As They Burn était en avance sur les tendances. A l’instar de Darkness Dynamite, disparu du jour au lendemain sans un mot d’explication, le groupe aurait pu compter parmi les têtes de file actuelles du mouvement -core s’il n’avait pas temporairement mis fin à ses activités. Intégrés au roster du label américain Victory Records, les Parisiens semblaient engagés dans une excellente dynamique ainsi que sur l’écriture d’un troisième album. Le dépôt de bilan, annoncé en janvier 2015, aura pris son public de court. Tout comme le retour de la formation quelques années plus tard, dans une configuration nouvelle et avec une orientation artistique plus nuancée – l’EP Ego Death amorçant une mue vers un son plus metal alternatif que véritablement deathcore. En pleine reconquête d’un public qui a forcément changé, As They Burn s’est malheureusement trouvé par la suite confronté à l’épineux changement de frontman.
Le chanteur historique Kevin Traoré a regagné l’ombre, laissant ses comparses reconstruire les bases du projet en silence pendant près de douze mois. Un long travail mené avec Zek Eladio, recruté dans une optique de reconnexion à l’approche brutale des premiers jours. Marquant un retour fracassant via trois nouveaux singles expéditifs et vénéneux, As They Burn a résolument les crocs. Le quatuor est là pour jouer, avec envie et violence, qu’importe l’heure et le lieu. De passage à Nantes pour un concert gratuit, le groupe a investi la scène de l’AK Shelter en fin d’après-midi. Un horaire d’happy hour qui n’aura pas empêché As They Burn d’imposer son atmosphère sombre et terrifiante.
Artistes : As They Burn – Corium
Date : 14 décembre 2025
Salle : AK Shelter
Ville : Nantes [44]
L’AK Shelter est le lieu rock’n’roll par essence. Construit sur le même concept que le Black Shelter, salle jumelle de la capitale des ducs de Bretagne, il intègre une scène légèrement plus petite. Le bar-restaurant, dans une déco indus, bois et briques, propose en contrepartie un atelier moto, un coiffeur et un salon de tatouages. Et surtout une impressionnante carte de bières. De quoi patienter en attendant le début du set de Corium, combo improbable en provenance de Rennes. Le quatuor achève une mini-tournée des rades de France et brutalise d’entrée de jeu le public qui se dispose tranquillement aux premiers rangs. Le corium est « un magma métallique et minéral constitué d’éléments fondus du cœur d’un réacteur nucléaire et des minéraux qu’il peut absorber lors de son trajet » – citation Wikipédia. Difficile de trouver un nom plus adapté à ce groupe qui s’amuse à fusionner les genres, du moment qu’ils affichent une dominante ultra-agressive.
Autoproclamé « nuclear deathcrust », Corium agite pêle-mêle dans son shaker death, thrash, hardcore, grindcore, punk et bien plus encore. L’ensemble est parfois à la limite du foutraque, mais déboucherait les conduits auditifs d’un résident d’EHPAD bon pour l’euthanasie. Corium joue vite, fort et plutôt pas trop mal. Le son est furieux mais assez propre – le trop clinquant serait une hérésie. Le groupe en lui-même offre une sacrée tranche de rigolade par l’intermédiaire de son guitariste Calixte. Arborant le look du parfait étudiant en maîtrise de physique-chimie – petit pantalon bien repassé, chemise et pull à rayures –, le musicien est un phénomène à lui seul. Il hurle comme un possédé, s’excite, grimace, tire la langue. Il vient jouer dans les premiers rangs, headbangue non-stop tout en assurant une prestation techniquement carrée. Impressionnant. Le groupe termine par une reprise de Sepultura en guise de point final à quarante-cinq minutes de folie furieuse.
As They Burn s’active sur la petite scène pour monter son mur d’amplis Orange. Le groupe joue dans un cadre intimiste et une configuration proche du showcase, mais compte bien libérer les décibels comme à son habitude. Deux symboles lumineux trônent de chaque côté de la scène, et complètent un jeu de lumières certes limité mais utilisé à son plein potentiel. Le son est d’entrée de jeu massif, et les Franciliens ne perdent pas une seconde en déroulant le missile « Hiram », l’une des nouvelles compositions chargées de définir les contours de leur nouvelle identité. Contrairement à l’EP Ego Death, qui intégrait de nombreuses respirations en plus de s’autoriser des passages de chant clean, As They Burn mise son retour sur des morceaux acérés et extrêmement oppressants. Le groupe réaffirme ses accents deathcore / hardcore et assomme par sa violence lourde et écrasante. Le quatuor a été absent de longs mois et semble avoir cumulé les galères. Un changement de chanteur certes, mais également la maladie de son bassiste Ronald Pastor. Contraint à une longue période de repos forcé, ce dernier exulte littéralement dès les premières minutes. L’éclairage est rouge sang, le son buriné et le groupe ultra-investi. Les très efficaces « Frozen Vision part. 1 » et « Philosophical Research Society » sont enchaînés tambour battant, mais le public reste dans un premier temps assez timide. Ce que le chanteur Zek Eladio souligne avec humour, avant de s’affranchir d’un « Trauma » redoutable.
La grosse inconnue de ce As They Burn next-gen est vite balayée. Le nouveau venu Zek Eladio est impérial au chant. L’homme présente l’attitude et les compétences. Il en impose physiquement et affiche un growl aussi puissant que profond, sans chercher à singer les lignes vocales de son prédécesseur. Il interprète à sa sauce et confère aux morceaux une vibe résolument obscure. C’est notamment le cas sur les petites pépites que sont « Medicine 2.0 » et « Unable To Connect », qui perdent partiellement leurs enluminures neo-metal pour gagner en frénésie deathcore. As They Burn semble engagé dans une approche dure et désormais moins mélodique, comme en témoigne le récent « Dialysis », morceau sans compromis qui marquait les présentations de Zek Eladio quelques mois auparavant. Le groupe ne fait pas de concessions, il bastonne non-stop, transpire par hectolitres et livre en cinquante minutes un set qui laisse groggy. Le batteur Milton Bakech mitraille d’ailleurs comme un damné, dissimulé derrière un écran de fumée quasi permanent, et le guitariste Luigi Marletta exécute l’ensemble plié en deux.
La prestation d’As They Burn file comme une balle. Mais quelle intensité. Sans que la salle prenne vraiment le temps de sortir la tête du bouillon de riffs et de décibels, le groupe assène son coup de grâce avec une triplette finale cent pour cent old-school. On sait Zek Eladio particulièrement friand des débuts du combo, et ce dernier s’arrache avec un plaisir non dissimulé sur les féroces « Psychoactive Green Fairy », « Beg For Death » et « A New Area For Our Plagues ». On en aurait volontiers pris une rasade supplémentaire, tant la motivation des quatre musiciens suinte par tous les pores. Ils quittent les planches avec un avertissement : « Cette fois, nous sommes de retour pour de bon. » Un nouvel EP est d’ores et déjà annoncé pour 2026. Souhaitons que cette nouvelle itération d’As They Burn se refasse rapidement une place de choix sous le soleil noir des formations -core qui comptent et font trembler la France.
Setlist :
Hiram
Frozen Vision part. 1
Philosophical Research Society
Trauma
Medicine 2.0
Unable To Connect
F.R.E.A.K.S.
Dialysis
Psychoactive Green Fairy
Beg For Death
A New Area For Our Plagues
Photos : Simon Grumeau


































