culture. C’est pourquoi j’ai tant voulu exprimer ma culture. Je voulais que les gens brandissent notre drapeau brésilien, parce que si j’avais essayé de sonner britannique, ça aurait été en vain, car je ne venais pas de ce milieu. J’ai été élevé ici au Brésil, avec des gens qui dansaient la samba, avec les problèmes liés à l’Amazonie, avec des politiciens merdiques et tous les problèmes sociaux que l’on a.

Cette année marque les trente ans du tout premier album d’Angra, Angels Cry. Trente ans plus tard, il est toujours considéré comme un classique dans la discographie du groupe, mais aussi dans le metal en général. Tu y es crédité sur la majorité des chansons, y compris sur l’éponyme qui est l’une des plus grandes chansons d’Angra, avec « Carry On » composé par Andre Matos. Comment es-tu parvenu à taper dans le mille, à être aussi inspiré dès ce premier album ?

C’était grâce à la passion que nous avions. Déjà à l’époque, nous recherchions ça, nous voulions obtenir quelque chose d’éloquent. Et puis, l’art d’être un artiste, c’est aussi l’art d’essayer de voir le monde d’un point de vue extérieur, et c’est très inspirant. Quand on voit le monde de l’extérieur, on se rebelle contre celui-ci. On voit les contradictions de la société et des êtres humains, et c’est très inspirant. La rage inspire. Les moments de joie inspirent aussi. Le fait d’être excité par la vie, par les étoiles, par les mystères, par la science, par la religion, par la philosophie, etc., ça inspire. La vie devrait être une inspiration. Ton environnement doit être l’inspiration pour ta musique. Et à l’époque, nous étions jeunes, nous nous sentions libres ! Le morceau « Angels Cry », par exemple, c’est un riff hard rock qui mène à des parties power metal, puis à des parties progressives, puis à un arrangement classique de Paganini. J’ai toujours aimé ce genre de combinaison et changer soudainement l’atmosphère de la chanson. Mais il faut dire que j’avais aussi un peu de chance parce qu’au sein du groupe, j’ai toujours été le plus fou, dans le sens où je n’ai jamais eu de limites créatives. J’avais les idées les plus bizarres. Mes idées sont celles qui sont le plus souvent rejetées. Les gens disent voir beaucoup de mes idées dans les albums, donc ils croient que les gars dans le groupe aiment toujours mes idées, mais en fait, non, c’est tout l’inverse. J’amène des tonnes d’idées et la plupart sont refusées, mais à la toute fin, il y en a tellement que quelques-unes d’entre elles se retrouvent dans l’album. Ils sont là : « Non, les fans n’aimeront jamais ça. Ils nous détesteront pour ça ! Si tu veux faire ce genre d’idée, fais un album solo et détruis ta carrière » [rires]. C’est le genre de conseil qu’ils me donnent.

Tu as déclaré avoir appris la musique dans un « chaudron culturel immense, chaotique et cacophonique »…

Oui, et je trouvais que ça nous donnait de la force. La culture brésilienne est très puissante et variée. Tout le monde au Brésil a des expressions culturelles différentes. Par exemple, durant les deux cents dernières années, le Sud a été colonisé par des Allemands et des Italiens, et ils vivent ensemble. Peux-tu imaginer des Allemands et des Italiens fonder des familles, combinés aux Indiens et aux Afro-Brésiliens ? Et dans le Nord-Est, ce sont des Néerlandais et des Français qui sont venus et ont fondé des familles. C’est de là que vient ma famille, du nord-est du brésil. C’est donc très différent. Ce n’est pas facile à expliquer, car le Brésil est un énorme territoire, et ces cultures différentes ont commencé à se rencontrer seulement récemment, grâce aux moyens de communication. Il y a donc une grande force derrière ça. J’ai ressenti cette force au début. Nous avons énormément de ressources ici pour être différents de tous les autres. Et j’en ai tiré une grande confiance en moi ; je crois même que j’avais trop d’assurance et souvent, c’était une erreur. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus humble que lorsque j’ai commencé [petits rires].

« J’ai promis à mes amis dans le groupe : ‘Je veux que ce line-up soit celui dont on se souviendra.’ J’avais cette passion, cet objectif en tête, un but, exactement comme à l’époque d’Angels Cry. »

Dans la suite de la citation, tu disais que vos « chansons sont nées de ce chaos ». As-tu l’impression d’avoir créé de l’ordre à partir du chaos ou dirais-tu que votre musique a hérité un peu de ce chaos ?

Oui, je pense que notre musique est un peu un reflet de ce chaos dans lequel nous avons été élevés. Ça fait partie de nous, tout simplement. Je suis ce chaos. Je fais d’ailleurs un peu partie de ces gens qui souffrent de TDAH, qui sont souvent distraits. J’observe toujours les choses de façon très abstraite et j’ai d’énormes problèmes d’anxiété. Après, il y a aussi que musicalement, j’ai toujours aimé les idées simples au sein de structures sophistiquées. Si tu prends, par exemple, la chanson « Bohemian Rhapsody » de Queen, ce sont des idées simples et chantantes intégrées à une structure très sophistiquée. La structure de la chanson n’est pas simple, les idées changent tout du long, mais toutes les idées en soi sont faciles à retenir, à chanter et à apprécier. C’est cette façon de structurer les chansons que j’aime. Si tu prends encore « Angels Cry », on y trouve plein de parties différentes mais elles sont toutes simples, ce sont des mélodies simples, des harmonies simples, ce n’est pas trop étrange. Il arrive souvent que quelqu’un me montre le point de départ d’une idée, ce peut être un riff, une mélodie, peu importe, et que ça sonne déjà trop sophistiqué. Quand c’est le cas, j’ai du mal à y réfléchir et je suis là : « Le point de départ est déjà trop sophistiqué, trop difficile à comprendre ou à apprécier pour les gens, donc je ne sais pas où aller avec ça. Alors repartons d’une partie plus simple qui mènera à ceci », car les gens doivent être préparés à toute cette musique et à tous ces éléments qui arrivent dans ce court moment, autrement c’est trop à digérer.

Comment comparerais-tu Angels Cry et le nouvel album Cycles Of Pain ? Qu’est-ce qui a changé et qu’est-ce qui n’a pas changé, d’après toi ?

Tout d’abord, ils ont bien plus de similitudes qu’ils n’ont de différences. Avant que nous commencions Cycles Of Pain, j’avais cette excitation que je n’avais pas ressentie depuis le premier album. J’ai retrouvé la passion, non pas de faire de la musique parce que je ne l’ai jamais perdue, mais de faire de la musique avec Angra. Je voulais juste que nous écrivions un album génial. C’est pourquoi j’ai dit que je ne voulais pas en être le centre. Je voulais juste que l’album existe et qu’il déchire, je voulais que nous en soyons tous fiers. Et durant la dernière tournée, j’ai promis à mes amis dans le groupe : « Je veux que ce line-up soit celui dont on se souviendra. » Ils pensaient que ce serait impossible. Pas à cause d’Andre ou d’Edu [Falaschi], mais parce que nous avons Temple Of Shadows, Angels Cry, Holy Land… trop d’albums à surpasser. Mais j’ai dit : « Non, je veux qu’on se souvienne de nous tels que l’on est aujourd’hui. C’est mon objectif principal. » J’avais cette passion, cet objectif en tête, un but, exactement comme à l’époque d’Angels Cry. Malgré le fait que nous parlions de douleur dans l’album, j’avais un regard très positif sur la vie. Je parlais de la douleur que j’ai endurée, mais maintenant que la douleur est partie, je regarde vers l’avenir. Je dis à la vie : « Viens prendre un autre morceau de moi, je suis prêt à t’affronter », comme dans « Tides Of Changes ».

Les deux albums sont donc très semblables, mais le groupe est différent. Mes collègues, mes amis, la dynamique au sein du groupe, les choses dont nous avons parlé tout à l’heure, les habitudes que nous avons… Par exemple, au début, je fumais pas mal de drogue avec eux et c’était marrant, et souvent fou, mais cette habitude a disparu dans le groupe, aucun d’entre eux n’aime ça, donc si moi ça me plaît, je dois le faire tout seul [petits rires]. Nous avons aussi gagné en maturité, c’est inévitable. Aujourd’hui, j’ai un public, alors qu’à l’époque d’Angels Cry, je n’en avais pas, j’allais en constituer une. Toutes ces choses sont différentes, mais de mon point de vue, cet album est le plus proche du sentiment de légèreté que j’avais en moi quand nous avons commencé à faire Angels Cry. Je me sentais léger à l’époque parce que j’étais porté par notre amitié, le fait que nous étions ensemble, « maintenant j’ai un groupe, je suis tellement excité ! », « je vais être un rock star ! », et cette fois-ci, c’était pareil ! Je crois qu’avec l’âge, on gagne aussi en légèreté et qu’on se met à chérir les choses simples. C’est ce que j’ai ressenti : « Je suis content que nous fassions ça, allons-y. »

De toute évidence, une chose qui a changé, c’est le fait que ton partenaire de longue date Kiko Loureiro ne fait plus partie du groupe. Il a récemment dû s’absenter de Megadeth pour être chez lui avec ses enfants en Finlande. Dave Mustaine a dit qu’il ne savait pas quand il reviendrait, mais de ton côté, t’attends-tu à ce qu’il revienne dans Angra un jour ?

Je pense que, très probablement, Kiko participera à des choses et des événements spéciaux, des concerts, etc. mais qu’il ne reviendra pas dans le groupe en tant que guitariste. Je ne crois pas que ça puisse arriver. Il pourrait s’ajouter à une tournée au japon, participer à des occasions spéciales. Il reste un ami du groupe, je suis très proche de lui, et nous gérons ensemble la relation avec les maisons de disques et toute notre discographie passée, donc nous avons une entreprise – Kiko, Felipe et moi. Nous gérons le business d’Angra ensemble. Il fait donc toujours partie de la famille d’Angra, mais je ne lui mettrais jamais la moindre pression pour revenir dans le groupe en tant que guitariste, car alors ce serait trop déroutant pour les gens. Je ne crois pas qu’il le veuille parce que si jamais un jour il quitte Megadeth, il poursuivra sans doute sa carrière solo. Il a un nom bien établi. Il n’aurait pas besoin de faire un mois de dates en Amérique latine avec nous, et il n’en aurait pas envie.

Interview réalisée par téléphone le 18 octobre 2023 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Marcos Hermes (2, 3, 6, 7, 8).

Site officiel d’Angra : angra.net



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  • album riche par sa diversité musicale et du soin de ses compositions . Angra a su conserver sa marque de fabrique brésilienne et trouver des mélodies qui rappellent les 1ers album

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