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Live Report   

Ashen : le virus du metalcore


L’été a été particulièrement studieux pour les Parisiens d’Ashen. Tout juste sorti d’une prestation remarquée sur la mainstage du Hellfest, le groupe a enchaîné avec les premières parties d’August Burns Red puis de Papa Roach tout en préparant parallèlement sa première tournée en headliner. Une série de dates en clubs qui démarre sur les chapeaux de roues avec quelques soirées à guichet fermé, dont celle de Nantes au mythique Ferrailleur. Une belle performance, d’autant plus que l’espace de la salle a été quasiment doublé suite à de récents travaux. Totalement réagencé et désormais doté d’un balcon, le lieu a gagné en profondeur ainsi qu’en hauteur de plafond sans perdre l’esprit cosy et rock / industriel d’origine. Il reste l’un des spots les plus intéressants de l’Ouest en ce qui concerne les musiques alternatives, notamment via des associations très actives, dont N-Syndicate, en charge du plateau de ce 26 septembre.

Sold-out oblige, le Ferrailleur est plein comme un œuf une quinzaine de minutes avant l’entrée en scène de Vestige. Une petite poignée de courageux cherche encore à acheter des places à l’extérieur, quête qui semble malheureusement difficile.

Artiste : AshenVestige
Date : 26 septembre 2025
Salle : Le Ferrailleur
Ville : Nantes [44]

Formé autour de membres de Naraka (death / thrash made in Marseille), Vestige permet à ses musiciens d’explorer de nouveaux horizons artistiques. Déjà rodé à l’art de la scène et à la composition, ce side-project mené par Théodore Rondeau n’a pas perdu de temps et a proposé d’entrée de jeu un premier album, Janis, via le label Season Of Mist. Une base solide qui lui permet de tourner avec un set conséquent, les Marseillais disposant de quarante-cinq minutes pour présenter leur univers complexe et foisonnant. Dans une veine moderne, Vestige affiche une identité artistique plus versatile que Naraka, et navigue aisément entre les passages death surchargés et des étendues plus vaporeuses. Leur musique, relativement exigeante, mériterait de fait d’être appréhendée sur disque avant le live, notamment pour que l’on puisse profiter pleinement de toutes ses subtilités. D’autant plus que le quartet est extrêmement posé et appliqué, et préfère limiter sa communication afin de laisser sa musique envahir pleinement l’espace.

L’atmosphère enfumée et post-metal du concert est traversée par de régulières fulgurances burinées, dont les guitares typiquement djent d’un second morceau qui tranche avec l’ouverture aux accents prog proposée quelques minutes auparavant. Comme souvent au Ferrailleur, la balance sonore est équilibrée, même si le chant aurait éventuellement mérité une mise en avant plus prononcée. Très humble et carré, baigné dans un light-show soigné mais jamais épileptique, le quatuor livre une excellente prestation pour ce premier passage entre les murs du club nantais.

Le set d’Ashen est pour sa part très attendu. L’attente monte tranquillement dans l’assistance pendant le changement de plateau, d’autant plus que le groupe enregistre un petit retard sur l’horaire annoncé. Passé l’intro de leur récent premier album Chimera, disponible depuis mi-septembre, c’est sur le morceau éponyme que les Parisiens lancent leur avalanche de décibels. Un titre qui sert un peu de rodage côté son, les niveaux des voix de Clément et de Nathan (bassiste en charge des backing vocals) s’alignant progressivement. Le frontman ne semble pourtant pas au meilleur de sa forme, et le groupe va s’en expliquer rapidement. Ils sont tous malades à des degrés divers, ce qui se constate malheureusement en ce qui concerne Clément, dont le chant est moins solide que d’ordinaire. Ce dernier demande au public de l’en excuser, et promet en contrepartie de se donner au maximum. Ashen aurait probablement eu toutes les raisons d’annuler, voire de trouver des subterfuges pour s’économiser. Sans user de vocaux sur bandes ni raccourcir sa set-list des morceaux les plus exigeants, le groupe va jouer une grosse heure avec une énergie et une authenticité qui forcent le respect.

Le chant est parfois tremblotant, voire limite en matière de justesse. Clément réarrange et passe quelques refrains aux forceps en descendant d’une octave (« Crystal Tears » ou « Meet Again »). Il demande un peu d’aide aux premiers rangs mais ne profite pas de l’option karaoké qui pourrait pourtant être aisée compte tenu des ultra-fidèles qu’Ashen compte dans la salle. Passé un temps de chauffe, le frontman parvient même à stabiliser plus franchement ses lignes vocales et déroule une série de compositions aux mélodies bien contrastées, dont « Desire », « Altering » et l’intéressante cover de l’indémodable « Smells Like Teen Spirit », titre logiquement repris d’une seule voix par le public. Le chant hurlé ne souffre pour sa part d’aucune baisse de régime, tout comme l’exécution instrumentale, impeccable et assurée avec une envie débordante. Bien qu’il n’ait pas eu l’occasion de contribuer à l’album, Nathan s’est naturellement intégré au line-up. Il assure un chant support d’excellente qualité, s’accordant parfaitement à la voix de Clément, et ne ménage pas ses efforts pour chauffer le public. Une assistance qui n’a pas tellement besoin d’encouragements pour entrer dans le jeu des Parisiens, et qui se lance d’ailleurs dans un premier wall of death massif dès le troisième titre, « Sapiens ».

Les morceaux s’enchaînent sans temps mort (excepté pour demander à la salle de poser un genou à terre pendant l’intro de « Desire ») jusqu’à la ballade « Living In Reverse », que Clément introduit par une longue et vibrante prise de parole sur l’espoir. Le titre revêt pour lui une importance particulière, et l’intensité qu’il parvient à y insuffler s’en ressent pleinement. Ashen dispose judicieusement cette pièce en petite respiration chargée en émotions avant de foncer tête baissée dans un dernier tiers de set mené tambour battant. A commencer par « Oblivion », qui se construit sur des textures électroniques hypnotiques et quasi trip-hop avant de virer brutalement dans une outro drum’n’bass frénétique. La chanson s’imbrique avec l’interlude « Chimera’s Theme », l’occasion pour le batteur Tristan Broggia de se jeter dans la foule. Le groupe quitte la scène, puis revient pour un baroud final et costaud constitué des hits « Cover Me Red » et « Outlier ». Le set a filé comme l’éclair, mais Ashen a joué la quasi-intégralité de son répertoire. Bien que partiellement affaibli par les premiers virus hivernaux, Ashen quitte la scène du Ferrailleur la tête haute. On sait le groupe capable d’encore meilleur, mais les cinq musiciens se sont donnés corps et âme. La franche camaraderie et la cohésion affichées par le quintet font plaisir à voir. Si la musique d’Ashen est extrêmement produite, parfois compressée et bardée d’éléments électroniques, le groupe joue vrai et avec ses tripes. Chapeau bas.

Setlist :

Intro
Chimera
Angel
Sapiens
Crystal Tears
Desire
Meet Again
Altering
Smells Like Teen Spirit (Nirvana cover)
Sacrifice
Living in Reverse
Oblivion
Chimera’s Theme
Cover Me Red
Outlier



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