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Live Report   

Architects : à deux doigts du zénith


Architects veut frapper fort. Confortablement installé parmi les têtes de file du metalcore, le groupe britannique s’est donné les moyens de ses ambitions avec The Sky, The Earth & All Between, un album blockbuster produit par l’incontournable Jordan Fish – ex-Bring Me The Horizon. Si le disque compte sans grande surprise ses détracteurs, il est aujourd’hui difficile de nier les efforts fournis par le groupe. Les musiciens d’Architects évoluent dans le mainstream, mais ne se reposent jamais sur leurs lauriers et n’hésitent pas à explorer de nouvelles voies. Ce sont surtout des bourreaux de travail, enquillant les dates de plus en plus massives et conservant un calendrier resserré dans ses productions – onze albums en dix-neuf ans !

Sans passage par Paris dans l’immédiat, Architects teste son nouveau set à l’occasion d’une mini-tournée qui s’arrête dans quelques-unes des plus grosses salles de province. Le groupe passera prochainement un nouveau palier en embarquant avec Linkin Park pour les dates allemandes du From Zero World Tour. Leur show est désormais calibré à l’américaine, il lui manque toutefois un peu de folie pour pleinement convaincre.

Artiste : ArchitectsBrutusGuilt Trip
Date : 12 mars 2025
Salle : Le Zénith
Ville : Nantes – Saint Herblain [44]

Il fait froid dans l’enceinte du Zénith nantais lorsque Guilt Trip s’engage sur les planches. Sans intro, les Anglais attaquent dans le vif du sujet alors que la salle se remplit progressivement. Débarqué de Manchester, le quintet a déjà eu l’occasion de ratisser le territoire français avec Landmvrks et a déjà joué à Nantes. Le très remuant et bavard frontman Jay Valentine ne manquera pas de le rappeler, entre deux « fuck » et trois sauts de cabri. Sur le plan musical, Guilt Trip reste cantonné dans un hardcore assez basique, mais compense en partie par la fougue de sa jeunesse. Le groupe aligne sur vingt-huit petites minutes la probable totalité de son dernier album en date (Severance, 2023), dont le très efficace morceau « Sweet Dreams » qui fait son petit effet même expurgé du featuring posé par Florent Salfati de Landmvrks.

Difficile cependant pour Guilt Trip de réchauffer l’atmosphère. Le groupe y met de l’énergie et du coeur, mais les lieux très cliniques et neutres ainsi qu’un son plus que moyen n’aident pas. La basse particulièrement en avant dans le balance et la caisse claire de batterie affichent un son de casserole que n’aurait pas renié Lars Ulrich sur St. Anger. Rien d’absolument rebutant néanmoins, surtout au vu du style pratiqué, l’énergie excusant facilement les approximations. Valentine réclame du headbanging continuellement et parvient finalement à obtenir un circle-pit tout à fait convenable à l’occasion du dernier morceau, après une tentative timide plus tôt dans le set. La musique de Guilt Trip est assez répétitive, mais le set très court permet de ne pas trop s’en lasser.

Changement radical d’ambiance avec Brutus, formation officiant dans un post-metal qui dénote sur l’affiche. Les Belges sont clairement sur un autre registre, plus complexe dans son écriture et minimaliste dans sa mise en scène. Exit casquettes et baggys, Brutus privilégie une totale simplicité, devant un écran blanc utilisé sporadiquement pour projeter le logo du groupe. Une approche volontairement épurée mais également contrainte par son line-up atypique, la frontwomen Stefanie Mannaerts assurant à la fois le chant et la batterie. Cette dernière est donc disposée de profil, l’interprétation des artistes étant de fait assez statique.

Avec Brutus, c’est quitte ou double. Leurs compositions suffisent à happer leurs aficionados dans leur univers, tout autant qu’elles ennuient profondément une partie du public plus avide de metalcore maousse costaud. Le trio affiche une identité sonore forte et exécute des compositions tortueuse avec classe, sans artifices. Constamment sur la brèche, entre mélodies soignées et passages intenses, Brutus navigue entre post-rock, shoegaze et hardcore, et reste très humble et naturel dans sa communication. De simples remerciements de-ci de-là, et quarante minutes de très bonne musique. Stefanie Mannaerts est impériale de maîtrise, tant on imagine aisément la difficulté à aligner des lignes vocales exigeantes tout en maintenant la cadence rythmique. Reste un petit bémol au niveau son, encore et toujours. Trop de basse malheureusement, une constante de la soirée. Et force est de constater que la musique de Brutus trouverait probablement plus sa place dans un petit club qu’entre les murs d’un Zénith.

Le timing est parfaitement respecté pour l’arrivée d’Architects, qui entre tranquillement en scène à 21h30. Difficile pour le chanteur Sam Carter de débouler comme une balle : ce dernier s’est blessé à Lille dès la première date de la tournée. Alors qu’il avait été contraint de terminer le set assis deux jours auparavant, il est ce soir sur ses deux jambes mais n’a pas d’autre choix que de naviguer de droite à gauche en déambulant tranquillement. Une situation que l’on ne peut pas reprocher au groupe, mais qui contribue certainement à l’aspect très plan-plan de la prestation proposée. Architects présente en effet un set préétabli au millimètre près, et probablement déroulé à l’exact identique chaque soir. Le groupe a mis le paquet sur la scénographie. Dans la continuité artistique de l’album The Sky, The Earth & All Between, les Anglais ont renforcé pour le live l’importance des ajouts électroniques. Ce n’est cependant pas toujours heureux : les interludes techno-boum-boum restent certes limités mais ont tendance à casser la tête, d’autant plus lorsqu’ils s’accompagnent de lumières stroboscopiques et épileptiques. Le light-show agressif est en effet assez fatigant sur la longueur, et oblige presque à détourner le regard à plus d’une occasion.

Côté son, la balance reste un peu brouillonne – les lieux n’aident probablement pas – mais acceptable. La batterie est toujours légèrement trop clinquante, la basse très présente et les claviers parfois envahissants. C’est notamment le cas sur le titre d’ouverture « When We Were Young », une chanson à l’énergie simple et fédératrice qui se voit parasitée par des enluminures surmixées. Les niveaux semblent s’équilibrer pour la suite, qui s’articulera quasi intégralement autour des trois derniers albums. Architects aligne les hits sans temps morts : le récent « Whiplash », « Giving Blood » et son refrain tonitruant ou encore « Brain Dead ». C’est appliqué, les morceaux sont résolument bons. Mais il manque quelque chose. Sans doute un peu de camaraderie affichée entre les musiciens, où du moins le sentiment qu’ils « vivent » le live ensemble. Tout le monde est à sa place… Et le reste.

L’imposante batterie de Dan Searle trône sur l’une des trois plateformes de fond de scène, les deux autres étant occupées par un musicien de tournée ainsi que le bassiste Alex Dean. Ce dernier en descend enfin à l’occasion de l’hymne « Deep Fake », venant insuffler un peu de dynamique au premier rang. Ce sera le seul moment. Les deux guitaristes échangent bien leurs places occasionnellement, mais exécutent leurs parties consciencieusement. Architects ne prendra même pas la peine de présenter ses musiciens additionnels, dont un claviériste qui assure parallèlement une troisième guitare dont l’utilité est discutable. Sam Carter reste l’unique chauffeur de salle, tâche dont il s’acquitte tant bien que mal en sautillant sur une jambe, non sans exprimer sa frustration de ne pas pouvoir en faire plus. Les autres musiciens sont clairement en retrait. On aimerait voir un peu d’âme, d’urgence ou de hargne transpirer de tout cela.

On se contentera de la qualité des compositions, et notamment de l’ampleur sonore que ces dernières peuvent prendre dans le cadre d’un Zénith. Le son est extrêmement lourd et massif, et Sam Carter se montre aussi impeccable que polyvalent sur les vocaux. Ses lignes graves sont redoutables d’efficacité et des pépites comme « Meteor », « Curse », « Doomsday » ou le redoutable « Seeing Red », baigné dans les lumières rouges, fracassent les tympans avec bonheur. Si les échos chaotiques de Ruin (2008) sont désormais bien loin, le groupe nous ressort par ailleurs quelques titres plus anciens dont un « Red Hypergiant » qui déménage. Savoureux. Après dix-sept morceaux – et au moins trois fois plus de « fuck » dans les discours de Sam Carter -, Architects achève sa prestation sur le tubesque « Animals », qui annonçait en amont de l’album For Those That Wish To Exist la direction artistique dans laquelle le groupe est désormais engagé. Architects aura joué une heure dix-sept sur les une heure trente annoncées par l’organisateur. Le talent est là, c’est indéniable, l’étincelle est peut-être à retrouver. Dommage lorsque l’on déballe l’artillerie lourde.

Setlist :

When We Were Young
Whiplash
Giving Blood
Brain Dead
Deep Fake
Impermanence
Red Hypergiant
Meteor
Everything Ends
Black Lungs
Royal Beggars
Curse
Gone With the Wind
Doomsday
Blackhole

Rappel :
Seeing Red
Animals



Laisser un commentaire

  • Mr Claude dit :

    Si ce que Lambdazero écrit est vrai (et je crains qu’il ait raison) c’est pour ça que je ne vais plus voir de groupe trop formatés, millimétrés, léchés, calibrés.

    Putain, le live, c’est le danger, le risque du pain, de la coupure de courant, de la rangeo’ du slammer dans ta face.
    L’excitation, le flux d’énergie et la surprise.

  • Vus à Lyon, la fosse était déjà bien remplie quand Guilt Trip est arrivé et ils ont été accueillis comme il se doit. Leur hardcore classique mais super efficate a remué la foule comme il faut avec des circle pits à n’en plus finir. Le contraste a été saisissant avec Brutus qui a littéralement endormi la foule. Je ne comprends pas leur présence sur un plateau pareil. Ca chante super bien, c’est lancinant et tout mais dans une halle tony garnier ça match pas. Quand Stefanie chante « I’m going to sleep » sur le titre « Miles Away » ça s’est mis à éclater de rire un peu partout autour de moi comme si le public s’imaginait qu’elle allait les rejoindre dans leur sommeil.

    Idem pour le son, bcp trop d’aigus et de basse sur les deux premières parties, et ça n’allait pas s’arranger pour Architects. Je les ais vus plusieurs fois, dernière fois l’année passée à Paris et le show avait été monstrueux. Et là par contre c’était pas loin d’être une honte. Musiciens statiques, jeu de lumière éblouissant, et Sam qui ne savait plus chanter, je ne l’ai jamais entendu chanter aussi faux et mal.

    On espère que ce sera mieux en fin d’année à l’Adidas Arena de Paris.

  • lambdazero dit :

    Merci pour ce report. Mais pas un mot sur l’éléphant dans la pièce ? Le playback. Pas des chœurs ici et là ou des couches de guitares additionnelles pour booster le son, non, des refrains et couplets lead entièrement interprétés sur bande.

  • Imminence + Ne Obliviscaris @ Salle Pleyel
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