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Interview   

Apocalyptica : l’appel de Metallica


Apocalyptica est une curiosité dans le monde du metal. En 1996, quatre violoncellistes finalndais sortent Plays Metallica By Four Cellos, reprenant huit titres du célèbre groupe de metal de San Francisco. Exercice inédit à l’époque, qui séduit rapidement par l’énergie et l’attitude foncièrement metal des musiciens de la Sibellius Academy d’Helsinki. Force est de constater qu’après toutes ces années, Apocalyptica reste à part, dans un créneau qui n’appartient qu’à lui seul. S’ils ont poursuivi un temps sur des reprises metal au violoncelle, ils ont très vite ouvert leur concept, fait évoluer leur démarche, expérimenté, etc. En témoigne, vingt-huit ans plus tard, Plays Metallica Vol. 2, avec lequel le désormais trio revient à ses premiers amours, l’expérience en plus. Car même si l’on est de nouveau confronté à un disque de reprises, la philosophie et le résultat s’avèrent très différents. Pas question de se contenter de jouer du Metallica…

C’est Eicca Toppinen qui nous explique ci-après leur démarche, comment ils ont réussi à s’approprier et remodeler ces neuf titres, et à faire intervenir ni plus ni moins que Rob Trujillo et James Hetfield, ou à réutiliser une piste de basse de Cliff Burton. Un entretien en forme d’allers-retours entre 1996 et 2024, dans lequel Eicca revient sur sa passion pour Metallica, mais nous donne également les clés pour mieux comprendre le phénomène Apocalyptica.

« En 1996, nous nous étions contentés de jouer du Metallica au violoncelle parce que nous le pouvions, c’est aussi simple que ça. Cette fois, nous nous sommes posé la question : ‘Pourquoi Apocalyptica enregistre des chansons de Metallica ?’ […] Nous voulions avoir une compréhension profonde de la musique de Metallica pour nous l’approprier. »

Radio Metal : En février l’an dernier, vous avez annoncé que vous vous étiez « séparés amicalement de Mikko [Sirén] après vingt ans ». Perttu [Kivilaakso] a déclaré à propos de cette décision qu’« il était temps que [vous] continui[ez] comme ça », en revenant à « l’époque où [vous] n’éti[ez] que des violoncellistes ». Qu’est-ce qui a motivé cette idée ? Car, en fin de compte, Plays Metallica Vol. 2 comprend de la batterie…

Eicca Toppinen (violoncelle) : Oui, et la batterie continuera à faire partie d’Apocalyptica à l’avenir, en tournée, etc. Ce que Perttu voulait dire, c’est que nous voulions nous focaliser davantage sur le violoncelle dans notre approche de la musique et la création de celle-ci, en allant dans des styles un peu différents, comme l’expérience que nous avons faite lors du concert conceptuel à l’église St. John. Même si la batterie est une partie prédominante dans Plays Metallica Vol. 2 et qu’elle l’a été sur plein d’autres albums, nous voulons explorer de nouvelles possibilités dans ce domaine. Car au tout début, quand Dave Lombardo a été notre premier batteur sur l’album Reflections, nous ne savions pas si la batterie allait rester ou pas dans la musique du groupe. Finalement, elle est restée un bon bout de temps et, d’une certaine manière, elle restera, mais considérant notre façon de voir le groupe, de travailler, d’équilibrer les choses, ainsi que nos objectifs et nos intentions, nous trouvions être bien tous les trois. Vingt ans, c’est une longue période, nous avons pris des chemins différents et ça nous semblait être la bonne chose à faire.

Ces dernières années, vous avez fait la tournée en célébration de votre premier album, Plays Metallica By Four Cellos, puis votre premier album instrumental en dix-sept ans, Cell-0, et maintenant Plays Metallica Vol. 2. On dirait qu’après Shadowmaker, vous n’avez cessé de chercher à vous reconnecter à vos racines, et que maintenant, la boucle est bouclée. As-tu l’impression d’avoir atteint la fin d’un développement en 2015 ?

Pas vraiment, mais c’est une bonne question ! Par exemple l’album live à l’église prouve que nous ne sommes pas à la fin d’un développement. Nous avons revisité les débuts d’Apocalyptica avec la tournée anniversaire de Plays Metallica, mais sous un angle nouveau, et je crois que ça a été la première étincelle pour faire cet album, Plays Metallica Vol. 2. Avant ça, nous étions surtout excités à l’idée de faire un album instrumental, très indépendant, comme nous l’avions fait avec Cult, mais avec le son et le regard que nous avons aujourd’hui, dans les années 2020. Et maintenant, nous étions excités à l’idée de voir ce que nous pouvions faire avec la musique de Metallica, en nous accordant plus de liberté en matière d’arrangement des chansons, et en nous mettant au défi de ne pas répéter ce que nous avions fait par le passé tout en gardant les mêmes éléments.

Perttu a déclaré que vous parliez de faire un autre album de reprises de Metallica « depuis environ vingt ans » et que vous aviez « attendu le moment idéal pour le faire ». En quoi est-ce le moment idéal ? Pourquoi pas plus tôt ?

Avec chaque album, nous avons fait ce qui nous paraissait le plus excitant sur le moment. Nous ne nous sentions tout simplement pas de le faire plus tôt. Nous savions juste qu’un jour viendrait où nous ferions un autre album basé sur Metallica. Il fallait juste que nous en arrivions à nous dire : « D’accord, là nous sommes excités par cette idée. » Nous trouvions que c’était un formidable challenge, nous avions l’impression de faire quelque chose de nouveau, même si c’est un album sur Metallica, car nous l’avons abordé avec un état d’esprit totalement différent, or je pense que ça n’aurait pas été possible il y a dix ans. Il y a dix ans, nous aurions sans doute été trop dans la répétition de ce que nous avions déjà fait, alors que là, nous avons adopté une approche rafraîchissante. En toute honnêteté, en dehors de la tournée anniversaire, durant ces dix dernières années, nous ne jouions peut-être que deux chansons de Metallica dans le set ! Nous n’avons pas beaucoup joué de Metallica et c’est pourquoi il est drôle de voir certains commentaires, par exemple quand nous avons sorti le premier single : « Pourquoi toujours Metallica ?! » Je me dis : « Comment ça ‘toujours’ ? Ça fait vingt-huit ans que nous avons sorti le dernier album sur Metallica ! » [Rires] Bref, l’idée nous paraissait neuve, ce n’était pas du ressassage, donc c’était le bon moment.

« Si cet album devait être une histoire, ce serait peut-être celle de quelques gars de la Bay Area qui se sont mis à jouer du metal, à créer de la super musique et à influencer d’autres gars au fin fond de la forêt finlandaise [rires]. »

L’expérience que vous avez acquise en près de trois décennies est évidente sur Plays Metallica Vol. 2, car il y a une grande part de réinterprétation et de ré-imagination des chansons – je pense que les gens vont avoir pas mal de surprises. Comment décrirais-tu, justement, votre approche pour reprendre Metallica en 2024 ?

En 1996, nous nous étions contentés de jouer du Metallica au violoncelle parce que nous le pouvions, c’est aussi simple que ça. Cette fois, nous nous sommes posé la question : « Pourquoi Apocalyptica enregistre des chansons de Metallica ? » Il fallait une bonne raison pour le faire. C’était ça le plus grand challenge. Ce n’était pas de se dire que nous allions prendre des chansons de Metallica et les jouer. C’était de savoir si nous étions capables de faire une super version d’Apocalyptica d’une super chanson de Metallica. Dans bien des cas, il s’est avéré que, peu importe à quel point la chanson de Metallica était géniale, après avoir travaillé dessus, notre version n’était pas terrible, elle ne donnait pas une autre perspective à la musique de Metallica, elle ne la valorisait pas d’une nouvelle manière, or c’était précisément l’objectif, la raison d’être de ces reprises. Nous voulions faire ressortir certains éléments dans la musique de Metallica, faire en sorte qu’ils soient plus visibles. Par exemple, prenons « To Live Is To Die » : notre version montre à quel point Metallica peut composer de la belle musique. C’est un magnifique morceau de musique ! Elle est très différente de l’originale, mais ça reste la même chanson, la même mélodie, etc. L’âme de la chanson est intacte et ça montre à quel point c’est une bonne composition. Pour nous, il s’agissait vraiment de creuser profondément dans chaque chanson pour comprendre quels sont les éléments clés qui font qu’elle est ce qu’elle est, les extraire et les utiliser pour faire notre propre version du morceau. Nous voulions avoir une compréhension profonde de la musique de Metallica pour nous l’approprier. Pour faire une bonne version de quelque chose, il faut se l’approprier, le présenter tel qu’on le ressent. L’alternative est de simplement jouer la chanson, mais quel intérêt ? Enfin, il y a un intérêt, mais pas dans le monde d’Apocalyptica. Pour nous, il faut que ça ait du sens.

Vous avez qualifié Plays Metallica Vol. 2 d’album « conceptuel ». Généralement, quand on parle d’album conceptuel, on parle d’un album qui raconte une histoire. Du coup, quelle histoire cet album raconte-t-il ?

Quand je parle d’album conceptuel, je ne pense pas à un album narratif. Pour moi, « album conceptuel » signifie que cette fois nous nous focalisons sur une seule et même chose, car autrement, nous avons tendance à partir dans tous les sens et à faire tout à la fois. C’est un album thématique basé sur Metallica. Mais si ça devait être une histoire, ce serait peut-être celle de quelques gars de la Bay Area qui se sont mis à jouer du metal, à créer de la super musique et à influencer d’autres gars au fin fond de la forêt finlandaise [rires]. En dehors de ça, il n’y a pas d’histoire particulière. Je préfère quand la musique instrumentale se passe d’explications, d’une certaine façon.

Robert Trujillo apparaît sur la chanson « The Four Horsemen ». Il apparaît également avec James Hetfield sur la nouvelle version de « One ». Ça doit être une consécration pour vous. Comment avez-vous réussi à les impliquer cette fois et comment s’est déroulée la collaboration ? Surtout avec cette partie parlée inattendue dans « One »…

C’est un peu différent à chaque fois, mais chaque collaboration que nous avons faite est née de la musique. Par exemple, je me suis dit que « The Four Horsemen » serait la première chanson sur laquelle je me mettrais, parce que je l’adore et je me disais qu’elle rendrait super au violoncelle. Puis, en travaillant dessus, j’ai pensé : « Cette partie de basse sous le solo de guitare est vraiment cool et très importante. Il faut qu’elle soit jouée par une basse. » Alors je me suis dit : « Quitte à avoir une partie de basse mise en avant dans l’album, il faut qu’il y ait un sens à cela. » J’ai envoyé un message à Rob : « J’ai une idée. Aimerais-tu participer à l’album ? » Il était complètement partant. Il est venu au studio à Los Angeles – c’était plus facile pour lui d’aller dans un studio proche de chez lui. C’était super.

« J’ai toujours admiré non seulement la musique de Metallica mais aussi leur façon d’aborder les choses. Ils ont fait leur propre truc, en toutes circonstances, malgré les risques de perdre en popularité ou les opinions des gens. C’est ce qui fait d’eux les plus grands. »

Ensuite, Perttu a eu cette vision cinématographique orchestrale de « One » et cette idée d’avoir le texte raconté, plutôt que chanté, car ça lui donne une autre dimension. Nous avons évoqué les noms de différents acteurs à qui il aurait été super de faire appel pour ça. Quelqu’un a dit que, bien sûr, avoir James Hetfield lui-même serait le nec plus ultra, mais qu’évidemment, ce ne serait pas possible… Mais j’ai dit : « Non, attends une seconde. Je vais trouver un moyen de lui demander. » J’ai finalement présenté l’idée à James et Lars [Ulrich]. Ils ont trouvé ça super cool ; James a vraiment eu envie de le faire parce que quelque chose dans cette idée a suscité son intérêt, c’était surprenant. Si nous lui avions demandé de chanter, il aurait sans doute refusé. C’était un défi intéressant pour lui, car il devait faire quelque chose qu’il n’avait jamais fait ; ça ne doit pas être simple quand tu as interprété cette chanson d’une certaine manière des milliers de fois et qu’il faut maintenant la faire totalement différemment ! Après, il fallait juste trouver comment le concrétiser. Il voulait venir au studio pour que nous puissions le guider, mais pour des contraintes de temps, ça n’a pas été possible, donc il a enregistré sa partie de son côté, il nous a envoyé plusieurs prises et nous les avons combinées. C’était vraiment cool ! Quand il a entendu le résultat final, il était super content et nous a remerciés de l’avoir sollicité.

Il y a aussi la basse de Cliff Burton sur « Call Of Ktulu ». J’ai toujours adoré cette chanson. Il y a deux ans, je me suis rendu compte que toutes les chansons qui me fascinaient le plus sur les enregistrements originaux, c’était à cause des parties de basse de Cliff Burton. Je me suis mis à penser : « Ce serait tellement chouette d’avoir la piste de basse. » J’ai alors appelé Lars, je lui ai dit : « J’ai une idée de dingue… » Il a dit : « Oh, c’est génial et très intéressant. J’aime bien le fait que tu sortes des sentiers battus ! Mais je ne sais pas qui sont les gens impliqués dans les droits, etc. » J’ai trouvé le moyen de parler avec la famille de Cliff Burton, puis le management de Metallica a vu les questions légales, qui possédait quoi, à qui il fallait demander, etc. Nous avons finalement réussi à avoir la piste !

C’était extraordinaire, évidemment, mais je pense que la raison pour laquelle toutes ces choses sont possibles, c’est parce que les idées venaient en premier lieu de la musique, dans une démarche parfaitement honnête, ça venait du cœur. Nous nous disions juste : « Ce serait tellement génial si ça pouvait se faire », puis nous le présentions aux gars de Metallica et ils donnaient leur accord. Rob avait déjà enregistré « The Four Horseman » et quand il a entendu que James serait sur « One », il était là : « Je veux aussi jouer dessus ! » Il est donc retourné au studio avec Joe Barresi pour enregistrer la basse sur cette chanson en plus [rires]. Un autre détail sympa est que nous avons de la basse sur plusieurs autres chansons et ces parties sont jouées par Tye Trujillo, le fil de Rob ! Nous avons donc Cliff Burton, Rob Trujillo et Tye Trujillo.

D’ailleurs, qu’as-tu pensé lorsque Rob a intégré Metallica ? Connaissais-tu son background avec Suicidal Tendencies et Infectious Grooves, avec son style de jeu slappé ?

Non, je n’étais pas très familier. Je connaissais Suicidal Tendencies, mais je ne m’y étais pas suffisamment intéressé pour savoir qui jouait dedans. Je m’intéressais plus au thrash metal de la Bay Area et à Pantera. J’ai trouvé que c’était un choix intéressant quand j’ai vu le documentaire. Il était très différent sur scène. Honnêtement, ça me paraissait un peu étrange, car on n’avait jamais vu ce type de personnalité scénique dans ce genre de groupe de metal, mais c’était cool. Il est groovy jusque dans son apparence, pas seulement dans son jeu ! Je trouve qu’ils ont fait un très bon choix de bassiste. Je connaissais Jason Newsted avant aussi, mais parfois, le fait de changer de membre apporte du sang neuf et un nouveau souffle. Je pense que ça a été le cas de Metallica. Même si Rob est arrivé durant la période la plus chaotique de l’histoire du groupe, il a quand même apporté quelque chose qui leur a permis d’avancer.

« Ma manière d’être fait que j’ai toujours expérimenté dans les deux univers, en générant du chaos dans le classique et en apportant de la discipline dans le metal [rires]. »

Est-ce que la prochaine étape ne serait pas de faire une vraie collaboration entre Metallica et Apocalyptica ? Y a-t-il déjà eu des discussions à ce sujet ?

Non, il n’y en a pas eu. Depuis le début on me demande : « Aimerais-tu faire quelque chose avec Metallica ? », « Est-ce que James Hetfield fera un jour quelque chose avec vous ? », toutes ces questions. J’ai toujours pensé que ce serait possible, mais qu’au bout du compte, ça ne dépendait pas de nous – même si cette fois, ça a effectivement dépendu de nous pour initier ces idées. Mais je ne sais pas. Si ça doit arriver, ça arrivera. Je ne crois pas que ce serait excitant pour Metallica de simplement se dire : « Faisons quelque chose avec eux. » Il faut avoir la bonne idée au bon moment, et alors tout peut arriver. C’est ce qui s’est passé avec la présence de Cliff Burton, Rob Trujillo et James Hetfield : c’était les bonnes idées qui sont venues de la bonne façon. C’est ça qui leur permet de se concrétiser. C’est pour ça que je ne cogite pas en me disant : « Oh, ce serait super si… J’ai envie de faire ci, j’ai envie de faire ça… » Non, ce n’est pas mon approche. Depuis le premier jour, quand Metallica a commenté pour la première fois – de façon super positive – notre premier album, puis quand nous avons ouvert pour eux à Helsinki, j’ai toujours été très reconnaissant pour tout le soutien qu’ils nous ont témoigné. Je n’ai jamais rien voulu de leur part. Ce n’est pas à nous d’exiger quoi que ce soit de Metallica. C’est ainsi que le respect mutuel fonctionne. Des choses sympas peuvent se produire, mais personne ne cherche à tirer profit de l’autre. Je pense que c’est pour cette raison que tout ceci arrive maintenant, après toutes ces années.

On a l’impression que vos liens avec la musique de Metallica ont été une constante au fil des années – même si, comme tu l’as dit, sur les setlists de ces dernières années, en dehors de la tournée anniversaire, il y en avait moins. Comment le fait de commencer votre carrière en reprenant Metallica a-t-il posé les bases de ce qu’est Apocalyptica aujourd’hui ?

Tout d’abord, d’un point de vue personnel, quand j’étais gamin, j’écoutais énormément de Metallica, Pantera, Sepultura, ce genre de metal. J’ai donc grandi avec cette musique, et en particulier celle de Metallica. A la Sibelius Academy, j’étais le seul à porter des t-shirts de Metallica et des jeans troués ; j’étais le seul qui s’affichait comme metalleux. C’est la raison pour laquelle nous avons commencé à jouer du Metallica. Notre amour pour la musique de Metallica est pratiquement la seule raison pour laquelle Apocalyptica existe. C’est donc une part élémentaire du groupe. C’est le pilier de base de notre existence en tant que groupe, donc c’est toujours là. Comment est-ce que ça influe sur nous ? Je peux principalement parler de mon point de vue, mais j’ai toujours admiré non seulement la musique de Metallica mais aussi leur façon d’aborder les choses. Ils ont su faire preuve de suffisamment courage pour faire ce qu’ils pensaient être bien, malgré les risques de perdre en popularité ou les opinions des gens. Ils ont fait leur propre truc, en toutes circonstances. C’est ce qui fait d’eux les plus grands. Ce n’était pas sans difficultés – ils ont traversé pas mal d’épreuves –, mais ils ont toujours été honnêtes envers eux-mêmes. C’est admirable et ça a affecté ma propre approche, car je pense que c’est ce qu’il y a de mieux : il faut se respecter soi-même, respecter son instinct et se faire confiance même quand personne d’autre ne nous fait confiance.

Quand vous avez sorti votre premier album, Metallica venait de sortir Load. Entre-temps, beaucoup de choses se sont passés, et ils ont sortis six autres albums, allant de certains qui n’ont pas toujours été bien compris – Reload, St. Anger et Lulu – à 72 Seasons l’an dernier. Comment as-tu vécu, en tant que fan, cette évolution ?

Je suis reconnaissant à chaque fois que j’entends un nouvel album de Metallica. J’essaye probablement de ne pas être dans le jugement, comme peuvent l’être beaucoup de gens – ils aiment critiquer. Je n’aime pas critiquer en général. Je ne suis pas le plus grand fan de toutes les chansons, mais sur chaque album, il y en a au moins une, deux ou trois que j’ai trouvées super. D’une manière ou d’une autre, j’essaye de voir le tableau d’ensemble de leur l’œuvre. Je ne suis donc pas obsédé par l’idée de devoir aimer tout ce qu’ils font. Je regarde ça avec un peu de recul et de la curiosité, plutôt qu’en étant dans le jugement. Je trouve que chaque album possède d’excellentes choses que je pourrais écouter en me disant : « Oh putain, c’est génial ! »

« Pour moi, le metal n’est pas un style de musique, c’est une attitude. Il y a donc plein de musiques qu’on qualifie de metal et qui ne sont pas du tout du metal, que je trouve paresseuses et bidon. Cette attitude implique un certain niveau d’intensité. »

Par exemple, j’ai vraiment voulu choisir un morceau des albums plus récents, mais « St. Anger » est le plus récent avec lequel je suis parvenu à créer une reprise qui avait du sens. Ces albums sont supers, mais leur grandeur est plus dans fait que c’est Metallica, dans leur son. Quand tu retires Metallica d’une chanson des derniers albums et que tu essayes de la jouer avec Apocalyptica, ça manque trop de peps pour produire un super morceau qui conserverait un lien avec l’original. Ça signifie sans doute que leur style de composition a pris une direction légèrement différente. Ils font des chansons qui sont longues, mais elles contiennent beaucoup moins d’éléments différents. Dans les vieux albums, tu peux te retrouver avec sept ou huit riffs extraordinaires dans un seul morceau. Ça fait que c’est plus facile pour Apocalyptica d’en faire une bonne version instrumentale. Alors qu’avec les nouvelles chansons, si tu retires le chant de James et les paroles, tu te retrouves avec des riffs qui sont plus proches les uns des autres, et si nous les jouons, nous nous sentons obligés de composer quelque chose en plus par-dessus. C’était le challenge et c’est pourquoi il n’y a pas de morceaux des tout derniers albums de Metallica. Ce n’est pas parce que la musique est mauvaise, ce n’est pas le cas, c’est juste que ça ne convenait pas pour créer une bonne reprise avec Apocalyptica. Mais à chaque fois que Metallica sort un nouveau truc, je leur tire mon chapeau, je dis : « respect ! » [Rires].

Tu as mentionné votre reprise de « St. Anger ». C’est intéressant, car, à certains endroits, vous avez même simulé au violoncelle le son métallique de la caisse claire qui avait fait polémique.

Oui ! C’est arrivé par accident. Perttu avait tout préparé, il devait enregistrer autre chose, je ne sais plus quoi. Il avait des effets branchés sur l’ampli et a cogné accidentellement son violoncelle sur la partie qui tient les cordes, et ça a produit ce son. J’étais là : « Attends, enregistre ça ! On va en faire un sample qu’on va utiliser pour ‘St. Anger’ ! », car ça sonnait exactement comme le son de la caisse claire. C’était une manière de nous amuser avec le fait que tout le monde détestait ce son de caisse claire, c’était un phénomène mondial. Je crois que personne n’a jamais autant détesté un son de caisse claire que quand St. Anger est sorti ! Ceci étant dit, personnellement, j’aime beaucoup cet album, peut-être parce que… Nous faisions des choses avec Metallica à cette époque. Par exemple, lors de leur première fois au Download à Donington, c’était leur premier show avec Rob en Europe et ils ont fait un concert secret sur le créneau d’Apocalyptica. J’ai pu à de nombreuses reprises entendre « Frantic » et « St. Anger » en live, donc ma relation avec ces chansons ne venait pas des versions avec le son de l’album, et je les ai toujours trouvées super. J’étais donc certain de pouvoir trouver sur l’album St. Anger quelque chose qui fonctionnerait avec Apocalyptica. La dernière fois, je l’ai beaucoup écouté, je suis vraiment rentré dans le son, je m’y suis habitué, et ça m’a ouvert à une toute nouvelle dimension. Je me suis dit que c’était un album vraiment cool. Il est furieux, puissant, émotionnel. C’est pour ça que j’ai voulu reprendre « St. Anger », pour montrer aussi aux gens que c’était une super chanson ! « Allez ! Vous la détestez, mais c’est une chanson géniale ! » [Rires] J’espère que ceux qui n’aiment pas cet album aimeront notre version.

Dans le clip de « The Four Horsemen », on vous voit tous les trois dans une bonne vieille salle de répétition, avec des posters accrochés au mur, etc. A quel point le fait de jouer ces chansons réveille l’adolescent qui sommeille en toi ?

Enormément ! [Rires] C’était d’ailleurs mon idée, pour le premier clip, de montrer un peu le parcours d’Apocalyptica, le fait que nous soyons des musiciens de musique classique qui adorent le metal, qui se sont demandé comment ils devaient procéder, qui essayaient d’avoir l’air cool, etc., puis qui se sont retrouvés au fil de temps à faire de gros concerts. C’était une aventure. Ce clip, c’est un peu l’histoire d’Apocalyptica. C’est tellement amusant ! Quand nous jouons ces morceaux, c’est vraiment le jeune Eicca qui ressort [rires].

« Au début, il y avait toutes sortes de difficultés. Par exemple, comment jouer ? Comment conserver l’énergie ? Nous jouions quinze minutes et nous étions épuisés, nous étions morts ! [Petits rires] »

Dans certaines scènes, on vous voit habillés en metalleux, dans d’autres en costumes classiques. Ça représente les deux univers dans lesquels vous évoluez. Est-ce qu’il y a parfois un sentiment de décalage entre le Eicca metalleux quand tu es dans le monde classique et, vice versa, entre le Eicca classique quand tu es dans le monde du metal ?

Je ne ressens pas ce genre décalage. J’ai grandi dans les deux univers musicaux – le classique et le metal –, et les deux étaient tout aussi importants pour moi. Je n’ai jamais séparé les deux. C’est bien pour ça que j’ai commencé à jouer du metal au violoncelle ! Evidemment, parfois… J’ai récemment fait la tournée pour Bright & Black – un album de metal avec orchestre, dans lequel j’ai joué en tant que soliste. Je jouais donc avec des musiciens classiques ; ils étaient super cool, mais très ancrés dans le milieu classique, à jouer à la Philharmonie de Berlin, etc. et je me disais : « Merde, j’aimerais secouer ces gens ! » [Rires] Car ça reste très conservateur, à bien des égards. D’ailleurs, ça vaut aussi pour le monde du metal, il peut parfois être très conservateur, on voit qu’il y a des règles sur ce qui est metal et ce qui ne l’est pas, ce qui est du vrai metal, ce qui est du faux metal, etc. Ma manière d’être fait que j’ai toujours expérimenté dans les deux univers, en générant du chaos dans le classique et en apportant de la discipline dans le metal [rires].

Justement, en 2022, vous aviez sorti l’EP Metal Classic, Classic Metal, dans lequel vous aviez repris des morceaux classiques. Un de vos objectifs est-il de brouiller les frontières entre le classique et le metal ?

Ce n’est pas l’objectif, mais ça nous paraît naturel de le faire. Les frontières sont artificielles et puis, honnêtement, pour moi, le metal n’est pas un style de musique, c’est une attitude. Il y a donc plein de musiques qu’on qualifie de metal et qui ne sont pas du tout du metal, que je trouve paresseuses et bidon. Cette attitude implique un certain niveau d’intensité. Par exemple, pour moi, Massive Attack est metal, parce qu’il y a cette attitude, ce côté sale, cette intensité émotionnelle. System Of A Down n’est pas un groupe de metal traditionnel, mais c’est un des groupes les plus metal au monde. Rage Against The Machine est un groupe metal, en ce sens. Plein de compositeurs classiques sont metal, comme Chostakovitch ou Stravinsky. Ceci dit, quand nous avons fait l’EP classique, il y avait un peu de : « Ok, maintenant, on va leur montrer comment on joue de façon metal ! » Ce qui est drôle, c’est qu’après l’avoir terminé, nous nous disions que c’était un mélange de style que les amateurs de classique pourraient aimer, etc. Puis nous avons écouté le mix final et nous étions là : « C’est beaucoup trop metal et extrême ! » C’est comme si, peu importe ce que nous faisons, nous allons toujours un peu trop loin pour que ce soit mainstream. Par exemple, 2Cellos fait ça de façon mainstream, donc c’est soft et il n’y a pas trop de mordant, tout est joli. Alors que lorsque nous reprenons Beethoven, tout t’est martelé au visage et seuls les gens habitués au metal peuvent comprendre. Les amateurs de musique classique seraient plutôt là : « C’est du bruit, c’est horrible ! » [Rires] On dirait donc que cette envie irrépressible d’y aller à fond est inscrite dans nos gènes, que peu importe ce que nous faisons, il faut toujours que nous trouvions le moyen de monter les potards jusqu’à onze.

Selon toi, quel serait l’équivalent de Metallica dans la musique classique ?

C’est un peu difficile de répondre. Metallica n’est pas juste un compositeur, c’est une entité, donc c’est compliqué de comparer, mais disons qu’une musique qui me parle de la même manière, ce serait en premier lieu celle de Chostakovitch – en tout cas, certaines de ses compositions. En un sens, Stravinsky est peut-être un peu trop contemporain, comme Prokofiev. C’est plus qu’il y a certains morceaux de différents compositeurs avec lesquels on peut faire un parallèle, mais quand même, ça reste très dur de comparer. Je peux juste dire en fonction des émotions que je ressens ou des situations dans lesquelles j’aimerais écouter l’un ou l’autre. Même si beaucoup de musiques classiques ont une énergie et un feeling très metal, le son est tellement différent qu’au final, ce que ça procure est différent. Si je devais écouter quelque chose pour me donner de l’énergie et avoir un gros coup de boost, j’écouterais quoi qu’il arrive du metal avec de la batterie et de la guitare. Et quand il s’agit de choses plus calmes, plus sophistiquées en termes de composition… Si on parle des morceaux de Metallica qui ne reposent pas tant sur le son du groupe que sur la diversité de la composition, c’est plus facile de trouver des choses qui s’en rapprochent, y compris chez des compositeurs français, comme Ravel. Même certaines œuvres de Bach ou de Beethoven sont assez metal. Je dirais aussi presque toutes musiques de l’Est ou de l’Union soviétique du vingtième siècle qui restent encore tonales, comme le Hongrois Béla Bartók. On y retrouve ce côté sombre et cette énergie grinçante.

« A l’époque où nous avons commencé, il y avait pas mal de croisements de styles qui n’étaient pas toujours très convaincants. Par exemple, on voyait des musiciens classiques jouer de la pop en concert, mais on ne ressentait pas qu’ils aimaient vraiment la musique, ou quand Yngwie Malmsteen jouait du Bach, il y avait un côté un peu kitsch d’un point de vue classique. »

Il y a trente ans, quand vous avez fait pour la première fois des reprises de metal au violoncelle, quelles étaient les difficultés auxquelles vous avez été confrontés ? Les avez-vous toutes surmontées au fil du temps ou y a-t-il encore des choses que vous n’avez pas totalement comprises ?

Au début, il y avait toutes sortes de difficultés. Par exemple, comment jouer ? Comment conserver l’énergie ? Nous jouions quinze minutes et nous étions épuisés, nous étions morts ! [Petits rires] Puis il a fallu comprendre comment enregistrer. Pour le premier album, nous pensions qu’il suffisait de venir au studio avec quatre violoncelles, mettre des micros dessus, jouer et c’est tout. Puis nous avons joué « Creeping Death », nous sommes allés dans la salle de contrôle pour écouter et nous étions là : « Mais c’est de la merde ! » Ce n’était pas en place, c’était mal accordé, il n’y avait rien qui allait. Nous avions mis le microphone à côté du chevalet. En musique classique, on le place à quelques mètres des instruments et ça pardonne beaucoup d’erreurs. Il a donc fallu que nous réfléchissions à la manière dont nous allions faire ça, car nous ne pouvions pas enregistrer tous ensemble. Il a fallu que nous développions et fassions évoluer notre technique de jeu pour pouvoir jouer des centaines de concerts avec puissance et énergie, sans nous casser les mains. Je pense que le plus grand problème que nous n’avons pas encore totalement résolu, c’est comment contrôler les effets de larsens sur scène. Nous aimons utiliser des violoncelles classiques, or ils captent tout, et plus on met de distorsion, plus il y a de larsens. Nous les contrôlons à peu près, le niveau de larsen est raisonnable, mais nous n’avons pas encore compris comment nous pouvions totalement nous en débarrasser.

Avec Apocalyptica, vous vous êtes construit une belle communauté de fans, vous avez travaillé avec certains des chanteurs et musiciens les plus prestigieux du metal, et vendu plus de quatre millions d’albums à ce jour. A ton avis, qu’est-ce qui a fait le succès de ce groupe ? Est-ce l’effet de curiosité ou, précisément, parce que vous êtes parvenus à dépasser cette curiosité et le fait d’être une bizarrerie ?

Evidemment, Plays Metallica By Four Cellos a été l’attrape-attention, mais ensuite, comment conserver cette attention ? Je pense qu’en général, à l’époque où nous avons commencé, il y avait pas mal de croisements de styles qui n’étaient pas toujours très convaincants. Par exemple, on voyait des musiciens classiques jouer de la pop en concert, mais on ne ressentait pas qu’ils aimaient vraiment la musique, ou quand Yngwie Malmsteen jouait du Bach, il y avait un côté un peu kitsch, d’un point de vue classique. Dans Apocalyptica, nous aimons sincèrement la musique que nous jouons. Nous jouons du violoncelle, mais nous adorons le metal. Et quand nous avons fait le premier album, nous ne nous attendions à rien, donc nous l’avons fait aussi bien que nous le pouvions, sans avoir la moindre idée de ce que nous étions en train de faire. Nous nous sommes contentés de le faire avec passion et excitation. Je pense que c’est la raison principale qui fait qu’après avoir attiré l’attention, ça a parlé aux gens, c’est pour ça qu’ils ont autant aimé. C’est l’honnêteté. Nous n’avons pas essayé d’être quoi que ce soit. Nous avons juste fait quelque chose qui nous ressemblait. Je pense que cette honnêteté s’entend.

Si je réécoute le premier album aujourd’hui, je n’aime pas comment il sonne, mais je peux entendre l’excitation, et que nous étions à cent pour cent dedans. C’est ce qui fait sa qualité et qui accroche l’auditeur. Il y a quelque chose de fascinant dans l’énergie que nous avons pu capturer. Avec le temps, nous sommes restés honnêtes envers nous-même, même si ça n’a pas été toujours facile – nous avons beaucoup lutté parce que des gens ont souvent voulu nous emmener dans des directions totalement différentes. Nous ne voulons jamais tomber dans la facilité. Par exemple, cet album Plays Metallica Vol. 2 : nous n’avons pas voulu prendre la voie de la facilité, qui aurait consisté à simplement prendre des chansons de Metallica et à les enregistrer telles quelles ; ça n’aurait pas été excitant. Cell-0 était audacieux également : nous savions qu’il n’y avait aucune attente commerciale pour un album instrumental, mais nous l’avons quand même fait parce que c’est précisément ce que nous voulions faire à ce moment-là. Nous trouvons toujours un truc qui nous excite et nous challenge, qui nous pousse à apprendre quelque chose de nouveau, et nous y allons à fond. Je pense que c’est ça qui engendre une musique qui parle aux gens – en tout cas, il semblerait. Si nous nous parlons aujourd’hui, c’est grâce à ça. Enfin, c’est ma supposition, car je suis dans le groupe et quelqu’un d’extérieur pourrait voir les choses autrement.

« La vérité est qu’on ne peut jamais faire quelque chose juste pour des raisons commerciales, car c’est impossible de contrôler ce que les gens penseront de la chanson et ce qui aura un impact. Si on est obsédé par le résultat commercial, on fait de mauvais choix, et on fait des choix qui nous ennuient et finissent par nous pousser à arrêter. »

Ces dernières années, vous avez sorti pas mal de chansons indépendantes : « White Room » avec Jacoby Shaddix, « I’ll Get Through It » avec Geezer Butler et Franky Perez, « Talk To Me » avec Lzzy Hale », « Rise Again » avec Simone Simons et « What We’re Up Against » avec Elize Ryd. Qu’est-ce qui vous fait dire que ces collaborations sont plus adaptées à des sorties en single qu’à une intégration dans un album ? Penses-tu, justement, que leur « impact commercial » est maximisé ainsi ?

En tout cas, ça nous donne une plus grande liberté pour faire des chansons davantage éloignées stylistiquement les unes des autres. C’est ce que nous avons réalisé quand le numérique est devenu la norme : nous ne sommes pas obligés de trouver un moyen de combiner les morceaux instrumentaux et chantés. Dès que nous en ressentons l’envie ou que nous avons la possibilité de faire une collaboration avec un chanteur sur une chanson qui nous plaît, nous pouvons le faire sans être obligés de la connecter à quoi que ce soit d’autre. Ça nous permet d’aller dans plein de directions en même temps. Par exemple, ça n’aurait eu aucun intérêt de mettre « White Room » sur un album d’Apocalyptica, mais faire la chanson en tant que telle avec Jacoby, ça fait parfaitement sens. Et ça nous donne une plus grande marge de manœuvre pour les albums ; ça nous a permis de faire Cell-0 tel qu’il est. Bien sûr, sur le plan commercial, les morceaux instrumentaux ont peu de succès sur les plateformes de streaming. Si nous obtenons un ou deux millions d’écoutes pour un morceau instrumental, c’est énorme. Ça couvre à peine son coût de production [petits rires]. Alors qu’avec les morceaux chantés, tu profites d’une plus grande exposition. L’aspect commercial est important dans le sens où il faut faire vivre le groupe et c’est une occasion de faire découvrir la musique d’Apocalyptica à de nouvelles personnes, et c’est amusant à faire aussi. C’est également un défi, car il faut trouver l’argent pour la collaboration vocale, aller voir un producteur, faire un clip, etc. Tu dépenses facilement dix à vingt mille euros pour une seule chanson et jamais tu ne récupèreras ton argent avec les streams. C’est donc un peu délicat quand on y pense. Parfois, il y a des choses comme la collaboration avec Elize : j’ai toujours voulu travailler avec elle. J’avais cette chanson que j’avais écrite avec Martin Hansen. Je me disais qu’elle était une super chanson et qu’il fallait que nous l’enregistrions, et finalement nous avons eu l’opportunité de travailler avec Elize. C’est très amusant de faire ce genre de chose.

La vérité est qu’on ne peut jamais faire quelque chose juste pour des raisons commerciales, car c’est impossible de contrôler ce que les gens penseront de la chanson et ce qui aura un impact. Il n’y a aucun contrôle sur le résultat commercial. Si on est obsédé par ce dernier, on fait de mauvais choix, et on fait des choix qui nous ennuient et finissent par nous pousser à arrêter. Ça a été un apprentissage de comprendre à quel point c’est important de se concentrer sur ce qu’on aime faire, et de le faire aussi bien que possible, sans se soucier de ce que ça donnera une fois sorti. C’est ce que nous avons fait avec l’album Plays Metallica Vol. 2 : nous ne nous attendons à strictement rien sur le plan commercial, parce que nous n’en savons rien ! Peut-être que les gens détesteront, peut-être qu’ils adoreront, peut-être qu’ils l’ignoreront. Je n’en sais rien – personne ne le sait. Je ne contrôle pas ça. J’espère juste que les gens aimeront, qu’ils l’apprécieront autant que nous.

Tu parles d’« apprentissage pour comprendre à quel point c’est important de se concentrer sur ce qu’on aime faire ». Est-ce que ça n’a pas toujours été complètement le cas pour vous ?

Nous n’avons jamais vraiment fait des choses que nous n’aimions pas, mais il y a des choses que nous avons faites en disant : « Ok, bon, faisons-le », parce qu’il y avait une forme de pression ou parce que quelqu’un est venu en nous donnant un tas de raisons pour le faire. Ça nous est arrivé. Et parfois, quand nous étions réticents à faire certaines choses, il est arrivé qu’elles se révèlent être vraiment cool. Le bon exemple, c’est la chanson « I’m Not Jesus ». Il m’a fallu tellement de temps pour l’accepter ! Le gars de notre maison de disques, Martin Dodd, avait la chanson et il nous a dit : « Vous devriez en faire une version. » J’ai répondu : « C’est une bonne chanson, mais je n’entends pas Apocalyptica dessus, ça n’a rien à voir. » J’ai donc longtemps résisté. Puis nous avons finalement donné notre accord. Le plan initial était de l’enregistrer avec Marilyn Manson, mais c’était une période houleuse, il a disparu, etc. Alors nous nous sommes tournés vers Corey Taylor et nous l’avons enregistrée avec lui. Le résultat est vraiment génial ! Je suis tellement content maintenant que nous l’ayons fait, alors qu’au départ, j’étais là : « Je ne vais jamais jouer cette chanson, il n’y a pas moyen. Ce n’est pas Apocalyptica ! » Parfois, tu as des œillères, tu es trop focalisé sur le groupe, etc.

« Dans une carrière d’artiste, tu ne peux pas être têtu. C’est là que beaucoup de nouveaux artistes échouent. Ils croient être tellement géniaux et excellents qu’ils estiment être les seuls à savoir les choses, mais quand on adopte ce genre de mentalité, on ne va jamais nulle part. »

Il s’agit aussi d’apprendre à collaborer avec les gens qui t’entourent, avec la maison de disques, avec le manageur, avec d’autres artistes, peu importe qui se présente à toi, parce qu’il le faut, puis apprendre à équilibrer ça : « D’accord, quelles sont tes limites ? Jusqu’où peux-tu aller ? Es-tu disposé à adopter le point de vue de l’autre ou bien préfères-tu être tout seul et considérer que toutes les autres opinions à part les tiennes sont nulles ? » Il faut donc trouver une voie intermédiaire, c’est-à-dire ne pas trop chercher à plaire et ne pas trahir ses valeurs fondamentales, tout en étant ouvert aux points de vue d’autres personnes, car parfois, ça a été très utile d’écouter quelqu’un, en se disant : « Hmm, peut-être qu’il a raison. Etudions au moins la question » et parfois, ça donne de bonnes choses. Il faut que j’ajoute que dans une carrière d’artiste, tu ne peux pas être têtu comme ça. C’est là que beaucoup de nouveaux artistes échouent. Ils croient être tellement géniaux et excellents qu’ils estiment être les seuls à savoir les choses, mais quand on adopte ce genre de mentalité, on ne va jamais nulle part.

Avez-vous moins ce genre de pression extérieure aujourd’hui ou est-ce plutôt que vous la gérez mieux, justement ?

Je pense que c’est les deux : nous la gérons mieux et probablement qu’il y en a moins. Il n’y a plus de discussions autour des singles radio et sur le fait qu’il faut qu’on alimente les stations avec de nouveaux trucs parce que ça a bien marché. Il n’y a plus cette pression-là. J’ai aussi appris à essayer de voir les choses telles qu’elles sont, sans jugement, sans avoir des idées arrêtées, en leur donnant une chance avant de les évaluer, et sans tout le temps prendre un tas de décisions irréfléchies car c’est épuisant [rires].

Est-ce que vous avez d’autres choses de prévues, sur lesquelles vous avez travaillé dernièrement ? Quelle serait la prochaine étape après Plays Metallica Vol. 2 ?

En tant que groupe, nous nous focalisons actuellement sur la production scénique et le programme pour que tout soit prêt au mois de juin, puis la tournée arrivera à l’automne. Cet été sera calme car nous prévoyons que l’été suivant sera assez chargé. Musicalement, il n’y a pas de nouveaux plans. Le truc est que, généralement, nous ne faisons pas de plans, car comme je l’ai dit plus tôt, nous aimons faire ce qui nous excite le plus sur le moment, donc je ne sais pas ce qui nous excitera le plus dans un an. Mais je pense que nous sortirons des choses pour entretenir l’intérêt. Je pense qu’une direction intéressante à explorer, maintenant que nous avons sorti l’album live dans l’église, serait de développer ce genre d’univers sonore. On verra !

Interview réalisée en visio le 7 mai 2024 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Riki Murto (2, 6, 8).

Site officiel d’Apocalyptica : www.apocalyptica.com

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  • Arno Ramone dit :

    Vu qu’une seule fois en concert…et je m’étais ennuyé ferme !

  • Perso, je vois pas trop l’intérêt d’un tel projet.

  • Je n’ai jamais réussi à accrocher à Apocalyptica, pourtant j’ai essayé car je respecte beaucoup le groupe et son concept.
    Même en concert, je les ai vu en ouverture d’Epica, je ne suis pas entré dans leur univers. C’est comme ça.
    Excellente interview néanmoins, comme d’habitude les questions sont très pertinentes et intéressantes.

  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
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